Homélie 6e dimanche du temps pascal année C

 

Aujourd’hui Jésus répond à une question bien légitime de Jude que nous pouvons nous poser encore  aujourd’hui : « Seigneur, comment se fait-il que tu aies à te manifester à nous et non pas au monde ? ». Comment se fait que Jésus ne se manifeste pas de manière « explicite » à tous ? Cela serait tellement plus facile pour remplir les églises ! La réponse est subtile et pleine de vérité. Elle confirme une chose que chacun de nous expérimentons quotidiennement : à quoi bon raconter sa vie à quelqu’un qui n’a pas envie de nous écouter ? Si la porte du coeur est fermée, il est évident qu’il n’est pas possible à celui qui y frappe de son montrer. A l’inverse : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Seul l’amour permet une manifestation de la divinité. Mais de quel amour s’agit-il ? Cet amour va du disciple au Fils puis du Père et du Fils au disciple.

 

L’amour du disciple pour Jésus est-il à l’origine de l’amour du Père pour le disciple, de sa venue, de l’habitation en lui de Dieu ? Non, car cet amour du disciple que nous sommes est en fait déjà une réponse à l’amour du Père qui s’est manifesté en premier dans l’Incarnation. En effet l’évangéliste Jean le dit avant (ch. 3, 16) : l’Incarnation du Fils et son œuvre de Rédemption est la manifestation et la preuve de l’amour immense et éternel de Dieu pour le monde : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique,
pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. »

 

Le Père donne aux hommes ce qu’il a de plus cher, son Fils, son bien-aimé. L’amour de Dieu se manifeste donc par l’ampleur du don qu’il fait, par sa miséricorde. D’autre part la finalité de ce don est de sauver tous les hommes et de les conduire à participer à la vie même de Dieu. Pour cela il faut que chacun accepte cet amour de Dieu en accueillant le don qui lui est fait, c’est-à-dire en croyant en la personne du Verbe incarné, le Fils unique. Celui qui n’accueille pas ce don, aimant plus les ténèbres que la lumière, se condamne lui-même (Jn 3, 18-19). L’homme qui croit au Fils entre avec sa liberté dans le dialogue de l’amour. Dieu peut alors manifester complètement à cet individu son amour. Il s’agit de la communion d’amour que le Père veut établir avec celui qui a accueilli la parole du Christ. L’amour de l’homme pour le Christ attire l’amour du Père à se donner et se manifester totalement. Cette réponse permet ainsi au Père d’achever son œuvre d’amour en venant demeurer en lui. D’autre part l’amour toujours premier du Père provoque celui du Fils. Ils vont ensemble « rendre visible » leur amour en venant et en demeurant dans le disciple.

 

Jésus invite à une relation d’amour réciproque avec Dieu, il propose à l’homme de devenir son ami. L’utilisation du pronom indéfini (« si quelqu’un ») semble affirmer que tout homme peut devenir disciple du Fils et avoir part à sa vie et non pas seulement les fils d’Israël. Cette rencontre aura lieu « ce jour-là » (v. 20), à savoir le jour de la Résurrection, jour qui n’a pas de fin. Depuis cet événement de la Résurrection du Christ, tout homme peut devenir son disciple dès que lui est révélé ce mystère de l’amour. Cependant le Sauveur ne s’est pas encore manifesté à tous les hommes ensemble ni à chaque homme en particulier ; et il semble que tous ceux qui sont déjà ses disciples ne sont pas encore pleinement introduit à cette communion d’amour avec Dieu.

 

Jude cherche ensuite à comprendre pourquoi Jésus parle d’une manifestation aux disciples simplement et non pas au monde (v. 21). La manifestation annoncée par Jésus n’est pas non plus celle promise par l’apocalyptique juive pour la fin des temps à savoir une manifestation extérieure et glorieuse. Jésus, en répondant à la question de Jude, révèle au contraire qu’elle est toute intérieure : elle se réalise dans le cœur du croyant et consiste dans une communion d’amour. C’est donc, semble-t-il, à ceux qui l’ont déjà rencontré et qui ont répondu à son appel que le Christ s’adresse maintenant. C’est pourquoi cette exhortation concerne les disciples et non tout le « monde ». Le « monde » désigne ceux qui ne le connaissent pas encore et ceux qui, l’ayant connu, n’ont pas cru en lui. La communauté des croyants et le « monde » vont alors se distinguer par la connaissance ou non du Fils, d’où jaillit une communion de vie et d’amour avec le Père et le Fils. Mais cela ne doit pas s’entendre comme une distinction établie pour toujours. Celle-ci sous-entend et appelle au contraire une annonce de ce mystère d’amour à tout le monde, par ceux-là mêmes qui, ayant répondu à l’amour reçu gratuitement, sont déjà introduits dans la communion avec Dieu. En effet cette présence en eux du Père et du Fils, ainsi que de l’Esprit, transfigure leur façon d’être eux-mêmes présents dans le monde.

 

Père Alexis de Brébisson

 

5ème Dimanche de Pâques – 19 mai 2019 – Année C

 

C

 

es paroles sont issues du discours d’adieu de Jésus. C’est le début de ce discours que nous entendons ici. Judas vient de sortir pour aller le livrer. Dans peu de temps, Jésus va lui aussi sortir mais lui, pour aller prier ; il invitera ses disciples à le suivre.

 

Ce discours d’adieu ressemble à un discours d’adieu comme on peut en trouver déjà dans l’Ancien Testament, fait par de grands personnages : par exemple Moïse, contemplant la terre promise, donna avant de mourir ses instructions à Josué afin qu’il prenne sa succession et afin que le peuple de Dieu persévère dans l’Alliance.

 

De même Jésus annonce son départ qui est en même temps, non une fin, mais une glorification. Puis il leur donne pour mission de continuer son œuvre, une œuvre d’amour :

 

« Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

 

Pourquoi ce commandement est nouveau ? Ne se trouvait-il pas déjà dans l’Ancien Testament ? Ce qui est nouveau, c’est d’aimer comme lui, mais non pas seulement à sa manière, c’est-à-dire au point d’être prêt à donner sa vie, en refusant toute puissance, toute domination, toute violence ; ce qui est nouveau, c’est encore plus que cela, c’est d’aimer vraiment comme lui, c’est-à-dire en étant complètement guidé par son Esprit.

 

En effet le Christ, tout en affirmant son départ, révèle qu’il devient ainsi « le chemin » (Jn 14, 6) permettant ainsi l’accès au Père (v. 9). Il promet aussi à ses disciples de revenir à eux d’une manière beaucoup plus profonde (v. 18). Il promet d’envoyer son Esprit. Celui-ci ne succède pas au Fils comme Josué à Moïse mais il vient dans le croyant réaliser l’union avec le Père et le Fils de manière beaucoup plus vraie et réelle que la simple présence extérieure (v. 16).

 

Ainsi, non seulement nous pouvons aimer comme Jésus, ayant comme lui, l’Esprit de Dieu. Mais plus encore Jésus affirme qu’il va poursuivre son œuvre à travers les croyants : en effet le disciple, uni au Christ, est appelé à faire les œuvres du Fils et même de plus grandes encore (v. 12-14).

 

D’ailleurs, dans l’Ancien-Testament, toute mission confiée est déjà suivie de l’assurance de la présence de Dieu ; ici aussi les croyants, ayant part à la mission du Fils, reçoivent de celui-ci l’assurance de sa présence en eux (v. 15-26). La réalité et la nécessité de cette union entre le Christ et ses disciples sont  affirmées aussi par la réciproque : comme le Fils est dans le Père et peut ainsi accomplir l’œuvre qu’il lui est donnée à faire (v. 10), le disciple est appelé à demeurer dans le Fils pour accomplir son œuvre (v. 20). Jésus et le Père vont alors venir d’une façon toute nouvelle dans le croyant : ils vont faire de lui leur demeure (v. 23).

 

La suite de ce discours d’adieu résumera cette idée à travers l’allégorie de la Vigne. Comme le sarment est lié au cep, ainsi nous-mêmes nous ne pouvons rien faire en dehors de Jésus.

 

Avons-nous conscience de devoir placer ce commandement nouveau de l’amour au cœur de notre devoir d’état, de nos relations, de nos choix politiques ?

 

Oh oui dirais-je, je sais que comme chrétien je suis appelé à aimer les autres. Rien de faux dans cela. Mais cela est incomplet. La nouveauté de ce commandement du Christ est d’aimer « comme lui » : au cœur de ma vie d’amour, est-ce que je comprends que je ne peux rien faire sans être branché sur lui, accroché à Dieu, sous l’influence de l’Esprit-Saint ? Un évêque nous disait un jour alors que j’étais séminariste pendant mon service militaire : « attention ce n’est pas par l’excellence de votre travail que vous porterez témoignage du Christ, mais par le fait que vous avez besoin de Dieu au cœur même de votre travail. »

 

Le Christ nous le dit : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres ». Oui, vraiment, que notre témoignage renvoie au Christ qui seul peut nous permettre de vivre d’amour.

 

                                   Père Alexis de Brébisson

 

4ème Dimanche de Pâques – 12 mai 2019 – Année C

 

 

 

C

 

’est à la suite de la guérison de l’aveugle né que Jésus se présente comme le bon Pasteur. Devant lui une foule l’écoute avec aussi dedans des contradicteurs. Mais il n’y a en lui que de l’amour, un amour qui pardonne et qui sauve, qui console et relève. Un amour immense et pourtant rejeté par une grande partie de ce peuple, pourtant préparé depuis des siècles à accueillir le Messie. Les foules viennent l’écouter. Elles ont même du mal à le quitter le soir. Une partie du peuple élu reçut vraiment Jésus comme le Messie. Mais peu parmi les autorités, arrivant même à retourner le peuple contre lui. Mais nous savons que Dieu va profiter du rejet pour accomplir son œuvre de salut et répandre l’Evangile sur toute la terre. La persécution des premiers chrétiens fut l’origine de leur départ dans tous les pays autour de la méditerranée. Cependant, même conscient de cela, une des plus grandes souffrances du Christ fut sûrement de voir ce rejet de son amour. Comment puisse être le cas ? comme se fait-il que l’on puisse rejeter l’amour du Christ ? Aujourd’hui comme hier ? Cela est dû sûrement chez nous à une crise de transmission, crise de la pratique, crise de confiance envers l’Eglise. Mais au-delà de ces raisons, il y en a une plus grande. Beaucoup d’hommes ne connaissent pas l’amour du Christ. Ils pensent que la foi est une question d’idées. Ils ne savent pas qu’il s’agit d’abord d’une histoire d’amour entre eux et Dieu, entre Jésus et nous. « Voici mon amour, donnez-moi mon amour » criait Saint Philippe Neri le jour de sa mort quand l’Eucharistie lui fut donnée. L’amour du Christ, voilà ce qui a motivé tous les saints depuis 2000 ans et motivera les saints à venir. L’amour du christ n’est pas encore connu. Ce que le Christ a fait pour nous est immense. Il a sauvé toute l’humanité du péché. Chacun de nous. « Je donne ma vie pour mes brebis ». Il nous aime avec des actes. « Qu’est-ce que signifie aimer ? ». Un garçon de 7 ans répondit : « Aimer ? C’est être là. ». Jésus est venu pour être là. Il y a 2000 ans. Aujourd’hui dans l’Eucharistie. Être Dieu et venir s’assujettir à la condition humaine. Parce qu’il nous aime et ne veut plus que nous dérivions vers le vide. Il est là,  pardonnant les péchés, prêchant la bonne parole, guérissant les malades. Voilà l’amour du Christ. Il sera encore plus beau dans son silence et son amour face à ceux qui lui cracheront au visage. Il le sera au maximum sur la croix pardonnant à ceux qui « ne savent pas ce qu’ils font ».

