Homélie du 11ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

Mon cher enfant,

 

En ce jour où tu vas faire ta Profession de Foi, je veux m’adresser à toi, et à travers toi à chacun d’entre nous. Je vais te parler de la vie chrétienne qui a commencé pour toi, comme pour nous, le jour de ton baptême : ce jour là, l’eau du baptême a coulé, tu n’as rien vu et rien senti, mais voilà ! quelque chose de prodigieux s’est passé : tu es devenu une créature nouvelle. La vie reçue le jour de baptême est quelque chose de mystérieux, aussi mystérieux que Dieu lui-même. Elle porte en elle un dynamisme, une puissance extraordinaire, qui va pouvoir se déployer parfaitement avec la réponse d’amour que tu donnes aujourd’hui. Dans ces paraboles que nous venons de recevoir je voudrais que tu comprennes combien Jésus parle de ta vie. Il parle du Royaume de Dieu, du règne de Dieu, c'est-à-dire de la vie de Dieu en toi qui grandit. Écoute ce qu’il dit :

 

A quoi allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? Il est semblable à une graine, la plus petite de toutes; et quand elle a poussé, elle est devenue la plus grande de toutes les plantes du jardin...

 

Voilà le trésor que Dieu t’a donné : son Royaume, sa vie ; tu l’as reçu comme un grain, le jour de ton baptême. Comment donc ce grain va-t-il pousser, ce royaume grandir ? Écoute ce que Jésus dit :

 

Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui a jeté en terre la semence. Il dort et il se lève, la nuit et le jour, et la semence croît, sans qu’il sache comment.

 

Tu le sais : quand un agriculteur jette la semence en terre : elle grandit, quels que soient les événements.
Elle porte la vie en elle, elle se développe, presque toute seule. Et c’est pareil pour toi. La vie de Dieu que tu as reçu le jour de ton baptême est puissante, est vivante ! Quelques soient les évènements elle va grandir. Quelle puissance que la grâce de Dieu qui est en toi !

 

Oui, Dieu agit en toi et en chacun de nous. Il demande notre collaboration, certes et ce jour tu affirmes que tu es prêt à collaborer à son œuvre. Mais, comprends-le bien : son action est indépendante de la tienne. Nous croyons souvent pour ne pas dire toujours que tout dépend de nous. Qu’on est une sainte seulement si l’on fait de belles choses. Il n’en est rien ; Dieu peut nous donner sa grâce, sa sainteté même pendant notre sommeil. Il faut que nous le croyions.  Il faut même que nous lui fassions confiance pour lui laisser la liberté absolue de faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut ! C’est lui qui nous conduit !

 

Oui, il faut le comprendre : la vie chrétienne, la vie divine est d’abord une vie intérieure : elle prend racine au fond de la terre, en nous, indépendamment des événements extérieurs. Ou plutôt en profitant de ceux-ci. On craint la pluie ? Elle est nécessaire pour croître. On craint le soleil ?  Il contribue à lui donner une force intérieure... La semence pousse et grandit sans que le semeur s’en aperçoive : Il a beau fixer son regard sur elle, il ne voit pas sa croissance, parce qu’elle est lente... Il en est de même de la vie de Dieu, du royaume de Dieu en toi et nous : il faut du temps ! On peut être même déçu parfois parce que la plante ne pousse pas assez vite… On voudrait pouvoir tirer dessus !

 

Tu sais, tout le problème de la vie chrétienne est là, avec son mystère. Il faut accepter de se laisser faire par Dieu et favoriser simplement son action. Oui, c’est l’Esprit-Saint qui fait le plus gros du boulot. Il travaille en nous. Comprendre cela, doit nous apaiser, nous rendre confiant.

 

D’autre part, sa croissance profite de la nuit, du jour... Parfois tu pourras être une chrétienne un peu triste ou très joyeuse. Confiante ou pleine de doute dans la foi. Est-ce que cela gênera la croissance de la vie de Dieu en toi ? Non, il faut que tu comprennes que Dieu profite de tout. Sa croissance profite de la nuit, du jour... il faut cette tristesse et cette joie. Les deux sont nécessaires pour faire croître le royaume de Dieu. Dans la joie, il semble que la vie rayonne, que la tige plus ferme se dresse au soleil et paraît plus brillante. Sous la pluie elle semble écrasée. Mais nous pouvons nous tromper en voulant juger de l’extérieur ! Tristesse et joie, pluie et soleil, nuit et jour, tout est utile pour faire grandir la vie de Dieu en toi !

 

 Aie foi en la grâce, la tienne, et celle des autres. La semence se développera et donnera son fruit, pourvu que tu aies foi en la grâce puissante de Dieu, en la vie de Dieu qui est véritablement en toi, et qui est dans l’Église.

 

10ème Dimanche du Temps Ordinaire 3 juin 2018

 

Le fil conducteur d’aujourd’hui, c’est bien l’Esprit-Saint en tant qu’il agit en nous.

 

Il s’agit de se laisser inspirer nos actes par lui, de nous laisser conduire par lui et non par le démon comme Adam et Eve.

 

C’est lui qui inspire Jésus.

 

La racine en nous du péché c’est vraiment de refuser de se laisser inspirer par Dieu et de se laisser conduire par lui. C’est de vous être autonome, se gérer soi-même, ne dépendre que de soi. Mais en fait c’est refuser l’Esprit-Saint, notre Créateur, l’âme de notre âme et se retrouver malgré nous conduit par le diable.

 

C’est cet Esprit qui habite les véritables frères et sœurs de Jésus. Ceux qui écoutent le souffle de sa Parole et le suivent, c’est-à-dire se laissent conduire comme lui par l’Esprit-Saint.

 

Mais c’est difficile de se laisser conduire par l’Esprit-Saint. Car son travail en nous n’est pas anodin… Pour expliquer ce travail que fait l’Esprit Saint en nous, voici une image : lorsqu’on met une belle bûche dans le feu, qu’est-ce qu’il se passe ? Celle-ci d’abord entre en contact avec les flammes qui tournent autour d’elle, et la chauffent très vite. Cette chaleur fait que la bûche rejette assez vite toute l’humidité qui était en elle. Elle siffle, elle éclate même. Elle se plaint…  Puis la voici embrasée jusqu’à devenir à son tour de la braise, c’est à dire feu avec le feu, totalement transformée. Quand l’Esprit de Dieu travaille en moi, je suis un peu comme une bûche dans le feu:

 

1.                  D’abord je me laisse saisir par lui, il vient me réchauffer. Cela fait du bien.

 

2.                  Mais très vite il va venir me purifier, enlever de moi tout ce qui est humidité, c’est à dire ce qui ne va pas. Et cela fait mal… mais il faut accepter ce travail si important.

 

3.                  Puis il m’embrase complètement, c’est à dire me transforme jusqu’à ce que je devienne complètement ressemblant à Jésus, que l’Amour de Dieu me remplisse totalement.

 

4.                  Je deviens alors feu avec le feu, amour dans l’amour de Dieu et j’en témoigne autour de moi.

 

Cette image veut nous faire comprendre que si je laisse docile à l’Esprit de Dieu, il veut et va faire en moi un travail merveilleux. On peut mettre en valeur aussi une grande œuvre que l’Esprit-saint seule peut réaliser : c’est l’unité entre nous. C’est bien ce que Jésus dit lui-même avant de mourir dans la grande et belle prière : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » (Jn 17, 21s) Or la prière de Jésus est exaucée : nous savons que l’Église est une et sainte, de par l’œuvre de l’Esprit-Saint.

 

 

 
   

Nous qui sommes là, à écouter la Parole de Dieu, désireux de suivre le Christ, que l’Esprit-Saint réalise en nous son œuvre et nous conduise dans l’unité de l’Eglise , frères et sœurs du Christ .

                                                                            Père Alexis de Brébisson

 

HOMELIE DIMANCHE 3 JUIN FETE DU SAINT SACREMENT

 

Vous savez que le repas de la Pâque Juive est la source symbolique de notre Eucharistie. C’est au cours de ce repas que Jésus, anticipant sa Passion, donna son corps et son sang en nourriture pour notre salut. Ce repas de la Pâque juive est truffé de symboles. Les symboles, c’est pour les juifs le meilleur moyen non seulement de rappeler les faits passés où le salut de Dieu s’est manifesté, mais aussi d’affirmer l’actualité de cette œuvre de salut. Symbolisme dans les paroles, les chants et les gestes. Symbolisme aussi dans les aliments. Voici un certain nombre des symboles culinaires présents encore aujourd’hui dans un repas pascal juif : un jarret d’agneau qui rappelle l'offrande de l'agneau Pascal, un œuf brûlé en souvenir de la destruction du temple de Jérusalem, des herbes amères qui rappellent l'âpreté du séjour des Israélites en Egypte, de l’eau salée dont le goût rappelle les larmes, et même un mélange de pommes, d'amandes et de vin dont l'aspect évoque le mortier avec lequel les esclaves devaient construire les pyramides ; enfin des coupes de vin, et surtout, le plus important, la matsah : du pain sans levain. Ce sont bien sûr ces deux derniers aliments fondamentaux que nous retrouvons dans la messe. Evoquons le sens en particulier cette année de la coupe de vin.

 

La coupe était d’abord symbole de destin, de choix, de jugement : destin favorable ou funeste, immérité ou mérité. Le psautier parle déjà de cette coupe : « J'élèverai la coupe du salut » (Ps 115). A l’inverse pour exprimer l'idée de châtiment, de jugement divin contre l'impie ou l'ennemi, la Bible recourt à l'expression « boire la coupe », ou même « boire la coupe de la colère de Dieu ». On le dit encore aujourd’hui : « boire la coupe jusqu’à la lie ». La tradition juive remplit ces coupes avec du vin rouge pour rappeler le sang de l'agneau de la Pâque. Et à ra-bord….

 

La coupe est donc symbole de bonheur ou de malheur, du dessein que Dieu a sur nous, de la nécessité d’accepter le chemin qu’il choisit pour nous quel qu’il soit. Avant d’être la coupe du repas des noces, cette coupe est d’abord le symbole de la Passion du Christ qui devient irrémédiablement celle des disciples du Christ que nous sommes : notre mort et notre résurrection. Sommes-nous prêts à la boire ? De plus cette coupe est appelée par Jésus "la nouvelle Alliance en mon sang". Jésus fait donc un lien direct avec la promesse du renouvellement de l’alliance qui avait été "rompue" par l’infidélité du peuple juif (Jérémie 31. 32). Violer un accord d'alliance avec Dieu devait entraîner certainement sa colère et son jugement -une effroyable coupe ! Mais, au lieu de cela, Dieu promet une nouvelle alliance de grâce et de salut, de pardon, pour le peuple juif. Prions pour qu’il en soit de même pour nous qui si souvent sommes infidèles à nos promesses. Oui, en cette Eucharistie, à nous qui rompons si souvent l’alliance avec Dieu par le péché, au lieu de recevoir la coupe du jugement, le Christ nous tend la coupe de bénédiction et de la nouvelle alliance. Recevons là avec joie !

 

                                                                                                                                  Père Alexis de Brébisson

 

Homélie Pentecôte 2018 – Notre Dame du val d’Orne

 

« L’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. »

 

Comment nous laisser conduire par l’Esprit-Saint ? Tout d’abord en nous laissant saisir par Dieu dans la prière. Comme l’Église au Cénacle nous devons attendre la venue de l’Esprit-Saint, la désirer, la demander. Dieu va intervenir dans notre prière pour la perfectionner. C’est le premier "lieu" où nous allons expérimenter la "conduite" divine : alors que nous expérimentons de nombreuses difficultés dans la prière (distraction, fatigue, etc.), Dieu vient calmer les sens en apportant un apaisement savoureux ou douloureux. Il éclaire l’intelligence (« Prier, cela rend intelligent » avait répondu Mgr Dubigeon à un jeune qui lui demandait à quoi cela sert), il donne une saveur dans la volonté qui se trouve ainsi encouragée. Attention cette action de l’Esprit-Saint dans notre prière se manifeste aussi par des "antinomies" : nous sommes déroutés car nous n’avons plus la "conduite" de la prière : nous n’arrivons plus à méditer, à nous recueillir tel que nous l’avions peut-être si bien appris. L’Esprit de vérité nous éclaire sur notre vie : nous découvrons qu’elle est… médiocre et cela nous accable. Et cependant nous demeurons dans un désir de Dieu, dans une attention amoureuse à Dieu, pour rien au monde nous ne voudrions abandonner la prière.

 

Comment nous laisser conduire par l’Esprit-Saint ? Deuxièmement en nous laissant saisir par Dieu dans l’action. Et là aussi cela se manifeste par un "dépossession" de nos facultés, qui fait que nous avons le sentiment de ne plus être capable de faire le bien comme avant. En fait, Dieu vient perfectionner l’activité de nos facultés pour pouvoir se donner en abondance et agir avec nous. Une vraie collaboration va s’établir alors, comme il le fut pour l’Église en ces débuts : « L’Esprit-Saint et nous… » osent dirent les apôtres au sujet des décisions qu’ils posent (cf. Ac 15, 28). Quelle importance donc d’être attentif à sa volonté et d’offrir notre vie, nos facultés, pour sa volonté et non la nôtre (cf. Jn 20, 21). Dieu attend ce don libre pour nous "utiliser" pour son œuvre. C’est une collaboration humaine, intelligente et libre : il s’agit de développer au maximum nos talents pour les mettre au service de Dieu. Il s’agit d’utiliser aussi les techniques modernes et les moyens extérieurs à notre disposition pour l’évangélisation. Mais il y a un grand détachement et une confiance à avoir, car la fécondité est assurée non par la qualité de notre œuvre et nos talents mais par l’Esprit-Saint qui agit en nous. Et il se plaira même à manifester sa présence à travers nos pauvretés. En effet, cette action divine va généralement se faire dans la faiblesse tout d’abord. Prenons l’exemple de l’apostolat de Paul qui a été merveilleux. C’est un des plus grands missionnaires : 20 000 km parcouru... Et pourtant il a une conscience vive de sa faiblesse (cf. 2 Co 12,9) : « ma grâce te suffit car ma puissance se déploie dans la faiblesse ». Plus encore elle va se faire dans l’obscurité : le chrétien ne saura jamais à l’avance ce qu’il doit faire (cf. Ac 20,22) : « Et maintenant, voici que je suis contraint par l’Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce qui va m’arriver là-bas. » C’est donc une réalité dans l’activité que ce "dépouillement" divin, autant que dans la contemplation. Saint Paul ne fait pas ce qu’il veut (cf. Ac 16,6-10) : l’Esprit-Saint lui parle par l’intermédiaire d’une vision qui déroute ses plans. Cette présence contraignante de l’Esprit-Saint eu une très grande importance dans le début de l’Évangélisation. Conduit par l’Esprit-Saint, nous sommes appelés à un dépassement : de même que les premiers disciples ont été conduit par l’Esprit-Saint à annoncer l’Évangile plus simplement aux juifs mais aussi aux païens (cf. Ac 10), de même l’Esprit-Saint nous conduit toujours plus loin que ce que nous aurions imaginé ou même pensé dans l’Évangélisation. 

 

Nous pourrions développer encore de nombreux effet de l’action de l’Esprit-Saint en nous. Mais surtout ayons foi en l’action de l’Esprit-Saint comme les premiers apôtres. Posons un acte de foi en la présence de l’Esprit-Saint en nous. L’apôtre, c’est celui qui est pris par l’Esprit-Saint.  Demandons et recevons l’Esprit-Saint (cf. Jn 16, 23-24).

 

7ème Dimanche de Pâques -13 mai 2018 - Année B

J

ésus prie pour que ses disciples soient un comme Dieu est un. La prière du Christ est la prière qui est toujours exaucée. Cette assurance donc de la communion des disciples entre eux, c’est l’assurance que l’Eglise reste toujours une, au-delà des aléas de l’histoire. Cette unité, c’est l’assurance pour le disciple qui grandit dans l’unité au Christ, une puissance de communion avec l’humanité toute entière. De même que Jésus fut capable de pardonner à ses bourreaux, de même que la croix devient le lieu de l’unité de tout le genre humain, de même dans notre vie, ce qui est inadmissible, souffrance, haine, devient le lieu et le moment où l’Esprit d’Amour trouve en nous toute sa puissance pour agir. C’est la réalité de la puissance de l’amour de Dieu qui, lorsque nous l’accueillons, et donc lorsqu’elle se déploie en nous, nous donne d’entrer librement en relation avec les autres. Cette expérience, je peux la faire tout en ressentant une extrême pauvreté intérieure et une grande souffrance devant les divisions des hommes.

 

Cet après-midi l’évêque va donc consacrer le diocèse à la Vierge Marie. Pour nous aider à comprendre cette démarche, je voudrais évoquer quel peut être la place de Marie dans la vie chrétienne. Quelle relation s’établit justement entre Marie et tout disciple du Christ ?

Il faut bien comprendre que, à la lumière de cette prière du Christ pour l’unité, nos relations mutuelles prennent leur source dans notre relation avec Dieu. Celui qui aime Dieu et qui reçoit l’amour de Dieu, grandit dans une relation fraternelle avec tous ses frères en humanité d’une part, mais aussi avec les saints qui nous précèdent au Paradis, en particulier avec la Vierge Marie. C’est pourquoi, chacun est appelé à avoir une relation personnelle avec la Vierge Marie. Chacun à sa mesure, une relation personnelle et unique, et pas forcément au même degré.

Au départ cette relation se manifeste souvent par une dévotion sensible et active. Découvrant la figure de Marie et la place qu’elle tient dans l’Eglise, nous entrons avec simplicité dans les dévotions populaires que les chrétiens ont à l’égard de Marie : prière du chapelet, pèlerinages, etc.

Chez certains cette découverte de Marie devient une passion ! Elle absorbe même toute la vie spirituelle. La vie chrétienne avec Marie, par Marie, en Marie est pour eux un appel très fort.

Mais ce lien avec Marie va subir normalement une éclipse lorsque ceux-ci avancent sur le chemin de la vie chrétienne. Il arrive un moment où ce qu'il y a de sensible dans leur amour de Marie, de distinct et de lumineux dans leur conviction, semble sombrer dans l'obscurité. Que se passe-t-il ? Est-ce une mise en doute de l’efficacité de sa prière ? Marie n'a pas disparu, pas plus que son amour. Mais c’est la foi de la personne qui mûrit. Nombreux sont les chrétiens qui font l’expérience de cette difficulté à persévérer dans leur dévotion mariale. Cela ne signifie pas forcément que leur amour de la Vierge et même de Dieu a diminué. Au contraire, cela peut être le signe qu’ils sont conduits dans une connaissance plus profonde de Marie. En effet Marie réapparaît plus tard dans une lumière intérieure, et plus présente encore. Découverte précieuse, réalisée par un regard qui s'est affiné dans l'obscurité... Une intimité profonde et vivante s'établit alors. Marie devient à ce moment-là un modèle de persévérance dans la foi, de vie humble et cachée. Elle est un exemple surtout de communion à Jésus. Et le chrétien, qui désire en priorité à cette période de sa vie discerner et accomplir la volonté de Dieu, entend avec force cette parole de Marie à Cana : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». L’exemple de la vie de Marie permet aussi au chrétien de comprendre que la sainteté ne réside pas dans des grâces et des œuvres extraordinaires. Mais elle d’abord humilité spirituelle et plus que tout adhésion amoureuse à la volonté de Dieu. La découverte « contemplative » de Marie conduit celui qui se découvre enfant de Dieu à s’en remettre souvent à elle comme enfant de Marie : « Voici ta Mère ». Marie le prend alors sous son manteau. De manière admirable, Marie apprend alors à chaque chrétien à être « mère » comme elle, c'est-à-dire à transmettre la vie de Dieu, à aimer de manière féconde.       

                                                                   Père Alexis de Brébisson

 

 

5ème Dimanche de Pâques -29 avril 2018 - Année B

A

l’heure où l’on dit les choses essentielles, à l’heure du choix, peu avant son arrestation, sa passion et sa mort sur la croix, Jésus choisit d’insister sur l’union indispensable entre lui et ses disciples, entre lui et nous. Et comme il veut en montrer toute la beauté, il utilise pour cela à nouveau une image : celle de la vigne et des sarments. La vigne c’est lui, les sarments c’est nous, et son Père est le vigneron qui récolte.

Prenons conscience de cette première vérité : La foi par le don du baptême produit une union complète avec Jésus. Cette union réelle, réalisée au baptême, grandit par notre vie de prière, par notre exercice de la foi. Ce n’est pas seulement une union de sentiments ou d’idées mais une union de fond, une adhésion qui conduit à une ressemblance d’amour. Réalisons qu’en touchant le Christ dans la foi, nous nous identifions à lui. Celui qui touche de l’eau ne peut pas ne pas être mouillé. Celui qui met sa main dans le feu, ne peut pas ne pas être brûlé. De même, celui qui prend contact avec le Christ dans la foi, ne peut pas ne pas être unis à lui, ne peut pas ne pas recevoir l’amour divin qui déborde de son cœur, la vérité qui jaillit de son intelligence. C’est ce que Jésus veut nous faire comprendre d’abord par cette image de la vigne : nous sommes des sarments greffés à la vigne. Par notre foi, notre vie est greffée à la sienne. Une greffe du cerveau, une greffe du cœur. Par le baptême, nous ne faisons qu’un avec la volonté et la pensée du Christ. Et, entendons-le bien, notre vie portera du fruit à la mesure de cette insertion en lui. Ce n’est pas pour rien que Jésus priera intensément ensuite pour que cette union entre lui et nous se réalise. Il n’y a pas de vie chrétienne sans cette union au Christ. Il est donc dangereux de ne pas rechercher et favoriser cette union, quel que soit notre état de vie. Si notre vie n’a rien produit, ou plutôt a produit en pure autonomie, alors le Père du Ciel taillera dans le vif et mettra ces sarments secs dans le feu.

Dieu se réjouit sûrement de ceux qui font du bien et se donne du mal pour cela sur la terre. Et de manière sûre, tous nous pouvons faire quelque chose de bien de notre vie, si ce n’est simplement, comme le dit Jésus, de donner un verre d’eau à celui qui a soif. Malgré nos limites nous devons savoir tourner les yeux vers les autres, vers le monde. Mais, aujourd’hui, à l’heure la plus décisive, Jésus va plus loin : il insiste sur l’importance d’être unis à lui, d’être greffé à lui. Aucun sarment ne peut par lui-même donner de bon fruit. Donc si on ne demeure pas attaché au cep, il ne sera pas inondé de la bonne sève et donc n’aura pas de fécondité. Comment comprendre cela ? L’homme le plus bon, le plus intelligent, ne peut pas par lui-même donner un fruit qui demeure, un fruit éternel. La vie éternelle, l’amour divin pour lequel nous sommes faits, on ne le possède pas, on est toujours fragile devant, petit, encore plus avec les meilleurs fruits d’une éducation humaine qui risquent souvent de nous faire croire supérieur. Jésus le dit par ailleurs : il est dur pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. En revanche si nous sommes greffés dans le Christ par une vie de prière intense, par l’Eucharistie et même par le bois de la croix, alors les fruits sont assurés. Oui le sarment que nous sommes doit être attaché au pied de vigne qu’est le Christ pour ne pas dessécher. Il est notre force la plus essentielle.

Et ne vous inquiétez pas si les épreuves arrivent alors même que votre foi et votre amour du Christ n’a pas faibli. En effet, nous apprenons par Jésus que si le Père voit que les fruits sont beaux, il ne manque pas de s’approcher des sarments et de les tailler avec vigueur pour qu’il donne un fruit encore meilleur. Qui n’a pas senti ce sécateur qui fait mal ? Un jour où l’autre, le Seigneur va corriger, couper ce qui en nous a besoin de taille : orgueil, paresse, possession, etc. Chacun est taillé dans son défaut. Celui qui produit du fruit est taillé d’année en année pour en donner toujours un meilleur. Il faut accepter ce travail de purification. C’est parce que Dieu nous aime qu’il ne nous laisse pas en paix.                                   Père Alexis de Brébisson

5ème Dimanche de Pâques -29 avril 2018 - Année B

A

l’heure où l’on dit les choses essentielles, à l’heure du choix, peu avant son arrestation, sa passion et sa mort sur la croix, Jésus choisit d’insister sur l’union indispensable entre lui et ses disciples, entre lui et nous. Et comme il veut en montrer toute la beauté, il utilise pour cela à nouveau une image : celle de la vigne et des sarments. La vigne c’est lui, les sarments c’est nous, et son Père est le vigneron qui récolte.

Prenons conscience de cette première vérité : La foi par le don du baptême produit une union complète avec Jésus. Cette union réelle, réalisée au baptême, grandit par notre vie de prière, par notre exercice de la foi. Ce n’est pas seulement une union de sentiments ou d’idées mais une union de fond, une adhésion qui conduit à une ressemblance d’amour. Réalisons qu’en touchant le Christ dans la foi, nous nous identifions à lui. Celui qui touche de l’eau ne peut pas ne pas être mouillé. Celui qui met sa main dans le feu, ne peut pas ne pas être brûlé. De même, celui qui prend contact avec le Christ dans la foi, ne peut pas ne pas être unis à lui, ne peut pas ne pas recevoir l’amour divin qui déborde de son cœur, la vérité qui jaillit de son intelligence. C’est ce que Jésus veut nous faire comprendre d’abord par cette image de la vigne : nous sommes des sarments greffés à la vigne. Par notre foi, notre vie est greffée à la sienne. Une greffe du cerveau, une greffe du cœur. Par le baptême, nous ne faisons qu’un avec la volonté et la pensée du Christ. Et, entendons-le bien, notre vie portera du fruit à la mesure de cette insertion en lui. Ce n’est pas pour rien que Jésus priera intensément ensuite pour que cette union entre lui et nous se réalise. Il n’y a pas de vie chrétienne sans cette union au Christ. Il est donc dangereux de ne pas rechercher et favoriser cette union, quel que soit notre état de vie. Si notre vie n’a rien produit, ou plutôt a produit en pure autonomie, alors le Père du Ciel taillera dans le vif et mettra ces sarments secs dans le feu.