 

Il nous aime encore aujourd’hui plus que tout. A la folie. Donnant sa vie, dans l’Eucharistie, dans l’Eglise. L’amour de Dieu pour les hommes, passe en particulier à travers les prêtres. C’est la journée pour le dire. C’est par le prêtre que la grâce de Dieu vient dans le monde. En cette journée du Bon Pasteur priez pour les prêtres qui vous donnent la vie divine. Ayez conscience de la grandeur du prêtre malgré toute sa faiblesse. Priez pour que des jeunes entendent cet appel.

 

Paroles du Curé d’Ars :

 

« Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

 

« Le prêtre n’est pas prêtre pour lui, il l est pour vous. »

 

« Allez vous confesser à la Sainte Vierge ou à un ange. Vous absoudront-ils ? Vous donneront-ils le corps et le sang de notre Seigneur ? Non, la Sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin Fils dans l’hostie. Vous auriez deux cents anges là, qu’ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre, tant simple qu’il soit, le peut. Il peut vous dire : Allez en paix, je vous pardonne. »

 

« Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! »

 

                       

 

Père Alexis de Brébisson

 

3ème Dimanche de Pâques – 5 mai 2019 – Année C

 

Q

 

ue s’est-il passé après la résurrection du Christ ? La vie a repris son cours. A Jérusalem et ailleurs. Les apôtres ainsi repartent à leur travail. Certains comme pécheurs. Tout en se regroupant chaque jour pour prier autour de Marie. Pierre entraîne les autres à pËcher. On voit là son charisme de chef. Quelque soit le reniement qu’il a eu. Tout le monde comme lui peut tomber. Nous condamnons trop vite les plus grands quand ils tombent. Je suis toujours surpris par la force des condamnation des médias. Mais ils sont des hommes sujets à des défaillances dont nous sommes tous capables. « La mesure dont vous vous servirez pour juger les autres servira aussi pour vous ».

 

Montons donc dans la barque avec Pierre. Thomas est là et d’autres. Ils sont 7, chiffre parfait, symbole aussi de communion entre eux. On jette les filets. Longue et dure nuit de la pêche. Nuit de l’attente et de la confiance. L’aube point son nez. Le filet est levé, trop facilement car la pêche est mauvaise. Pas de récrimination. Non comme nous dès que cela ne va pas. Ils savent qu’ils ne sont pas les maîtres des fonds marins.

 

Quand tout d’un coup, le voici notre Dieu, avec son Corps glorieux, qui les interpelle du rivage. Avec tant de tendresse : « Mes enfants ». Il leur demande ce qu’ils n’ont pas, du poisson, pour nous pousser à le lui demander. « Jetez le filet à droite ». Ces pêcheurs, spécialistes du lac, qui n’ont pas reconnu Jésus en cet homme, font pourtant confiance à cet inconnu. La pêche est fructueuse. 

 

« C’est le Seigneur ! » : la foi de St Jean est toujours la première. Pierre se jette à l’eau : c’est l’ardeur du chef. Jésus, lui, a préparé un feu avec du pain et du poisson. Le Christ a préparé le repas des apôtres, portant attention à ses amis, revêtant le rôle de cuisinier, ne restant pas sur le seul rivage de sa transcendance.

 

J’imagine les apôtres contemplant tout autant la présence du ressuscité que les poissons en grand nombre, se pinçant car ils pensent rêver. Mais le maître les rappelle à la réalité : « allez mes enfants ! venez déjeuner ! » Quelle délicatesse, qui ne peut être que celle d’un Dieu incarné, d’un Père au cœur de Mère, d’un Fils bien aimé du Père, témoignant d’un amour immense et délicat. Ce dernier repas nous rappelle le premier repas aux noces de Cana où Jésus avait déjà manifesté son attention et sa proximité à tous. Et tant d’autres repas. Celui de la Cène bien sûr aussi. Le repas, lieu d’une manifestation de l’amour.

 

Quelle importance des repas familiaux, celui du dimanche en particulier après la messe. Mais c’est tous les jours que les repas doivent être pris ensemble. Dans un repas, il y a tout l’amour de la personne qui l’a préparé. Même si les hommes sont souvent, quand ils s’y mettent, de bons cuisiniers, nous savons combien les femmes nous montrent là une leçon d’attention et d’amour. Dans le manger, il y a son amour. Et quand le plat arrive sur la table, on la regarde et on lui dit : « Oh que c’est bon, oh maman que tu es forte ! ». Et la femme est heureuse d’avoir rendu heureux. L’amour est toujours fait de mille attentions. Quelle importance que les repas. C’est être ensemble. Essayer de s’aimer en oubliant ce qui divise, grâce au même plat que l’on savoure…

 

Les apôtres invitent chacun de nous et l’Eglise ainsi par leur exemple à vivre unis et à cesser de juger les autres à l’emporte-pièce. A assumer les apparents échecs en croyant toujours qu’ils ont leurs raisons et peuvent être source de fécondité. A être attentif et à écouter des voix qui ne viennent pas seulement de nos rivages. A croire de toute notre force que Jésus nous aime comme un Père avec un cœur de mère et que son rôle n’est pas de nous dominer mais de nous servir. Enfin ils nous appellent à vivre aujourd’hui ensemble un bon repas où tout le monde se sentira aimé et heureux. En atttendant ce moment offrons à Jésus ce pain et ce vin fruits de notre pauvre travail. Il va le transcender !                                 

 

Père Alexis de Brébisson

 

Dimanche de Pâques – 21 avril 2019 

 

P

 

endant ces derniers jours, nous avons vécu les heures au cours desquelles triomphait la puissance des ténèbres. Par un dessein mystérieux de Dieu, le ciel avait laissé en quelque sorte toute liberté au prince de ce monde, le diable, d'user de sa puissance pour s'acharner sur celui qui était venu ici-bas enlever le péché du monde ; il  était  ainsi  devenu,  pour  l'instant,  comme  le grand coupable,  qui portait le péché comme un manteau et en prenait la responsabilité devant Dieu et devant les hommes. Nous avons vu ces puissances du mal s'acharner sur le Christ Jésus, livrer cette bataille spirituelle au jardin de Gethsémani, et accumuler contre lui les ténèbres, la haine qui opérait en lui son œuvre de destruction et de mort. Nous l'avons vu mourir sur la croix. C'était l'heure de la puissance des ténèbres, l'heure de leur triomphe passager.

 

Dans notre vie aussi, nous l’avons vu, ces puissances des ténèbres ont voulu déjà à maintes reprises exercer sur nous leur pouvoir, nous conduire à commettre le péché, nous pousser à la rupture avec l’amour, en sa source qui est Dieu. Et si nous refusions de nous laisser induire en erreur, de nous couper de la sainte et divine volonté qui est charité, le diable semblait prendre un malin plaisir à nous faire souffrir, à nous accabler de malheur alors même que nous étions fidèles. Et Dieu semblait dans notre vie accepter que nous soyons ainsi tentés par le mal, que nous nous  laissions séduire par lui, ou que nous soyons accablés par la souffrance.

 

Mais ce matin, alleluia !, nous assistons en Jésus au triomphe de la Vie. La vie divine en elle-même n'a pas été atteinte ; seule la vie mortelle, la vie corporelle de Jésus est tombée sous les coups. Son corps et son âme se sont séparés, sa vie temporelle a disparu pour un instant. Mais ce corps est resté le corps du Fils de Dieu, tout animé intérieurement par la divinité, le corps de la deuxième Personne de la Sainte Trinité ; et l'âme aussi restait pleine de cette divinité.

 

Par un dessein mystérieux et incompréhensible, Dieu a voulu cette souffrance et cette mort, pour nous montrer l'œuvre du péché. Il l'a voulue surtout pour assurer d'une façon éclatante le triomphe de la Vie, celui auquel nous assistons aujourd'hui.

 

Mais ce matin, alleluia !, nous assistons en nous à ce triomphe de la Vie. La vie de la grâce en nous, reçue le jour de notre baptême n’a pas été atteinte ; seule notre vie humaine a été affaiblie par la souffrance et défigurée par le péché. Peut être avons-nous été pendant un temps coupés de la source qui alimentait notre vie d’enfant de Dieu. Mais nous sommes restés les bien-aimés du Seigneur. Et aujourd’hui nous revenons à la vie.

 

Par un dessein mystérieux et incompréhensible, Dieu a voulu cette souffrance et même cett histoire en nous dramatique du péché, pour nous permettre ce matin de recevoir en pleine lumière l’évidence de son amour et sa vérité qui éclate dans le mystère de la Résurrection du Christ.

 

Qu'est cette fête de Pâques ? Pourquoi l'Église met-elle sur nos lèvres le chant répété de l'Alleluia ? C'est pour chanter le triomphe de la vie de Dieu, le triomphe pascal. En effet, la vie triomphe en Jésus : il sort du tombeau, son âme, son corps lui-même sont glorifiés. Ils seront désormais toujours glorifiés car le Christ ressuscité ne meurt plus.

 

Qu’est cette fête de Pâques ? C’est le triomphe de la vie de Dieu en nous. Le Seigneur nous guérit de la lèpres du péché, il ôte le poids de la souffrance qui chargeait nos épaules, il nous redonne la liberté et la joie des enfants de Dieu. Avec toute l’Église, louons le Seigneur et rendons-lui gloire à jamais !

 

Père Alexis de Brébisson

 

5ème Dimanche de Pâques – 19 mai 2019 – Année C

 

C

 

es paroles sont issues du discours d’adieu de Jésus. C’est le début de ce discours que nous entendons ici. Judas vient de sortir pour aller le livrer. Dans peu de temps, Jésus va lui aussi sortir mais lui, pour aller prier ; il invitera ses disciples à le suivre.

 

Ce discours d’adieu ressemble à un discours d’adieu comme on peut en trouver déjà dans l’Ancien Testament, fait par de grands personnages : par exemple Moïse, contemplant la terre promise, donna avant de mourir ses instructions à Josué afin qu’il prenne sa succession et afin que le peuple de Dieu persévère dans l’Alliance.

 

De même Jésus annonce son départ qui est en même temps, non une fin, mais une glorification. Puis il leur donne pour mission de continuer son œuvre, une œuvre d’amour :

 

« Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

 

Pourquoi ce commandement est nouveau ? Ne se trouvait-il pas déjà dans l’Ancien Testament ? Ce qui est nouveau, c’est d’aimer comme lui, mais non pas seulement à sa manière, c’est-à-dire au point d’être prêt à donner sa vie, en refusant toute puissance, toute domination, toute violence ; ce qui est nouveau, c’est encore plus que cela, c’est d’aimer vraiment comme lui, c’est-à-dire en étant complètement guidé par son Esprit.