Dieu se réjouit sûrement de ceux qui font du bien et se donne du mal pour cela sur la terre. Et de manière sûre, tous nous pouvons faire quelque chose de bien de notre vie, si ce n’est simplement, comme le dit Jésus, de donner un verre d’eau à celui qui a soif. Malgré nos limites nous devons savoir tourner les yeux vers les autres, vers le monde. Mais, aujourd’hui, à l’heure la plus décisive, Jésus va plus loin : il insiste sur l’importance d’être unis à lui, d’être greffé à lui. Aucun sarment ne peut par lui-même donner de bon fruit. Donc si on ne demeure pas attaché au cep, il ne sera pas inondé de la bonne sève et donc n’aura pas de fécondité. Comment comprendre cela ? L’homme le plus bon, le plus intelligent, ne peut pas par lui-même donner un fruit qui demeure, un fruit éternel. La vie éternelle, l’amour divin pour lequel nous sommes faits, on ne le possède pas, on est toujours fragile devant, petit, encore plus avec les meilleurs fruits d’une éducation humaine qui risquent souvent de nous faire croire supérieur. Jésus le dit par ailleurs : il est dur pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. En revanche si nous sommes greffés dans le Christ par une vie de prière intense, par l’Eucharistie et même par le bois de la croix, alors les fruits sont assurés. Oui le sarment que nous sommes doit être attaché au pied de vigne qu’est le Christ pour ne pas dessécher. Il est notre force la plus essentielle.

Et ne vous inquiétez pas si les épreuves arrivent alors même que votre foi et votre amour du Christ n’a pas faibli. En effet, nous apprenons par Jésus que si le Père voit que les fruits sont beaux, il ne manque pas de s’approcher des sarments et de les tailler avec vigueur pour qu’il donne un fruit encore meilleur. Qui n’a pas senti ce sécateur qui fait mal ? Un jour où l’autre, le Seigneur va corriger, couper ce qui en nous a besoin de taille : orgueil, paresse, possession, etc. Chacun est taillé dans son défaut. Celui qui produit du fruit est taillé d’année en année pour en donner toujours un meilleur. Il faut accepter ce travail de purification. C’est parce que Dieu nous aime qu’il ne nous laisse pas en paix.                                   Père Alexis de Brébisson

HOMELIE DU 4e DIMANCHE DE PAQUES
L’image du Pasteur, est une que l’on trouve peu dans notre société, rare sont en effet les troupeaux de brebis conduits par un berger, que l’on croise dans les rues d’Ecouché, ou même de nos communes ornaises. A la rigueur au pied du Mont St Michel. Un peu plus dans les pays de montagne, en Provence, et surtout en Orient.  Cependant cette image se trouve bien présente déjà dans l’Ancien Testament : Dieu est le Pasteur de son peuple. Cette image Jésus va la faire sienne. Il va aussi l’employer pour Pierre : « Fais paître mes brebis » lui dit-il. Les apôtres vont l’employer à leur tour : Pierre, dans sa première Epître, parle du Christ comme le chef des Pasteurs (1P 5,1). C’est une parole que nous employons avec joie encore aujourd’hui pour parler du Christ mais aussi pour parler du Pape. Les protestants l’utilisent pour désigner les responsables de leur communauté. Nous avons donc plaisir à l’entendre, même si le métier de pasteur n’est plus très courant dans notre pays. Je voudrais simplement porter notre attention sur deux choses que Jésus met en valeur à partir de cette image :


« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père. »
Incroyable ! Chacun de nous est appelé à la même intimité avec Jésus, que celle qu’il a avec son Père. La « connaissance » dans la bouche de Jésus ne rime pas avec « science » ou « intelligence » mais « amour », « communion » et « confiance ». Depuis tout éternité le Père aime le Fils et le Fils aime le Père et cet amour c’est l’Esprit-Saint. Et voici qu’il nous annonce que nous sommes appelés à vivre du même amour, à entrer dans ce mouvement d’amour de l’Esprit Saint. Voilà notre vocation, notre première vocation : aimer et vivre avec Jésus, le connaître de l’intérieur, comme le Père et le Fils se connaissent, c’est à dire totalement et pour l’éternité. Cette vocation, cet appel n’est pas réservé à certains. Cet appel est pour chacun d’entre nous. On le retrouve exprimé dans la Bible, et dans les Evangiles de mille manières, en particulier à travers tous les récits de vocations.

« Je donne ma vie pour mes brebis » Qu’elle force renferme ce don ! La vie du Christ reçoit tout son sens dans ce don qu’il fait pour nous. Il ne s’agit pas d’une conduite suicidaire d’un héros. Il ne se fait pas prendre sa vie. Il nous donne sa vie, la Vie à chacun de nous parce qu’il est le Vivant, l’Eternel, le Très Haut. Donnant sa vie, Il ne la perd pas. Découvrir que le Seigneur se donne à nous aujourd’hui, est-ce que cela ne provoque pas en nous le désir de nous donner en retour ? L’amour appelle la réciprocité. D’ailleurs, en demandant à Pierre après la Résurrection d’aller paître le troupeau, ce n’est pas autre chose qu’il lui demande : c’est le don de sa vie, à sa suite, dans la force là aussi de l’Esprit-Saint.

Que cette image du Bon Pasteur nous invite donc à faire grandir en nous cette intimité avec Jésus à laquelle nous sommes appelés. Car le don de soi aux autres trouvera son fondement dans la relation que nous aurons avec le Christ.                                                                                                                       Père Alexis de Brébisson

HOMELIE 3e DIMANCHE DE PAQUES

 

Il ne peut pas nous échapper en entendant ces récits des apparitions de Jésus ressuscité à ses apôtres, que ceux-ci sont marqués par la peur. Et ceux-ci malgré leur prière et leur sainteté. Cela peut nous sembler étonnant et pourtant c’est bien vrai. La peur les a gagnés irrémédiablement depuis l’arrestation de leur maître à Gethsémani, fuyant quasiment tous, les uns après les autres. Et l’orage, plus que l’orage, le drame de la Passion et du calvaire étant passé, ils restent terrés, enfermés, conscients qu’ils risquent de devoir suivre prochainement le destin de leur maître. N’en a-t-il pas été ainsi, nous dit les Actes des apôtres, au sujet des disciples de Theudas, ou encore à l’époque du recensement pour ceux de Judas le Galiléen ? Pourquoi en serait-il autrement pour eux ? Oui, les apôtres ont peur. Mais que celui qui parmi nous n’a jamais eu peur leur lance la première pierre… La vie chrétienne est telle que, sans Dieu, on est perdu ! En vérité, plus on saint, plus on est rien sans Dieu, plus on a conscience de n’être rien sans lui ; plus on craint donc de s’éloigner de lui, plus on angoisse quand celui-ci semble loin de nous. Et c’est bien dans cette peur, en conséquence de leur perte du Christ que les apôtres sont. La peur : un sentiment qui nous envahit bien souvent, reconnaissons-le, plus ou moins peut être selon nos tempéraments, plus ou moins aussi peut être selon notre union au Christ.

Il y cependant bien sûr différentes sortes de peur. Nous avons cette peur instinctive devant un danger réel, comme un chien qui surgit devant nous par exemple, ou la violence d’une personne. Elle est naturelle et bonne car elle nous conduit à nous protéger. Mais, le plus souvent, ou plutôt de manière lancinante et oppressante, grandissent en nous des peurs qui sont le fruit de notre imagination craintive. Tout alors nous inquiète et parfois sans raison. Sophocle disait à juste titre : « Tout est bruit pour qui a peur ». Cette inquiétude nous enferme et nous coupe des autres, apparaissant comme dangereux. Elle nous aveugle sur la réalité qu’elle déforme. Une peur qui devient même communicative. N’en est-il pas ainsi pour les apôtres que la peur a enfermés, voyant alors le monde extérieur comme un danger pour eux ? N’en est-il pas souvent ainsi pour notre société qui a peur de l’avenir, s’enfonçant ainsi irrémédiablement dans une crise dont la dimension économique n’est que la partie immergée de l’iceberg ? C’est vrai, la réalité actuelle n’est pas à l’optimisme forcément, mais le danger est de vouloir l’amplifier, voire de le créer là où il n’existe pas. Comment donc résister à cette peur qui nous envahit ? Le chrétien n’a pas d’autre solution que de se réfugier en Christ. Voici la démarche la plus authentique et la plus sûre. Osons le dire, grâce à Dieu tout s’arrange. Combien sa simple présence relativise tout simplement les dangers et les crises du monde qui nous entoure.

C’est vrai le danger est là, danger des attentats, danger des vols, danger de la pollution, etc. Mais faut-il vraiment, nous chrétiens, s’en inquiéter ? Oui dans le sens où nous portons les soucis de notre monde. Non car le sens de notre vie c’est Jésus et non le monde. Dieu nous abandonnerait-il ? Même si nous devions n’avoir qu’un pantalon au lieu de dix, se serrer au peu la ceinture, renoncer à la voiture, faut-il avoir peur ? Le Christ n’est-il pas présent au milieu de nous ? Ne nous assure-t-il pas qu’il a vaincu la mort par sa résurrection ? Le Christ est vivant et la vie éternelle, le bonheur d’un amour vrai, au-delà de toutes les croix, nous sont assurés. Jésus est actuellement vivant, il nous soutient.

Est-ce nécessaire cependant toutes ces épreuves pour avancer vers Dieu ? La réponse de Jésus par rapport à son propre cheminement nous éclaire : « Il fallait que le Christ souffrît sa passion ». Dieu pouvait nous sauver sans monter sur la croix. Mais c’est le moyen le plus « opportun » qu’il a choisi pour nous sauver, peut-être parce que c’est ainsi qu’il pouvait le plus nous montrer son amour. Et s’il pouvait en être pareil pour nous ?

Si vous le voulez bien pour finir, fermons les yeux et pensons à une réalité qui nous inquiète, nous préoccupe fortement. Peut- être cette peur a-t-elle pris une place trop grande en nous du fait de notre imagination. Et maintenant, offrons-là à Jésus. Acceptons que le Christ ressuscité, vienne en nous malgré nos portes closes. Et entendez-le vous dire : « la paix soit avec vous », « n’ayez-pas peur, c’est moi », « je suis avec vous, tous les jours ». Alors, et je prie moi prêtre pour cela, que votre angoisse se meurt, et puissiez-vous grâce à l’Eucharistie que vous allez recevoir, demeurez avec cette présence du Christ à chaque instant de votre vie.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 HOMELIE DU 2ème DIMANCHE DE PÂQUES

En ce dimanche de Pâques nous voyons les disciples invités par Jésus à entrer dans une attitude de foi. Croire qu’il est ressuscité d’entre les morts. Croire qu’il est vivant en nous, même si nous ne le voyons pas. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Je voudrais à cette occasion approfondir avec vous l’importance de l’acte foi qui me semble si fondamental pour donner sens à toutes nos prières et même à toute notre vie chrétienne.

Jésus affirme souvent la puissance de la foi : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : "Déracine-toi et va te planter dans la mer", et il vous obéirait. (Lc 17,6) ». Il faut recevoir cette affirmation avec réalisme. Quelle puissance divine Dieu a mis dans notre acte de foi ! La foi touche Dieu. Dieu désire se laisser toucher lorsque nous nous tournons vers lui et répondre à nos demandes, petites et grandes. Dans les Évangiles, toutes les personnes qui rencontrent Jésus avec la foi, obtiennent de lui ce qu’elles demandent (cf. par exemple Mc  5,25-34). « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, de connaître des réalités qu’on ne voit pas. (…) Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. » (Hb 11,1.6) Attention, il est évident que tout ce qui est bon dans la nature plait à Dieu. Et il est évident aussi que sa vraie joie, Dieu la trouve essentiellement en lui, dans la relation entre le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Mais il trouve une joie semblable dans la relation avec ses fils adoptifs : dans la foi, Dieu le Père nous voit à la ressemblance de son Fils. Pour donner cette joie à Dieu, entrer dans sa joie, dans ce qu'il est, la foi est nécessaire, c'est-à-dire une attitude de remise de soi entre les mains du Père.

J’aimer cette définition aussi que nous donne le Catéchisme de l’Église catholique (CEC 26) : « La foi est la réponse de l'homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui ».

Saint Jean de la Croix, lui, nous aide à comprendre le rapport entre le contenu de la foi et Dieu lui-même : « La foi nous donne Dieu lui-même, et nous le fait connaître ; sans doute il est voilé sous les surfaces argentées de la foi, mais ce n’est pas là un motif pour qu’il ne nous soit pas donné en réalité. » Qu’est-ce que cela veut dire ? La définition dogmatique (par exemple que Dieu est Trinité), c’est la surface argentée contenant l’or de la substance du mystère énoncé. Quand je prie, l’acte suprême de l’intelligence, lorsqu’elle reconnait vraie l’affirmation qui lui est présentée, va être d’y adhérer, de s’y soumettre, en posant justement cet acte de foi. Cela me fait alors toucher Dieu lui-même. D’ailleurs, dans la prière, c’est Dieu lui-même qui m’intéresse, non pas des idées sur lui.

Puissions-nous en ce temps pascal, poser le plus souvent des actes de foi en la présence de Dieu. Quand je me lève, quand je marche, quand je travaille, quand je suis seul. Dire : « Seigneur Jésus, je crois en toi, je crois que tu es ressuscité », c’est toucher le cœur de Dieu et s’assurer du don de sa vie.

Père Alexis de Brébisson

 

 

HOMELIE DU DIMANCHE DES RAMEAUX
Il y a, dans la ville de Caen, en son plein centre, un château, dont les remparts avec leurs tours sont bien visibles et impressionnantes. Le presbytère où j’ai habité pendant un an se trouvait en face, et chaque jour en regardant ces remparts, je pensais au rempart de la ville de Jérusalem. Je me souviens avoir vécu au pied de ces remparts un chemin de croix en plein air, au milieu de l’animation d’une ville. Comment ne pas sentir l’appel du Seigneur et de l’Église à suivre totalement le Christ, à porter sa croix, à porter la souffrance du monde, à donner librement sa vie, à s’offrir avec lui, lorsque nous vivons un tel chemin de croix, lorsque nous faisons mémoire aujourd’hui de la Passion

 

Quelques semaines après, au même endroit, alors que je discutais avec quelques étudiants au même endroit, une fille que nous connaissions, désespérée et bien fragile intérieurement, se mit debout sur le bord d’une des tours, avec l’intention de se jeter. A plusieurs, à force de dialogue avec elle, de charité, elle a renoncé à son acte.

 

Au même endroit, d’un côté le Christ qui choisit librement de donner sa vie, plein d’espérance et d’amour pour le monde, de l’autre une fille qui choisit de perdre sa vie, pleine de désespérance et de manque d’amour pour ce monde. La souffrance subie est tout aussi inacceptable pour l’un que pour l’autre. Mais où se situe alors la différence qui fait que l’un va jusqu’à offrir sa vie et l’autre jusqu’à la gâcher ? Je pense dans la capacité du Christ à pardonner, à aimer à l’infini. « Père pardonne leur ils ne savent pas ce qu’ils font ». Seul Dieu peut aimer ainsi infiniment, c'est-à-dire toujours pardonner.

 

Par d’autre solution donc pour nous, si nous voulons vivre notre passion, notre chemin de croix jusqu’au bout, sans désespérance, que de recevoir l’amour de Dieu en nous qui nous donnera de pardonner et d’aimer partout et toujours à l’infini. 

 

 

 

Alexis de Brébisson

 

Homélie dimanche 25 février 2018- 2ème Dimanche de Carême - Année B -

 

 

 

Au Thabor Jésus manifeste sa gloire aux apôtres, à travers la transfiguration. Cet épisode anticipe le mystère pascal : la lumière de son Corps transfiguré annonce la gloire de la résurrection dont il leur parle d’ailleurs en descendant de la montagne. « Que puis-je voir dans la Transfiguration, sinon un symbole de la gloire de la résurrection future ? » disait Saint Grégoire le Grand.

 

La transfiguration est une anticipation de la résurrection, mais celle-ci suppose la mort. Jésus manifeste sa gloire aux apôtres afin qu'ils aient la force de faire face au scandale de la croix, et comprennent qu'il faut passer à travers de nombreuses tribulations pour parvenir au Royaume de Dieu. Cet épisode a vraiment un rôle de leçon, d’enseignement. D’ailleurs, la voix du Père retentit, comme lors de son baptême, et proclame Jésus comme « son Fils bien-aimé » mais Il ajoute « Ecoutez-le ». Benoit XVI commente en disant : « Pour entrer dans la vie éternelle il faut écouter Jésus, le suivre sur le chemin de la croix, en portant dans son cœur, comme Lui, l'espérance de la résurrection. Sauvés dans l'espérance ».

 

 

 

D’autre part, Benoit XVI affirme que « La Transfiguration est un événement de prière ». En effet, c’est en priant que cela se passe. Jésus se plonge en Dieu, s'unit intimement à Lui, adhère avec sa volonté humaine à la volonté d'amour du Père. La lumière qui l'envahit manifeste ce qui est en train de se vivre entre le Père et le Fils et l’Esprit-Saint. La vérité de son être devient visible : Il est Dieu, Lumière née de la Lumière.

 

 

 

Tenir dans l’espérance, c’est souvent demeurer dans le silence de la prière. Jésus demande d’ailleurs aussi le secret à ses apôtres. Les trois témoins gardèrent le secret, mais plus tard ce fait extraordinaire servit admirablement à tous les Apôtres pour prouver la divinité du Sauveur ; il leur servit aussi pour supporter avec courage les épreuves de leur apostolat.

 

Pour finir je voudrais vous citer une strophe de la poésie « Vivre d’Amour » de Thérèse de l’Enfant-Jésus qui évoque cet épisode :

 

Vivre d'Amour, ce n'est pas sur la terre
Fixer sa tente au sommet du Thabor.
Avec Jésus, c'est gravir le Calvaire,
C'est regarder la croix comme un trésor !...
Au Ciel je dois vivre de jouissance
Alors l'épreuve aura fui pour toujours
Mais exilée je veux dans la souffrance
Vivre d'Amour.

 

Pour Thérèse, le Seigneur donne aux disciples de « voir » sa gloire conformément à la promesse faite six jours avant (cf. Mc 9, 1). Juste après, il leur parle de sa passion et de sa résurrection (Mc 9, 9s). Jésus leur manifeste ainsi les réalités aux quelles ils sont eux-mêmes appelés à participer : sa passion et sa gloire. Cette scène donne aux disciples présents un avant goût du bonheur du Ciel. Pierre, ne comprenant pas ce qui se passe (cf. Mc 9, 6) et désirant que cela dure, cherche à stabiliser les personnages et propose ainsi au Christ de dresser « trois tentes ». Pour Thérèse il ne s'agit pas de refuser l'expérience du Thabor mais de ne pas entrer dans la même incompréhension que les disciples. Dans une lettre de 1893 elle dira aussi combien le Thabor symbolise pour elle la présence sensible de Jésus et toutes les grâces reçues qui lui permettent maintenant de tenir dans l’épreuve. Elle comprend surtout que le sommet du Thabor conduit à la vallée des larmes et à la montagne de la croix (LT 142) :

 

S’Il les conduit sur le Thabor c’est pour peu d’instants, la vallée est le plus souvent le lieu de son repos. (…) Jésus nous en a fait redescendre et maintenant nous sommes dans la vallée.

 

                                                                                                                                                    Père Alexis de Brébisson

 

Homélie dimanche 18 février 2018- 1e Dimanche de Carême - Année B - Ecouché

 

C

haque épisode de la vie du Christ est une leçon de vie pour nous. Il en est ainsi de son passage au désert. Celui-ci n’est pas une erreur de chemin. Il y va poussé par l’Esprit Saint, pour y demeurer avec son Père.

Déjà en leur temps, Moïse et les prophètes, Elie par exemple, étaient poussés au désert par l’Esprit : c’était tout d’abord pour eux un lieu de fuite face aux persécutions. Cela devenait un lieu d’intimité avec le Seigneur, mais aussi un lieu de purification et l’endroit pour attendre et entendre la mission que le Seigneur allait leur confier. Pour Jésus c’est enfin un moment où il va affronter le malin. Attention ! Nous serons appelés à notre tour à prendre ce chemin, poussé par l’Esprit-Saint. J’aime à considérer ces 40 jours de Jésus comme un temps de calme et de recueillement avant l’agitation de la bataille. Au petit matin ou au soir de ses journées actives, il ira retrouver à nouveau dans des endroits désert, à l’écart, nous dit l’Évangile, ce climat de solitude.

 

Pour beaucoup de chrétiens, et peut être pour vous aussi, se manifeste de manière vitale ce besoin de retraite. Qui d’entre nous n’a pas rêvé d’aller passer 48 h dans le désert ? Poussé par l’Esprit, et non pas une peur du monde et un ras-le-bol des autres, la solitude complète du désert nous est une assurance de trouver Dieu. Elle nous permet d’être libéré de toute contrainte intérieure et extérieure, dont, reconnaissons-le, nous ne savons pas nous dégager par nous-mêmes. Elle demande de notre part une coupure. Laisser chez soi le téléphone, le courrier, etc. Le désert est aussi le lieu où, libéré du regard des autres, nous pouvons sans gêne nous tourner vers Dieu seul et lui exprimer notre amour. Nulle part mieux que dans la solitude le chrétien trouve Dieu, Esprit vivant et Amour débordant. Peut être tout simplement parce que Jésus, en y demeurant, l’a enveloppé de sa présence une bonne fois pour toute !

L'histoire nous montre combien nombreux furent les saints que le désert attira et combien puissants et remplis de Dieu il les rendit au monde. Il en est ainsi par exemple de sainte Thérèse d’Avila qui désira tant pour elle et pour ses sœurs le silence et la solitude du désert. Ne pouvant s'y rendre, elle va le créer au sein des villes en fondant des monastère petits et clos. La vie y sera érémitique, grâce à une étroite clôture, des grilles, des voiles, un petit nombre de religieuses et la retraite en cellule. C'est cette vie de solitude que des sœurs vivent encore aujourd’hui dans le monastère du Carmel à Alençon, Lisieux, Caen, etc.. Vocation absolue mais si pleine de sens à la suite de ce qu’a vécu le Christ.

Le Christ dans ce désert y a vécu aussi l’épreuve de la tentation. Ne croyez pas cependant qu’il rechercha ce combat. Les saints, à sa suite, ne semblent pas désirer cette lutte. Aucun voyageur qui traverse le désert infesté de brigands ne cherche à les rencontrer, quand bien même il serait sûr de les vaincre. Cela retarderait son voyage. Ainsi, le chrétien qui part au désert, poussé par l’Esprit, pour s’y unir à son Dieu, ne cherche pas à rencontrer les démons qui pourraient sinon l'arrêter, du moins la retarder dans sa marche en lui causant quelques dommages. Que fait-il ? Il les évite et quand il se présente devant lui, il les fuit. Excellente tactique que celle de la fuite, qui met à l'abri des atteintes, des coups et des ruses des démons. Comment donc fuir ? En se portant par la prière et l'humilité en Dieu, là où le malin ne saurait se rendre. Cependant, le démon, qui existe bien, à voir ces personnes désireuses de plus d’intimité avec le Seigneur, en ressent une jalousie et comprend la nécessité de combattre plus violemment ces amis de Dieu avant qu’ils ne lui deviennent dangereux par un amour divin rayonnant. C'est ainsi que le démon, ignorant probablement la divinité du Christ, a discerné cependant la puissance singulière de cet homme. Il l’aborde donc au désert avec des tentations qui lui paraissent à la taille de son adversaire. C’est ainsi qu’il agira aussi souvent à l’égard des saints comme par exemple Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle considéra ainsi que la maladie mystérieuse, dont elle souffrit à l'âge de neuf ans, était produite par le démon, « il voulut, dit-elle, se venger sur moi du tort que notre famille devait lui faire dans l'avenir ».

 

Demandons donc à l’Esprit-Saint de nous conduire au désert pendant ce temps du Carême, pour grandir dans la présence de Dieu et, si le diable vient à nous mettre à l’épreuve, qu’il soit lui-même notre défenseur !                                                     Père Alexis de Brébisson

Homélie dimanche 18 février 2018- 1e Dimanche de Carême - Année B - Ecouché

 

C

haque épisode de la vie du Christ est une leçon de vie pour nous. Il en est ainsi de son passage au désert. Celui-ci n’est pas une erreur de chemin. Il y va poussé par l’Esprit Saint, pour y demeurer avec son Père.

Déjà en leur temps, Moïse et les prophètes, Elie par exemple, étaient poussés au désert par l’Esprit : c’était tout d’abord pour eux un lieu de fuite face aux persécutions. Cela devenait un lieu d’intimité avec le Seigneur, mais aussi un lieu de purification et l’endroit pour attendre et entendre la mission que le Seigneur allait leur confier. Pour Jésus c’est enfin un moment où il va affronter le malin. Attention ! Nous serons appelés à notre tour à prendre ce chemin, poussé par l’Esprit-Saint. J’aime à considérer ces 40 jours de Jésus comme un temps de calme et de recueillement avant l’agitation de la bataille. Au petit matin ou au soir de ses journées actives, il ira retrouver à nouveau dans des endroits désert, à l’écart, nous dit l’Évangile, ce climat de solitude.

 

Pour beaucoup de chrétiens, et peut être pour vous aussi, se manifeste de manière vitale ce besoin de retraite. Qui d’entre nous n’a pas rêvé d’aller passer 48 h dans le désert ? Poussé par l’Esprit, et non pas une peur du monde et un ras-le-bol des autres, la solitude complète du désert nous est une assurance de trouver Dieu. Elle nous permet d’être libéré de toute contrainte intérieure et extérieure, dont, reconnaissons-le, nous ne savons pas nous dégager par nous-mêmes. Elle demande de notre part une coupure. Laisser chez soi le téléphone, le courrier, etc. Le désert est aussi le lieu où, libéré du regard des autres, nous pouvons sans gêne nous tourner vers Dieu seul et lui exprimer notre amour. Nulle part mieux que dans la solitude le chrétien trouve Dieu, Esprit vivant et Amour débordant. Peut être tout simplement parce que Jésus, en y demeurant, l’a enveloppé de sa présence une bonne fois pour toute !

L'histoire nous montre combien nombreux furent les saints que le désert attira et combien puissants et remplis de Dieu il les rendit au monde. Il en est ainsi par exemple de sainte Thérèse d’Avila qui désira tant pour elle et pour ses sœurs le silence et la solitude du désert. Ne pouvant s'y rendre, elle va le créer au sein des villes en fondant des monastère petits et clos. La vie y sera érémitique, grâce à une étroite clôture, des grilles, des voiles, un petit nombre de religieuses et la retraite en cellule. C'est cette vie de solitude que des sœurs vivent encore aujourd’hui dans le monastère du Carmel à Alençon, Lisieux, Caen, etc.. Vocation absolue mais si pleine de sens à la suite de ce qu’a vécu le Christ.

Le Christ dans ce désert y a vécu aussi l’épreuve de la tentation. Ne croyez pas cependant qu’il rechercha ce combat. Les saints, à sa suite, ne semblent pas désirer cette lutte. Aucun voyageur qui traverse le désert infesté de brigands ne cherche à les rencontrer, quand bien même il serait sûr de les vaincre. Cela retarderait son voyage. Ainsi, le chrétien qui part au désert, poussé par l’Esprit, pour s’y unir à son Dieu, ne cherche pas à rencontrer les démons qui pourraient sinon l'arrêter, du moins la retarder dans sa marche en lui causant quelques dommages. Que fait-il ? Il les évite et quand il se présente devant lui, il les fuit. Excellente tactique que celle de la fuite, qui met à l'abri des atteintes, des coups et des ruses des démons. Comment donc fuir ? En se portant par la prière et l'humilité en Dieu, là où le malin ne saurait se rendre. Cependant, le démon, qui existe bien, à voir ces personnes désireuses de plus d’intimité avec le Seigneur, en ressent une jalousie et comprend la nécessité de combattre plus violemment ces amis de Dieu avant qu’ils ne lui deviennent dangereux par un amour divin rayonnant. C'est ainsi que le démon, ignorant probablement la divinité du Christ, a discerné cependant la puissance singulière de cet homme. Il l’aborde donc au désert avec des tentations qui lui paraissent à la taille de son adversaire. C’est ainsi qu’il agira aussi souvent à l’égard des saints comme par exemple Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle considéra ainsi que la maladie mystérieuse, dont elle souffrit à l'âge de neuf ans, était produite par le démon, « il voulut, dit-elle, se venger sur moi du tort que notre famille devait lui faire dans l'avenir ».

 

Demandons donc à l’Esprit-Saint de nous conduire au désert pendant ce temps du Carême, pour grandir dans la présence de Dieu et, si le diable vient à nous mettre à l’épreuve, qu’il soit lui-même notre défenseur !                                                     Père Alexis de Brébisson

V

 

oici un lépreux, qui est en apparence méprisé, rejeté, frappé par Dieu et humilié comme le sera le Christ lui-même sur la croix. Il doit, selon la loi du Lévitique, se promener en criant « Impur ! Impur ! ». Que fait-il ? Il obéit d’une certaine façon à la loi : il vient en effet crier son impureté mais non plus pour faire fuir ceux qui ont peur de la contagion, mais pour attirer Jésus : il croit que cet homme peut le reconnaître comme un homme aimé par Dieu, il croit que cet homme peut l’aimer au-delà des apparences, il croit que cet homme peut le purifier.

 

Sa foi est grande. Elle lui fait dépasser toutes les barrières. Elle est acte d’abandon total à la volonté divine : « si tu le veux ». Elle s’appuie pleinement sur Jésus et sur lui seul. La nôtre doit être la même pour qu’elle permette à Dieu d’agir en nous, de nous purifier.

 

Permettez-moi de raconter une histoire vraie pour illustrer cela :

 

A la fin du 19ème un acrobate équilibriste, Blondin, s’était fait connaître pour ses fameuses traversées sur une corde de 335 m suspendue à 50 m au-dessus des chutes du Niagara. Ses exploits étaient observés par de grandes foules ; il commençait souvent en traversant simplement avec un contrepoids. Puis il jetait le contrepoids et surprenait le public par ses acrobaties. Un jour de 1860, une délégation royale de Grande-Bretagne se déplaça pour voir les performances de Blondin. Il traversa la corde une première fois sur des échasses, ensuite il le fit les yeux bandés ; une autre fois il s’arrêta à mi-chemin pour cuire une omelette et la manger. Puis il traversa avec une brouette d’un côté à l’autre sous les acclamations de la foule. Il mit ensuite un sac de pommes de terre dans la brouette et traversa à nouveau. La foule l’acclama plus encore. Il se dirigea alors vers la délégation royale et demanda à un duc présent : « Pensez-vous que je serai capable de traverser les chutes avec un homme dans cette brouette ? ». Le duc répondit : « Oui, je le pense ». Blondin répliqua : « Dans ce cas, montez ! ». La foule se fit soudain silencieuse, mais le duc refusa de relever le défi. Blondin demanda alors : « Y a-t-il quelqu’un d’autre ici qui croit que je peux le faire ? ». Personne ne se manifesta. Enfin, une vieille femme sortit de la foule et grimpa dans la brouette. Blondin lui fit faire la traversée dans les deux sens. Cette femme était la mère de Blondin ; c’était la seule personne qui fut prête à remettre sa vie entre ses mains.

 

De même pour nous, à la lumière de la démarche du lépreux, comprenons que la foi n’est pas seulement quelque chose d’intellectuel. Elle exige que nous fassions un pas concret et que nous nous abandonnions totalement à la volonté de Jésus.

 

Père Alexis de Brébisson

 

HOMELIE DU 5ème dimanche du temps ordinaire

 

Les textes de ce jour mettent le doigt sur la question difficile de la souffrance, de la maladie, de l’incompréhension devant le mal, sur notre impuissance aussi souvent à comprendre ce mal, et à le surmonter… Beaucoup parmi nous sans doute y sont confrontés par eux mêmes, ou par les autres…

 

 

 

Déjà le livre de Job aborde la question d’une façon très radicale. Job est la figure de la souffrance humaine. Lui, l'homme de bien (et de biens) a tout perdu, santé comprise, et donc la joie de vivre.

 

Le livre de Job est une grande parabole : comment un homme fidèle à Dieu peut-il tant souffrir ? Dans la mentalité juive, fidélité à Dieu et prospérité matérielle étaient liées, tandis que péché et échec allaient de pair. Job n'a pas offensé Dieu et pourtant le voici ruiné, en deuil et affreusement malade.

 

 

 

Un parallèle pourrait être fait entre Job, figure de tous les désespérés, et la belle-mère de Pierre, figure de tous les malades qui viennent auprès de Jésus. Le rapprochement nous permet de voir en Jésus celui qui prend sur lui la détresse de tous les « Job » de l'humanité.

 

Tout cela sans aucune porte de sortie, sans la moindre lueur d'espoir. Au fond du trou, Job est bien seul. Et pourtant il ose encore s’adresser à Dieu : « Souviens-toi, Seigneur» (v.7). Appel à la mémoire, espérance surnaturelle au-delà de toute espérance humaine.

 

 

 

Comme nous cherchons toujours des boucs émissaires, des explications, eh bien on accuse l’homme, ou on accuse Dieu. Alors que dire ?

 

 

 

Le psaume 146 nous invite à un sursaut : « Dieu guérit les cœurs brisés, il soigne leurs blessures ». Il  présente Dieu qui reconstruit Israël et le guérit (après l'Exil). Maître des astres, il est aussi le créateur de son peuple et le maître des nations.

 

Le psaume 146 commence par le mot « Alléluia » qui en dit bien tout le programme.

 

 

 

Et puis il y a l’Evangile : méditation sur Jésus, qui nous dit la réponse de Dieu au mystère du mal.

 

Jésus vient de la synagogue de Capharnaüm. Il semble que la maison de Pierre et d'André ait été un lieu de rassemblement et la base missionnaire de Jésus. Les archéologues ont mis à jour une maison qui pourrait bien être ce centre d'évangélisation. L'équipe est constituée : Pierre et André, Jacques et Jean. Elle a pour fondement des liens familiaux (ils sont cousins).

 

= Jésus s'en va du lieu de la prière publique pour entrer dans la maison, le lieu de la vie privée : Jésus se soucie d'abord des siens, mais le lendemain il les quittera, il sortira vers les autres villages de cette Galilée des nations, vers les païens.

 

 

 

« Bien avant l'aube, il se leva » (v.35). Jésus sort de la ville (lieu de vie publique) et va dans un endroit désert pour prier. Relation à son Père : fondement de tout ce qu’il fait.

 

Toute la vie de Jésus est résumée dans cette première journée : guérisons, mais aussi prière, temps de désert et annonce de la Bonne Nouvelle (« C'est pour cela que je suis sorti »).

 

 

 

Jésus guérit la belle-mère de Pierre, alors il peut aussi nous guérir de nos fièvres pour que nous aussi soyons capables de servir paisiblement. Si nous lui demandions ne nous guérir de la fièvre de l'activisme, fièvre de la vie moderne.

 

 

 

Dieu est de notre côté dans la souffrance ; comme le dit le livre du Siracide : « Les larmes de la veuve coulent sur les joues de Dieu » (Sirac 35, 15), image superbe ; il faut être bien proche pour que les larmes de l'un coulent sur les joues de l'autre !

 

Alexis de Brébisson

 

 

 

 

Homélie du 3e dimanche du temps ordinaire

Comme Jonas en son temps, comme tous les prophètes en particulier Jean-Baptiste, Jésus, proclame la conversion. L’évangéliste St Marc emploie d’ailleurs les mêmes mots. Jésus n’est-il qu’un prophète comme les autres ?  Deux différences apparaissent facilement à celui qui écoute avec attention. La première différence est que le Royaume annoncé n’est pas à venir. La vraie traduction est : « Le royaume de Dieu s’est approché ». C’est à dire, il est déjà là. Il dira ailleurs : il est au milieu de vous, en vous. Pour le peuple hébreu, cette affirmation est significative. Car pour eux l’histoire a une direction, elle va vers un accomplissement. Jésus affirme que celui-ci est venu, que le temps que l’on vit maintenant est un temps de plénitude. Comme cela se manifeste ? L’Esprit-Saint est répandu sur tous. A chacun est donné d’être établi dans l’amitié avec Dieu. Voilà l’accomplissement des temps. Nous en sommes nous aussi les bénéficiaires.

La deuxième différence est que ceux qui entendent son appel à la conversion sont invités à tout quitter pour le suivre. Cela se manifeste de manière radicale pour les apôtres dans ce passage de l’Evangile et tout au cours de l’histoire de l’Eglise, pour les personnes consacrées. Mais c’est aussi tout chrétien, quelle que soit sa vocation, qui est appelé à se donner tout entier au Seigneur pour recevoir son Royaume.

Aujourd’hui, pour nous en quoi consiste la conversion ? Je vous propose trois attitudes pour entrer dans cette démarche que nous demande aujourd’hui le Christ :

Le silence : se convertir, en hébreu cela signifie « se retourner ». Le Seigneur à chaque instant frappe à notre porte. Faisons silence pour l’entendre. Nous nous retournerons pour l’accueillir. J’ai remarqué que quand nous prions avec un groupe d’enfants, lorsque le silence est enfin instauré, s’il arrive qu’une personne entre à ce moment- là par la porte du fond, pire encore qu’elle frappe à la porte, toutes les têtes se retournent alors comme un seul homme. Quand le bruit règne, même moi, je n’y fais pas attention. Il en est ainsi : faisons le silence dans notre vie, pour savoir accueillir le Christ en nous. Profitons de tous les occasions de silence. Sommes-nous par exemple obligés d’être toujours actifs ? et si nous prenions des temps de silence qui deviendraient des temps de présence de Dieu ? sommes-nous obligés de toujours mettre la télé ou la musique quand nous sommes seuls ? sommes-nous toujours obligés de nous rendre esclaves de tant et de tant de soucis ou de choses secondaires dans notre tête ? et si nous faisions un peu silence en nous pour laisser Dieu nous apaiser par sa présence ? sommes-nous obligés de nous désoler de ne plus avoir rien à faire ou même de ne plus pouvoir rien faire alors que le silence qui prend plus de place à ce moment là dans notre vie peut favoriser l’accueil de la présence agissante de Dieu ? Dans notre vie quotidienne, grandissons dans cette attitude essentielle du silence. Oui, le Christ est là. Il veut entrer dans notre maison. Exerçons-nous sans cesse au silence pour savoir accueillir le Royaume de Dieu.

Deuxième attitude : l’humilité. Pour pouvoir recevoir quelque chose il faut être ouvert. On sait bien que quelqu’un qui ne reconnaît pas par exemple sa dépendance à l’alcool, à la drogue, ne sera jamais capable de suivre un traitement pour être guéri. Comment être prêt à accueillir le Royaume de Dieu ? En reconnaissant que j’en ai besoin : comme tout homme marqué par le péché, je fais l’expérience de mes limites, je découvre en moi une attirance au mal, des faiblesses. Ne fuyons pas cette découverte si précieuse. Reconnaître ce que l’on est, ce qui nous manque, est indispensable pour avancer dans la vie chrétienne. L’humilité consiste à marcher, et à marcher selon la vérité. Elle nous permet d’accueillir avec joie l’action de Dieu en nous : Thérèse de l’Enfant Jésus l’avait bien compris elle qui disait : « Ce qui plaît à Dieu, dit-elle, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde. » (LT 197)

Si le silence et l’humilité nous disposent au règne de Dieu, il est une troisième attitude qui l’attire irrésistiblement : c’est le don de nous-mêmes. On aime en se donnant. Nous l’expérimentons dans notre vie humaine. Ce don est la réponse libre au don de Dieu ; il anime toute notre vie chrétienne, de ses premiers balbutiements jusqu’à son plein épanouissement, quel que soit notre vocation, dans le mariage, le célibat ou la vie consacrée. Faisons de toutes nos activités, de tous les événements de notre vie une occasion de se donner, de montrer notre amour au Seigneur. « Ce que tu fais… C’est à moi que tu le fais ». Si vous vous donnez à votre conjoint, si vous vous donnez dans votre travail, si vous vous donnez dans l’épreuve qui est la vôtre, si vous donnez de votre temps, de votre argent, de vos talents, aux autres en particulier aux plus petits, c’est à Dieu que vous le donnez. Un jour, chaque jour, n’hésitez pas à dire au Seigneur : « je veux te suivre, je te donne toute ma vie ». Alors votre vie  ne sera pas simplement une vie bien ou mal remplie, mais elle deviendra un chemin de vie à la suite du Christ, comme les pécheurs de Galilée.        P. Alexis de Brébisson

Homélie pour 2e dimanche du temps ordinaire, 14 janvier 2018

A

h que la scène est belle ! Du haut du Ciel, les anges, en voyant ce qui est en train de se passer, doivent se réjouir et chanter encore une fois le Gloria, comment au bon vieux temps au- dessus de la crèche. Car ce qui est en train de se passer ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle naissance : la naissance de l’Église, la naissance d’une amitié entre le Fils de Dieu et ses frères les hommes, la naissance d’une famille, celle des disciples du Christ.

Comme les bergers et les mages en leur temps, ce sont maintenant des pécheurs qui sont conduits près du Fils de l’homme. Comme eux ils sont pauvres et déconsidérés, ils sont riches de leur jeunesse, et ils cherchent la vérité, et ils attendent le Sauveur promis à Israël. Les anges et les étoiles ont laissé à Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes le soin de les conduire sur le bon chemin.

« Ecce homo », « voici l’homme » semble-t-on déjà entendre dans la parole de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu ». Il n’est plus emmailloté et couché dans une crèche sous l’œil amoureux et protecteur de ses parents. Il est là debout, il va et il vient, pleinement libre dans une société en pleine crise ! Regardez-le : vous voyez un homme c’est vrai, vous voyez même le plus beau des enfants des hommes, vous voyez l’homme libre par exemple, tout rempli de la sagesse divine. Et cependant je vous l’affirme c’est encore un petit agneau, un frêle enfant qui marche là devant vous, qui marche vers son destin, qui va vers l’abattoir, portant le péché du monde, comme l’affirmait Isaïe au sujet du Serviteur Souffrant.

Et ces pécheurs s’approchent. Et pour voir cet homme il ne s’agit plus de s’arrêter et se mettre à genoux pour être à sa taille, comme l’avaient fait bergers et mages devant la crèche. Eux, ils sont obligés de le suivre, de marcher à son rythme, de le prendre en filature.

Et, merveille des merveilles, Jésus se retourne, il parle ! Enfin Dieu s’adresse à l’homme, enfin le contact est rétabli, le lien est à nouveau fait, le dialogue est à nouveau possible. Depuis si longtemps dans le jardin d’Eden, inquiet Dieu cherchait l’homme sans le trouver « où es-tu ? », Dieu appelait l’homme sans se faire attendre « Samuel, Samuel ! ». Depuis si longtemps l’homme cherchait Dieu en toute chose de manière éperdue, l’homme cherchait à lui parler sans se faire comprendre. Et là, tout d’un coup, tout semble à nouveau si simple. « Que cherchez-vous ? » dit-Jésus. « Où demeures-tu ? » demande les disciples. Vous savez… comme lorsque, parfois, longtemps après une dispute tempétueuse entre proches, tout d’un coup un dialogue court et simple rend à nouveau possible l’amitié et l’avenir ensemble.

La simplicité de ce contact semble promettre une grande amitié entre ces grands personnages. Rien qui ressemble à un interrogatoire de police dans ces questions. Pas de reproche sur un passé ou de méfiance sur l’origine. Un souhait pur de se connaitre et de vivre ensemble. Une volonté plus encore de connaître l’autre, ses attentes, son lieu de vie, de faire confiance et de faire quelque chose ensemble de vrai.

« Venez, et vous verrez. ». Il s’agit bien d’une amitié qui commence : Jésus attire ces hommes. C’est bien par attrait que ces disciples de Jean, puis Pierre, vont choisir de le suivre.

Et comment ne pas être sûr de l’attrait aussi de Dieu pour ces hommes ? Ils sont chacun ce « disciple bien aimé » appelé à le suivre jusqu’au pied de la croix.

C’est l’Église qui est en train de naître. « Venez et vous serez des ‘voyants’ »

Promesse extraordinaire que leur fait Jésus. Il ne leur dit pas : « suivez-moi dans le vide et l’inconnu ». Il leur promet : « si vous me suivez, vous comprendrez toute chose ». Si vous vivez maintenant avec moi, vous pourrez comprendre le sens de ma mort et de ma résurrection. Et déjà nous entendons le disciple bien aimé pouvoir affirmer devant le tombeau vide : « Il vit et il crut ».                           

 

Père Alexis de Brébisson

Homélie du dimanche de l’Epiphanie 2018

Avec les Mages, comment être à la hauteur d’un tel mystère ? Avec les Mages, en nous abaissant, en nous agenouillant devant la crèche. Comment percer les mystères des cieux, de l’infiniment grand, de l’origine et de la fin de toute chose ? Comme les Mages, en scrutant cet enfant endormi sur un peu de paille. Sur quel chemin de bonheur nous guide notre étoile ? A la suite des Mages, elle nous conduit vers la pauvreté de Bethléem.

Aujourd’hui tout le monde est là dans la crèche :

-        Les bergers, si pauvres, si près et déjà là depuis longtemps

-        Les mages, si riches, si loin et enfin arrivés

Dès l’origine, tous sont appelés, aujourd’hui tous sont présents, devant un enfant.

La pauvreté des uns rejoint la pauvreté de Dieu lui-même dans la crèche. La richesse des autres rejoint la richesse de cet enfant : l’or manifeste sa royauté sur toute chose, l’encens qu’il est bien Dieu, la myrrhe qu’il est bien un homme appelé à mourir.

Les uns et les autres se retrouvent pareils devant lui, avec la même dignité, gardant chacun sa valeur, sa personnalité, son origine.

« Bergers ou mages, on ne peut atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant » (CEC 563)

Voilà donc ce qui nous sommes invités à faire nous aussi pour découvrir le mystère de Dieu.

A tout homme aujourd’hui, Dieu se manifeste dans un enfant.

C’est aujourd’hui la fête des missions, la nôtre un peu donc aussi car chacun de nous sommes appelés à être une étoile pour ceux qui nous entourent, non pour attirer à nous mais pour conduire à l’Enfant-Dieu.

« Aspirons à devenir des étoiles, modestes ou brillantes, qui brillent pour un certain nombre d’âmes. C’est ainsi que Dieu voit chacun de nous, qu’il nous a vus de toute éternité. Il nous a vus comme des étoiles qu’en une certaine époque, en une certaine région, dans un certain milieu, il ferait soudain briller dans le ciel pour attirer les âmes, pour qu’elles trouvent quelque chose de nouveau qu’elles n’avaient pas découvert jusque-là.

Cette nouveauté ne les conquiert peut-être pas immédiatement, mais elle les surprend et les entraîne à notre suite. Quel que soit le mobile, nos qualités humaines, l’affection que nous leur donnons, notre taille extérieure, nos qualités spirituelles ou intellectuelles, cette lumière les fixe sur nous et ces âmes nous suivent. Et que nous demandent-elles ? Elles ne le savent pas, mais elles nous demandent de les attirer vers la clarté qui brille sur nous. Notre devoir, c’est de les entraîner vers Jésus enfant, vers Jésus grandissant et Jésus dans sa taille parfaite qu’il trouve dans l’Église. Voilà notre mission ! (…)

Il faut que nous soyons des étoiles brillantes. Oui, brillantes de la vie de Dieu, de la lumière de Dieu qui nous aura complètement conquis, qui aura pénétré tous nos membres et toutes nos facultés et qui débordera extérieurement pour montrer qu’il y a quelque chose de particulier. »

Ainsi s’exprimait un jour d’Epiphanie le Bienheureux Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, pour nous inviter à conduire nos proches vers l’Enfant-Jésus, pour les inviter à découvrir dans la faiblesse d’un enfant la puissance même de Dieu.

                                                                       Père Alexis de Brébisson

Homélie pour le dimanche de la Sainte Famille 2018

Dites-moi… quelle est l’attitude la plus fondamentale que l’on peut avoir lorsqu’on se rend dans une église ? Assez spontanément je répondrai : l’ offrande . J’ai un peu de temps, je vis quelque chose d’important, … je viens l’offrir à Dieu. C’est pour cela que le centre d’une église c’est tujours l’autel, le lieu de l’offrande, du sacrifice. C’est justement l’attitude de Marie et Joseph lorsqu’ils se rendent au temple avec l’Enfant-Jésus. Ils viennent, comme tous les parents juifs, offrir leur premier né. Cette offrande Jésus préfigure son offrande sur la Croix. Nos démarches d’offrande à Dieu dans une église préfigurent aussi le jour où le Seigneur nous invitera dans la vie à offrir notre personne, petit à petit ou dans un seul acte. Préfiguration, anticipation, même… Tout « oui », « me voici », « que ta volonté soit faite »,… le Seigneur l’entend, le reçoit comme un acte d’amour, et répond à cette prière en nous conduisant avec le Christ sur le chemin du don de soi.

Cette offrande de Jésus passe au 1er plan dans le récit évangélique, devant la purification que demande la Loi de Moïse. Le Sauveur et ses parents cependant s’y conforment, comme il se conformera à l’ensemble de la Loi et qu’il suivra ses contemporains dans la démarche de conversion lancée par le prophète Jean le Baptiste. Comme pour signifier qu’il se met au rang des pécheurs. Etre fidèle nous aussi dans les petites choses, dans les obligations de la loi religieuse ou civile, c’est montrer à Dieu notre désir de bien faire, c’est ne pas se considérer au-dessus de la loi, différent des autres.

Certaines personnes viennent très souvent à l’église. On les appelle des gens pieux. Il en est ainsi pour Syméon et Anne. Pourquoi donc ? Ils attendaient la « consolation d’Israël ». Oui mais ils passent leur vie au temple, tout simplement, parce qu’ils sont heureux de prier, de demeurer avec le Seigneur, par amour et non pas obligation. Habités par la prière, ils sont ainsi sous l’action de l’Esprit-Saint capables de reconnaitre en cet enfant, le Messie annoncé. Nous aussi, appelés par Jésus à prier sans cesse, non par obligation mais par amour, nous faisons de notre vie un temple où Dieu est présent et peut nous saisir pour nous conduire là où il veut témoigner de lui, nous éclairer pour nous dévoiler ses mystères.

Ils s’émerveillaient et proclamaient les louanges du Seigneur. Nous ferons de même lorsque, illuminés par l’Esprit, nous aurons saisi la grandeur de Dieu dans la faiblesse de cet Enfant ! Alors nous serons dans une vraie action de grâce, qui témoigne autant qu’elle réjouit le cœur.

Père Alexis de Brébisson

 

 

Message de Noël de Mgr Habert

« Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Voilà les paroles, extraites de l’Evangile, que des centaines de millions de chrétiens vont entendre le soir de Noël. Ils les entendront dans tous les continents, dans des conditions très diversifiées de sérénité, de festivité, ou de pauvreté et de guerres. C'est vers cet enfant nouveau-né que nos regards vont se porter dans les crèches que nous aurons installées dans nos églises, nos chapelles, nos maisons, nos écoles catholiques.

A cette époque, pas d'internet, pas de réseaux sociaux, pas de JT, et pourtant une nouvelle dont on parle encore 2000 ans après.

Voilà comment Dieu a choisi de se révéler, voilà le chemin qu'il a voulu prendre. Ce chemin c'est celui de l'humilité, de la pauvreté, de la famille. Pas étonnant dès lors que Noël corresponde toujours à ce temps de partage, ce temps en famille, ce temps de solidarités multiples avec les plus fragiles. Telle est bien la beauté et la magie de Noël qui permet à tous de se réjouir : nous chrétiens qui fêtons la naissance du sauveur, mais quiconque qui accepte de regarder cet enfant dans sa fragilité, son innocence, et les promesses de vie qu’il apporte.

Dans notre société souvent très divisée, l'expression "trêve de Noël" peut retrouver tout son sens. Elle demeure un précieux héritage. Accueillons-la avec reconnaissance et enthousiasme, mettons-la en pratique.

Bon Noël à tous.

 

Mgr Jacques Habert,

Evêque de Séez

3ème dimanche Avent B

 

« Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche! ». Cette joie du Seigneur est différente de la joie à la manière du monde. La joie chrétienne est une joie réelle, spirituelle, pleine, éternelle.