 

En effet le Christ, tout en affirmant son départ, révèle qu’il devient ainsi « le chemin » (Jn 14, 6) permettant ainsi l’accès au Père (v. 9). Il promet aussi à ses disciples de revenir à eux d’une manière beaucoup plus profonde (v. 18). Il promet d’envoyer son Esprit. Celui-ci ne succède pas au Fils comme Josué à Moïse mais il vient dans le croyant réaliser l’union avec le Père et le Fils de manière beaucoup plus vraie et réelle que la simple présence extérieure (v. 16).

 

Ainsi, non seulement nous pouvons aimer comme Jésus, ayant comme lui, l’Esprit de Dieu. Mais plus encore Jésus affirme qu’il va poursuivre son œuvre à travers les croyants : en effet le disciple, uni au Christ, est appelé à faire les œuvres du Fils et même de plus grandes encore (v. 12-14).

 

D’ailleurs, dans l’Ancien-Testament, toute mission confiée est déjà suivie de l’assurance de la présence de Dieu ; ici aussi les croyants, ayant part à la mission du Fils, reçoivent de celui-ci l’assurance de sa présence en eux (v. 15-26). La réalité et la nécessité de cette union entre le Christ et ses disciples sont  affirmées aussi par la réciproque : comme le Fils est dans le Père et peut ainsi accomplir l’œuvre qu’il lui est donnée à faire (v. 10), le disciple est appelé à demeurer dans le Fils pour accomplir son œuvre (v. 20). Jésus et le Père vont alors venir d’une façon toute nouvelle dans le croyant : ils vont faire de lui leur demeure (v. 23).

 

La suite de ce discours d’adieu résumera cette idée à travers l’allégorie de la Vigne. Comme le sarment est lié au cep, ainsi nous-mêmes nous ne pouvons rien faire en dehors de Jésus.

 

Avons-nous conscience de devoir placer ce commandement nouveau de l’amour au cœur de notre devoir d’état, de nos relations, de nos choix politiques ?

 

Oh oui dirais-je, je sais que comme chrétien je suis appelé à aimer les autres. Rien de faux dans cela. Mais cela est incomplet. La nouveauté de ce commandement du Christ est d’aimer « comme lui » : au cœur de ma vie d’amour, est-ce que je comprends que je ne peux rien faire sans être branché sur lui, accroché à Dieu, sous l’influence de l’Esprit-Saint ? Un évêque nous disait un jour alors que j’étais séminariste pendant mon service militaire : « attention ce n’est pas par l’excellence de votre travail que vous porterez témoignage du Christ, mais par le fait que vous avez besoin de Dieu au cœur même de votre travail. »

 

e Christ nous le dit : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres ». Oui, vraiment, que notre témoignage renvoie au Christ qui seul peut nous permettre de vivre d’amour.

 

                                   Père Alexis de Brébisson

 

3ème Dimanche de Pâques – 5 mai 2019 – Année C

 

Q

 

ue s’est-il passé après la résurrection du Christ ? La vie a repris son cours. A Jérusalem et ailleurs. Les apôtres ainsi repartent à leur travail. Certains comme pécheurs. Tout en se regroupant chaque jour pour prier autour de Marie. Pierre entraîne les autres à pËcher. On voit là son charisme de chef. Quelque soit le reniement qu’il a eu. Tout le monde comme lui peut tomber. Nous condamnons trop vite les plus grands quand ils tombent. Je suis toujours surpris par la force des condamnation des médias. Mais ils sont des hommes sujets à des défaillances dont nous sommes tous capables. « La mesure dont vous vous servirez pour juger les autres servira aussi pour vous ».

 

Montons donc dans la barque avec Pierre. Thomas est là et d’autres. Ils sont 7, chiffre parfait, symbole aussi de communion entre eux. On jette les filets. Longue et dure nuit de la pêche. Nuit de l’attente et de la confiance. L’aube point son nez. Le filet est levé, trop facilement car la pêche est mauvaise. Pas de récrimination. Non comme nous dès que cela ne va pas. Ils savent qu’ils ne sont pas les maîtres des fonds marins.

 

Quand tout d’un coup, le voici notre Dieu, avec son Corps glorieux, qui les interpelle du rivage. Avec tant de tendresse : « Mes enfants ». Il leur demande ce qu’ils n’ont pas, du poisson, pour nous pousser à le lui demander. « Jetez le filet à droite ». Ces pêcheurs, spécialistes du lac, qui n’ont pas reconnu Jésus en cet homme, font pourtant confiance à cet inconnu. La pêche est fructueuse. 

 

« C’est le Seigneur ! » : la foi de St Jean est toujours la première. Pierre se jette à l’eau : c’est l’ardeur du chef. Jésus, lui, a préparé un feu avec du pain et du poisson. Le Christ a préparé le repas des apôtres, portant attention à ses amis, revêtant le rôle de cuisinier, ne restant pas sur le seul rivage de sa transcendance.

 

J’imagine les apôtres contemplant tout autant la présence du ressuscité que les poissons en grand nombre, se pinçant car ils pensent rêver. Mais le maître les rappelle à la réalité : « allez mes enfants ! venez déjeuner ! » Quelle délicatesse, qui ne peut être que celle d’un Dieu incarné, d’un Père au cœur de Mère, d’un Fils bien aimé du Père, témoignant d’un amour immense et délicat. Ce dernier repas nous rappelle le premier repas aux noces de Cana où Jésus avait déjà manifesté son attention et sa proximité à tous. Et tant d’autres repas. Celui de la Cène bien sûr aussi. Le repas, lieu d’une manifestation de l’amour.

 

Quelle importance des repas familiaux, celui du dimanche en particulier après la messe. Mais c’est tous les jours que les repas doivent être pris ensemble. Dans un repas, il y a tout l’amour de la personne qui l’a préparé. Même si les hommes sont souvent, quand ils s’y mettent, de bons cuisiniers, nous savons combien les femmes nous montrent là une leçon d’attention et d’amour. Dans le manger, il y a son amour. Et quand le plat arrive sur la table, on la regarde et on lui dit : « Oh que c’est bon, oh maman que tu es forte ! ». Et la femme est heureuse d’avoir rendu heureux. L’amour est toujours fait de mille attentions. Quelle importance que les repas. C’est être ensemble. Essayer de s’aimer en oubliant ce qui divise, grâce au même plat que l’on savoure…

 

Les apôtres invitent chacun de nous et l’Eglise ainsi par leur exemple à vivre unis et à cesser de juger les autres à l’emporte-pièce. A assumer les apparents échecs en croyant toujours qu’ils ont leurs raisons et peuvent être source de fécondité. A être attentif et à écouter des voix qui ne viennent pas seulement de nos rivages. A croire de toute notre force que Jésus nous aime comme un Père avec un cœur de mère et que son rôle n’est pas de nous dominer mais de nous servir. Enfin ils nous appellent à vivre aujourd’hui ensemble un bon repas où tout le monde se sentira aimé et heureux. En atttendant ce moment offrons à Jésus ce pain et ce vin fruits de notre pauvre travail. Il va le transcender !                                 

 

Père Alexis de Brébisson

 

Dimanche des Rameaux – 14 avril 2019    

 

 

 

V

 

ous êtes venus chercher ce rameau béni que vous placerez tout à l’heure délicatement entre les bras de Jésus au sommet de votre crucifix, mais plus encore vous êtes venus acclamer ce messie. Vous êtes venus manifester votre attachement au Christ, votre désir qu’il règne dans votre vie, dans votre famille, que son amour imprègne toutes les réalités de votre existence. Comme cette foule à l’entrée de Jérusalem, vous êtes prêts à mettre votre foi dans cet homme dont les paroles et les œuvres manifestent l’origine divine.

 

Or, nous venons de l’entendre, c’est cette même foule qui va permettre la condamnation de Jésus et le conduire sur le Golgotha. Or nous le savons, nous aussi, nous sommes capables du pire, de mener souvent notre prochain, parfois même celui que nous aimions le plus, par notre attitude, sur le chemin de la croix. Triste réalité que ce cœur de l’homme compliqué et malade, capable du pire et désireux cependant du meilleur !

 

Le supérieur des dominicains de Paris, à la sortie de la guerre de 39-45, apprenant l’horreur des camps d’extermination, avait réuni les jeunes frères de son couvent afin de leur poser la question suivante : croyez-vous que vous puissiez faire autant de mal qu’Hitler ? Et avant de leur laisser le temps de répondre, il leur dit : si vous répondez que vous n’auriez jamais pu faire ce qu’il a fait, c’est que vous n’avez encore jamais rien compris à la nature humaine, toujours capable du pire en raison du péché qui l’abime en profondeur.

 

Combien moi-même comme prêtre, je dois rester humble, lorsque j’entends aujourd’hui le déchainement médiatique, vis-à-vis des prêtres accusés de pédophilie. Ne serais-je pas, moi aussi, capable du pire ? Combien je dois ne pas me reposer sur mes propres forces, mais comme le malfaiteur, implorer à chaque instant, et dès maintenant, au Christ de se souvenir de moi quand il sera dans son Royaume.

 

Oui tout homme, moi le premier, est capable, comme cette foule, d’exalter son héros et de le tuer deux jours après, l’homme est capable, comme Pierre, de prêter fidélité par amour au Christ, et de l’abandonner dans les heures qui suivent.

 

Je vous invite cette semaine à vous identifier à ce malfaiteur qui s’adresse à Jésus, crucifié à côté de lui. Reconnaissant sa faute, il n’hésite pas à s’en remettre à celui qui partage ses souffrances à côté de lui.

 

Ô grandeur du Christ ! Ô incroyable puissance de Jésus sur la croix ! Jésus répond à sa prière. Jésus exauce immédiatement sa demande : ce malfaiteur va entrer aujourd’hui même avec Jésus dans le Paradis. Cloué sur l’arbre de la croix, Jésus en fait l’arbre de la Vie, au centre du Paradis. Jésus fait de sa mort et de celle du malfaiteur, le passage à la vraie vie.

 

En déposant votre rameau sur la croix dans votre maison ou sur une tombe, demandez aussi au Seigneur, que toutes les croix, que tous les souffrances de votre vie et de notre monde, que tous les morts de notre temps deviennent, dès maintenant, aujourd’hui, par la puissance de son amour, arbre de vie et porte d’entrée dans le Paradis.

                                                                                  Père Alexis de Brébisson

5ème Dimanche de Carême – 7 avril 2019-Suite commentaire PGMR

 

De même, parce qu´on prenait conscience de la situation nouvelle du monde contemporain, il a semblé qu´on ne portait aucune atteinte au vénérable trésor de la tradition en modifiant certaines phrases empruntées à la plus ancienne tradition pour que leur style s´accorde mieux avec le langage théologique d´aujourd´hui et se rattache en vérité à la situation actuelle de la discipline dans l´Église. C´est pourquoi certaines expressions, concernant l´appréciation et l´usage des biens terrestres, ont été changées, ainsi que d’autres qui mettaient en relief une forme de pénitence extérieure propre à l´Église d’autres époques. Voilà comment les normes liturgiques du concile de Trente ont été, sur bien des points, complétées et parachevées par les normes du IIe concile du Vatican; celui-ci a conduit à son terme les efforts visant à rapprocher les fidèles de la liturgie, efforts entrepris pendant ces quatre siècles et surtout à une époque récente, grâce au zèle liturgique déployé par saint Pie X et ses successeurs.