Comment la posséder ? Euh… en fait on ne la « possède » jamais ! C’est Dieu qui la communique à chaque instant par sa présence. Eloignez-vous de lui un instant… et hop vous le r’perdez !

Comment la discerner par rapport à une joie « mondaine » ?

Cela peut se discerner par exemple par un souffle intérieur, une liberté du cœur qui nous ferait franchir des montagnes, joie de la foi qui nous rend invulnérable au découragement, à la tristesse, à l'adversité même ! La joie de Dieu brille plus fort encore dans l’obscurité des difficultés. Antinomie !

Quel second effet cela produit ? Une très probable action de grâce (Eucharistie) : Envie de "rendre grâce à Dieu en toute circonstance". Vous savez le fameux « Merci Seigneur ! » Pourquoi, et de quoi ? par ce que « Dieu fait grâce » (signification du prénom Jean), parce qu’on perçoit que cela ne vient pas de nous mais de lui. Parce que « Dieu sauve » (signification du prénom Jésus).

Parfois, mais pas toujours, cela peut nous donner aussi un regard nouveau sur le monde, sur les autres, et sur nous-mêmes : plus de bienveillance, de miséricorde, puisqu’on n’a compris que tout est don de Dieu et non pas production humaine.

Mais aussi, un conscience encore plus forte de notre fragilité : « je ne peux vraiment pas être joyeux sans Dieu. »

Comme cette joie n'est pas automatique et qu’elle est un don de Dieu, il faut donc ne pas hésiter à… la demander !

Pour entrer dans cette attitude spirituelle nous avons besoin d'y être guidé, orienté, par des témoins : Jean Baptiste est un de ces témoins, lui qui est le plus grand des prophètes. Il n'est pas la lumière, mais il rend témoignage à la lumière, il n'est pas la parole, mais il en est la voix. L’Esprit du Seigneur agit en lui. Il veut agir en nous. C'est par l'Esprit que le Seigneur agit aussi dans le monde pour le renouveler en profondeur. Et ses promeses ne sont pas des paroles en l'air : "De même que la terre fait éclore ses germes, et qu'un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur  fera germer la justice et la louange devant toutes les nations".

De même, avec St Paul, "Soyons toujours dans la joie. Et rendons grâce à Dieu en toutes circonstances. Alors notre foi sera contagieuse de cette joie qui transfigure tout !

 

P. Alexis de Brébisson

Homélie 2ème Dimanche de l’Avent – Année B

S  avez-vous que l’on appelle Jean-Baptiste le « Précurseur » ? C'est-à-dire : celui qui annonce. Comme il s’est qualifié aussi lui-même : « La voix qui crie dans le désert ». A quel titre est-il précurseur ? Tout d’abord, il annonce Jésus par sa prédication : il nous demande, comme il le fit à ses contemporains de changer de vie afin de se préparer à recevoir le Messie annoncé. Jésus annonce son retour dans notre monde en gloire. Jésus annonce sa venue en chacun de nous. Comme « bien » le recevoir ?

Jean-Baptiste est précurseur de Jésus aussi par sa vie : il imite « par avance » Jésus. L’Évangéliste Luc construit ainsi le début de son Évangile en mettant en parallèle la naissance et l’enfance de ces deux enfants : par exemple l’ange Gabriel annonce sa naissance comme celle du Christ, et la comparaison se produit de nombreuses autres manières comme entre les deux cantiques de Marie et de Zacharie .

De même chez l’Évangéliste Marc, il apparaît dans le désert où il mène une vie ascétique et de solitude. Il y précède Jésus. Ce cadre de dépouillement, cette aridité favorise chez lui, comme chez nous, comme en Jésus, l’action envahissante de l’Esprit Saint. Les amis de Dieu aiment souvent le désert et la solitude autant que cela leur fait peur. Ce lieu , même si ce n’est que pour un temps limité, en nous dépouillant de manière radicale, nous dispose aux purifications intérieures que Dieu veut réaliser en nous. Ce travail de purification, l’Esprit-Saint le réalise ainsi fortement en Jean-Baptiste, pour le disposer ainsi à une plus grande ressemblance et union avec le Christ. Il le réalise en lui comme en exemple vis-à-vis de tout le peuple juif appelé à retourner au désert retrouver Dieu. Et nous aussi. Fruit aussi du désert, l’Esprit-Saint met en lui une lumière profonde, bien qu’obscure, qui remplit son être : il devient prophète, prédicateur. Il nous bouscule par le témoignage de sa vie et de sa parole.

Pas difficile alors pour lui de reconnaître Jésus quand il viendra : sa capacité à accueillir le Christ, vient de sa propre expérience de purification opérée en lui par l’Esprit-Saint.

Il désire qu’en tous se réalise ce qu’il a pu vivre. Il sait que le Christ vient pour ça. Il veut donc l’annoncer. Plus encore, il a compris que cet homme offrira à tous, non pas simplement d’être pardonné et purifié de son péché mais plus encore d’être habité de l’Esprit-Saint. Qu’est-ce que  cela veut dire ? tout simplement, aussi extraordinaire que cela puisse paraître : être divinisé, animé par l’Esprit même de Dieu, pleinement fils et fille de Dieu, fils dans le Fils.

 

 Demandons lui en ce temps de préparation à Noël la grâce nous aussi de ressembler à Jésus, de savoir le reconnaitre et l’accueillir lorsqu’il vient  devant nous, à nous, parmi nous, en nous, dès aujourd’hui dans le mystère de l’Eucharistie.                                                                                     Père Alexis de Brébisson

Je vous invite à lire cet extrait de l’homélie du Bienheureux Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus pour la fête du Christ-Roi 1966
P. Alexis

« … (Notre-Seigneur) est Roi du monde, Roi de nos âmes, non pas seulement parce qu’il nous a créés ; pas seulement parce que, Sagesse éternelle, il nous a conduits à la perfection, à la fois naturelle et surnaturelle, à laquelle nous sommes parvenus, mais parce qu’il l’a fait par amour. C’est l’amour de Jésus qui est couronné aujourd’hui. Eh oui, il est Roi parce qu’il a triomphé de l’ennemi, à savoir de la mort, du péché, qu’il a triomphé du mauvais par l’amour. C’est l’amour qui est couronné aujourd’hui et que nous saluons dans le Christ-Roi…

... Il est Roi parce qu’il nous a aimés, qu’il nous a prouvé son amour ; parce qu’il nous a acquis, nous a conquis par son amour. Il a des droits de propriété spécialement, des droits de domination sur nous, parce qu’il nous a aimés, parce qu’il nous a conquis en versant son sang. Eh bien, comment nous-mêmes serons-nous associés au triomphe du Christ-Roi ? Comment nous-mêmes serons-nous, un jour, couronnés dans le ciel, dès que notre âme, espérons-le, aura quitté notre corps ? Quel sera le motif de notre couronnement, c’est aussi l’amour ! Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous le rappelle, nous redisant d’ailleurs une vérité, que l’Église connaissait bien mais qu’elle a illustrée merveilleusement, une vérité prononcée par Notre Père saint Jean de la Croix : Au soir de cette vie nous serons jugés sur l’amour. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus disait : Il n’y a que l’amour qui compte. Puisque nous serons jugés sur l’amour, puisqu’il n’y a que l’amour qui compte, qui fait notre véritable valeur, pourrions-nous dire, naturelle et surnaturelle, notre valeur d’éternité ; puisqu’il marquera la puissance de notre vision, de notre lumen gloriæ qui nous aidera à pénétrer la Trinité Sainte, à nous associer en même temps aux opérations du Verbe Incarné, qu’il marquera donc, et en même temps, la mesure de notre bonheur éternel, eh bien que nos regards aujourd’hui, et toujours, se concentrent sur cet amour. Eh oui, la charité, l’amour contient la loi et les prophètes. C’est le summum, c’est le résumé, c’est, pour ainsi dire, l’unique devoir de notre vie terrestre. Nous sommes ici-bas pour développer nos puissances d’amour surnaturel… »

Homélie 33ème Dimanche tps ordinaire de l’année A dimanche 19 novembre 2017

On dit d’un scout qu’il doit être « toujours prêt ». On pourrait le dire aussi d’un jeune du MEJ : prêt à servir, à répondre aux sollicitations, à choisir le bien. On doit le dire d’un chrétien. Quand j’ai fait mon service militaire, j’ai été très marqué du fait que le quotidien d’un soldat consiste surtout à se préparer, à se former, à développer ses talents pour être capable de donner le meilleur de soi-même, dans des conditions que l’on sait pouvoir être extrêmement difficiles, délicates, sérieuses, et qui arrivent de manière imprévue, soudaine. Il y a d’ailleurs en ce moment à Paris une exposition sur la vie quotidienne d’un soldat au musée des Armées qui retrace bien cela. Voici une parabole supplémentaire que Jésus aurait pu prendre pour expliquer quelle doit être notre attitude dans l’attente du retour du Christ. En effet, St Matthieu regroupe à la suite plusieurs paraboles qui veulent nous inviter à agir ici-bas avec vigilance, orienté vers l’avènement du Fils de l’homme, dont on ne sait ni le jour, ni l’heure. Ainsi, entre autres, cette parabole des talents reçue aujourd’hui. Pourquoi donc faire fructifier nos talents ? Et bien d’abord pour le retour du maître, la venue du Christ dans la Gloire. Pourquoi donner le meilleur de nous-mêmes maintenant, ici-bas ? Pour nous préparer à l’œuvre d’amour extraordinaire à laquelle le Seigneur veut nous associer lors de son retour dans la Gloire.

Que personne parmi nous ne s’y trompe, rien ne semble plus étranger à la foi que les calculs financiers ; et cependant Jésus prend cette image pour nous éclairer :

- Sur l’extraordinaire confiance qu’il nous fait. En effet un seul talent correspond à plus de 15 ans de salaire.

- Sur la responsabilité différente qu’il confie à chacun en fonction des capacités des uns ou des autres.

- Sur la liberté qu’il laisse à l’intelligence et à la volonté de l’homme pour réaliser son œuvre.

Drame alors de celui qui refuse cette responsabilité sous prétexte de liberté : «enterrer » un dépôt, dans le droit juif, c’était affirmer se dégager de toutes responsabilités par rapport au bien confié.

Enfin, posons-nous la question : qu’est-ce qui motive notre travail journalier, notre devoir d’état ? Pour les uns, ce sera le sens de l’homme en particulier, et de l’humanité dans son ensemble : pour un militaire par exemple, pour un homme politique, pour un membre aussi du Secours Catholique. C'est-à-dire une haute conception de la vie qui le conduit même à renoncer à son propre bien, à donner de son temps et même sa vie pour cette cause, ou à en faire son métier. Pour d’autres, parfois pour les mêmes aussi, ce sera l’amour conjugal, la vie familiale qui donne le plus de sens à sa propre vie et ainsi au travail quotidien. Dilemme récurrent dans certains métiers entre la disponibilité à avoir au service du bien commun et l’attention à soi-même et à ses proches. Dilemme enfin vécu par chacun de nous, entre l’attention et la générosité à avoir vis-à-vis des plus pauvres et la préservation de notre temps et de notre argent pour nous-même et notre entourage.

Quelle juste mesure trouver ? Comment opérer ce discernement ? Le Christ nous invite à voir la vraie finalité de tout notre agir : Lui-même, sans retour, sa venue, dès maintenant et à l’heure du Jugement final, Il nous le dit : c’est en Lui seul que notre agir peut trouver sa vraie finalité, son orientation la plus juste, le critère le plus grand, le plus ultime pour discerner. C’est dans l’attente du retour du maître que ces gérants ont à faire fructifier leur bien. C’est dans l’espérance de la rencontre du Christ, source de tout bien, que nous devons orienter tout notre agir. Rencontre possible dès maintenant : « à chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Désir de la rencontre avec le Christ, qui donne sens à l’accomplissement de notre travail, l’attention à la vie familiale, et le souci du plus pauvre. Agissons selon la vocation qu’il nous a donnée. Oui, la vocation reçue du Christ et notre désir de le connaitre et de le rencontrer est le vrai moteur de notre agir quotidien, car seul cette rencontre quotidienne et définitive, peut combler dès maintenant notre cœur, le comblera définitivement le jour de son Retour, car cette communion avec lui donne et donnera sens à tout ce que nous avons fait, donné, vécu, reçu, le Christ transformant toute chose en vie éternelle

                                                                                                          Père Alexis de Brébisson

 

Homélie 32éme dimanche du Temps Ordinaire

 

« Veillez car vous ne savez ni le jour, ni l’heure »


Quel est l’enjeu de notre vie, la finalité ? la rencontre avec l’amour infini, avec l’Epoux qui est Jésus le Christ, Dieu. Préparons-nous y avec joie ! Pour préparer un concert, il faut travailler chacun et puis tous ensemble son instrument, sa voie. Veiller : c’est se préparer. Si quelqu’un ne se prépare pas, il ne pourra pas participer au concert, il manquera aux autres.

Approfondissons un peu l’enseignement que nous donne Jésus aujourd’hui dans cette parabole des dix vierges.

Il veut nous faire comprendre qu’il ne suffit pas de dire que l’on croit en Dieu, pour pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu. La foi doit devenir une fidélité vigilante de tous les instants.

Le Royaume des cieux est semblable à dix vierges. Saint Matthieu qui donne cette parabole, la met en valeur plus que les autres évangélistes. Jésus s’appuie sur la cérémonie du mariage en Orient : celle-ci était précédée de plusieurs jours de fête. On fêtait le fiancé chez lui et la fiancée chez elle. Le dernier jour un cortège ramenait la fiancée dans la maison de son fiancé. Dans cette parabole il y a des anomalies au point de vue des usages. On ne parle que des compagnons du fiancé, on montre les vierges endormies, ce qui est étonnant. Le cortège se formait à la tombée de la nuit alors qu'ici c'est dans la nuit. Jésus n'a pas peur d'adapter les détails aux besoins de la Parabole et la leçon devient plus vivante et plus claire.

La leçon c'est que les vierges avaient fait provision d'huile, qu'elles s'endorment, il n'y a pas de faute. Les unes se lèvent avec leur lampe garnie d'huile, les autres non ; elles vont en chercher et c'est trop tard. Cette parabole paraît terrible. Ces vierges ont été imprévoyantes ; elles ont contribué à la fête jusqu'à ce moment, elles ont veillé une partie de la nuit mais quand l'époux arrive, elles n'ont plus d'huile et il ne les accepte pas.

Le Royaume de Dieu est en préparation, en évolution, ce qui importe c'est d'être prêt quand l'époux vient. Les vierges ont fait ce qu'elles devaient faire à l'avance, mais leur dernière attitude n'est pas ce qu'elle devrait être. Elles pouvaient ne pas être là auparavant, si elles avaient été là au dernier moment elles auraient été introduites. Telle est l'importance de la persévérance finale. Jésus a voulu mettre en relief l'importance du dernier moment.

Comment comprendre cela pour nous ?

Il nous faut, dans notre vie quotidienne, attendre le Maître. Il semble peut être vivre dans l'ombre maintenant, se faire attendre. Tout le travail fait à l'avance ne compte pas si on néglige celui de la fin. Le plus important, c’est le dernier instant à l'arrivée du Maître qui veut nous trouver prêts. L'imprévoyance porte sur un détail. Ce ne sont pas les dispositions générales qui suffisent pour nous faire entrer dans le Royaume de Dieu, la foi en Dieu ou autre chose… il faut veiller au détail, observer la loi, préparer l'arrivée de l'époux, ce qu'exige le Royaume de Dieu. Les vierges qui n'ont plus d'huile n'ont pas prévu que la veille durerait longtemps. C’est une leçon sur la fidélité aux détails dans notre vie chrétienne.

Le Royaume de Dieu a des préceptes généraux et particuliers. Jésus les a énoncés dans le Sermon sur la Montagne, les béatitudes, entendu au moment de la fête de la Toussaint ; il a aussi repris les préceptes de Moïse, dans ce qu'il a fait. L'infidélité à un précepte suffit pour nous exclure. La foi doit se vivre dans la fidélité à chaque instant si nous ne voulons pas qu’elle meure. La foi doit être une permanente recherche de la vérité, un permanent exercice de la charité, une permanente confiance en Dieu, tout cela vécu dans la prière et la vie sacramentelle.

Voilà ce que Jésus, le Fils de Dieu, nous demande aujourd’hui : une fidélité de détails. Ne regardons pas les choses « grosso modo ». Le faire serait nous exposer à une fin terrible. Nous retrouvons fréquemment dans l'Évangile ces avis terribles du Juge. Mais à chaque fois, ce n’est pas Dieu qui rejette l’homme, mais l’homme qui par son agir, s’est séparé de lui. Ce langage sévère voulait sûrement émouvoir les Juifs. Peut être veut-il aussi nous réveiller aujourd’hui, moi comme vous.

Que la chose soit dite avec sévérité ou avec douceur, elle reste. Jésus veut nous montrer ce qu'on encourt en n'écoutant pas ce qu'il dit, en ne suivant pas ses préceptes. Nous voyons donc là la coopération que nous devons donner à l’œuvre que Dieu réalise en nous, dans notre monde, à ce Royaume de Dieu qui est en nous.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie du 31ème dimanche du Temps Ordinaire

« Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé »

Combien de fois pouvons nous nous surprendre à réfléchir pour savoir comment être le plus grand ! à agir de manière à être remarqué ! Désir de grandeur enraciné dans le cœur de l’homme. Désir juste au fond : perception que l’on est fait pour une plénitude. Mais confusion entre la plénitude de l’amour à laquelle nous sommes appelés et la nature humaine bien limitée, bien petite...

Comment entrer dans cette juste appréhension de ce qu’est l’homme ? Comment découvrir notre véritable grandeur ?

Reprenons d’abord la leçon que Jésus nous donne aujourd’hui :

Il nous invite à ce que notre agir soit en conformité avec nos paroles.

Il nous exhorte à ne pas nous donner de titre honorifique. Il ne s’agit pas de refuser tous les noms que nous nous donnons, de celui de papa à celui de docteur, mais de bien comprendre que toute paternité, toute autorité véritable ne se trouve qu’en Dieu.

Il nous invite à nous mettre au service les uns des autres.

Mais Jésus n’est pas un simple donneur de leçon, il est aussi un donneur de solution : il réalise déjà lui-même ce qu’il dit et nous montre ainsi le chemin qu’il faut prendre. Il s’abaisse jusqu’à accepter l’humiliation.

Puis il nous donne ce qu’il faut pour le réaliser : la grâce d’un cœur nouveau par son Esprit qu’il met en nous. Quand ? le jour de notre baptême. Ce jour-là Dieu vient véritablement faire sa demeure en nous. Il nous donne en particulier la force de son Esprit Saint pour pouvoir aimer comme lui. Il vient faire alliance avec nous, nous assure de venir nous transformer de plus en plus pour nous conduire à la plénitude de l’amour.

Prenons le Christ comme maître pour pouvoir agir pleinement selon la vérité de l’Évangile.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 30éme dimanche du Temps Ordinaire

Aimer totalement


Jésus ne laisse pas indifférent. Hier comme aujourd’hui. J’en veux pour preuve le spectacle grand public actuellement réalisé à Paris par Pascal Obispo : « Jésus ». Nous sommes allés le voir cette semaine avec une centaine de jeunes. Une belle réussite.

Hier aussi, les pharisiens sont attirés par Jésus. Mais ils sont jaloux de son rayonnement. Ils veulent donc le mettre à l’épreuve, en lui posant une question difficile. Quelle loi faut-il accomplir en priorité pour plaire à Dieu ? En effet, les juifs avaient un amour de la Loi divine. Cela en devenait excessif : beaucoup de lois rythmaient la vie quotidienne. Difficile alors de s’y retrouver. Qu’est ce qui est le plus important ? La question était posée aux docteurs de la Loi.

Aujourd’hui, c’est un peu l’excès inverse : il faut le minimum de lois morales pour marquer la vie quotidienne. Il est interdit d’interdire. A chacun sa vérité. Chacun fait ce qu’il lui plait. La Loi n’est acceptée que pour encadrer les choix que chaque individu pose. Quoique, toute société va définir quand même un minimum d’interdits. Ne pas tuer, ne pas voler… C’est souvent ce qu’il ne faut pas faire. Sans mettre cependant tout le monde d’accord dessus. A ne plus avoir de principes moraux, la même question se pose à nous, non par excès de lois, mais par défaut : quel principe essentiel guide ma vie ? S’il n’y en avait qu’un, lequel devrais-je choisir ?

Ô merveilles ! Jésus va retenir dans la Torah un commandement positif : le double commandement de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Nous nous entêtons souvent à chercher tout seul un sens à notre vie, une réponse à nos questions, alors que la vérité se trouve dans la bouche du Christ. Profitons-en.

Le mot important dans cette affirmation du Christ c’est le mot « tout ». Qui aime est pris tout entier. C’est de cet amour que Dieu veut être aimé. C’est difficile d’aimer Dieu qu’on ne voit pas. Mais cependant Dieu est là. Dans cette église, en moi. Dans l’Eucharistie. Comme les sens ne sont pas pris alors nous ne nous laissons pas entraîner par cet amour de Dieu. Pourquoi ? Parce que nous croyons que l’amour relève du ressenti. Lorsque nous ne ressentons plus rien, nous croyons que nous n’aimons plus. Tant de personnes arrêtent leur relation quand le ressenti n’est plus là. Mais cette sensibilité, si elle joue un rôle important, n’est pas cependant la racine de l’amour. Dieu a prévu le bonheur à ceux que qui croiront sans avoir vu. Or tant de personnes se refusent de croire car ils n’ont pas de ressenti, d’expérience de Dieu. Le ressenti est l’effet de l’amour, mais pas l’amour en soi. L’amour est un acte de la volonté qui se donne à la vérité que l’intelligence a saisi. De plus il est important d’affirmer la gratuité de l’amour : on n’aime pas un être par ce qu’on est consolé, gâté, cajolé par lui, mais on aime l’autre pour lui-même. C’est dans cette loi de l’amour que Jésus veut nous conduire, à l’égard de Dieu et des autres. C’est un commandement : c’est donc un appel à notre volonté en premier. Le bonjour le matin à nos proches ne doit pas dépendre de notre humeur. Il résulte d’un engagement que nous avons pris en vivant avec eux à avoir de l’attention chaque jour vis-à-vis d’eux. Je vais aimer mon frère non pas parce qu’il me plait, mais parce que Dieu me le confie et me demande de l’aimer. De même, je prie non pas parce que j’en ai envie, mais parce que Dieu attend notre amour. Cependant… il nous faut entendre Jésus par ailleurs nous dire que c’est en le faisant « comme » lui que nous le ferons bien. Il nous faut découvrir aussi que c’est avec le don de son Esprit-Saint que nous pourrons ainsi aimer totalement et parfaitement.                  

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 29éme dimanche du Temps Ordinaire

Ces pharisiens présentent à Jésus une question qui est probablement d’abord pour eux un cas de conscience. Leur pays se trouve occupé par les Romains. La monnaie officielle est donc celle de l’empire et la loi celle de l’occupant qui les oblige à payer un impôt. A moins de rentrer en résistance complète, ils ne peuvent échapper à cela. Mais une telle obligation va contre leur conscience : sur ces pièces d’argent qu’ils ont dans la poche est représenté César. Or, pour les juifs, toute représentation de ce type est interdite car elle revient à faire de cet empereur un dieu. Détenir une telle pièce, n’est-ce pas déjà d’une certaine manière adorer l’empereur ? D’autre part, l’impôt, ce n’est rien d’autre que leur richesse prise de manière indue pour payer surtout les armées romaines. Faut-il donc, oui ou non, payer cet impôt ? Le payer, c’est favoriser Rome. Utiliser tout simplement cet argent, c’est pactiser avec l’occupant et leur empereur considéré comme un dieu. Ne pas le payer, c’est risquer son emploi, sa vie, celle de sa famille, s’obliger à fuir… Voici le dilemme qui habite le cœur de ces hommes, avant même de tenter de piéger Jésus par leur question.

Aujourd’hui encore, nous pouvons nous-mêmes comme chrétiens être dans des situations similaires. Des cas de conscience peuvent se poser à nous. En voici deux ou trois. Pour qui voter quand j’ai le sentiment qu’aucun des candidats ne respecte les valeurs de la vie qui sont si importantes dans la foi chrétienne ? Puis-je participer au Téléthon quand je sais que les fonds peuvent favoriser le diagnostic prénatal qui provoquera l’élimination des enfants ? Est-ce honnête de rester dans mon entreprise quand je sais que certaines pratiques financières sont douteuses ? Puis-je tout simplement continuer à avoir des relations normales avec un ami, un proche même si je n’accepte pas son comportement ? Vous en avez probablement d’autres. Parfois il n’y a pas de solutions simples, humainement parlant.

Jésus semble donner une autre voie, à travers cette réponse.

Dans un premier temps, avec beaucoup de talent, il renvoie dans leurs plots ses adversaires, n’hésitant pas à dire la vérité : « hypocrites ! ». Ils dissimulent en effet derrière cette question non seulement leur incapacité à gérer leur "amour" de l’argent, mais aussi, derrière un beau compliment, tout simplement leur envie de nuire à cet homme qu’ils méprisent.

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Que faut-il comprendre dans cet impératif catégorique ? Probablement pas que les questions d’argent, de politique, matérielles, humaines sont à traiter distinctement de la religion. Mauvaise voie : nous le savons, seules la charité et la vérité que nous recevons de Dieu nous donnent les moyens d’assumer ici-bas les problèmes qui se posent à nous.

J’aime à penser que Jésus veut conduire ces hommes plus haut, plus loin. Il connait leur cœur. Il sait qu’ils sont créés pour de grandes choses, pour Dieu et en même temps combien ils sont remplis de l’amour de l’argent, des préoccupations liées à leurs richesses. Il veut les sortir de là. On ne peut adorer Dieu et l’argent. On ne peut s’attacher à l’argent et s’attacher à Dieu.