 

Catéchèse du Pape François sur la liturgie (Mercredi 8 novembre 2017)

 

Il est fondamental pour nous chrétiens de bien comprendre la valeur et la signification de la Messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation avec Dieu. Nous ne pouvons oublier le grand nombre de chrétiens qui, dans le monde entier, en deux mille ans d’histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie; et ceux qui, aujourd’hui encore, risquent leur vie pour participer à la Messe du dimanche. En l’an 304, au cours des persécutions de Dioclétien, un groupe de chrétiens, d’Afrique du Nord, furent surpris alors qu’ils célébraient la Messe dans une maison et furent arrêtés. Le proconsul romain leur demanda, au cours de l’interrogatoire, pourquoi ils l’avaient fait, sachant que cela était absolument interdit. Et ils répondirent: «Nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche», ce qui voulait dire: si nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre, notre vie chrétienne mourrait.

 

En effet, Jésus dit à ses disciples: «Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour» (Jn 6, 53-54). Ces chrétiens d’Afrique du Nord furent tués parce qu’ils célébraient l’Eucharistie. Ils ont laissé le témoignage que l’on peut renoncer à la vie terrestre pour l’Eucharistie, parce que celle-ci nous donne la vie éternelle, en nous faisant participer à la victoire du Christ sur la mort. Un témoignage qui nous interpelle tous et exige une réponse sur ce que signifie pour chacun de nous de participer au sacrifice de la Messe et de nous approcher de la Table du Seigneur. Cherchons-nous cette source « jaillissante d’eau vive» pour la vie éternelle? Qui fait de notre vie un sacrifice spirituel de louange et d’action de grâce et fait de nous un seul corps avec le Christ? Tel est le sens le plus profond de la sainte Eucharistie, qui signifie «action de grâce»: action de grâce à Dieu le Père, Fils et Saint-Esprit qui nous englobe et nous transforme dans sa communion d’amour.

 

(…) Le Concile Vatican II a été fortement animé par le désir de conduire les chrétiens à comprendre la grandeur de la foi et la beauté de la rencontre avec le Christ. Pour cette raison, il était nécessaire avant tout de réaliser, sous la direction de l’Esprit Saint, un renouveau adapté de la liturgie, parce que l’Eglise vit constamment d’elle et se renouvelle grâce à elle. (…)

 

L’Eucharistie est un événement merveilleux dans lequel Jésus Christ, notre vie, se fait présent. (…)

 

Il est très important de revenir aux fondements, de redécouvrir ce qui est l’essentiel, à travers ce que l’on touche et ce que l’on voit dans la célébration des sacrements. La question de l’apôtre saint Thomas (cf. Jn 20, 25), de pouvoir voir et toucher les blessures des clous dans le corps de Jésus, est le désir de pouvoir d’une certaine façon «toucher Dieu» pour y croire. Ce que saint Thomas demande au Seigneur est ce dont nous avons tous besoin: le voir, et le toucher pour le reconnaître. Les sacrements répondent à cette exigence humaine. Les sacrements, et la célébration eucharistique de façon particulière, sont les signes de l’amour de Dieu, les voies privilégiées pour le rencontrer

 

4ème Dimanche de Carême - 31 mars 2019-Suite commentaire PGMR

 

15. De la sorte, tandis que l´Église demeure fidèle à sa charge d’enseigner la vérité en gardant "ce qui est ancien", c´est-à-dire le dépôt de la Tradition, elle accomplit aussi son devoir d´examiner et d´adopter prudemment "ce qui est nouveau" (cf. Mt 13, 52). En effet, une partie du nouveau Missel rattache plus clairement les prières de l´Église aux besoins de notre temps; de ce genre relèvent principalement les messes rituelles et "pour intentions et circonstances diverses", dans lesquelles se combinent heureusement tradition et nouveauté. C´est pourquoi aussi, tandis que sont demeurées intactes beaucoup d´expressions puisées dans la plus antique tradition de l´Église, et rendues familières par le même Missel romain dans ses nombreuses éditions, beaucoup d´autres ont été adaptées aux exigences et aux conditions actuelles. D´autres, enfin, comme les oraisons pour l´Église, les laïcs, la sanctification du travail humain, la communauté de toutes les nations, et pour certains besoins propres à notre époque, ont été entièrement composées à neuf, en empruntant les pensées et souvent les termes mêmes aux récents documents conciliaires.

 

L’ancien et le neuf, la Tradition et la nouveauté. Savoir donner sa place à l’un et l’autre dans la liturgie en les harmonisant d’une manière heureuse n’est pas chose facile ! Ce n’est pas que les idées manquent pour le faire, parfois peut être les forces vives pour les réaliser. Mais en fait, tous les symboles dans la liturgie marquent les esprits en rapport avec leur passé, leur culture et peuvent choquer et rebuter alors même qu’ils ont mission de conduire vers Dieu et de nous manifester sa présence apaisante.

 

De la prudence ! Le texte le dit lui-même. Il en faut donc beaucoup quand on change quelque chose. Non pas simplement parce que l’assemblée peut avoir du mal à accepter un changement mais tout simplement parce que tout ce qui est nouveau n’est pas forcément bon. Je me souviens d’une messe dans un prieuré monastique où j’étais de passage avec deux amis : le prêtre avait pris une Prière Eucharistique qui avait été composée par je ne sais qui mais qui ne faisait pas parti des textes officiels proposés dans le Missel. Cette composition avait la bonne intention de se faire proche de la réalité humaine, mais elle était très loin de la Tradition de l’Eglise que l’on trouve dans toutes les Prières Eucharistiques, avec une invocation à l’Esprit-Saint, le fait de nommer la communion avec l’évêque du lieu, l’attention aux défunts, etc. L’un des jeunes présents, séminariste un peu « sérieux », avait été tellement choqué par cela qu’il avait préféré ne pas rester. L’Eglise est donc toujours très prudente pour que les nouvelles compositions sachent trouver ce juste équilibre entre « l’adaptation aux conditions actuelles » et la « Tradition ».

 

Qu’est-ce d’ailleurs que la « Tradition » ? Sujet vaste… On pourrait dire les coutumes, les habitudes, la manière de penser et d’exprimer la foi chrétienne en particulier dans la prière liturgique depuis les premiers chrétiens. On dit par exemple que la « Parole de Dieu », c’est « l’Ecriture lue dans la Tradition de l’Eglise ». Pour le dire autrement, pour comprendre un passage de la Bible, comme pour bien comprendre le contenu d’une célébration liturgique, il s’agit de se placer dans le contexte de la vie de l’Eglise depuis 2000 ans. Comment l’Eglise comprend et interprète depuis 2000 ans, telle ou telle affirmation de Jésus, c’est cela la Tradition. Comment l’Eglise fait sienne la prière du Christ et de ses disciples depuis 2000 ans, c’est cela la Tradition. D’où l’importance, dans toute office liturgique de savoir faire le lien entre « l’ancien » et le « nouveau ». On parle aussi « d’inculturation » dans notre époque de la liturgie que l’Eglise a vécu depuis 2000 ans. Plus encore, pour être vraiment fidèle à cette Tradition de l’Eglise, il s’agit non pas de conserver scrupuleusement les choses du passé mais de toujours se réformer pour s’adapter à son temps tout en gardant non seulement la substance de la foi mais aussi la mémoire du passé.

 

J’aime dans notre paroisse, je le dis encore une fois, cette chance de pouvoir dans les lieux où nous sommes et avec les talents que nous avons, vivre cette harmonie. Je souhaite que nous puissions continuer dans ce sens. C’est pour cela en particulier que, à Putanges, lorsque nous allons revenir à l’église St Pierre, je vais vous proposer, dans un premier temps, que, au cœur de nos célébrations, nous profitions du retable qui a été restauré. Je dirais donc la Prière Eucharistique tourné avec vous vers l’autel, c’est-à-dire « dos au peuple ». Il est important que vous compreniez qu’il ne s’agit pas d’un retour en arrière. Je vais pour cela inviter ceux qui le peuvent à échanger et partager ensemble sur le nouvel aménagement de l’église et ces questions de l’ancien et du nouveau. Ce sera le mardi 9 avril à 20h30 ou bien le mercredi 10 avril à 15h à la Maison Paroissiale de Putanges. Bienvenue à chacun.                                     Père Alexis de Brébisson

 

3ème Dimanche de Carême -24 mars 2019 - Suite commentaire PGMR

 

« Mais surtout, le IIe concile du Vatican, en conseillant "cette participation meilleure à la messe qui consiste en ce que les fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le Corps du Seigneur avec des pains consacrés à ce même sacrifice", a poussé à réaliser un autre souhait du concile de Trente, à savoir que, pour participer plus pleinement à l´Eucharistie, "les fidèles communient à chaque messe, non seulement par le désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l´Eucharistie".

 

14. Poussé par le même esprit et le même zèle pastoral, le IIe concile du Vatican a pu réexaminer ce que le concile de Trente avait statué au sujet de la communion sous les deux espèces. En effet, puisque aujourd´hui on ne met aucunement en doute les principes doctrinaux sur la pleine valeur de la communion, où l´Eucharistie est reçue sous la seule espèce du pain, il a permis de donner parfois la communion sous les deux espèces, parce que, alors, grâce à une présentation plus claire du signe sacramentel, on procure une occasion particulière de pénétrer plus profondément le mystère auquel participent les fidèles.

 

Pourquoi aujourd’hui encore si peu de chrétiens communient ? Ceux qui n’ont pas l’habitude de venir à la messe tous les dimanches ne se sentent-il pas "autorisés" à communier lorsqu’ils viennent ? Bien sûr aussi, parmi les "pratiquants régulier", certains ne communient pas en raison de leur état de vie marital. Pour d’auters c’est une difficulté tout simplement à s’approcher de Dieu qui leur semble « loin » d’eux. Ou on n’a pas pu se confesser depuis longtemps et la conscience de son péché est trop forte… Au-delà de toutes ces raisons, l’Eglise a toujours voulu favoriser depuis le Concile de Trente la communion des fidèles. L’habitude s’était perdue au Moyen-Age. Pour quelle raison ? Avec la généralisation de la pratique religieuse, la réception de la communion avait été cadrée pour veiller au sérieux de la démarche. En demandant la confession régulière pour pouvoir accéder au sacrement, cela a eu pour conséquence la raréfaction de la communion. Pour contrer cette fâcheuse situation, le Concile de Trente avait fait un vœu pieux… : « Le saint concile souhaiterait que les fidèles présents à chaque messe communient, non seulement par le désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l’eucharistie, qui leur ferait accueillir en plus grande abondance le fruit de ce très saint sacrifice ». Il ne fut pas vraiment entendu et les papes, les uns après les autres cherchèrent comment favoriser la communion des fidèles. Saint Pie X en 1905 en particulier insista sur l’importance de la communion fréquente : « l’Église désire que tous les fidèles s’approchent chaque jour de ce banquet céleste et en retire les effets plus abondants de sanctification ». On voit par exemple dans la vie carmélitaine de sainte Thérèse combien celle-ci, convaincu de son importance, "milita" pour pouvoir la recevoir le plus souvent possible. Il est probable que l’insistance de la contre-réforme sur la réalité de la présence réelle, l’influence aussi du Jansénisme, entraîna une mise à distance du commun des fidèles avec ce "très saint sacrement" qu’il ne sentait pas digne d’approcher tant qu’on n’était pas saint…. Le Concile Vatican II, mit cette importance de retrouver cette démarche de la communion au cœur de sa réforme liturgique bien sûr. Aujourd’hui, il va donc de soi de recevoir la communion à chaque messe. Comment vivons-nous cette communion ? Voici un témoignage d’un prêtre théologien que j’apprécie beaucoup, le Père Lethel, qui montre l’importance pour nous d’associer communion eucharistique et reception de la Parole de Dieu pour bien vivre l’Eucharistie :

 

« Jésus est le Verbe incarné, la parole devenue chair. Je pense qu’il ne faut jamais séparer « la parole et la chair ». Il faut se nourrir inséparablement et quotidiennement de l’une et de l’autre, sans les opposer ni les dissocier. C’est là toute la spiritualité du concile. Un catholique ne peut pas se nourrir bien de la parole sans se nourrir du corps de Jésus et ne peut pas se nourrir bien de ce corps sans lire l’écriture sainte. (…) Mon ministère me montre également que, pour de nombreux fidèles, la communion est (…) un véritable chemin de sanctification. Je me permettrai de citer à ce sujet l’exemple de ma propre mère, entrée dans la vie il y a quelques années et qui s’était convertie du protestantisme au catholicisme. La plus grande valeur qu’elle avait reçue de son éducation protestante était l’amour de la parole. Ensuite, elle a découvert le réalisme du corps eucharistique de Jésus, qui est le cœur de l’Église catholique. Elle vivait de l’Eucharistie quotidienne et disait que, pour elle, c’était une « transfusion », vitale pour bien vivre sa vocation d’épouse et de mère. Elle a sûrement été l’instrument privilégié de Dieu dans ma vocation sacerdotale... »

 

Suite commentaire PGMR - Adaptation aux conditions nouvelles

 

Quand on est découvre le texte du concile qui parle de la liturgie, « Sacrosanctum concilium », on est surpris de voir combien la question du passage du latin à la langue du pays, qui fut dans les faits total et rapide pour ne pas dire brutal, est présenté plus comme une possibilité, quelque chose d’envisageable de manière utile, progressivement et prudemment. Le latin devait rester la langue habituelle de la liturgie « latine ». Que s’est-il passé ? Sûrement un enthousiasme de la plupart des communautés pour cette évolution, ce vent de renouveau. Une joie de pouvoir ainsi entrer dans l’intelligence des textes. Participant aux évolutions de la société, les communautés chrétiennes exprimaient ainsi dans leur manière de prier une plus grande proximité avec un monde en pleine évolution non seulement dans sa technique mais aussi dans sa vie sociale et sa culture. Paul VI, pape de cette réforme liturgique, présentait ce changement de langue en disant : « Il s’agit d’associer le peuple de Dieu à l’action liturgique sacerdotale… Il faut donner à l’assemblée sa voix grave, unanime, douce et sublime ». Reconnaissons cependant au latin son intérêt et comprenons l’importance de savoir lui redonner une certaine place dans la liturgie après l’en avoir complétement évincer. Le latin permet une justesse des mots de la prière et une expression de l’unité des chrétiens au-delà des différences linguistiques, par exemple dans les grands rassemblements où le commun de messe, la prière du Notre Père par exemple aussi, sont alors souvent pris en latin.

 

Au-delà de la question de la langue, c’est celle de la compréhension des textes, en particulier de la Parole de Dieu, qui soucia les évêques du Concile Vatican II, comme ceux du Concile de Trente. L’homélie a été ainsi mise en valeur, obligatoire les dimanches et jours de fêtes. Il est possible aussi d’introduire chaque lecture. Ce que je ne me prive pas de faire régulièrement… Je comprends vraiment ce souci des pères conciliaires. Je le partage aussi. Combien de fois je me dis que les passages de la Parole de Dieu, comme les prières de la liturgie, sont des trésors dont on ne profite pas assez. Parfois je me demande s’il n’y en a pas trop par rapport à notre capacité de concentration. Mais faisons confiance à l'Eglise pour son choix et à Dieu pour sa capacité à venir toucher nos cœurs et nos intelligences  à travers cette belle liturgie de Vatican II.

 

Père Alexis de Brébisson

 

12. C´est pourquoi, rassemblé pour adapter l´Église aux conditions de sa fonction apostolique à notre époque, le IIe concile du Vatican a scruté profondément, comme celui de Trente, la nature didactique et pastorale de la liturgie. Et comme il n´est aucun catholique pour nier que le rite accompli en langue latine soit légitime et efficace, il a pu concéder en outre que "l´emploi de la langue vivante peut être souvent très utile pour le peuple", et il en a permis l´usage. L´empressement évident avec lequel ce conseil a été reçu partout a eu pour effet que, sous la conduite des évêques et du Siège apostolique lui-même, on a permis que toutes les célébrations liturgiques auxquelles le peuple participerait soient faites en langue vivante, pour que l´on comprenne plus pleinement le mystère célébré.

 

 

 

13. Néanmoins, puisque l´usage de la langue vivante dans la liturgie n´est qu´un instrument, certes très important, pour que s´exprime plus clairement la catéchèse du mystère contenu dans la célébration, le IIe concile du Vatican a, en outre, exhorté à mettre en pratique certaines prescriptions du concile de Trente auxquelles on n´avait pas obéi partout, comme le devoir de faire l´homélie les dimanches et jours de fête, et la possibilité d´intercaler dans les rites quelques monitions

 

Suite commentaire PGMR - Adaptation aux conditions nouvelles

 

Le passage ci-dessous explique encore la différence de contexte entre aujourd’hui et le 16e siècle au moment du Concile  de Trente. Les motivations de la réforme liturgique de l’époque n’étaient pas les mêmes que celle d’aujourd’hui. Et cependant les questions actuelles avaient été déjà posées à l’époque. Si l’on s’est soucié entre autres dans la réforme du Concile Vatican II de la participation pleine et entière de tous à la liturgie, cette question s’était déjà posée au Concile de Trente : faut-il célébrer dans la langue de chaque pays et à voix haute ? Le choix avait été celui de la prudence : les risques de trop grandes diversités et d’erreurs même dans les traductions auraient remis en cause l’unité de la prière d’une Eglise déjà bien fragilisée par le schisme protestant. Il s’agissait à l’inverse de mettre de l’ordre dans les différentes formes liturgiques qui avaient tendance à se multiplier. Le choix de dire la messe à voix « basse » fut motivé par le fait que la valeur de la messe repose sur « l´action du Christ lui-même » et non sur la manière dont le prêtre allait le « représenter ». A l’inverse, il est vrai qu’aujourd’hui, la manière de célébrer du prêtre, à travers sa parole et ses gestes, prend tellement de place que beaucoup vont considérer la messe comme « bien » ou « pas bien » selon le célébrant, oubliant sa valeur en elle-même.

 

La messe n’était cependant pas totalement basse. Il y avait même auparavant trois niveaux de voix attribuées aux différentes parties de la messe. La voix basse était utilisée pour les prières qui encadraient la célébration, la voix moyenne était utilisée quand le prêtre devait se faire entendre du diacre, du sous-diacre et des servants. La voix haute pour les appels à la prière, certaines oraisons et les lectures de la Bible dans la langue du pays.  Le silence au cours de la messe favorisait aussi un recueillement que beaucoup appréciait comme un temps de pause  et de méditation silencieuse, au milieu d’une vie agitée et bruyante. Nous avons aujourd’hui la grande chance que la messe soit dite dans la langue que nous comprenons et que, grâce au micro, nous puissions entendre ce qui est dit. Cependant, il nous faut pouvoir retrouver dans la liturgie actuelle ce qui favorisera la conscience par tous de la vérité de l’action du Christ au-delà des particularités de chaque célébrant. Peut-être en évitant que chacun y aille trop de son originalité. Enfin, il nous faut développer la dimension du silence et du recueillement si essentiel à une vie de prière. J’y vois là, d’expérience, un vrai enjeu pour aujourd’hui.                                       Père Alexis de Brébisson

 

10. Le nouveau Missel, tout en attestant la règle de prière de l´Église romaine et en préservant le dépôt de la foi légué par les récents conciles, marque donc à son tour une étape très importante dans la tradition liturgique. Lorsque les Pères du IIe concile du Vatican ont répété les affirmations dogmatiques du concile de Trente, ils ont parlé à une époque bien différente de la vie du monde ; c´est pourquoi, dans le domaine pastoral, ils ont pu apporter des suggestions et des conseils qu’on ne pouvait même pas prévoir quatre siècles auparavant.

 

11. Le concile de Trente avait déjà reconnu la grande valeur catéchétique de la célébration de la messe sans pouvoir cependant en tirer toutes les conséquences pratiques. Certes beaucoup demandaient qu´il fût permis d´employer la langue du pays dans la célébration du sacrifice eucharistique. Devant une telle requête, le concile, tenant compte des circonstances d´alors, estimait de son devoir de réaffirmer la doctrine traditionnelle de l´Église, selon laquelle le sacrifice eucharistique est avant tout l´action du Christ lui-même : par conséquent, son efficacité propre n´est pas atteinte par la manière dont les fidèles peuvent y participer. C´est pourquoi il s´est exprimé de cette façon ferme et mesurée : "Bien que la messe contienne un riche enseignement pour le peuple fidèle, les Pères n´ont pas jugé bon qu´elle soit célébrée sans discernement dans la langue du pays. " Et il a condamné celui qui estimerait "qu´il faut réprouver le rite de l´Église romaine par lequel le Canon et les paroles de la consécration sont prononcés à voix basse : ou que la messe doit être célébrée uniquement en langue du pays". Néanmoins, si d´un côté il a interdit l´emploi de la langue vivante dans la messe, de l’autre, il a prescrit aux pasteurs d´y suppléer par une catéchèse faite au moment voulu : "Pour que les brebis du Christ ne souffrent pas de la faim… le concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d´âmes d´expliquer fréquemment, au cours de la célébration de la messe, par eux-mêmes ou par d´autres, tel ou tel des textes qui sont lus au cours de la messe et, entre autres, d´éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête."

 

Homélie du 8ème dimanche du Temps Ordinaire

 

Suite commentaire PGMR - Manifestation d'une tradition ininterrompue

 

 

Petit commentaire avant que vous lisiez ce texte un peu long. Que de réformes dans la liturgie ! Et pourtant quelle continuité ! La problématique est cependant réelle : dans la réforme liturgique significative voulue par Vatican II, beaucoup se sont demandés si le sens de la liturgie et non seulement la forme de la célébration avait été modifié. Par exemple certains remettent en question la validité de la concélébration, ou des modifications dans les textes de la prière eucharistique, ne les considérant pas assez correspondre à la Tradition ininterrompue de l’Eglise. Ces inquiétudes ont une origine : « l’ancienne liturgie » avait elle-même été conçue comme pour apparaitre le plus fidèle à la Tradition à une époque marquée par les remises en question de la réforme protestante : c’est ce qu’on appelait la Contreréforme. Ce passage a donc pour but de rassurer en démontrant qu’il y a bien non seulement continuité, mais plus encore que la réforme se veut même rechercher une plus grande fidélité aux origines. Bonne lecture !