Comme prêtre, je suis témoin de cela. Avant d’accuser les autres, j’en suis témoin chez moi : quand je suis trop préoccupé par les questions matérielles et financières, c’est souvent à la défaveur de la prière, de l’attention à Dieu et aux autres. Je suis impressionné aussi en côtoyant certaines personnes avec de nombreux biens : parfois elles sont comme bloquées dans leur évolution spirituelle en raison de leur trop grand attachement à l’argent. Comment cela se manifeste ? Oh, ce n’est généralement pas beau à voir… je n’ai donc pas trop envie d’en parler. Mais quand même, en moi, comme chez elles, cela se traduit souvent par un blocage, une aigreur, de l’orgueil, une incapacité à se remettre en question, une trop grande sollicitude pour les biens matériels, une perte d’intérêt pour Dieu tout simplement.

Quelle solution ? Je crois qu’on ne peut s’échapper qu’en obéissant avec un peu de radicalité à ce que Jésus commande : « Rendez ».  Rendez, rendez… Un synonyme ? Redonnez, redonnez… Si, vous avez bien compris, quand quelque chose vous préoccupe, le meilleur moyen c’est parfois de s’en débarrasser. Et, au lieu de le jeter à la poubelle, le mieux est de le rendre à celui à qui cela appartient. Vos richesses ? Je pense que vous trouverez bien des nécessiteux… en rendant cela à autrui, le temps et la liberté d’esprit et de cœur vous seront alors redonnés et vous pourrez alors aussi les rendre à Dieu. J’aime cette image de saint Jean de la Croix : « Qu’importe que l’oiseau soit retenu par un fil léger ou par une corde, tant qu’il ne l’aura pas brisé, il ne pourra pas voler. »

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 28éme dimanche du Temps Ordinaire

 

Ah ! le Royaume ! Jésus a envie de nous donner envie d’y aller. Il aiguise notre appétit du Royaume en le présentant comme un festin de noce. Il prend la suite d’Isaïe qui le présentait déjà comme un banquet de viandes grasses et de bons vins. Joie ! Paix ! Communion ! Voilà ce qui caractérise le Royaume. Nous y sommes appelés, invités, convoqués. Quand ? Maintenant ! Cette parabole nous pose la question de notre appel à chacun de nous aujourd’hui et non pas seulement après le passage de la porte de la mort au Ciel. Car, c’est une affirmation de Jésus à plusieurs reprises : le Royaume est déjà commencé ici-bas. L’Eucharistie du dimanche est l’anticipation de ce festin du Royaume, la réalisation même en germe. Savons-nous pourquoi nous sommes là ? Où resterons-nous muets si l’on nous pose la question ? N’avons-nous pas été invité ? Quand ? Pour quelle raison ? Dans quelle attitude, quelle disposition sommes-nous venus ? J’aime entendre ce maître appeler cet homme « mon ami », encore une fois, manifestant ainsi la qualité de la relation que Dieu veut établir avec nous. Depuis le jour de notre baptême, nous avons reçu ce vêtement de noces. L’avons-nous accueilli, celui qui nous identifie aussi à nos semblables ? Je me souviens, participant à un grand rassemblement, avoir négligé le teeshirt qui été donné à tous à l’entrée, voulant me distinguer en ne le mettant pas. Je refusais d’une certaine manière à entrer pleinement dans la joie et la communion de cet évènement et je le manifestais. Je résistais. Dieu me semble-t-il nous invite à entrer dans la joie commune. Il peut y avoir de notre part, une résistance à recevoir la grâce que Dieu nous donne, à entrer dans la fraternité qu’il permet entre nous. Nous refusons de recevoir le don gratuit de Dieu. Don gratuit, si difficile à concevoir pour nous qui ne pouvons donner que ce que nous avons reçu.

 

Père Alexis de Brébisson

HOMELIE DIMANCHE 8 OCTOBRE 2017 – PUTANGES PONT –ECREPIN. « Merci Seigneur ! » 😊

 

Je me souviens avec plaisir de l’exhortation d’un évêque du sud de la France, alors que j’étais encore séminariste, qui nous avait invités à toujours nous réjouir, en toutes circonstances, en levant les mains au ciel et à dire « Merci Seigneur ! ». Cela m’a beaucoup apporté. Alors je voudrais vous apprendre la même chose. D’accord ? Vous n’êtes pas contre ? On essaye ???

  • Le soleil se lève le matin …. « Merci Seigneur ! »
  • Il pleut en Normandie… « Merci Seigneur ! »
  • J’ai gagné au loto …. « Merci Seigneur ! »
  • J’ai cassé mon téléphone… « Merci Seigneur ! »

Mais à quoi ça sert cela ? Pourquoi une telle positive attitude ?

  • Aurais-je besoin de chacun vous comme "ravi" dans les crèches de toutes les églises de la paroisse ?
  • S’agit-il d’une simili méthode Coué pour se persuader que tout va bien « Mme la marquise » ?        
  • Pourrions-nous ainsi corriger notre caractère normand habitué à voir les choses trop souvent par la négative même quand ça va bien. J’ai entendu ainsi un jour après une rencontre qui s’était bien passée : « ça aurait pu ne pas marcher… » Ou plus dur encore, corriger le caractère français si bien caricaturé à l’étranger par un « grognon » qui se plaint tout le temps ?  Si cela marche, why not ?…

En fait, vous imaginez, la raison est plus fondamentale, plus surnaturelle, plus mariale aussi, plus chrétienne tout simplement : depuis la venue de Jésus en Marie, dans notre chair, dans notre monde, en nous le jour de notre baptême, rien, rien, rien, «  j’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, (…), ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » Oui, oui, oui, car « l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5, 5).

Plus encore, tout, tout, tout peut être occasion d’aimer et de se rapprocher de Dieu et ainsi de grandir dans la communion les uns avec les autres. « On nous croit tristes, et nous sommes toujours joyeux ; pauvres, et nous faisons tant de riches ; démunis de tout, et nous possédons tout. » (Co 6)

Comment vous prouvez cela ? Comment vous convaincre ?

Regardez ces catéchumènes qui viennent de témoigner : la joie qui rayonne sur leur visage ! Qu’est-ce qu’on dit ??? « Merci Seigneur ! »

Regardez Marie lors de la Visitation : la joie qui jaillit de son cœur : « Mon âme exalte … », l’espérance qui l’a fait tenir debout au pied de la Croix ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ces couples qui se sont mariés cette année et qui viennent rendre grâce ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ces gens seuls qui manifestent cependant une joie autours d’eux. Je raconte souvent combien deux personnes que j’ai accompagnée de prêt dans deux paroisses précédentes, marquées chacune par l’épreuve très douloureuse de la séparation et de la solitude, ayant fait le plongeon de la foi en confiant leur détresse et leur vie à Dieu, étaient ensuite pour moi les témoins vivants de la vie et de la joie de Dieu qui rayonnaient à travers elles, en particulier par un esprit admirable de service et d’attention aux autres. « Merci Seigneur ! »

Regardez ces familles qui ont eu un enfant, qui l’ont baptisé et qui ont de la joie aussi à remercier encore aujourd’hui leur Créateur et leur Sauveur ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ces résidents de la Maison de retraite qui ont fait l’effort, malgré leur fatigue, de venir aujourd’hui pour se réjouir avec nous ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ce jeune (si souvent) à la porte de cette église qui vient nous rendre visite chaque dimanche et dont la joie rayonne sur le visage ! « Merci Seigneur ! »

Regardez saint François d’Assise fêté cette semaine, qui osait affirmer qu’il était dans la joie parfaite quand il se trouvait rejeté de partout comme son Seigneur ! « Merci Seigneur ! »

Regardez à côté de vous, oui le chrétien qui est à votre gauche, et celui aussi qui est à votre droite, que vous le connaissiez bien ou pas du tout, (tiens dites-lui bonjour si vous ne l’avez pas encore fait), je vais vous faire un scoop : il a des soucis, des problèmes, des gros et des petits. Les petits tout autant que les gros d’ailleurs lui occupe l’esprit. Parfois beaucoup trop. Mais aujourd’hui dans l’église il est venu comme vous offrir tout cela dans la prière à Jésus qui est là et tiens… ! Regardez, regardez son sourire qui apparaît sur son visage ! (allez les voisins souriez un peu pour m’aider). Qu’est-ce qu’on dit alors ??? « Merci Seigneur ! »

Celui qui fait l’expérience fondamentale et merveilleuse de la présence de Dieu un jour dans sa vie, a, je pense, la conviction que tout ce qui peut lui arriver, s’il garde le cœur ouvert, peut être l’occasion à nouveau de le rencontrer, lui son Ami et de croître avec lui et les autres dans l’amour. Il peut faire feu de tout bois. Et alors en toute occasion il peut dire « Merci Seigneur ! » 

Comme curé de nos deux paroisses, tous ceux qui s’impliquent bénévolement sont pour moi, un exemple vivant de la même réalité. Le don gratuit de son temps, de son sourire, de sa charité dont je suis le témoin chez beaucoup d’entre vous, sont d’une manière certaine, consciente ou non, l’effet de l’amour de Dieu que vous avez accueilli en vous, en remettant peut être votre vie entre ses mains un jour d’épreuve, ou en tombant un jour en admiration devant le Christ et son Corps qui est l’Eglise.

J’aimerais pouvoir tous vous citer. Mais j’en oublierai forcément.

J’en choisirai seulement trois. Tout d’abord les frères salésiens que nous avons découverts un peu plus avant la messe et sur l’établissement Giel Don Bosco.  Pour eux, avec moi je voudrais que vous disiez « Merci Seigneur » ! Merci Seigneur de leur présence au milieu de nos deux paroisses ! Merci Don Bosco pour l’énergie, la joie, l’attention éducative vis-à-vis des jeunes et l’attention à tous que tu as sur développer dans leur cœur. Fais que cela déteigne sur chacun de nous !

Ensuite, pour les parents et les enfants qui vont par leur présence le dimanche à la messe, renouveler et rajeunir nos assemblées communautaires ! « Merci Seigneur » !

Enfin, merci à tous ceux qui s’impliquent pour nos églises (savez-vous qu’ils sont plus de 200) ! Merci Seigneur de la présence si attentionnée de telle ou telle personne, parfois seule pour l’entretien de son église (et qui accepterait bien un peu plus d’aide), et de ceux aussi qui à plusieurs se mobilisent, donnant de leur temps, leur compétence, leur expérience, leur joie de partager et aussi sans oublier leur argent, pour la vie et la sauvegarde de leur église. Grâce à ces personnes, nos églises sont et surtout seront vraiment dans l’avenir des lieux de ta présence qui pourra toucher les cœurs, des lieux de rencontres pour vivre la fraternité, des lieux de visibilité pour annoncer ta Bonne Nouvelle !  Seigneur, « que ton Eglise soit parlante et vivante ! ». « Merci Seigneur ! »

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie du 26ème dimanche du Temps Ordinaire

« L’enfer est pavé de bonne intention ». C’est ce proverbe qui pourrait bien résumer l’Évangile que nous venons de recevoir.

Regardons donc le contexte. Jésus vient d’être accueilli triomphalement à Jérusalem. Il entre alors dans le Temple et se met à chasser les marchands et les banquiers. Le lendemain, il revient au Temple et commence à enseigner la foule. C’est alors que les autorités religieuses lui demandent de quel droit il enseigne, de qui il tient son autorité. Comme un bon jésuite si l’on peut dire,  Jésus répond à cette question par une autre question ; celle-ci concernant Jean-Baptiste : d’où lui venait le droit de prêcher et de baptiser ? Pris au piège, les chefs des prêtres ne savent quoi répondre, si bien que Jésus, lui non plus, ne veut pas leur répondre. Mais il profite de l’occasion pour contre-attaquer. On est donc en pleine situation conflictuelle, à quelques jours du complot qui mènera à l’arrestation et à la mort de Jésus.

Il raconte donc à ses contradicteurs une histoire simple, suivie d’une question à laquelle, comme les chefs des prêtres et les anciens, chacun de nous ne peut que répondre : « Celui qui fait la volonté du père, c’est celui qui fait, même s’il commence par dire ‘non’, et pas celui qui dit ‘oui’ et ne fait rien. »

Comment se fait-il alors que les autorités religieuses juives, qui ont fait la bonne réponse, soient ainsi critiquées par Jésus ? Car enfin, ces gens-là, en particulier ceux qui sont d’obédience pharisienne, sont des gens qui ne se contentent pas de dire, mais s’efforcent de faire chaque jour la volonté de Dieu. Depuis leur jeunesse, la plupart d’entre eux mettent tout leur zèle à pratiquer la vraie religion. Et ils ne se contentent pas de prier : ils respectent scrupuleusement toutes les lois contenues dans la Torah. Et cela leur coûte beaucoup. Comment se fait-il que Jésus les condamne si radicalement ?

Pourquoi une telle condamnation Jésus : « ceux-ci vous précèdent dans le Royaume » ? Cela signifie tout simplement qu’ils prennent leur place dans le Royaume de Dieu. Plus encore le verbe est au présent : dès aujourd’hui, par leur repentir, ils reçoivent le Royaume de Dieu en partage, je viens établir en eux mon Règne.

C’est qu’ils n’ont pas voulu croire Jean-Baptiste lorsqu’il prêchait une conversion radicale, alors que les publicains et les prostituées ont accueilli cet avertissement de Jean. Bien plus, même en voyant ces conversions nombreuses, les autorités, enfermées dans leur bonne conscience, n’ont rien voulu changer dans leur vie. Ils n’ont pas « cru » (trois fois dans le texte) à la parole de Jean Baptiste. Sans doute, murés dans leur pratique étroite de la Loi, ils se sont dit que Jean (comme Jésus) n’avait aucun mandat, aucune compétence particulière, donc, aucune autorité pour prêcher la conversion. Et ils n’ont pas bougé. Et Jésus les condamne pour cela.

Comme dans chaque page de l’évangile, cette parole de Jésus s’adresse à nous aujourd’hui comme une mise en garde et une invitation à un changement radical.

Dans quelle circonstance de notre vie ?

Tout d’abord, nous pouvons tout simplement appliquer cela à notre agir quotidien. Nous savons bien trouver souvent de bonnes raisons pour ne pas faire notre devoir d’état. Et c’est là que l’adage populaire « c’est l’intention qui compte » ne marche pas. Le Seigneur nous invite à une fidélité dans nos engagements.

Mais cet appel de Jésus désigne aussi autre chose : dans la vie chrétienne, le Seigneur attend de nous une part active pour conformer notre volonté à la sienne, pour agir selon le droit et la justice. Nous devons mettre tout notre cœur et nos forces à accomplir les commandements de Dieu. Mais il y a un moment où le Seigneur veut nous conduire plus loin sur ce chemin de la vie chrétienne, ou plutôt où il veut prendre la direction de notre vie pour la conduire lui même sur le chemin de l’amour. Cela demande de notre part une conversion, un don de soi, abandon. Il nous invite à lâcher prise, à accepter sa volonté. Nous avons beau le demander à chaque fois dans le Notre Père : « que ta volonté soit faite », cela est bien chose difficile.

Et pourtant c’est le seul moyen pour que le Seigneur vienne établir en nous son Règne, dans notre cœur, dans notre vie. La vie chrétienne n’est pas la recherche de la maîtrise notre vie, il ne s’agit pas de devenir les maîtres de nous mêmes. Mais que le Seigneur établisse en nous son Royaume. Si nous lui donnons notre volonté, celui-ci vient alors en nous demeurer (« celui qui m’aime, mon Père et moi nous l’aimerons et nous viendrons faire en lui notre demeure ») et nous transformer de l’intérieur à son image. Si nous nous donnons à lui, il peut alors commencer à travailler en nous, venir purifier notre sensibilité, notre mémoire, épanouir notre intelligence, fortifier notre volonté et surtout faire grandir notre foi, notre espérance et notre charité.

Dans la conscience de tout homme, le Seigneur vient inviter un jour à faire cet acte d’abandon, de remise de soi. C’est alors le début d’une grande aventure, celle de l’établissement du Royaume de Dieu, royaume de paix et d’amour. Comme les publicains et les prostitués, aurons-nous un cœur suffisamment pauvres, ouvert pour l’accueillir

 

Père Alexis de Brébisson

Homélie 25éme dimanche du Temps Ordinaire

 



À chaque fois que j’entends cette parabole, je repense à ce formidable commentaire, reçu un jour d’un séminariste, malgache, qui me faisait comprendre de manière lumineuse la grandeur de l’Eucharistie : ce « denier » que chacun des « appelés » reçoit à la fin de son « œuvre », c’est cette hostie, reçu l’un après l’autre ce dimanche. Trésor infini de l’amour de Dieu, offert à tous.

En effet, ce dimanche, après notre semaine de travail, et même au début d’une nouvelle semaine, nous sommes là à faire ensemble la queue pour recevoir le salaire de notre semaine. Ce « salaire spirituel » qu’on va recevoir, vous et moi, aussi pauvres les uns que les autres en tant de domaines, nous en avons besoin pour nous sortir de notre misère spirituelle. Il va nous sauver de notre péché. Il va nous permettre de vivre « rien que pour aujourd’hui ». Nous avons fait ce que nous avons pu ces jours-ci. Mais si peu cependant, n’est-ce pas ? Quand on sait tout qu’il y avait à faire, tout ce qu’on aurait pu faire, tout ce qu’on a mal fait ou pas fait, quelque soit d’ailleurs la mission de chacun, et notre heure d’embauche.

Réaliste sur la pauvreté de nos œuvres, nous n’hésitons pas cependant à venir quémander un salaire, une nourriture… parce que nous en avons besoin pour survivre !

C’est aussi parce qu’au départ, c’est Dieu qui nous a embauché le jour de notre baptême, c’est à lui que nous venons rendre compte de notre travail ; c’est auprès lui que nous sommes convié chaque dimanche pour recevoir notre traitement.

Nous paraissons bien confiants, les uns et les autres, car aussi faible soit la réponse que nous avons donné à son appel, aussi faibles soit la collaboration et le travail fourni, nous avons bien l’espoir qu’il nous donne quelque chose. Nous avons raison car, chacun de nous, ce dimanche encore, il veut nous donner « un denier ». Il ne calcule pas à la mesure de notre travail, mais à la mesure de sa bonté. Il me donne ce qu’il faut pour vivre chaque jour. Sous qu’elle forme ? Il me donne la manne. Il me donne l’hostie. Il me donne l’Eucharistie. Il me donner sa vie, il me donne TOUT. Je reçois TOUT cela pour moi tout seul, comme un trésor, comme celui qui est devant moi, pas moins que lui. C’est étonnant… cela semble procurer encore plus de joie à l’Intendant qui me la donne qu’à moi ! Joie de se donner peut être ? Joie de me donner parce qu’il m’aime ? Et celui qui est dernière moi, celui que souvent je ne vois pas, à qui je tourne le dos, que je ne veux pas voir, en reçoit tout autant. La même hostie, le même don et la même joie du donateur.

Seigneur en ce dimanche, donne-moi, non d’être jaloux, mais d’être dans la joie que tous ici reçoivent autant de ta bonté. Donne-moi ainsi de partager ta joie, à la bonne heure, à la dernière heure ! Celle du festin final où les derniers seront les premiers, où les pauvres mangeront et seront rassasiés, où tous ne feront plus qu’un et où Dieu lui-même sera leur serviteur.

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 24éme dimanche du Temps Ordinaire

 


Torturée par un médecin de la Gestapo, la jeune résistante catholique et pianiste MaïtiGirtanner échappe miraculeusement à la mort, mais garde des séquelles qui la feront souffrir tous les jours de sa vie. En retrouvant la liberté, grandit en elle le désir immense de pouvoir un jour pardonner à son bourreau.  A 75 ans, elle fait le récit bouleversant du pardon que son tortionnaire atteint par une maladie est venu chercher auprès d'elle avant de mourir, se souvenant qu'elle parlait de Dieu quand elle était sa prisonnière. Je vous invite à aller voir ce témoignage sur la vidéothèque  site internet du Jour du Seigneur (https://videotheque.cfrt.tv/video/maiti-girtanner-du-desir-de-pouvoir-pardonner/)

Un tel récit nous permet de contempler la beauté du pardon. Et on y décèle la beauté de Dieu lui-même. Beauté qui resplendit sur la réalité d’un mal que nous ne pouvions sans cela regarder sans détourner les yeux.

Découvrir la force du pardon de cette femme, c’est découvrir l’amour même de Dieu. Dieu pardonne par amour. C’est sa nature : « du fond du cœur ». Il nous invite à faire de même. Est-ce possible ?

La première étape est déjà de passer comme Pierre d’un regard de jugement sur celui qui nous offense (est-il capable de changer ?) à un regard de jugement sur nous (suis-je capable de lui pardonner ?).

Souvenez-vous dimanche dernier comment Jésus nous invitait à « procéder » pour conduire celui qui a commis un péché contre nous à revenir dans la communion de l’Église : à partir du dialogue. Suite à ces remarques de son maître, Pierre demande légitimement : "c’est bien beau cela, mais… s’il retombe sans cesse dans son péché ? Comment fait-on ?" Cas bien concret que nous connaissons tous : mon conjoint, mon enfant vient me demander pardon pour s’être mis en colère, avoir menti, mais il recommence sans cesse… Combien de fois dois-je lui pardonner ? Et cela est valable pour nous : quand je vais confesser au prêtre mes péchés, je répète sans cesse la même chose (ma paresse, mon manque de gentillesse à l’égard de…) Est-ce que cela sert vraiment à quelque chose d’y retourner ? Oui, la question de Pierre est bien la nôtre.

Jésus va y répondre en déplaçant le problème : il ne s’agit pas de se demander combien de fois je dois pardonner ou demander pardon, mais ai-je la capacité et le désir de pardonner du fond du cœur ? Est-ce ma "nature" de pardonner ? Il aide à passer notre regard de la quantité du péché subit à la profondeur du pardon donné. Nous savons que nous sommes parfois capable de pardonner à l’infini des fautes graves en soi et incapable de pardonner une seule fois une petite faute. Qui n’a pas eu du mal à pardonner le retard d’un proche, son manque de rangement ?.... Jésus nous appelle à voir en priorité cette question : avons-nous le désir de tout faire pour favoriser la communion avec notre frère ? Comme Dieu qui « se souvient toujours de son Alliance », sommes-nous prêts à vouloir aimer, tenir, et même sauver notre frère en lui pardonnant ? En effet quelle force que celle du pardon qui libère le pécheur du poids insupportable de la culpabilité, le rétablit dans l’amour et lui assure ainsi de pouvoir continuer à vivre la tête haute !

En prononçant ses mots dans la prière du Notre Père, « pardonne-nous comme nous pardonnons… », demandons au Seigneur d’avoir le même cœur que lui, aussi profond. Car à l’homme c’est impossible, mais pas à Dieu. Il veut nous mettre en nos cœur sa grâce, son Esprit afin que nous puissions comme lui pardonner à l’infini…

 

Alexis de Brébisson

 

 

 

Homélie 23éme dimanche du Temps Ordinaire

Un jour, Thérèse de l’Enfant Jésus fut amenée à corriger une des sœurs de son monastère dont elle considérait l’attitude inappropriée. Elle raconte dans son manuscrit C, comment elle s’y prit pour que sa remarque soit reçue par sa sœur. Deux aspects sont sans nul doute facteurs de sa réussite : la prière et la charité. Ecoutons la :

 « Je suppliai Notre Seigneur de mettre sur mes lèvres des paroles douces et convaincantes, ou plutôt de parler lui-même pour moi.  Il exauça ma prière ; car  ceux qui tournent leurs regards vers lui en seront éclairés, et la lumière s’est levée dans les ténèbres pour ceux qui ont le cœur droit. (….) Je lui dis avec tendresse tout ce que je pensais d’elle (….) Elle convint très humblement de ses torts, reconnut que je disais vrai, et me promit de commencer une vie nouvelle, me demandant comme une grâce de l’avertir toujours de ses fautes .(…) En nous se réalisait l’oracle de l’Esprit-Saint : Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville fortifiée »

            Je mettrai en valeur aussi tout particulièrement la bienveillance de Thérèse à l’égard de celle qu’elle considère comme sa sœur malgré sa faute. Elle imite en cela Jésus qui emploie le terme de frère au sujet de celui que l’on rappelle à l’ordre.

            Ne l’avons-nous pas nous même expérimenté souvent ? Nous arrivons à recevoir une remarque tellement mieux quand elle vient de la part de quelqu’un qui nous manifeste tendresse et bienveillance.

            A l’inverse, nous avons souvent le sentiment que les critiques et remarques qui nous arrivent sont en même temps une manifestation d’une forme de mépris, de désobligeance, d’aversion à notre égard. Qui alors est prêt à recevoir une telle chose ? Il en faut une bonne dose de sainteté ! Ainsi le curé d’Ars, qui allait servir même les gens qui l’avaient calomnié.

            Il est une autre dimension très importante que Jésus met en valeur dans l’Evangile : l’importance de l’Eglise comme institution divine recevant la grâce du discernement et de l’unité au-delà de toutes les divisions. Nous savons l’apport d’un regard extérieur sur nos problèmes relationnels. Telle est, entre autre, la mission de l’Eglise. D’un côté, à la lumière de l’Évangile, à la lumière du commandement suprême de l’amour évoqué par St Paul, chercher à éclairer les réalités les plus concrètes de nos existences. Ceci afin de nous aider à faire les bons choix, afin de nous éclairer sur nos erreurs et de nous permettre ainsi de retrouver notre place dans la communauté. D’un autre côté, être garant de l’unité : « l’Eglise est Une », proclamons-nous dans le Credo. Cette unité est un formidable témoignage pour nos contemporains. Cette unité est un formidable levier pour toucher le cœur de Dieu lorsque nous lui demandons quelque chose. Cette unité est le souci premier de l’Église du Christ qui la pousse à parler à chacune de ses brebis pour qu’elle ne s’éloigne pas à cause de ses erreurs. Vous avez remarquez la gradualité : une première remarque, une 2e remarque avec témoins, etc. Un prêtre commentait en disant un jour que là se trouvait la différence entre l’erreur et l’hérésie, on pourrait en dire d’ailleurs autant entre l’erreur et le péché : vous dites ou faites quelque chose de faux. L’Église vous prévient. On peut considérer que vous ne saviez pas ! Ce n’est donc qu’une erreur. Mais si vous redites et refaites la même faute avec persistance, on tombe alors dans l’erreur et l’hérésie… dans l’excommunication ipso-facto !

            Dans une commune de notre Paroisse, quelqu’un me témoignait de sa surprise car il constatait que nos petites messes régulières devenaient l’occasion d’une vraie unité et communauté entre des personnes si diverses, dont certaines bien éloignées de la foi ou se considérant exclues de l’Eglise par leur situation.

            Puissions-nous dans chaque Eucharistie accepter la lumière que Dieu nous donne sur nos erreurs, en écoutant sa Parole ou en recevant des remarques de la part de la communauté fraternelle qu’est l’Eglise. Puissions-nous dans chaque Eucharistie découvrir la joie et la puissance de notre fraternité, de notre unité, qui nous permet ensemble de toucher le cœur de Dieu et de recevoir toute grâce !

 

 

 

Alexis de Brébisson

Homélie 22ème Dimanche tps ordinaire : Le thermomètre et le thermostat

L

es dimanches se suivent et ne se ressemblent pas. Jésus nous surprend. La semaine dernière, nous avions la profession de foi  de Pierre, approuvée et estampillée par Jésus comme authentique. Aujourd'hui, alors que nous continuons le récit de Matthieu, Pierre refuse de considérer le chemin vers Jérusalem que Jésus laisse entrevoir, ce qui lui vaut une rebuffade violente de la part de son maître : « passe derrière moi, Satan » ! Que se passe-t-il ?  La pomme de discorde est la souffrance. Jésus annonce qu'il doit poursuivre sa route vers Jérusalem, et que là-bas il lui faudra souffrir, et même beaucoup souffrir. C'est précisément cela que refuse Pierre. Il ne comprend pas. Il est scandalisé. Son maître ne peut souffrir l'échec ni l'humiliation. Ce n'est pas pour cela que Pierre, pendant trois années, a tout quitté en acceptant de suivre Jésus!  Reconnaissons que la souffrance et le mal restent aujourd'hui trop souvent le sujet de discorde par excellence. Nous entendons tous, je pense, de temps à autres, des phrases telles que celles-ci : « si le bon Dieu était si bon… Il n'y aurait pas autant de mal ni de souffrance… Il ne laisserait pas l'innocent souffrir inutilement... ». Nous avons tous des questions intarissables au sujet de la souffrance. Malheureusement, il m'est tout à fait impossible d'épuiser la thématique de la souffrance dans l'espace d'une homélie. Mais tentons d'en dire quelque chose à la lumière de l'évangile que nous venons d'entendre.  Le critère ultime qui décide de l'action de Jésus est l'amour. Mais il n'est pas toujours facile de discerner la qualité d'un amour qui se déclare tel, surtout dans les débuts d'une relation. Comment discerner par exemple, entre un amour qui sera fidèle et une passion amoureuse passagère ? C'est bien là toute l'inquiétude qui peut exister entre des personnes qui décident de se fiancer ou de vivre ensemble ! Comment discerner l'authenticité d'une personne qui déclare nous aimer ? Comment savoir si elle nous trompe ou pas ? Si elle dit la vérité ou non ?  Le bon sens nous répond déjà, en nous faisant comprendre qu'un amour authentique sera prêt à assumer avec patience les difficultés qui surgiront, alors qu'un amour non authentique ne cherchera qu'à les esquiver. Se tenir prêt devant les difficultés est donc une manière de mesurer l'authenticité de l'amour. Notre capacité à embrasser l'adversité avec patience nous est donnée comme critère de la vérité de l'amour.

      Les difficultés et la souffrance ne sont pas nécessaires en soi, mais ce que nous en faisons révèlent la qualité de ce qui se trouve dans nos cœurs. La souffrance est parfois utile afin de permettre de mieux connaître la vérité de ce que nous sommes, de révéler ce qui nous habite au plus profond de nous-mêmes.   Nous ne comprenons que bien faiblement la nécessité de la souffrance telle qu'elle est présentée par Jésus : « il faut que je parte pour Jérusalem... », mais le fait que Jésus s'y tienne prêt nous révèle la grandeur et la force de son amitié qu'il porte pour l'humanité. Nous savons authentique l'amour que Jésus porte sur le monde grâce à sa capacité qu'il a montré à porter la croix qu'il a reçue. De la même manière, ce que nous faisons de nos croix est comme le thermomètre de l'authenticité de l'amour que nous portons pour Dieu et pour nos proches. Mais il y a peut-être davantage dans notre évangile : il y a le thermomètre et aussi il y a le thermostat. En effet, un thermomètre mesure la température, mais sans pouvoir la modifier en quoi que ce soit. Un thermomètre révèle la fièvre sans avoir prise sur elle. Un thermostat lui, se propose de modifier la température d'un environnement donné, afin de parvenir à un point qui est contrôlé, décidé par avance.

      Ainsi, si la souffrance nous servait uniquement de thermomètre, elle nous laisserait dans une situation de passivité plutôt déprimante ! Une meilleure connaissance de nous-mêmes ne nous permet pas de moins souffrir ! Quelle espérance cela nous laisse-t-il ? L'exemple de Jésus sur la croix n'est-il pas aussi pour nous inspirer, pour nous fortifier, pour nous soutenir dans les épreuves ? Et ce faisant, n'augmente-t-il pas la capacité d'amour dont les hommes peuvent être capables ? L'exemple de la croix de Jésus n'est-elle pas en effet, pour nous permettre de porter avec davantage de patience les croix que nous recevons ? N'est-il pas propre à inspirer et à instituer des comportements et des attitudes plus patientes, plus aimantes ? Et n'en n'est-il pas ainsi à chaque fois que je réussis à faire preuve de patience : j'augmente d'autant plus les chances aux autres personnes qui peuvent m'observer, d'en être inspiré et d'imiter cette même patience ?      Alors, en effet, il est tout à fait possible de penser que ce que nous faisons (ou pas) de la souffrance puisse augmenter, (ou pas), la qualité d'amour et de patience présente dans notre monde. L'exemple de Jésus dans sa passion n'est pas seulement un révélateur de son amour, mais aussi une inspiration, un encouragement pour celles et ceux qui se proposent de le suivre. Il est thermomètre de la présence d'un amour authentique, mais il en est également son thermostat. Il en est le signe révélateur tout autant que l'instrument qui dans l'idéal, le cause et le provoque. Car lorsqu'il est suivi avec fidélité et persévérance, cet exemple devient le moyen qui permet d'augmenter la qualité d'amour présent dans le monde !

       Et si le niveau de patience et d'amour authentique augmente dans chacun des membres d'une même communauté, n'en résulte-t-il pas quelque part, moins de souffrances inutiles ? Quelque part, ne rêve-t-on pas d'une communauté, d'une société dans laquelle la justice, la paix, la fraternité seraient la règle ? Et si nous la désirons vraiment, n'est-il pas de bon sens de se rendre compte qu'il est nécessaire de commencer par soi-même ? « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à soi-même et me suive ! ».

 

      Ce que nous décidons de faire, (ou de ne pas faire), des croix qui surgissent sur nos chemins, nous révèle à nous-mêmes et aux autres la qualité de l'amour que nous portons dans nos cœurs.    Mais en même temps, cela peut faire advenir tant soit peu, un monde meilleur.  Le choix est entre nos mains.                                                                                                                                                                                      Pascal Durand M. Afr.

Homélie 21ème Dimanche tps ordinaire : L'Épreuve des Sondages d'Opinion

J

ésus effectue un sondage, une enquête d'opinion. À son époque, il n'y avait pas encore d'Ifop ou d'Ipsos, d'institut de sondage que ce soit, alors il a probablement envoyé ses disciples rencontrer quelques personnes, pour leur poser une question : « Le Fils de l'homme, qui est-il ? » En d'autres termes, Jésus demande : « que disent les gens que je suis ?» « Que pensent-ils à mon sujet ? » « Quelle est ma popularité ? » « Quel est le taux de bonne opinion à mon sujet ? » Nous croirions qu'il s'agit là d'un politicien qui consulte les sondages avant une élection ! Jésus n'est pas indifférent à l'opinion commune ! Il est sensible à ce qui se passe et ce qui se vit autour de lui. Il est à l'écoute. Il désire savoir. Il mesure la température des opinions de son entourage.

      Les réponses que rapportent les disciples sont variées, mais elles vont toutes dans la même direction : Jésus est un prophète ! Un grand prophète à l'image et à la ressemblance des grands prophètes de la tradition du peuple d'Israël. Un grand prophète à l'image et à la ressemblance de Jean le Baptiste, dont la tête a été tranchée par le roi, à cause de son souci de vérité et de justice. Un grand prophète à l'image et à la ressemblance du prophète Élie, qui a lui aussi pris le grand risque de dénoncer la corruption des autorités civiles de son époque et en particulier de la reine inique Jézabel. Un grand prophète à l'image et à la ressemblance de Jérémie qui a également payé de ses souffrances son opposition à la politique de son temps, qu'il estimait comme beaucoup trop compromise aux peuples ennemis. À tel point qu'il fut jeté dans un trou. Les trois prophètes évoqués ont ainsi en commun qu'ils se sont opposés aux autorités de leurs temps, et en ont payé très cher les conséquences.

      Voilà ce que l'opinion commune pense de Jésus. Il est un prophète, un grand prophète capable de dénoncer la corruption fusse-t-elle présente dans le pouvoir des autorités civiles en place. L'opinion reconnaît en Jésus une personne capable de s'interposer malgré les dangers que cela peut représenter.

      Jésus aurait pu s'en arrêter là, car il s'agit d'une opinion plutôt bonne et favorable ! Mais ce n'est pas ce qu'il fait. Il pose la même question, mais cette fois, en s'adressant seulement à ses disciples : « et vous : que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Simon-Pierre fait cette déclaration : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »

      Remarquons pour ce qu'elle est ce que signifie cette réponse : Pierre ne reprend pas simplement pour son compte ce que prétend l'opinion commune au sujet de Jésus : il va bien au-delà. Cela est très remarquable car extrêmement peu commun. Il suffit d'avoir voyagé, d'avoir vécu un peu à l'étranger (par exemple), afin de pouvoir se rendre compte à quel point nos opinions ne sont que le résultat, la conséquence souvent directe, des interactions multiples que nous entretenons avec notre entourage. Ce que nous pensons est très largement influencé, formé par ce que nous entendons, par ce que nous voyons autour de nous. Notre liberté est conditionnée par l'opinion commune, que nous le voulions ou non. Ce que tout le monde pense, nous le pensons aussi de la manière la plus naturelle possible, par voie d'intégration, de contact, d'imitation, ou même de refus et d'opposition (car lorsque je m'oppose, je conditionne aussi mon comportement contre ce à quoi je m'oppose ).

      La réponse de Pierre est remarquable justement parce qu'elle ne peut provenir de ce qu'il a entendu ou de ce qu'il a vu autour de lui. Il démontre le fait qu'il n'est pas dépendant ni par acceptation ni par refus, à son entourage et à ce qu'il peut penser. Il n'inscrit son attitude ni dans l'intégration personnelle de l'opinion commune, ni dans la réaction face à cette opinion. Il a une connaissance qui lui vient d'ailleurs : de sa fréquentation avec la personne de Jésus. « Heureux es-tu Simon, fils de Yona : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. » Pierre apprend à regarder Jésus pour ce qu'il est et non pas pour ce que les autres peuvent dire de lui.

      Et c'est ce que nous sommes tous invités à faire par la prière, par la méditation de la parole, par l'écoute attentive des enseignements de Jésus. N'en restons pas à l'opinion commune : allons plus loin et allons plus haut ! Faisons l'expérience par nous-mêmes de ce qu'est Jésus, ayons le souci de le fréquenter, de le connaître, de le servir et de l'aimer dans une relation entretenue par de fréquentes visites. L'autorité que reçoit Pierre (les clefs qui lui sont remises), lui est confiée justement parce qu'il sait regarder plus loin que ce que laissent percevoir les discours de ses voisins. Pierre reçoit une mission justement parce qu'il a su se nourrir d'une connaissance de la personne de Jésus qui découle naturellement de son intimité, de sa fréquentation avec lui.

      Alors bien entendu, la capacité que Pierre acquiert de se positionner au-delà des opinions communes n'est pas acquise une fois pour toutes : lors de la passion de Jésus, l'épisode du reniement de Pierre peut être lu, compris comme un échec à surmonter les moqueries et les railleries des personnes qu'il rencontre. Cette capacité est à nourrir et à entretenir en permanence. Et puis toujours il nous faut la grâce.

      Pour chacune et chacun d'entre nous, Pierre reste un personnage qui nous interpelle au sujet de la manière dont nous nous positionnons face à l'opinion commune. Puisse celle-ci ne pas être un obstacle à une vraie, une authentique rencontre, avec Jésus. N'ayons pas peur d'aller voir par nous même ! Ne nous fions pas simplement à ce peuvent penser les voisins ! Ayons le courage de devenir ce que nous sommes : des fils et des filles de Dieu, c'est à dire en ayant le souci d'écouter et de vivre l'amour que nous offre le Père à chaque instant.                                                                                                                                                                          Pascal Durand M. Afr.

Homélie 15éme dimanche du Temps Ordinaire

Le champ de Dieu

La Parole de Dieu est aujourd'hui comparée à la semence qui tombe dans des terrains de différentes qualités, ces derniers étant autant de dispositions humaines que nous pouvons avoir envers cette elle. Pour autant que nous croyions que la personne soit faite pour Dieu, sa Parole seule peut finalement combler nos désirs et besoins les plus profonds. Car Jésus parle ici de la place et du pouvoir de la parole de Dieu sur la personne, à l'aide de la parabole du semeur que nous venons d'entendre.

 

     Une lecture attentive nous permet d'emblée de clarifier une chose qui me paraît d'importance capitale : les croyants ne sont pas comparés avec la semence, avec la graine, et il ne leur est pas demandé à porter à bien une bonne récolte, à porter par eux-mêmes, du fruit. La récolte est en premier lieu la conséquence, le résultat, l'effet de la présence de la semence qui est la Parole de Dieu. La bonne récolte est la continuation directe, le prolongement, l'extension de la présence de la semence ! Les croyants sont simplement appelés, (et c'est déjà énorme!), à constituer un réceptacle permettant d'accueillir et de nourrir cette Parole. Dans ce travail de mener à bien une bonne récolte, il est d'abord la présence de quelque chose qui nous échappe, qui vient d'ailleurs, de plus loin que nous-mêmes : la Parole de Dieu est comme cette semence qui ne nous appartient pas ! Mais si la Parole de Dieu ne nous appartient pas, il nous est bien demandé de l'accueillir et d'en faciliter sa croissance.

 

     Les croyants se confondraient-ils avec la semence, ils courraient le risque de manipuler Dieu. Dieu devrait ainsi venir à leurs services, au services de leurs propres idées, de leurs intérêts et de leurs poursuites personnelles. Utiliser et manipuler Dieu est une attitude, une tendance, une tentation que nous pouvons rencontrer. Il s'agit d'un travers avec lequel il nous est facile d'être tentés. Il est donc tout à fait primordial de bien se positionner au préalable, et de se demander dans quelle mesure suis-je prêt à m'identifier, dans cette parabole, avec le terreau et non pas avec la semence.

 

     Une fois cette clarification effectuée, de quelle manière est-ce que je reçois et permets la croissance de la Parole de Dieu ? Est-ce que je suis un terrain propice qui permet à la Parole de porter une bonne récolte ? Quelle est la qualité de mon terreau ? Dans quelle mesure suis-je capable d'offrir mes forces, mes dons et mes talents, mon énergie au service de cette Parole de Dieu qui vient de plus loin que moi-même ? D'emblée, nous comprenons que ce travail implique l'offrande : la semence a besoin de moi et de mes qualités afin de porter du bon fruit ! Suis-je disponible pour ce travail ?

 

     1. Suis-je ce terreau qui se trouve « sur le bord du chemin », et qui, si facilement permet aux oiseaux de venir se servir et de manger la semence ? Il m'est arrivé parfois de rencontrer des personnes qui m'ont confié que pour elles, les célébrations liturgiques ne sont que des « spectacles ». Les spectacles nous amusent, nous divertissent, nous changent les idées peut-être parfois, mais on les oublie très rapidement. Rarement en tous les cas, un spectacle est à l'origine d'une remise en question, d'un changement en profondeur. En règle générale, les spectacles n'ont pas d'effets conséquents sur les comportements.

 

     2. Suis-je ce terreau qui se trouve « sur le sol pierreux », qui permet aux graines de germer mais non pas de croître et de s'épanouir? Le manque de profondeur, le manque de racines ne permettent pas de survivre face aux intempéries. Les nouvelles technologies de l'information, avec les réseaux, avec internet, ont comme particularité de développer des messages courts, brefs, illustrés d'une photo expressive, d'une petite vidéo qui peut nous parler pendant quelques secondes, quelques minutes peut-être, mais qui nécessairement manque de profondeur et de continuité. Une racine met beaucoup de temps afin de se constituer, et ainsi en est-il de la solidité que permet la profondeur. Nous devons être conscients des dangers de plus en plus grands de la superficialité, de la légèreté de la frivolité. Tout cela ne nous permet pas de survivre face aux intempéries.

 

     3. Suis-je ce terreau qui laisse toute la place à des ronces, de telle sorte que la bonne graine ne peut se frayer son chemin ? Jésus lui-même, dans son explication ou commentaire, nous dit que les ronces, ce sont les « soucis du monde et les séductions de la richesse ». Nous pourrions tout également dire « les soucis des richesses et les séductions du monde » ! Ceux-ci « étouffent la parole ». Il profitable de discerner en vérité quels sont les sujets qui nous préoccupent ordinairement, habituellement, et de simplement vérifier s'ils sont « Jésus compatibles », c'est à dire s'ils sont en accord avec ce que Jésus nous enseigne et nous montre par ses enseignements et par sa vie.

 

     4. Suis-je ce bon terreau, qui permet la bonne croissance et la récolte ? Quelles sont les choses que je mets en œuvre afin de permettre à la Parole de Dieu de croître en mon être et de porter son fruit ? De quelle manière je l'écoute, je l'accueille ? Est-ce que je prends le temps de m’imprégner de son message et de sa vie ? Comment est-ce que je me place à son service ?

 

     Et dans la mesure même que je suis convaincu que je suis créé pour Dieu, le terreau qui me constitue est fait pour la semence qui est sa Parole. Il convient donc de m'efforcer de devenir, selon le mot de Saint Paul: « le champ de Dieu » (1Corinthiens 3,9), destiné à être ensemencé par la Parole de vie. Et de son côté, Saint Pierre nous rappelle que nous sommes « engendrés d'une semence non point corruptible, mais incorruptible : la Parole de Dieu, vivante et permanente » (1 Pierre 1, 23). Tout le reste, tout ce qui n'est pas de Dieu ni de sa Parole, ne pourra finalement étancher nos soifs et satisfaire nos besoins les plus profonds.

 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du 14ème Dimanche du temps ordinaire : Nos Meilleurs Professeurs

P

eut-être, les plus malins d'entre nous iront vérifier le contexte du passage de l'évangile que nous venons d'entendre, (à savoir les derniers versets du chapitre 11 de Matthieu). Ceux qui le feront ne manqueront sans doute pas d'être étonnés : ce passage termine deux chapitres qui traitent de l'adversité et de l'opposition violente contre le message de Jésus. Beaucoup de nos Bibles ont intitulé cette section avec un titre très évocateur : « Jésus rejeté par cette génération » ! Jésus est donc confronté à un refus frontal contre son message et contre sa personne. Les versets qui précèdent immédiatement ceux que nous venons d'entendre sont des prophéties de malédictions et de destructions malheureuses et totales des villes de Chorazin et de Bethsaide prononcées par Jésus lui-même, en conséquence de ce refus ! Voilà le « temps » du « en ce temps-là » qui débute l'évangile de ce jour !  Et puis, tout à coup, sans aucune préparation, Jésus change du tout au tout. Juste après avoir récriminé contre celles et ceux qui ne l'accueillent pas, Jésus jubile soudainement d'émerveillement et de bonheur en contemplant des « petits enfants », et déclare : « Je te bénis Père... » Que se passe-t-il ? Il se passe deux choses que nous pouvons retenir :

1. Jésus nous montre qu'il est inutile de s'attarder sur les sujets d'oppositions, de mécontentements, sur les sujets de critiques et de plaintes.

2. Jésus nous montre les petits-enfants et nous les offre à notre contemplation, méditation et réflexion. En particulier, il nous propose de retrouver avec eux notre capacité de nous émerveiller.

1. Aujourd'hui tout autant qu'au temps de Jésus, nous rencontrons de l'opposition et des difficultés. Nous avons des milliers de raisons de nous plaindre et de récriminer contre le monde, et parfois contre l'église. Les tentations sont grandes d'y passer son temps et de s'y perdre. Mais c'est une impasse. Lorsque nous passons notre temps à murmurer contre l'entourage, contre les autres, c'est nous-mêmes que nous détruisons finalement. Jésus nous montre l'exemple de la manière avec laquelle nous sommes invités à changer radicalement la direction de nos regards, la manière avec laquelle nous sommes invités à évacuer ce qui peut nous préoccuper de manière négative et destructive, afin de regarder ailleurs. C'est une question vitale : il s'agit de ne pas se laisser avoir, de ne pas se laisser dominer, de ne pas se laisser conditionner par les « ordres du jour » néfastes et destructeurs que peuvent nous offrir nos entourages.

2. Il nous est demandé de rester ouverts sur la beauté du monde, sur l'émerveillement qui nourrit nos âmes et nous aide à vivre. Au lieu de s'attendrir sur les raisons qui nous éloignent de la foi, Jésus porte son regard en effet vers les « tout-petits ». Ils ont un « agenda » bien à eux, des préoccupations qui leurs sont propres. Ils nous le rappellent et nous l'enseignent. Les enfants sont nos meilleurs professeurs, comme le disait Mère Térésa de Calcutta. Les enfants ne sont pas autant sensibles à la parole des sages et des savants qu'à celle de leurs parents. Les parents, normalement, veulent et cherchent le bien de leurs enfants. Tandis que les autres, les soi-disant « sages et savants » nous ne savons plus très bien le bien qu'ils cherchent à construire. Pensons simplement à la mode nihiliste qui envahit notre monde contemporain : quel bien cherche à édifier une pensée tournée vers le vide, le néant ou le rien ? Cela nous est-il profitable de nous y attarder ? Avec Jésus, laissons-nous plutôt enseigner par les tout-petits, et retrouvons la fraîcheur de notre relation avec Notre Père, Notre Père qui nous veut du bien ! Comme les tout-petits, il s'agit donc garder ou de retrouver notre capacité d'admiration et d'émerveillement, de faire un arrêt, et de faire attention à ce que nous vivons. Admirons et regardons ce qui est digne d'être regardé. Regardons l'existence quand elle est belle, les êtres et les choses qui existent. Nous ne nous rendons pas suffisamment compte de ce que signifie le miracle d'exister. « Admirer » et « s'enthousiasmer » sont deux mots assez mal acceptés, car parfois associés dans l'opinion commune avec une sorte de niaiserie. C'est une erreur. « Admirer » veut dire être bienveillant, et « s'enthousiasmer », signifie se remplir d'existence et de beauté, car on ne peut pas toujours être dans la tristesse, dans la critique, dans la méfiance, dans la distance. Il faut ouvrir la porte et remplir la maison : si on nous ne sommes pas capable à certains moments d'être pleins, ivres, amoureux, c'est la vie que l'on tue !

 

Il y a un temps pour tout. Sans doute, et il ne s'agit pas de voir du merveilleux partout, mais en même temps, il ne faudrait pas condamner tout émerveillement. Il s'agit de construire une vie humaine. Nous sommes tous capables de faire la part des choses dans notre quotidien. Dire que la vie n'est pas toujours merveilleuse, ce n'est pas la même chose que de dire qu'elle ne serait jamais merveilleuse ! Les enfants savent bien que la vie est fondamentalement merveilleuse, même si le réel est difficile.         Pascal Durand M. Afr.

Homélie du 12ème Dimanche du temps ordinaire : Ne Craignez Pas !

Malgré le ton qui se veut rassurant, cet évangile débute mal. « Ne craignez pas » ! « N'ayez pas peur » ! Mais quoi donc devrait-on craindre ? Pourquoi avoir peur ? Peur de quoi ? Nous nous rappelons l'appel répété, martelé, de Saint Jean-Paul II aux jeunes (et aux moins jeunes), un slogan qui a fait choc : « N'ayez pas peur » ! Il a été très populaire et très souvent repris.

Mais, se demande-t-on en premier lieu, quelle est cette chose que nous devrions craindre ? Pourquoi avons-nous besoin d'être rassurés ? Quels risques sommes-nous, chrétiens, en train de courir aujourd'hui ? Jésus n'est-il pas en train de nous mettre une pression, une tension un peu inutile ? Il n'est pas rassurant de s'entendre dire que nous avons besoin d'être ainsi rassurés ! Dans l'évangile d'aujourd'hui, nous avons une triple répétition qui se veut rassurante, « n'ayez pas peur », mais n'engendre-t-elle pas un peu de cette crainte, qu'elle se propose d'éteindre ? D'un autre côté, si nous n'avions pas, quelque part, déjà, un peu d’appréhension, cette affirmation ne nous parlerait pas, elle n'aurait pas eu le succès qu'on lui connaît !

Certainement, au moment où cet évangile a été composé, la communauté chrétienne subissait déjà des persécutions réelles, certains membres de l'église étaient emprisonnés, d'autres étaient tués. Les premiers chrétiens ont été envoyés « comme des brebis au milieu des loups », et il était vital de rassurer, d'accompagner, d'affermir les membres qui étaient tentés par le doute et le découragement.