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

6. En énonçant les règles selon lesquelles le rite de la messe serait révisé, le IIe concile du Vatican a ordonné, entre autres, que certains rites "seraient rétablis selon l´ancienne norme des Pères", reprenant en cela les mots mêmes employés par saint Pie V, dans la Constitution apostolique Quo primum par laquelle, en 1570, il promulguait le Missel du concile de Trente. Par cette coïncidence verbale elle-même, on peut remarquer de quelle façon les deux Missels romains, bien que séparés par quatre siècles, gardent une tradition semblable et égale. Si l´on apprécie les éléments profonds de cette tradition, on comprend aussi combien le 2nd Missel complète le 1er d´une manière très heureuse.

 

7. En des temps vraiment difficiles où, sur la nature sacrificielle de la messe, le sacerdoce ministériel, la présence réelle et permanente du Christ sous les espèces eucharistiques, la foi catholique avait été mise en danger, il fallait avant tout, pour saint Pie V, préserver une tradition relativement récente, injustement attaquée, en introduisant le moins possible de changements dans le rite sacré. Et, à la vérité, le Missel de 1570 diffère très peu du 1er Missel qui ait été imprimé, en 1474, lequel déjà répète fidèlement le Missel de l´époque d´Innocent III. En outre, les manuscrits de la Bibliothèque vaticane, s´ils ont servi en certains cas à améliorer les textes, n´ont pas permis d´étendre les recherches relatives aux "auteurs anciens et approuvés" au-delà des commentaires liturgiques du Moyen Âge.

 

8. Aujourd´hui, au contraire, cette "norme des Pères" que visaient les correcteurs responsables du Missel de saint Pie V s´est enrichie par les innombrables études des savants. En effet, après la première édition du sacramentaire grégorien, en 1571, les anciens sacramentaires romains et ambrosiens ont été l´objet de nombreuses éditions critiques, de même que les anciens livres liturgiques hispaniques et gallicans. On a ainsi mis au jour quantité de prières, d´une grande qualité spirituelle, ignorées jusque-là.

 

De la même manière, les traditions des premiers siècles, antérieures à la formation des rites d´Orient et d´Occident, sont d´autant mieux connues maintenant qu´on a découvert un nombre considérable de documents liturgiques.

 

En outre, le progrès des études patristiques a permis d´éclairer la théologie du mystère eucharistique par l´enseignement des Pères les plus éminents de l´antiquité chrétienne, comme saint Irénée, saint Ambroise, saint Cyrille de Jérusalem, saint Jean Chrysostome.

 

9. C´est pourquoi la "norme des Pères" ne demande pas seulement que l´on conserve la tradition léguée par nos prédécesseurs immédiats, mais qu’on embrasse et qu’on examine de plus haut tout le passé de l´Église et toutes les manières dont la foi unique s´est manifestée dans des formes de culture humaine et profane aussi différentes que celles qui ont été en vigueur chez les Sémites, les Grecs, les Latins. Cette enquête plus vaste nous permet de voir comment l´Esprit Saint accorde au peuple de Dieu une fidélité admirable pour conserver l´immuable dépôt de la foi à travers la diversité considérable des prières et des rites.

 

 

 

Homélie du 7ème dimanche du Temps Ordinaire

 

Commentaire de la Présentation Générale  du Missel Romain

 

5. De plus, la nature même du sacerdoce ministériel met dans sa juste lumière une autre réalité de grande importance: le sacerdoce royal des fidèles, dont le sacrifice spirituel atteint sa consommation par le ministère de l’évêque et des prêtres, en union avec le sacrifice du Christ, unique médiateur[9]. Car la célébration de l´Eucharistie est l´acte de l´Église tout entière, dans lequel chacun fait seulement, mais totalement, ce qui lui revient, compte tenu du rang qu´il occupe dans le peuple de Dieu. Par là, on prête une plus grande attention à des aspects de la célébration qui, au cours des siècles, avaient été parfois négligés. Ce peuple est, en effet, le peuple de Dieu, acquis par le Sang du Christ, rassemblé par le Seigneur, nourri par sa Parole; peuple dont la vocation est de faire monter vers Dieu les prières de toute la famille humaine; peuple qui, dans le Christ, rend grâce pour le mystère du salut en offrant son sacrifice; peuple enfin qui, par la communion au Corps et au Sang du Christ, renforce son unité. Ce peuple est saint par son origine; cependant, par sa participation consciente, active et fructueuse au mystère eucharistique, il progresse continuellement en sainteté.

 

« Peuple de Dieu, cité de l’Emmanuel, Peuple de Dieu, sauvé dans le sang du Christ, Peuple de baptisés, Église du Seigneur, louange à toi ! » En lisant ce passage, je pensais spontanément à ce chant et à tant d’autres qui manifestent si bien la réalité de ce qui se vit dans l’Eucharistie : un corps spirituel se forme et grandit, avec le Christ sa tête il offre sa vie, il porte sur ses épaules et dans sa prière la vie du monde, il se tourne résolument et joyeusement vers son Père. Pour chercher à faire comprendre ce qu’est l’Eglise, le Concile a repris beaucoup d’images traditionnelles comme celle du Corps mystique, du Royaume de Dieu, du bercail, d’un terrain de culture, d’une construction, de la Jérusalem d’en Haut, Epouse ou encore de notre mère. Mais les Pères du Concile ont choisi de mettre en valeur celle du Peuple de Dieu plus particulièrement. Ce choix a permis en particulier de faire le lien avec l’élection du Peuple d’Israël et avec aussi tous les Peuples de la Terre qui sont appelés par Dieu à former un peuple unique. Voici le passage où il est fait allusion plus particulièrement à la messe :

 

« Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle ; ainsi, tant par l’oblation que par la sainte communion, tous, non pas indifféremment mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l’action liturgique. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. »

 

Deux idées me semblent importantes à souligner :

 

  1. Le souhait d’une participation plus active de tout le peuple à la liturgie. En effet, dans la messe jusqu’alors, les actes liturgiques restaient pour une grande part des actes accomplis par les clercs. Avec ce qu’on appela le « mouvement liturgique », mais aussi l’accès à la Parole de Dieu, l’utilisation de la langue vernaculaire, un souhait d’une participation plus active s’est développé fortement. Elle est aujourd’hui une réalité, dont il est beau en particulier de voir la diversité d’expression selon les époques et les cultures.
  2. Le souhait de favoriser une communion plus grande dans l’offrande. Ce qui fait notre unité, c’est un désir commun d’offrir notre vie à Dieu et aux autres. Aimer c’est se donner. Quelle beauté que ce don en commun, pour la louange du Père et pour le salut du monde !

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 6ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

Commentaire de la Présentation Générale du Missel Romain (suite)

 

4. Quant à la nature du sacerdoce ministériel, propre à l’évêque et au prêtre qui, agissant en la personne du Christ (in persona Christi), offrent le sacrifice et président l´assemblée du peuple saint, elle est mise en relief, dans la forme du rite lui-même, par l´éminence de la place et de la fonction de ce sacerdoce. Les principes de cette fonction sont d´ailleurs énoncés et clairement expliqués dans la préface de la messe chrismale du Jeudi saint, car c´est précisément ce jour-là que l´on commémore l´institution du sacerdoce. Ce texte souligne le pouvoir sacerdotal conféré par l´imposition des mains ; et l´on y décrit ce pouvoir lui-même en énumérant toutes ses fonctions : il continue le pouvoir du Christ, Souverain Pontife de la Nouvelle Alliance.

 

 

 

Après avoir parlé du Christ, il s’agit maintenant de présenter les « acteurs » de la Messe : le prêtre qui va présider la célébration. Puis les fidèles. En lisant ce texte je pense aux paroles du Curé d’Ars, qui, dans le discernement de ma propre vocation, m’ont marqué en profondeur :

 

« Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

 

« Le prêtre n’est pas prêtre pour lui, il est pour vous. »

 

« Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! »

 

Bon… rassurez-vous, il dit aussi par ailleurs la dignité de tout baptisé : « être enfant de Dieu, oh, la belle dignité ! ». Si vous plait, n’entrons pas ici dans une espèce de comparaison entre prêtre et laïc. Sachons bien découvrir la spécificité de chaque vocation, qui sont d’un ordre différent.

 

Sans nul doute, la place du prêtre dans l’Eucharistie permet de comprendre sa mission dans l’Eglise. Personnellement, j’ai parfois l’impression qu’elle est trop grande dans la célébration, ayant la sensation je suis trop au centre. Cependant, je pense à la réponse que Monseigneur Dubigeon m’avait donné lorsque, au moment de mon ordination, je lui disais qu’on en faisait trop autour de mon ordination parce que j’étais le seul. Il me répondit : «Détrompe-toi, quand il y en avait 25 à être ordonnés ensemble, chacun était encore plus qu’aujourd’hui l’objet de l’attention du peuple chrétien». Acceptons donc ce choix de Jésus que ses apôtres le «représentent » et à leur suite les évêques et les prêtres. Découvrons tout le sens de ce choix. Mettre en valeur le prêtre, c’est mettre en valeur la présence agissante du Christ, «souverain pontife de la nouvelle Alliance». Pontife ? Cela veut dire pont entre le Ciel et la Terre : Le Christ nous relie à Dieu. Et par le Christ nous nous donnons à Dieu. Pour finir je voudrais citer Benoit XVI commentant lors de l’audience générale du 14 avril 2010, cette expression «In personna Christi» :

 

«Pour comprendre ce que signifie agir in persona Christi (…) il faut expliciter avant tout ce que l'on entend par "représentation". Le prêtre représente le Christ. Qu'est-ce que cela veut dire, que signifie "représenter" quelqu'un? Dans le langage commun, cela veut dire - généralement - recevoir une délégation de la part d'une personne pour être présente à sa place, parler et agir à sa place, car celui qui est représenté est absent de l'action concrète. Nous nous demandons:  le prêtre représente-t-il le Seigneur de la même façon? La réponse est non, car dans l'Eglise, le Christ n'est jamais absent, l'Eglise est son corps vivant et le Chef de l'Eglise c'est lui, présent et œuvrant en elle. Le Christ n'est jamais absent, il est même présent d'une façon totalement libérée des limites de l'espace et du temps, grâce à l'événement de la Résurrection, (…) C'est pourquoi, le prêtre qui agit in persona Christi Capitis et en représentation du Seigneur, n'agit jamais au nom d'un absent, mais dans la Personne même du Christ ressuscité, qui se rend présent à travers son action réellement concrète. Il agit réellement et réalise ce que le prêtre ne pourrait pas faire:  la consécration du vin et du pain, afin qu'ils soient réellement présence du Seigneur (…). Le Seigneur rend présente son action dans la personne qui accomplit ces gestes. »

 

 

Père Alexis de Brébisson

Homélie du 5ème dimanche du Temps Ordinaire

 

Benoit XVI, lors d’une précédente journée des malades commentait ainsi l’Evangile comme un appel adressé à tous pour témoigner de la charité divine auprès des malades : « Duc in altum ! Cette exhortation du Christ à Pierre et aux apôtres, je l’adresse aux communautés ecclésiales répandues dans le monde et, plus spécialement, à ceux qui sont au service des malades, afin qu’avec l’aide de Marie, ils témoignent de la bonté et la sollicitude paternelle de Dieu. »

 

Duc in Altum ! Une même expression pour signifier deux attitudes fondamentales que Jésus attend de nous : vivre sa vie chrétienne en profondeur et être des témoins.