Alors, dans ce contexte, « ne soyez pas surpris ! » nous dit en quelque sorte le texte, « si vous rencontrez l'adversité, l'épreuve ! Non, ne soyez pas surpris ! : Jésus lui-même en a rencontré, et il nous a prévenu par avance que nous en aurions ! Soyez fidèles jusqu'au bout, ne tremblez pas, et restez assurés que malgré toute cette violence, chacun d'entre vous demeure dans la main de Dieu ! Quoique nous puissions en comprendre, Il est toujours le maître d’œuvre ! »

Alors, en premier lieu, nous nous devons de penser aux dix pour cent de chrétiens qui, aujourd'hui encore, au travers le monde, ne sont pas libres de louer le Seigneur selon la manière qui leur semble juste. Cet évangile s'applique d'abord dans son sens le plus littéral : il se propose d'encourager, d'affermir des personnes qui peuvent être tentées de se décourager en face de l'adversité qui existe sous sa forme violente. Un chrétien sur dix est aujourd'hui intimidé, inquiété, persécuté, poursuivi, pour sa religion. Cela ne serait pas le cas si le christianisme était anodin, s'il était une collection de dévotions pour personnes crédules. Le christianisme est persécuté aujourd'hui, non pas par hasard, mais bien parce que son message s'oppose à certains intérêts des grands de ce monde. Il peut faire la différence dans la défense des petits, des faibles et des pauvres. Il n'est pas inutile de le rappeler.

En deuxième lieu, nous pensons aux différentes manières qui plus près de nous, peuvent nous intimider, nous éloigner de l'église, de la foi ou de Jésus. Nous ne voulons pas juger qui que ce soit. Ce n'est pas notre rôle. En même temps, nous avons le droit de dénoncer tout ce qui peut nous éloigner de Jésus, et de l'accueil que nous sommes invités à lui faire dans nos cœurs, envers sa personne et envers son message. Qu'est-ce qui aujourd'hui peut nous éloigner de Jésus ?

Par exemple, il est fréquent de ressentir de l'embarras et de la gêne lorsque nous sommes exposés à exprimer notre attachement à Jésus ou à son église. Certains désirent accommoder leur emploi du temps du dimanche afin d'y inclure la visite à l'église, mais leur milieu professionnel ou associatif n’a pas de telles considérations. Ce n'est pas prévu. Que faire ? D'autres aimeraient proposer à leurs enfants le baptême, l'initiation aux sacrements et la catéchèse, mais y renoncent en raison des questionnements, des interrogations de telle ou telle personne de leur proche entourage. Parfois, nous préférons nous taire plutôt que de parler de notre foi en Jésus.

Pour toutes ces situations, et celles qui leur ressemblent et qui peuvent être les nôtres, Jésus nous dit et nous redit : « ne craignez pas ! ». Ne soyez pas trompés sur ce qui est juste et bon ! Certaines situations tentent de nous leurrer, de nous abuser, mais il nous est rappelé aujourd'hui la nécessité d'être ferme dans nos convictions. Savons-nous ce que nous perdons, en perdant le bon Dieu ?

Toutes ces situations expriment en fait une lutte qui va plus loin que nous-mêmes et que nos propres personnes. Si nous sommes ainsi si souvent découragés à exprimer et de vivre simplement notre foi, c'est qu'il y a quelque chose de plus grand que nous-mêmes dans ces combats. Saint Paul nous l'explique à sa manière, qui est celle d'un défi à relever : « car nous ne luttons pas contre des hommes, mais contre les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits du mal qui sont au-dessus de nous. » (Ephesians 6, 12).

Plus que jamais résonne pour nous la nécessité de nous approprier les paroles de Jésus : « ne craignez pas ! »

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du Dimanche de la Sainte Trinité : Une Consommation Alternative !

Alors voilà, en ce jour nous sommes invités à faire mémoire du Corps et du Sang du Christ. Nous sommes invités à nous rappeler que le pain et le vin, lorsqu'ils sont consacrés, et bien reçoivent le pouvoir de nous rendre présent l'amour de Jésus, et même, la personne de Jésus. C'est un mystère, que nous ne pouvons épuiser par notre compréhension.

Et pourquoi Dieu aurait-il choisi de se rendre ainsi présent, de s'investir dans le pain et le vin, qui deviennent son corps et son sang ? Je n'hésiterais pas à répondre, d'une manière un peu brusque sans doute, mais qui me semble juste : afin d'étancher notre faim et notre soif de consommation ! Nous sommes conscients je pense que nous sommes entrés dans une société qui est souvent qualifiée «de consommation », et lorsque nous employons ce terme, il nous vient tout de suite à l'esprit les supermarchés, les drive-in, les manières toujours plus performantes qui nous permettent d'augmenter nos pouvoirs d'achats de biens matériels. Aujourd'hui ces moyens sont démultipliés par l'utilisation systématique des réseaux. La consommation pour le commun des mortels, c'est la consommation de biens matériels et de services. Mais il n'est écrit nulle part, me semble-t-il, que l'épanouissement ultime de la personne se trouverait seulement dans l'acquisition et l'utilisation de biens matériels toujours plus nombreux et toujours plus sophistiqués ! 

Alors, la bonne nouvelle de ce jour de fête pourrait nous être présentée sous forme de question : et s'il existait une consommation alternative ? La chose est-elle vraiment impossible ? Ne pouvons-nous pas faire preuve d'imagination ? Oui ! Jésus aujourd'hui vient nous rappeler qu'il existe une consommation, un accomplissement alternatif, un épanouissement différent : celui du don, de la générosité, de l'amour. Nous sommes invités à consommer l'amour ! Consommer l'amour sans modération ! Cela ne nuira à personne et surtout pas à celui qui s'engage dans cette consommation !

Alors consommer l'amour, bien entendu, cela peut signifier en premier lieu l'absorption de l'hostie consacrée, avec l'intention de nous unir à Jésus. Mais je pense qu'il y a davantage que cela. Car « consommer l'amour », peut tout autant signaler l'utilisation avec une plus grande efficacité, de toutes nos capacités à nous donner aux autres, à rendre service, et par cela même à actualiser et rendre présent l'amour de Jésus dans notre temps, dans notre époque.

« Consommer l'amour » et « consommer les mystères de Jésus » ! Cela signifie les accomplir, les actualiser, les parfaire dans nos vies d'aujourd'hui et de maintenant, au point qu'ils peuvent se confondre ! La vie de Jésus, les mystères de sa personne nous sont offerts afin que nous les consommions ainsi, et que nous portions à la finalité qui lui est propre notre potentiel humain, fait pour l'amour, pour un amour effectif. Nous sommes appelés à contempler les mystères de la vie de Jésus et à les consommer, c'est à dire à les utiliser, à les parfaire, à les rendre présents, actifs autour de nous ! Que cette fête du Corps et du Sang du Christ parvienne à nous le faire comprendre et à nous le faire vivre !

 Demandons à l'Esprit Saint de nous permettre de nous épanouir dans cette consommation alternative, sans modération, alimentée par le corps et le sang du Christ, et par ses mystères qui nous sont présentés et offerts dans les évangiles ! 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du Dimanche de la Sainte Trinité : Un Cœur Pour le Monde

Recevoir et donner. Donner et recevoir. Que nous le voulions ou non, nos vies ne peuvent se construire qu'autour de ces deux activités, qui sont celles de l'organe du cœur, qui effectivement et de manière incessante reçoit le sang de l'organisme, afin de le lui redonner aussitôt. L'homme, l'être humain est un animal social et cela signifie qu'il a un besoin permanent de relations, d'échanges, de liens avec les autres, de rapports sociaux. L'homme est acteur de la société dont il est lui-même produit.

Pourtant, nous pouvons facilement deviner que dire cela ne suffit pas : les rapports que nous nous échangeons les uns envers les autres ne sont pas tous marqués par la même qualité.

Observons en premier lieu les relations qui sont vécues, expérimentées dans la routine et l'habitude. Par exemple, nous pouvons penser à celles qui revêtent un caractère plutôt pratique comme les liens mercantiles et commerciaux, ainsi que les diverses démarches administratives auxquelles nous sommes soumis. Ces relations peuvent être effectuées par automatisme et sont de fait, progressivement remplacées par des machines. Le contact de personne à personne s’efface, il est supprimé, abrogé, échangé au profit de voix électroniques : « afin d'écouter à nouveau ce message taper 1 » ! (dans le meilleur des cas), ou bien par des imprimés administratifs dont la langue nous semble de plus en plus incompréhensible, (dans les pires des cas). Notre vie pratique est de fait de plus en plus fréquemment gérée par des automatismes impersonnels, sans vis-à-vis, et pour le dire autrement, sans visage et sans cœur.

Mais justement, la personne humaine est marquée par la possession d'un visage et d'un cœur, et il est facile de comprendre que nous ne pouvons pas nous permettre impunément de vivre trop longtemps dans l'habitude ou l'automatisme. Il existe donc d'autres rapports de personnes à personnes, qui elles, sont habités des qualités d'accueil de la différence, de la singularité, du respect, de la reconnaissance et du don. Ce sont ces rapports, ces relations, et ces relations seules, qui finalement comptent pour nous et nous importent. Notre vie prend une dimension toute nouvelle le jour où nous entrons en capacité de recevoir quelque chose de la personne ou de la personnalité d'un autre, et de donner de ce que nous avons de plus singulier et intime. Lorsque nous recevons et offrons quelque chose de nos visages, et de nos cœurs.

En ce jour où l'église nous invite à célébrer la Sainte Trinité, un choix nous est demandé, me semble-t-il : quel modèle allons-nous nous décider à choisir pour orienter nos vies et nos sociétés ? Quelles sont les ultimes motivations des liens sociaux à mettre en œuvre dans nos vies quotidienne ? Quelle sera notre source d'inspiration critique pour orienter la qualité de nos échanges ?

En effet, dans la mesure où nous choisissons comme moteur de nos sociétés des motivations telles que le plus grand profit, la consommation, l'abondance matérielle, la productivité, « l'éclatement » personnel, les autres dimensions humaines se trouvent sacrifiées avant même que nous ayons eu le temps de penser aux conséquences. À chacun et chacune d'entre nous de réfléchir au sujet de ce que peut signifier, pratiquement, une société sans visages et sans cœurs vers laquelle nous semblons progresser !

L'alternative qui nous est offert à notre méditation en ce jour est d'une richesse extraordinaire. La Sainte Trinité signifie circulation, échange, accueil et don incessants, entre trois visages différents, mais qui se connaissent, se reconnaissent et se comprennent parfaitement, au point de vivre un amour absolument un. La Sainte Trinité est un cœur offert pour le monde. Notre contemplation de ce qui se passe dans ce cœur trinitaire peut et doit nous rendre capables, à notre tour, de dépasser les impasses dramatiques dans lesquels nous embarquent trop souvent nombre de modèles sociaux contemporains. Cette contemplation de la Sainte Trinité est à actualiser dans nos vies et à mettre en œuvre dans nos rapports sociaux, de telle sorte que nous puissions retrouver la joie et le bonheur d'échanger au sujet de ce que nous avons de plus précieux, d'échanger quelque chose de nos visages et de nos cœurs.

 

« Tout homme qui croit ne périra pas ».                                                                  Pascal Durand M. Afr.

Homélie du Dimanche de Pentecôte : La Contrainte ou la Ferveur

Il n'existera jamais que deux manières de répondre à ce que nous demande Jésus. La première est la contrainte, sous toutes les différentes formes qu'elle puisse prendre. Par exemple, la crainte d'une punition, l'espoir d'une récompense ou bien encore le contrôle par l'entourage. Les moyens de pressions afin de régler notre comportement sont divers et variés, et non des moindres sont ceux qui exercent leurs pouvoirs presque à notre insu, comme la recherche du confort apporté par le conformisme social. Faire comme tout le monde, ne pas se faire remarquer afin de pouvoir vivre tranquillement est une réalité assez commune.

Certainement, il exista des époques et des lieux dans lesquels ne pas aller à la messe relevait de l'héroïsme car se mouler dans la masse des pratiquants était alors la chose la plus naturelle qui soit. Mais aujourd'hui, et dans nos régions, aller à l'église nécessite certainement davantage de courage et de conviction que de rester au lit ou que de participer à une activité associative au même moment. Reconnaissons-le, notre comportement habituel est affecté par les habitudes de notre entourage immédiat. Ce dernier exerce une contrainte sur notre comportement habituel qui est aujourd'hui beaucoup plus active et efficace que celle apportée par les injonctions de l'église. L'église et sa vie ne fait plus partie de notre environnement culturel et social immédiat. Son pouvoir n'est donc que de moins en moins exercé par contrainte culturelle et sociale, et c'est heureux.

Mais, même sans contrainte extérieure, les enseignements et la vie de Jésus sont toujours proposés et adressés à des milliers de personnes et qui y répondent généreusement, simplement parce que ces personnes sont animées d'un esprit particulier. Le don de l'Esprit Saint que nous fêtons et que célébrons aujourd'hui, est celui qui nous permet d'être de répondre, comme poussés par une force intérieure, à faire ce que désire Jésus, même lorsque aucune contrainte extérieure nous le demande. Le Saint Esprit est force, énergie, dynamisme. Sous l'emprise du Saint Esprit, notre réponse à ce que nous demande l'église et qui pouvait apparaître d'abord comme un poids, un fardeau, une contrainte, soudainement et comme miraculeusement, ne l'est plus, et devient plutôt une nécessité, un besoin, un plaisir, exercé avec ferveur. L'Esprit Saint vient nous soutenir, il vient orienter, guider, éduquer notre liberté afin de construire nos capacités à faire le bien et à reconnaître celui qui nous a créé. Un drame de notre époque contemporaine est la recherche effrénée de liberté, brisant tous les cadres traditionnels et habituels de nos modes de vie. C'est que les cadres qui nous sont traditionnellement offerts ne sont plus perçus comme des garde-fous qui nous permettent de nous épanouir, mais au contraire comme des interdits intolérables à nos volontés de puissance et d'auto-réalisations individuelles. D'autres esprits peuvent remplacer l'Esprit Saint : esprits de consommation égoïstes, d'individualisme ou « d'éclatement » personnel. Il est bien évident que lorsque nous sommes habités par ce genre d'esprits, ce que nous propose Jésus et l'église devient intolérable. Seul l'Esprit Saint peut nous donner la ferveur de l'amour.

 

Plus que jamais, nous avons besoin de revivre cet événement de la Pentecôte, dans lequel Jésus « répandit sur ses disciples son souffle en leur disant 'recevez l'Esprit Saint' ». Seul l'Esprit Saint est capable de nous renouveler, de nous recréer, de nous remodeler selon le modèle de la Sainte Trinité, selon le modèle de Dieu lui-même, et non pas selon le modèle défiguré, froid et perverti qui nous est trop souvent offert par certaines réalités sociales contemporaines sans visages. Le verbe utilisé pour exprimer l'idée de souffle de Jésus, est le même verbe utilisé dans le livre de la Genèse, lorsque Dieu donne vie au premier homme : « Il insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l'homme devint un être vivant » (Genèse 2,7).  L'enjeu du don du Saint Esprit, et de son accueil que nous lui réservons ou pas n'est rien de moins que celui d'un combat contre toutes sortes de forces de mort et de l'édification d'un royaume plus humain.   P. Pascal Durand M. Afr. 

Homélie Ascension : Tout pouvoir m'a été donné!

1. Actes 1, 1-11 : Ils le virent s'élever.

2. Ps 46 : Dieu monte parmi l'acclamation, le Seigneur, aux éclats du cor.

3. Éphésiens 1, 17-23 : Dieu l'a fait asseoir à sa droite dans les cieux.

4. Matthieu 28, 16-20 : Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre.

 

L

a difficulté de l’événement que nous célébrons aujourd'hui, est qu'il veut faire mémoire et rendre compte à la fois de l'absence et de la présence de Jésus.

 

   Absent parce que de manière habituelle, nous ne pouvons plus voir Jésus avec nos yeux, l'entendre avec nos oreilles, le toucher avec nos mains comme s'il était présent physiquement comme toute autre personne que nous rencontrons. Dire que Jésus est monté au ciel c'est dire qu'il est absent, et la présence habituelle de Jésus ne nous est pas accessible. Une absence est toujours une douleur, une souffrance, d'autant plus forte que nous aimons la personne en question.

 

   Mais en même temps, l’événement de l'ascension de Jésus au ciel est pour nous dire que Jésus n'est pas mort une seconde fois après la résurrection. Son absence n'est pas exactement l'absence que nous pouvons ressentir lorsqu'un être cher nous quitte par la mort. En effet, dire que Jésus est « monté au ciel », c'est dire aussi qu'il est et qu'il reste présent. L'Eglise ajoute que Jésus « est assis à la droite de Dieu », et les derniers mots de l'évangile que nous venons d'entendre nous précise le sens de cette affirmation en disant que « tout pouvoir lui a été donné. »

 

   Tout pouvoir a été donné à Jésus. Nous en faisons l'expérience lorsque nous comprenons que des milliers de chrétiens se rassemblent régulièrement à son nom. C'est un pouvoir réel, efficace et qui est envié. L'Eglise n'aurait pas tant de détracteurs et d'opposants de toutes sortes si elle n'avait pas le pouvoir de Jésus avec elle.

 

   Tout pouvoir a été donné à Jésus, nous le savons lorsque des jeunes décident de lui offrir leurs vies après avoir été touchés au plus profond de leur être. Le pouvoir de Jésus est un pouvoir réel, efficace, actif !

 

   Tout pouvoir a été donné à Jésus, et ce pouvoir continue d'agir dans des millions de cœurs. Par exemple, sainte Teresa de Calcutta a déclaré un jour que les apparitions de Fatima était un événement plus important que la première guerre mondiale. Et en effet, qui pourra dire les conséquences dans le secret des cœurs des visites annuelles de quatre à cinq millions de personnes à Fatima ? Que signifie le fait que sept millions de personnes viennent visiter le sanctuaire de Lourdes chaque année ? Ces visites ne font peut-être pas le buzz ni la une des médias, sont-elles pour autant insignifiantes ?

 

   Tout pouvoir a été donné à Jésus, et nous en avons un rappel saisissant me semble-t-il, lorsque le président américain décide de faire une visite marquée au pape la veille de la fête de l'ascension. Cela exprime bien le fait que le pape représente quelqu'un ou quelque chose d'important, que beaucoup de grands de ce monde continuent d'envier.

 

   Alors que nous sommes invités à méditer sur ce curieux mélange de l'absence et de la présence de Jésus en ce jour de l'ascension, ne manquons pas de redresser nos têtes vers le haut, et d'affermir notre foi au sujet du pouvoir de Jésus qui continue d'établir son œuvre, et de construire le royaume de Dieu.

 

  Pascal Durand M. Afr.

Homélie 6ème dimanche de Pâques

La Grande Manif !

 

Manifestations. Le mot évoque d'abord la rue, les mouvements sociaux, les revendications qui se veulent défendre les intérêts d'un corps particulier par des slogans, des protestations bruyantes et qui peuvent déranger, perturber le quotidien et la routine. Il s'agit de défendre, de faire prendre conscience à la société et à la classe publique d'une cause qui est perçue comme négligée, ou en tous les cas insuffisamment prise en compte dans la marche habituelle des affaires sociales. Il s'agit de « percer » et de se faire connaître à la fois du grand public et des décideurs politiques et sociaux, afin de peser dans les décisions et les programmes.

En ces dernières semaines de Pâques, il nous faut nous préparer à des manifestations. C'est en effet ce que nous disent les lectures de ces dimanches. Elles n'auront peut-être pas lieu dans les rues, mais il n'empêche qu'elles sont prévues. Il s'agit des manifestations de l'Esprit-Saint. En effet, c'est bien ce qu'expriment les derniers mots de l'évangile que nous venons d'entendre : « je me manifesterai à lui ».

Lorsque Dieu est ignoré, lorsqu'il n'est pas suffisamment connu, aimé ou servi, lorsque sa volonté et sa justice nous laissent indifférents, alors nous avons grand besoin des manifestations du Saint-Esprit pour venir nous réveiller, nous bousculer, nous provoquer. Dieu existe, nous lui appartenons, nous sommes dans sa main et il mérite toute notre attention et notre service.

La première lecture nous fait part de signes que faisait Philippe dans la région de Samarie : comme Jésus, il délivre les possédés et guéris de nombreux malades et infirmes. L'action extraordinaire du Saint Esprit vient bousculer l'entourage de Philippe, et les témoins des nombreux signes accomplis sont invités à s'en remettre totalement à Dieu avec confiance. Ainsi, le Saint Esprit peut facilement perturber nos attentes, notre routine et les schémas habituels de nos vies. Il vient parfois inopinément occuper les rues, les voies de nos habitudes pour nous arracher à la superficialité de nos activités, et nous rappeler en même temps le sens plus profond de nos existences.

Mais les manifestations du Saint Esprit ne se font pas toujours en un aussi grand jour et de manière si éclatante. Nos lectures nous partagent en effet quelques autres manières par lesquelles le Saint Esprit se manifeste dans le cœur des siens, et qu'il nous faut nous exercer à désirer.

- Ainsi, le désir d' « une conscience droite » et la capacité de « souffrir pour faire le bien » mentionnées dans la première lecture. Lorsque mon comportement s'accorde avec ce que désire Dieu et qui nous a été révélé par les commandements et par la parole de Jésus, le Saint Esprit m'habite et se manifeste à ma personne très certainement. L'évangile de Jean parle « d'aimer et de rester fidèles aux commandements », comme la condition pour laquelle le Défenseur puisse résider « en nous ».

- Lorsque nous reconnaissons et confessons le Christ comme « le seul Saint », comme l'exemple parfait et le moyen par lequel le salut nous est accordé, très certainement, le Saint Esprit se manifeste à nous.

La manifestation du Saint Esprit peut donc se faire aussi dans le secret de nos cœurs. Nous faisons parfois ces expériences d'être touchés, affectés, émus, émerveillés, éblouis peut-être, très soudainement. Un paysage, un message, une parole, un visage peut nous suffire pour nous remplir le cœur de gratitude et d'amour. Dans ces moments, nous avons l'intuition d'être en Dieu, quelle que soit la manière avec laquelle nous pouvons l'appeler, en Dieu qui nous dépasse et qui en même temps nous habite. L’Église nous invite à prier et à nous préparer à vivre de ces moments qui nous réconcilient avec Dieu et avec nous-mêmes. Recevons la promesse des manifestations du Saint Esprit avec espérance et confiance.

 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie 5e Dimanche de Pâques : Dans la Maison de mon Père

La matière d'une table, c'est le bois. Mais le bois ne construit pas la table. Le menuisier le sait bien. La matière d'un discours, ce sont les mots qui le composent. Mais ce ne sont pas les mots qui rédigent le discours. Le prédicateur le sait bien. La matière d'une armée, ce sont les soldats. Mais les simples soldats ne décident pas de la stratégie militaire. L'officier le sait bien. La matière d'un être humain, ce sont les membres, les organes, les cellules, les atomes qui le composent. Mais tous ces éléments n'organisent pas l'individu. Nous le savons bien. Au travers tous ces exemples, nous nous rendons compte de la nécessité d'une idée directrice, d'une pensée, d'une parole ou d'une âme. Que l'âme, que le principe d'organisation ou de vie vienne à quitter le corps, et tout se désintègre. Le corps devient cadavre. C'est le désordre, la décomposition. Qu'est-ce que j'essaie de d'exprimer ?

1. Afin que nos existences puissent prendre sens, il nous appartient de comprendre, que d'une manière similaire, il nous est nécessaire, fondamental pour chacun et chacune d'entre nous, d'accepter le principe d’intégration dans un ensemble qui nous dépasse. Il nous est demandé de croire et de comprendre, qu'il est possible, nécessaire, fondamental de rejoindre une narration plus grande que celle de nos propres individualités et singularités. Chacun et chacune d'entre nous, peut, et même doit devenir une pierre dans la construction, devenir une phrase, un mot, un message au sein d'un discours. Faire partie d'un tout, nous est indispensable afin de subsister, sans se désintégrer. Nous avons besoin d'être partie prenante d'une histoire plus haute, plus complexe encore que celles de nos individualités, d'une histoire qui nous dépasse et qui nous réalise en même temps. Cela est essentiel à n'importe quel accomplissement personnel que ce soit.

2. En conséquence, il nous est également tout à fait décisif, vital, de décider, de ce que je vais choisir d'accomplir, afin de bien m'accomplir. Différents systèmes, différents modes d'organisations nous sont proposés. Quelle est cette histoire, cette narration que nous allons sélectionner afin d'organiser nos existences ? N'oublions jamais que ne pas choisir revient toujours à laisser d'autres personnes ou d'autres intérêts choisir à notre place. Ne pas choisir consiste en fait, à choisir ce que la société nous impose, avec toutes ses ambiguïtés. Par exemple, allons-nous laisser les intérêts prédateurs et manipulateurs qui peuvent nous entourer, nous influencer ? Comment allons-nous nous en défendre ?

Nous qui sommes rassemblés aujourd'hui, ce n'est pas n'importe quelle construction, n'importe quel discours que nous sommes invités à édifier ou à rédiger par nos existences. La première lecture nous dit que nous formons une « nation sainte, un peuple qui appartient à Dieu. » Nous sommes les « pierres vivantes » en vue de la construction d'un « temple spirituel ». Et à cet effet, nous recevons la Parole de Dieu comme le plan de construction, comme le scenario ou le script qui nous explique volonté divine, et qui s'adresse à nos individualités et à nos personnalités. Que sa volonté soit faite. C'est bien tout le sens du baptême qui est de nous incorporer, de nous intégrer au sein d'une famille qui va nous nourrir, nous défendre, permettre notre accomplissement et qu'à notre tour il nous faudra servir selon les dons et les talents qui sont, qui seront les nôtres.

3. Alors, ce dimanche est parfois décrit comme le dimanche « des ministères », ou des services. Par exemple, la première lecture nous explique l'origine de l'institution du diaconat, de ce service adressé aux veuves, aux pauvres et à la table, de ce service qui est venu répondre à des besoins spécifiques. L'évangile, en parlant de la « maison du Père », nous précise l'importance du fait que chacun puisse trouver sa place, la part qui lui est personnellement réservée dans la grande histoire qui nous est proposée. Il s'agit de rejoindre sa propre demeure, celle qui a été voulue, désirée pour chacun et chacune d'entre nous depuis la fondation du monde. Si la parole de Dieu est le scénario ou le script qui nous est adressé, comment vais-je faire partie du casting ? Quel est le rôle, le message qui est, qui sera le mien dans l'Église ? Quelle note de musique serais-je dans la mélodie, dans la symphonie ? Dans la maison du père, il y a bien des demeures. Dans la maison du père, il y a de la place pour chacun, chacune d'entre nous, selon les dons et les talents qui sont les nôtres et qui ont généreusement été distribués par le Saint-Esprit. Mettons-nous à l'ouvrage en n'oubliant jamais que si nous appartenons à Dieu, nous nous appartenons tout autant les uns aux autres.