 

Aller en profondeur c’est prendre le temps de s’éloigner de notre monde superficiel, par la prière, la méditation de la Parole de Dieu en cherchant à la comprendre et à la mettre en pratique. C’est encore prendre le temps de mieux connaître la Foi de l’Eglise. C’est enfin profiter de toutes les grâces que Jésus nous donne dans les sacrements. Duc in altum : entendons cet appel. Notre monde par toutes ses sollicitations ne nous laisse plus le choix. Si nous voulons demeurer chrétiens, si nous voulons grandir dans la charité et l’amour, nous sommes obligés de nous éloigner un temps soit peu de lui, de poser dans ce sens des choix difficiles mais nécessaire, de privilégier l’approfondissement de notre connaissance du Christ avant celle du monde.

 

Choisir de prendre le large par rapport à l’esprit du monde, choisir d’approfondir sa foi, est déjà bien mais Jésus attend de nous encore plus : « Avance au large et jetez les filets». Jésus désire que nous brûlions du zèle missionnaire, pour le faire connaître et le faire aimer. On peut avoir peur de parler de Jésus, on peut se sentir bien incapable et pourtant Jésus nous envoie. Etre missionnaire, c’est indispensable pour le salut de notre monde, de nos contemporains. Etre missionnaire c’est aussi indispensable pour chacun d’entre nous car nous sommes faits pour cela : témoigner de l’amour de Jésus. Le Concile Vatican II le rappelait en affirmant que « la vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l'apostolat ». Souvent nous ne savons que dire à ceux qui ne comprennent pas la personne et le message du Christ. Cela fait grandir justement en nous le désir de mieux le comprendre et d’en vivre plus authentiquement pour être de vrais témoins. Plus encore, quand nous découvrons les difficultés de ceux qui ne croient pas, nous aurons le désir ardent de prier pour eux. Enfin, quand on se moque de nous parce que nous croyons en Jésus, nous expérimentons la paix des apôtres et des martyrs tout joyeux d’avoir souffert pour le nom de Jésus.

 

Oui, aujourd’hui Jésus nous lance ce double appel : « J’ai besoin de cœurs qui veulent vivre en profondeur et être missionnaires pour m’aider à sauver le monde ! » Plus on vivra une vie profonde, plus Jésus pourra toucher les cœurs, plus nous serons zélés plus notre désir de profondeur grandira pour aller chaque jour plus loin.

 

Duc in Altum !

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

Homelie du 4ème dimanche ordinaire –3 février 2019 – Année C

 

Présentation : Général du Missel Romain (suite) « 3.  Le mystère admirable de la présence réelle du Seigneur sous les espèces eucharistiques est affirmé de nouveau par le IIe concile du Vatican et les autres documents du magistère de l´Église avec le même sens et la même doctrine selon lesquels le concile de Trente l´avait proposé à notre foi. Le mystère, dans la célébration de la messe, est mis en lumière non seulement par les paroles mêmes de la consécration, qui rendent le Christ présent par transsubstantiation, mais encore par le sentiment et l´expression extérieure de souverain respect et d´adoration que l´on trouve au cours de la liturgie eucharistique. Pour le même motif, le peuple chrétien est amené à honorer d´une manière particulière, par l´adoration, cet admirable sacrement, le jeudi de la Cène du Seigneur et en la solennité du Corps et du Sang du Christ. »

 

 Nous sommes toujours au commencement du texte. Ce moment où l’on annonce les points essentiels, les choses les plus importantes, les axes. Après la réalité du sacrifice, de l’offrande du Christ c’est celle de sa présence qui est affirmée. Vous connaissez ce fameux sermon du curé d’Ars qui répéta en boucle « Il est là » en montrant le tabernacle.  Ou encore ce témoignage que sainte Thérèse donne de sa première Communion : « Ah ! qu’il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! (…) Depuis cette communion, mon désir de recevoir le Bon Dieu devint de plus en plus grand ». Ce que l’Eglise affirme comme le choix extraordinaire que Dieu a fait de se rendre présent à chaque Eucharistie, les saints l’ont expérimenté souvent comme l’une des plus grandes grâces de leur vie. Comprendre et accueillir, dans la foi toujours, la présence réelle. C’est sans nul doute une des réalités qui nous émerveillera le plus dans la foi chrétienne.

 

Ce choix de Dieu de se rendre présent dans les espèces eucharistiques a pour but, nous dit le Concile Vatican II, de nous faire saisir qu’à tout moment de notre vie personnelle, de la vie de l’Eglise et de la vie du monde, iI est là, Il nous maintient dans l’existence, nous vivifie, nous conduit : « Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, « le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix » et, au plus haut degré, sous les espèces eucharistiques ».

 

Dans ce petit passage, il faut bien sûr expliquer ce mot un peu compliqué que l’Eglise a cependant considéré comme le plus juste pour dire ce qui se passe à la consécration : « transsubstantiation » Littéralement, cela veut dire la transformation d’une substance en une autre. En effet, au cours de l’Eucharistie, au moment de la consécration, les espèces du pain et du vin deviennent le Corps et le Sang du Christ tout en conservant les caractéristiques physiques et les apparences originales du pain et du vin. C’est au concile de Trente (1551) que l’Eglise l’a officiellement proclamée.

 

Enfin, je mettrai en valeur un « duo » que nous allons souvent retrouver dans le sacrement de la messe et les autres sacrements aussi : le rapport entre geste et parole. Le texte nous dit que cette « présence réelle » est affirmée par les paroles tout simplement de la consécration « Ceci est (=) mon Corps » « Ceci est (=) mon Sang », mais aussi par les gestes d’adoration du prêtre et de chacun de nous. Cela est dit : quelle importance de ce qui est dit comme parole mais aussi de ce qui est fait comme geste pendant la messe ! Oserais-je un petit regard sur aujourd’hui ? Il me semble que l’usage de la langue vernaculaire a favorisé la compréhension intellectuelle de ce qui se passe dans la messe. Par contre, étonnement…, il s’est produit une diminution des « expressions extérieures de souverain respect et d´adoration », entraînant une perte indéniable du sens de la présence de Dieu. Il est important de retrouver un équilibre, un bon « duo » dans la messe. Je parle de la nôtre, ici, dans notre paroisse.                             Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 3ème dimanche du Temps Ordinaire

 

« Dans le nouveau Missel, la "règle de la prière" (lex orandi) de l´Église correspond à sa constante "règle de la foi" (lex credendi). Celle-ci nous avertit que, sauf la manière d´offrir qui est différente, il y a identité entre le sacrifice de la croix et son renouvellement sacramentel à la messe que le Christ Seigneur a institué lors de la dernière Cène et qu´il a ordonné à ses Apôtres de faire en mémoire de lui. Par conséquent, la messe est tout ensemble sacrifice de louange, d´action de grâce, de propitiation et de satisfaction. »

 

Lex orandi… Lex credendi…  Si en plus on se met à devoir faire du latin ! Mais c’est un retour en arrière ça ! Notre curé serait-il un traditionaliste qui cache bien son jeu ??? Désolé pour vous, mais ce n’est pas le cas. Tout simplement parce que je ne suis malheureusement pas doué du tout en latin, que je n’ai pas du tout une passion pour cette langue, et ne regarde jamais le passé avec nostalgie. Mais tout bon professeur de français nous dira l’intérêt de connaitre la racine des mots, leur origine. Donc, en étudiant la messe, nous nous forcerons un petit peu à ouvrir le dictionnaire français-latin (le Gaffiot je crois ?), parfois même le grec ou encore l’hébreu.

 

Cette expression, Lex orandi… lex credenti… a été prononcée par un pape, St Célestin Ier, au 5e siècle et reprise par plusieurs papes depuis. Elle signifie que la loi de la prière détermine la loi de la croyance. Autrement dit, l’Eglise croit comme elle prie. Pour le dire autrement, c’est souvent dans la prière que s’est formulée au départ la foi de l’Eglise. N’est-ce pas d’ailleurs pareil pour chacun de nous ? C’est en parlant parfois à Dieu dans le secret de notre cœur que se précise la nature de la foi que nous avons pour lui : « Seigneur, je crois que tu m’aimes et que tu vas me pardonner… ».

 

Cela est valable aussi dans l’autre sens : la fidélité à la foi se nourrira d’une fidélité à la liturgie. C’est pourquoi le pape Jean-Paul II affirmait avec force :  « Il n'est permis à personne, même au prêtre, ni à un groupe quelconque, d'y ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit de son propre chef. La fidélité aux rites et aux textes authentiques de la liturgie est une exigence de la lex orandi, qui doit toujours être conforme à la lex credendi. Le manque de fidélité sur ce point peut même toucher à la validité des sacrements ». Commentant aussi cette expression, le pape Benoît XVI disait également : « Il est nécessaire de vivre l'Eucharistie comme mystère de la foi authentiquement célébré (…) Dans cette perspective, la réflexion théologique ne peut jamais faire abstraction de l'ordre sacramentel institué par le Christ lui-même. D'autre part, l'action liturgique ne peut jamais être considérée d'une manière générique, indépendamment du mystère de la foi. En effet, la source de notre foi et de la liturgie eucharistique est le même événement : le don que le Christ fait de lui-même dans le Mystère pascal ». Pour le dire peut être plus simplement : réjouissons-nous car chaque fois que nous participons à la messe, nous entrons dans ce qui est vraiment le cœur de la foi : le don que Jésus fait de lui-même pour notre salut. Ce don, cette offrande, ce sacrifice se renouvèle de manière non sanglante (ouf !), mais pas moins puissante et efficace. Le texte finit donc par donner des qualificatifs à ce sacrifice, non pour nous faire fuir définitivement, mais pour en montrer les différentes facettes : sacrifice de louange, d´action de grâce, de propitiation et de satisfaction.  Il s’agit des différents types de sacrifices qui existaient chez les juifs, selon les circonstances ou types de demandes. Disons, pour simplifier, que le sacrifice du Christ les regroupe et les réalise tous.

 

  • Il est sacrifice de louange et d’action de grâce, parce que Jésus offre à son Père une vie remplie d’amour et d’obéissance absolument incomparable. Il donne avec joie !
  • Il est sacrifice de satisfaction dans le sens ou il est le seul à être satisfaisant, efficace, agréable à Dieu, parce que vraiment en correspondance entre l’être et la vie, celui qu’aucun être humain ne pouvait offrir.
  • Il est un sacrifice propitiatoire c’est à dire littéralement qui rend propice  Dieu, c’est-à-dire qui « apaise » Dieu. Dans le sens, où Jésus obtient par son don le pardon de toutes les fautes de tous les temps, dans la mesure où nous les reconnaissons…           

 

Père Alexis de Brébisson

 

4e Dimanche de l’Avent- Homélie – 24 décembre 2018

 

 

 

 

 

 Suite du commentaire du Préambule de la Présentation Générale du Missel Romain :

 

« Ce qui est ainsi enseigné par le concile est également exprimé de façon concordante par les formules de la messe. En effet, la doctrine signifiée avec précision par cette phrase d’un sacramentaire ancien, appelé léonien : "Chaque fois que nous célébrons ce sacrifice en mémorial, c´est l´œuvre de notre rédemption qui s´accomplit", cette doctrine est développée de façon claire et précise dans les prières eucharistiques ; dans ces prières, en effet, lorsque le prêtre proclame l´anamnèse, en s´adressant à Dieu au nom de tout le peuple, il lui rend grâce et lui offre le sacrifice vivant et saint, c´est-à-dire l´oblation de l´Église et la victime par l´immolation de laquelle Dieu nous a rétablis dans son Alliance, et il prie pour que le Corps et le Sang du Christ soient un sacrifice digne d’être agréé par le Père et qui sauve le monde. »

 

 

 

 

 

Je me souviens… de mon premier cours de liturgie au Séminaire de Caen en septembre 1993 (déjà !). Le professeur était une sœur qui avait voulu commencer l’année en nous faisons étudier la signification d’oraisons de la messe. Celles-ci portaient d’une manière assez forte le souci de « la vie des gens ». Mais lorsque nous lui avons posé la question de leur origine… elle nous expliqua qu’il s’agissait d’oraisons conçus récemment par des « liturges » français, mais qui n’avaient pas reçu l’aval de « Rome ». Et elle nous dit alors tout le mal qu’elle pensait d’une liturgie trop éloignée de la réalité actuelle de la vie. Tout à fait légitime pour cette sœur de vouloir que la messe soit plus le miroir de notre vie autant qu’elle est le miroir de notre foi. Mais le souci premier de liturgie est autre : c’est d’abord d’entrer dans ce que le Christ a vécu Lui et voulu que nous célébrions en mémoire de Lui, pour le vire à notre tour. En effet, le plus important, plus encore que la messe soit proche de notre vie, n’est-il pas que notre vie soit proche de ce qui est dit dans la messe ?

 

Oui, la messe c’est le miroir de notre foi. Il serait bien que ce soit aussi le miroir de notre vie !

 

Quand les textes de la liturgie ont été repris au cours des siècles en en particulier au moment de la réforme liturgique de Vatican II, le souci a toujours été d’être le plus proche possible des premiers écrits reçus de la Tradition. Ainsi le sacramentaire léonien, dont nous avons un extrait ici, repris dans une prière sur les offrandes du 2e dimanche ordinaire, est un recueil de prières du 5e siècles. Je suis toujours impressionné lorsque je les prononce : ces mots de la messe sont les mêmes que ceux que prononçaient les premiers chrétiens. Bien sûr, nous le verrons, ceux-même aussi que Jésus a prononcé au cœur de la prière eucharistique. Nous trouvons aussi une grande présence de prières juives. Si la communauté est appelé à recevoir ainsi des textes qui viennent de si loin, et à ne pas composer par elle-même des prières qui pourraient être aussi belles, ce n’est pas par soucis de « conservatisme ». Ceci vient de cette demande même du Christ : « Vous ferez ceci en mémoire de moi ». La messe est un mémorial dans son essence. Il est donc de première nécessité d’être au plus proche, génération après génération, de ce que le Christ a transmis comme demande à son Eglise.

 

Et, encore une fois, cela nous est dit avec force : c’est le mémorial du sacrifice du Christ. Nous le verrons en particulier dans les quatre prières eucharistiques. L’anamnèse, c’est-à-dire la reprise des paroles du Christ, ne sont pas une simple commémoration, mais une actualisation ici et maintenant. Qu’est-ce que cela veut dire ? Et bien que vous et moi, membres du Corps du Christ, nous actualisons l’offrande que le Christ a fait une vois pour toute sur la Croix. Ou plus tôt, le Christ l’actualise en nous. La victime c’est lui. Librement. La victime c’est l’Eglise et nous. Librement. Eh ! Vous auriez pu m’expliquer cela plus tôt ! Je n’ai pas envie de mourir dans deux jours moi ! Rassurez-vous, ce n’est pas peut être pas la mort atroce et injuste du Christ que vous aurez à subir. Cependant, soyez sûr, si vous le voulez, votre vie peut être vraiment le miroir des paroles de la messe : seriez-vous prêt, jour après jour, goutte après goutte, petit sacrifice après petit sacrifice à tout offrir pour la gloire de Dieu et le salut du monde ? Ou plutôt, seriez-vous prêt à laisser le Christ les prendre sur ces épaules, actualisant ainsi son sacrifice ?                                              P. Alexis de Brébisson

 

Homelie du 3ème dimanche de l’Avent – 16 décembre 2018 – Année C

 

Suite du Commentaire du préambule de la Présentation Générale du Missel RomainTémoignage d´une foi inchangée

 

2. La nature sacrificielle de la messe, solennellement affirmée par le concile de Trente en accord avec toute la tradition de l´Église, a été professée de nouveau par le IIe concile du Vatican, qui a énoncé, au sujet de la messe, ces paroles significatives: "Notre Sauveur, à la dernière Cène , institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu´à ce qu´il vienne, et en outre pour confier à l´Église, son épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection"

 

V

 

oilà… la chose est dite, rappelée, pour ne pas dire martelée dès le départ : la messe est un sacrifice. Celui du Christ. Celui de l’Eglise. Le nôtre. Vous allez voir, la suite du texte enfoncera le clou (désolé pour le jeu de mot un peu facile). Peut être que cela est nécessaire ?  Je me souviens, arrivant comme tout jeune séminariste en paroisse, avec un curé bon comme du bon pain, avoir eu un échange assez corsé sur la signification de la messe. Lui : « La messe n’est plus considérée comme un sacrifice, mais comme un repas ». Moi : « Euh… vous êtes sûr ?... ». Ce prêtre avait connu le Concile et les discussions et orientations liturgiques très diverses avant, pendant et après celui-ci. Un vent de renouveau soufflait sur l’Eglise, au point parfois de vouloir tout changer, tout mettre à neuf, par souci de dépoussiérage, de vérité. Mais le danger est de jeter le bébé avec l’eau du bain, de perdre le sens du fond en changeant la forme de l’expression. Rappelons-le donc avec force : la messe est instituée par le Christ comme mémoire de sa mort et de sa résurrection, et plus particulièrement comme anticipation de sa mort qui va arriver dans moins de 24h. Sa vie, nul de la prend. C’est lui qui la donne. Sa mort devient une offrande, un sacrifice. Prenez le mot qui vous fait peut être le plus mal… pour chercher à entrer dans la signification de cet acte et, à votre tour, dans le dessein divin. Chaque dimanche, à la messe, nous faisons mémoire de cette offrande, de ce sacrifice. Nous l’actualisons : celui du Christ fait une fois pour toute. Nous l’actualisons dans l’offrande, le sacrifice que l’Eglise fait de sa vie pour le monde. Nous l’actualisons dans l’offrande, le sacrifice, que chacun de nous fait de sa vie pour ses proches. Ou plutôt c’est le Christ, qui nous donne de le faire, qui le fait en nous. Nous le faisons pendant la messe parce que nous le faisons dans notre vie :  chaque fidèle exerce toujours son sacerdoce par l’exercice de sa vie chrétienne : la sainteté est un acte de culte (Rm 12,1). La sainteté suppose le sacrifice (Rm 15, 16). St Augustin l’explique (de civitate Dei, ch.6): « Est sacrifice l’homme lui-même et il y a encore le sacrifice du corps quand pour Dieu nous le mortifions pour l’équilibrer dans la tempête. L’âme elle même devient un sacrifice... car elle s’enflamme pour son amour... c’est alors que la cité entière des saints devient un sacrifice tout entier... devenir tous un seul corps dans le Christ » : tout le corps de l’Eglise devient un sacrifice. Cela est à comprendre dans ce sens là : la sainteté chrétienne est d’abord une recherche d’union à Dieu (et non une perfection morale) réalisée à travers le sacrifice de soi-même. Le sacrifice de soi même est donc un « culte » à Dieu, une offrande qui manifeste notre désir d’union à Lui. C’est pourquoi, la liturgie ne devient authentique que si la communauté est d’abord un sacrifice cultuel. Il n’y a pas de célébration si la communauté n’est pas en recherche de Dieu, d’offrande à Dieu.

Père Alexis de Brébisson                      

Homelie du 2ème dimanche de l’Avent – 9 décembre 2018 – Année C

 

 

 

A

 

ujourd’hui, je voudrais commencer avec vous une découverte de la messe. Dimanche après dimanche, je vous propose de réfléchir ensemble sur la beauté de ce sacrement que nous avons la joie de célébrer ensemble. Je le ferai en commentant progressivement la Présentation Générale du Missel Romain. Ce document a été revue à plusieurs reprises par l’Eglise. Prochainement une nouvelle édition du Missel Romain doit sortir avec probablement aussi une nouvelle présentation. N’hésitez pas à me transmettre les questions ou remarques que cela suscite chez vous. Je tâcherai d’y répondre même si ce n’est pas tout de suite !  Commençons donc par le « Préambule » :

 

[I]1. Alors qu´il allait célébrer avec ses disciples le repas pascal où il institua le sacrifice de son Corps et de son Sang, le Christ Seigneur ordonna de préparer une grande salle aménagée (Lc 22, 12). L´Église a toujours estimé que cet ordre la concernait, en ce qu´il réglait la disposition des esprits, des lieux, des rites et des textes relatifs à la célébration de l´Eucharistie. De même, les règles d´aujourd´hui qui ont été prescrites en s´appuyant sur la volonté du IIe concile œcuménique du Vatican et le nouveau Missel dont l´Église de rite romain usera désormais pour célébrer la messe prouvent cette attention de l´Église, sa foi et son amour inchangés envers le suprême mystère eucharistique, et témoignent de sa tradition continue et ininterrompue, quelles que soient les nouveautés qui s´y sont introduites.

 

Qu’il est beau de voir le souci de l’Eglise aujourd’hui d’être fidèle en même temps à ce que le Christ a institué et à la manière dont les chrétiens ont vécu depuis 2000 ans l’Eucharistie. C’est avec une certitude pleine de reconnaissance que nous entrons dans la Tradition : génération après génération nous avons cherché, pas seulement à reproduire ce que nos prédécesseurs ont fait, mais à obéir à notre tour à l’ordre du Christ de « faire ceci en mémoire » de Lui.

 

Quelle importance de comprendre que notre messe dominicale s’enracine d’une manière profonde dans le rite juif du repas pascal. Pour expliquer la plupart des moments de la liturgie eucharistique, nous trouverons dans la tradition hébraïque des origines dont le sens et la portée symbolique nous émerveillera souvent.

 

Enfin, en regardant le mystère de la messe, comprenons que nous sommes mis tout de suite au pieds de la Croix. Dessus même. La chose est dite : c’est un sacrifice. On voudrait éviter ce mot, comme on voudrait éviter la souffrance. Mais à l’inverse lui, le Christ, l’anticipe, l’institue même. Non pour en accabler mais pour nous en délivrer. Non pour le subir, mais pour l’offrir. A nous qui, attirés par les chants, heureux de se retrouver ensembles, ou tout simplement poussés par notre maman, venons à la messe, le Christ tend une coupe, comme on tendrait une croix, des chaînes, des épines. Faisons confiance à celui qui nous a créés, qui s’est fait proche de nous par son Incarnation et qui nous aime à chaque instant. Il a pris le premier ce chemin. Il nous introduit dans ce mystère et veut que nous le vivions unis à Lui. N’ayons pas peur.

 

                                                                                   Père Alexis de Brébisson