 

Pascal Durand M. Afr.

Monsieur, Madame le Président : la « Porte » s'il vous plaît !

 

Les anthropologues nous affirment qu'il est nécessaire de s'en remettre à des chefs, à des responsables pour ce qui concerne l'organisation de la vie commune. Dans les sociétés humaines, il nous est demandé d'accepter de se déposséder un peu de nos libertés personnelles afin de les remettre à la discrétion, à la disposition d'un chef. C'est la réalité et il ne semble pas possible de faire autrement. Alors, en ce jour d'élection présidentielle dans notre pays, il est opportun de contempler la figure du bon pasteur, du responsable, du chef par excellence, qu'il soit politique ou religieux, tel qui nous est décrit par l’évangéliste Jean.

La figure du bon pasteur, qui est la personne de Jésus, va nous aider en effet à établir quelques critères de discernement afin de définir et de pouvoir choisir ce chef qui mérite et qui peut, justement, réclamer notre assentiment, notre volonté et notre liberté. Comment la figure de Jésus, bon pasteur se distingue-t-elle des autres ? Comment s'offre-t-elle comme exemple ?

Le texte déclare que le bon pasteur entre « par la porte ». D'emblée se trouve posée toute la question de la légitimité du pouvoir et de nos responsables. Le bon pasteur, le bon chef n'entre que par l'endroit autorisé, que par l'endroit reconnu par tous, et établi à cet effet. Entrer par la porte ce n'est pas entrer par ruse, par mesquinerie, par calcul, ni par force. D'ailleurs, celui qui n'entre pas par la porte est ici décrit comme celui qui « escalade par un autre endroit », ce qui indique le manque de légitimité, l'illégalité, le risque, et finalement l'associe avec le voleur et le bandit. Entrer par la porte, c'est entrer au grand jour, sans se cacher, sans menacer, sans forcer ni manipuler. Le chef se doit de faire ce qu'il dit, et de dire ce qu'il fait. La légitimité d'un chef, s'établit donc par le respect des institutions, par le respect de la vérité et de la justice, par le respect de celles et ceux qu'il se propose de servir, et surtout des plus faibles et vulnérables d'entre eux.

Nous pouvons fort bien contempler différents épisodes de la vie de Jésus et reconnaître le fait qu'il aura lui-même utilisé cette porte. Par exemple, lorsque Jésus est arrêté, dans l'évangile de Jean, il se défend ainsi : « J'ai parlé au monde ouvertement. J'ai toujours enseigné dans les synagogues et dans le temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n'ai jamais parlé en cachette.” Jésus respecte les institutions et peut déclarer à ceux qui l'interrogent et le frappent : « si j'ai mal parlé, montre ce que j'ai dit de mal ; mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu?” (Jean 18, 23).

Entrer par la porte exige en même temps de l'humilité, beaucoup d'humilité, car c'est tout de même courir le risque qu'elle ne s'ouvrira pas. En conséquence, il est facile d'être tenté de passer par un autre chemin que celui, difficile, de l'obtention du plein assentiment des personnes.

Nous devinons qu'il existe aujourd'hui des techniques de manipulation de l'opinion. Elles permettent entre autres choses de faire l'économie de cette nécessaire et indispensable humilité, qui inclut la possibilité et l'acceptation d'un échec éventuel. Un historien contemporain très sérieux a pu écrire que dans nos sociétés contemporaines « la domestication des foules ressemble tout à fait à la capture et à l'élevage des animaux dépourvus de raison » (C.-G. Schwentzel, dans « la fabrique des chefs... »). C'est dire combien les techniques de manipulations de l'opinion peuvent aujourd'hui être répandues et efficaces ! C'est dire aussi combien il devient possible de faire croire qu'un chef entre par la porte, sans que cela en soit vraiment le cas !

Jésus accepte la possibilité de l’échec, il l'assume, il ne manipule pas, il ne profère pas de menaces, il ne force rien ni ne fait de chantage. Par exemple, à la suite d'une prédication au message particulièrement difficile, beaucoup de disciples décidèrent de le quitter. Jésus demande alors à ses amis les plus proches « voulez-vous partir vous aussi ? », sans faire quelque pression que ce soit. Remarquons l'immense délicatesse et respect de la liberté qu'il offre à ses disciples dans cette simple question, qui est pour nous inspirer, et pour inspirer nos responsables ! Simon-Pierre alors lui répondit avec ces mots : «Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle ! » (Jean 6, 68). Jésus est vraiment le bon berger, mais pour celles et ceux qui savent tout le bonheur qu'il propose! 

 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du 3e Dimanche de Pâques : Corps et Âme !

Jésus est vivant ! C'est le message qui nous est martelé de manière incessante en ce temps de Pâques. Encore aujourd'hui, il nous est proposé de méditer un émouvant récit, celui d'un événement qui a radicalement transformé ses deux principaux protagonistes. Jésus est vivant ! Et alors qu'ils quittent Jérusalem tristes, abattus, découragés, les deux pèlerins dits d'Emmaüs décident d'y retourner aussi sec, avec toute la ferveur, l'enthousiasme d'une conviction qu'ils ne peuvent que partager : Jésus est vivant ! Et il faut que ses disciples, ses amis le sachent ! De timides et apeurés, les deux amis sont maintenant impatients et intrépides ! Alors que leurs cœurs étaient refroidis, les voici maintenant réchauffés, et même, nous dit le texte « brûlants » ! Alors que leurs esprits étaient lents à comprendre et à croire, les voici convaincus de ce que disent les écritures ! Alors, que s'est-il passé ? Comment s'est opéré cette transformation, ce retournement aussi radical ? Quel est le secret, quelle est la source et l'origine de ce bouleversement ? N'est-il pas utile de s'y arrêter quelque peu ? Disons-le tout de suite, les deux disciples d'Emmaüs ont fait une rencontre. Et d'emblée, il nous faut qualifier quelque peu cette rencontre : il s'agit d'une vraie rencontre, d'une rencontre authentique, de personne à personne et qui engage tout l'être.

1 – Une conversation authentique qui s'opère au sein d'une vraie rencontre ne peut pas être une succession de monologues. Jésus s'intéresse aux sentiments de ses interlocuteurs, il respecte et commence par écouter. Il prend les personnes d'où elles en sont, avec leurs blessures et leurs déceptions : « pourquoi êtes-vous tristes » ? commence-t-il par demander. Jésus invite ceux qu'il rencontre à raconter ce qui s'est passé, à revenir sur les événements et sur ce qu'ils ont sur le cœur. Avant toute chose, raconter permet de rendre compte et Jésus offre cette possibilité.

2 – Si Jésus s'intéresse à la vie et aux sentiments de ses interlocuteurs, il ne s'y arrête pas pour autant ! Il élargit le champ de compréhension de ses partenaires en ouvrant pour eux les écritures. Les écritures fonctionnent comme un miroir : ce qui s'est passé était déjà écrit ! Regardez bien ! Pourquoi êtes-vous si étonnés ? Vous voyez-bien tout était déjà là ! Cependant, l'écriture n'est pas un miroir qui enfermerait les personnes dans l'expérience du « même », dans ce qui s'est passé et dans ce qui se passe seulement. Plutôt, les écritures sont comme un miroir qui reflète tout en même temps une espérance, et qui ouvre la personne sur quelque chose et sur quelqu'un qui dépasse le poids du réel. Les écritures sont comme un miroir qui ouvre sur Dieu et sur l'avenir qu'il nous offre.

3 – Enfin, et surtout, la rencontre, la vraie rencontre n'est pas seulement d'ordre intellectuelle. Il ne faut pas confondre débat d'idée et rencontre authentique ! Une rencontre authentique engage tout le corps de l'être humain, et pas seulement l'intellect. C'est pour cela sans doute qu'au terme même de la discussion au sujet des écritures, les disciples d'Emmaüs n'ont pas encore reconnu Jésus ! Ils ne l'ont pas encore « rencontré » ! Ils ont parlé de lui, mais ils ne lui ont pas encore parlé. Ils ont regardé le portrait qui avait été rédigé par le prophète Isaïe, mais ils ne l'ont pas encore directement contemplé, lui. Et il était nécessaire, pour le reconnaître, de partager le pain. Le pain qui nourrit tout le corps de la personne, et pas seulement l'intellect.

Alors bien entendu, l'Église a compris très tôt que ce partage du pain était une manière de parler de l'Eucharistie. L'Eucharistie est vraiment ce moment privilégié que l'Église nous propose afin de faire cette rencontre, de pratiquer la rencontre, de prier, de converser, de contempler l'amour de Dieu en Jésus qui se donne pour chacun et chacune d'entre nous, au travers son corps et son sang que sont le pain et le vin.

Alors, il me faut une nouvelle fois dire qu'il est illusoire de penser que nous pourrions être des croyants authentiques sans être pratiquants, car finalement nous ne croyons bien que ce que nous pratiquons. Et puis, les idées ne sauraient vivre longtemps en ignorant les corps qui les font vivre. Les yeux des disciples ne se sont pas ouverts lors de la lecture et des commentaires des écritures. Il nous faut donc engager davantage que l'intellect afin d’espérer entrer dans la compréhension du mystère de la résurrection. Ne détachons pas nos corps de nos idées, pratiquons plutôt la rencontre, avec l'engagement de tout notre être, afin d'être ouverts à la transformation en profondeur qui nous est possible.

C'est bien pendant la bénédiction sur le pain, qui se propose de nourrir tout le corps, et pas seulement l'intellect (ce que font les écritures) que les disciples d’Emmaüs voient leurs yeux s'ouvrir, et qu'ils sont transformés. C'est pendant la prière, pendant l'action de grâce, pendant la conversation avec Dieu que s'opère le miracle. Ceux et celles qui désirent voir leurs vies et notre monde se transformer, ceux et celles qui désirent s'ouvrir à Dieu et à son royaume, se doivent de pratiquer la rencontre, s'exercer à la prière, au dialogue et à la contemplation. Et c'est ce que nous nous proposons de faire pendant la messe.                                                                                                         Pascal Durand M. Afr.

Homélie du Dimanche de la Miséricorde : Pour une Vivante Espérance

« Dieu nous a fait renaître à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance. »

Il y a quelques jours, j'écoutais une personne habituée à visiter les prisonniers commenter la résurrection du Christ. Cette personne expliquait une expérience qui nous est commune, mais qui malheureusement ne fait pas souvent l'objet de notre méditation, de nos commentaires ou de notre réflexion. Cette personne expliquait en effet, combien il est précieux d'exister dans le cœur d'une autre personne, dans le cœur d'un proche ou d'un ami. Combien il est appréciable, bénéfique d'être écouté, respecté et affirmé dans sa personnalité et dans ses choix. Nous sommes tous témoins, par exemple, de ces enfants qui reviennent de l'école ou des activités de la journée, et de la manière dont ceux-ci peuvent partager spontanément, en racontant inlassablement à leurs mamans, ou à leurs proches, ce qui les aura le plus marqués dans les événements de la journée.

Raconter, partager son expérience, n'est-ce pas déjà la re-vivre, la vivre à nouveau, dans le cœur de celui qui écoute ? N'est-ce pas déjà la preuve qu'une place m'est faite dans cette personne ? N'est-ce pas le signe que je puisse exister au-delà de moi-même, que je puisse « naître de nouveau », et ajouter un peu plus de vie à ma vie ? N'est-ce pas prolonger mon expérience et mon existence, lorsque je m'aperçois que celle-ci résonne et trouve un écho dans le cœur d'un autre ? Pour mieux s'en convaincre, demandons-nous ce qui se passe lorsqu’un enfant ou un individu n'a personne avec qui partager son expérience, son quotidien : la souffrance de la solitude, l'enfermement sur soi-même, peut facilement mener vers la désespérance et vers toutes sortes de comportements compensatoires déviants et néfastes. Sans doute un des mécanismes qui remplissent les prisons.

Dans cet évangile de la résurrection de Jésus à ses proches, à ses disciples et en particulier à Thomas, évangile qui je pense nous est bien connu, il nous est dit que Thomas n'a pas cru à la résurrection qui lui a été préalablement raconté par ses amis. Et lorsque Jésus apparaît, il est un détail qui pourrait facilement nous échapper : il n'y a pas eu besoin de faire à Jésus le récit du doute de Thomas ! Et lorsque Jésus invite Thomas à avancer sa main afin de toucher ses plaies, il s'agit sans doute d'abord de faire comprendre à celui-ci que Jésus sait déjà tout ! Jésus connaît les failles les plus particulières de sa personnalité, sa fragilité, son doute, son manque de confiance envers ses amis : tout cela est intimement, profondément connu par Jésus. Les pensées les plus intimes du cœur de Thomas sont démasquées par son ami qu'il pensait défunt, et il ne peut être que bouleversé, renversé, profondément ému et retourné. Thomas est tout autant rejoint dans ses blessures les plus profondes que Jésus dans les siennes, lorsqu'il touche les plaies !

Non seulement Jésus est vivant, mais Thomas, avec toute sa faiblesse et sa fragilité, est bel et bien présent dans son cœur ! A quel avenir est-il donc destiné ? N'est-il pas vrai que l'histoire de Thomas illustre admirablement cette parole de Pierre de la deuxième lecture: « Dieu nous a fait renaître à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance. »

Il est commun depuis quelques années de célébrer ce dimanche comme celui de la miséricorde. Et en effet, nous recevons avec Thomas cette invitation à reconnaître le fait que Jésus sait déjà tout de nos blessures et nos fragilités. Jésus nous appelle à unir nos blessures qu'il connaît déjà, aux siennes, afin de renaître vraiment pour une vivante espérance. 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie dimanche des Rameaux

Observateur ou Protagoniste ? De Quel Côté Sommes-Nous ?

 

Il nous est demandé d'écouter de longues narrations ces jours-ci. Aujourd'hui, nous avons la dizaine de pages qui raconte la passion selon Saint Matthieu. Après l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, il nous est rappelé l'ensemble des événements de la semaine sainte, qui nous conduiront jusqu'à la gloire de Pâques. Voici deux enseignements que nous pouvons méditer :

 

1 - Méfions-nous de nous-mêmes. La foule acclame Jésus avec joie lorsque celui-ci entre dans Jérusalem, mais pourtant elle n'empêchera pas la torture et la mort de Jésus quelques jours plus tard. Méfions-nous de nous-mêmes : que se passe-t-il lorsque par exemple nous nous joignions à l'avis du grand nombre, sans prendre le temps de discerner avec justice et avec justesse ce qui est en jeu ? Ne faisons-nous pas alors partie de cette foule emportée par des courants aveugles ? Il nous faut du courage afin de ne pas nous laisser emporter par les marées des idées et des opinions communes. Nous pouvons compter sur Jésus comme sur une ancre nous préservant des ballottages et des dérives vers lesquels nous portent l'égoïsme, la peur, l'orgueil mais aussi les mouvements de foules. Apprenons, les yeux fixés sur lui et sur la manière dont il a su servir la vérité et la justice, jusqu'au bout, jusqu'à la croix.

 

2 – Dans la passion selon saint Matthieu que nous venons de lire est mentionnée une personne très énigmatique : la femme du gouverneur Pilate. Seul l'évangéliste Matthieu la mentionne. L'épouse de Pilate était par excellence la personne extérieure à tous ces événements. Rien de l'histoire d'un juif misérable condamné par son peuple ne devait concerner la vie d'une riche aristocrate romaine, étrangère de surcroît. Tout au plus, nous attendrions de cette personne qu'elle regarde les faits qui se déroulent à Jérusalem d'un regard curieux, amusé peut-être, mais en restant étrangère et extérieure. Pourtant, cette femme s'implique personnellement, et si elle est initialement observatrice, elle devient protagoniste lorsqu'elle conseille son mari « ne te mêle pas de l'affaire de ce juste, car aujourd'hui j'ai été très affectée dans un songe à cause de lui ».

 

Il existe en effet deux manières de vivre cette passion célébrée ces jours-ci, et il nous est nécessaire de discerner et de choisir l'attitude juste qui est attendue de chacun de nous.

 

La première, qui serait celle de la facilité, nous porte de nous positionner en auditeur bien installé sur son siège, en spectateur curieux et amusé, dans une attitude de consommation passive qui devient malheureusement commune. Dans ce cas, la passion du Christ aura la même action que celle de l'eau sur les plumes du canard : elle ne changera rien et rendra vaine la souffrance qu'a enduré Jésus. Tout cela pour rien !

 

La seconde attitude débute par la reconnaissance que le récit de la passion nous touche profondément et personnellement, comme doivent nous toucher les calvaires contemporains de la misère humaine : « il m'a fait beaucoup souffrir », déclare la femme du gouverneur, qui pourtant n'y était pour rien. De cette souffrance découle un engagement et un positionnement : dans sa bouche, Jésus devient « ce juste », et elle se permet de conseiller son mari à son sujet. De spectatrice, la femme de Pilate est devenue actrice. Cela n'a pas suffi pour sauver Jésus mais, au moins, elle a fait ce qu'elle pouvait faire. Elle a rendue plus probable la transformation du monde pour le meilleur, et a été rendue digne d'être mentionnée dans les écritures. La passion de Jésus n'a pas été vaine pour elle.

 

Alors, observateur ou protagoniste ? De quel côté allons-nous nous trouver ?   

 

 

Pascal Durand M. Afr.

 

 

Homélie du 5éme dimanche de Carême

 

Plus Fort que les Forces de Corruption et que les Mauvaises Odeurs

 

 

 

Dans toute les évangiles, le prénom Lazare n'apparaît qu'à l'occasion de deux récits.

 

La première fois, c'est dans l'évangile de Luc, au chapitre 12, dans un récit qui nous est présenté par Jésus comme une parabole, une fiction. Il s'agit de l'histoire d'un pauvre mendiant qui se nomme Lazare et qui n'avait rien à manger. Une personne riche, résidant à ses côtés a refusé de l'aider, de le soigner, de le nourrir, laissant son surplus de nourriture aux chiens plutôt qu'à ce pauvre miséreux. Jésus poursuit le récit en décrivant pour nous le bonheur dans lequel Lazare, le mendiant, bénéficie au ciel, après sa mort, et par contraste, le tourment du riche qui, dans cette vie est resté indifférent. La pointe du récit, l'enseignement le plus important pour Jésus est au sujet de la nécessité de croire en la parole des prophètes, en la parole de Dieu. Mais si quelqu'un décide dans son cœur de ne pas y croire, et bien rien ni personne ne pourra l'y contraindre, et même une personne qui reviendrait d'entre les morts n'aurait pas ce pouvoir de le convaincre.

 

Alors aujourd'hui, curieusement, nous avons ce qui pourrait être présenté comme la suite de cette narration: nous avons un récit qui cette fois, ne nous est pas donné dans les évangiles comme une fiction, mais comme un événement qui a eu lieu : un homme, toujours nommé Lazare, revient d'entre les morts, après quatre jours de mise au tombeau. Il se décomposait déjà, il sentait mauvais. C'est un événement considérable, même si Lazare ne dit rien de son expérience. Nous avons dans ce récit la réalisation de la parole de Jésus dans Luc : même si quelqu'un revient d'entre les morts, même si Lazare revient d'entre les morts, cela n'empêche pas ceux qui ne veulent pas croire, de ne pas croire. Lorsque l'on fait une lecture continue de l'évangile de Jean, nous nous apercevons que c'est même cet événement qui va provoquer l'adversité contre Jésus et précipiter son arrestation. La résurrection de Lazare déclenche toute une série d'oppositions, sans doute animée par la jalousie.

 

Le premier enseignement est donc que rien ni personne ne pourra obliger la personne décidée à ne pas croire. Comme si Dieu respectait l'entêtement et l'orgueil !

 

Deux enseignements supplémentaires que nous pouvons retenir et méditer à partir de cet évangile.

 

Le premier : Jésus est plus fort que la mort, et que la mort qui a déjà entamé son travail de décomposition. Nous avons ici une « avant première », un avant-goût, un échantillon de ce qui va se célébrer lors des fêtes de Pâques. Le retard que prend Jésus à se rendre au chevet de son ami malade Lazare est assez curieux, intrigant. Le texte souligne que Jésus, peut-être, a eu un mouvement d'hésitation en raison de l'opposition violente qui était déjà présente contre sa personne à Jérusalem. Mais en même temps, nous pouvons penser que Jésus avait aussi l'intention d'opérer un signe différent des autres. Il ne s'agit plus, par ce miracle, de guérir un malade, fut-il à l'agonie. Pour Jésus, il importe maintenant davantage de montrer qu'il est en mesure de vaincre la mort, et non pas seulement d'éloigner la maladie. C'est l'annonce du fait qu'il est en mesure de ramener des enfers ; et pour son ami Lazare, ce qu'il va lui procurer bientôt, c'est toute la gloire de sa résurrection.

 

Deuxième enseignement que nous pouvons retenir et méditer : Jésus est plus fort que les forces de mort et de corruption, que les forces de décomposition et que les mauvaises odeurs.

 

Un cadavre de quatre jours se décompose et sent mauvais. Après quatre jours, les forces de corruption ont déjà mordu le corps et le détruisent. Le texte le souligne. C'est embarrassant, c'est gênant et par conséquent on le cache, on l'enterre. Jésus nous dit qu'il est plus fort que ces forces mêmes. Il annonce sa victoire sur les forces de décomposition, et sur les mauvaises odeurs.

 

Le corps du Christ, pour nous, c'est l'Église. Sa destruction, sa décomposition sa « décadence » (le titre d'un livre n'est-ce pas!) n'est-elle pas vigoureusement annoncée, proclamée ? D'ailleurs, n'est-elle pas déjà bien entamée, inéluctable ? Je rappelle qu'une grande partie des sciences sociales sont investies dans des analyses dites de 'déconstruction', qui est une autre manière, plus recevable de décrire la décomposition. Les analyses dites de « déconstruction » détachent les éléments les uns des autres et décrivent les forces et relations de pouvoir, mais en refusant une vue d'ensemble. La déconstruction est une critique acerbe, parfois utile, mais qui ne propose rien comme projet d'avenir. Après 40 ans de ce travail acharné, certains intellectuels commencent à s'en apercevoir, à s'apercevoir de l'impasse, il est grand temps.

 

Et puis, il est de bon ton de montrer les ruines des abbayes et des églises, de montrer qu'elles sont vides et désertiques, et qu'il n'y a aucun avenir. Des journalistes font parfois la démarche de demander aux prêtres de leur montrer une église détruite ou désacralisée. Demandent-ils de faire un reportage au sujet d'une église construite ? Et pourquoi pas ? En fait, en France, il y a plus de 42.000 églises. Depuis 1905, 255 on été désacralisées, et 1800 ont été construites. Lorsque l'on élargit un peu notre regard dans l'espace et dans le temps, nous nous apercevons que le christianisme n'est pas mort, il n'est pas du tout en train de se décomposer. Le corps du Christ est plus fort que les forces de décomposition.

 

D'autres nous disent avec force que l'Église sent mauvais. Alors, il ne s'agit pas d'être naïf au sujet des fragilités de l'église, au sujet des scandales et des chapitres douloureux de l'histoire. Mais en même temps, peut-on réduire l'Église à cela ? Dans la mesure même où ce genre de propos nous rejoint, ne sommes-nous pas invités à purifier notre regard et à renouveler notre foi en la victoire du Christ sur toutes ces forces ? Beaucoup de nos adolescents et de nos jeunes, et pas seulement eux, ont ainsi perdu la fierté de venir prier le dimanche, parce que tout autour d'eux, on leur fait croire que venir à la messe le dimanche 'c'est la honte' ! C'est ce qu'ils disent parfois spontanément. C'est une idée dans l'air du temps. Il est facile de se laisser croire que prier est un comportement embarrassant, gênant, que l'on cherche par conséquent à cacher, sans même savoir pourquoi.

 

Vraiment, notre relation à Dieu serait une chose à enfouir bien profondément, tout comme le corps de Lazare ? Mieux vaudrait ne pas la mentionner publiquement ?

 

Écoutons encore le Christ qui nous affirme, qui rappelle en chacun de nous, en même temps qu'il le dit à Marthe « je suis la résurrection et la vie ». 

 

 

 

Pascal Durand M. Afr.

 

Homélie 4ème dimanche de Carême

Faut-il Prouver Dieu?

 

Comment puis-je être sûr qu'il existe bien quelque chose après la mort ? Comment puis-je croire en la vie éternelle ? Si Dieu existait, ne pourrait-il pas nous le montrer un peu plus clairement, afin que nous comprenions vraiment et que nous croyions ? Comment puis-je savoir que Dieu agit toujours aujourd'hui dans nos vies et dans notre monde ? Tant d’événements nous font penser le contraire ! Je pense que ce sont des questions que nous avons entendues. Faut-il prouver la vie éternelle ? Faut-il prouver Dieu ?

Alors parfois j'utilise cette comparaison : comment puis-je prouver l'existence de la lumière à une personne aveugle de naissance ? Cela tombe bien, nous avons l'histoire d'un aveugle de naissance dans notre évangile aujourd'hui. Toutes les démonstrations et explications que je vais tenter de faire risquent bien de demeurer vaines. Les yeux déficients de l'aveugle-né contrediront toujours ce que j’essaierais alors de montrer. Pourtant, cet aveugle de naissance, pour peu qu'il écoute attentivement ce qui se passe autour de lui, et pour peu qu'il accepte ce qu'il entend, (et en particulier la manière dont les personnes voyantes se conduisent habituellement), et bien cette personne aveugle, ne manquera pas, par le seul usage de sa raison et les témoignages qui lui sont donnés autour de lui, de reconnaître cette existence de la lumière qui lui reste pourtant inaccessible. Si l'existence de la lumière ne pourra lui être prouvée, elle peut cependant être reconnue et acceptée par sa raison, pour peu que cet aveugle croie ce que disent les personnes de son entourage, à son sujet. Mais évidemment, il est nécessaire qu'il y croie !

Alors ce long évangile peut je l'espère nous devenir plus limpide, plus lumineux : tous les efforts que fait Jésus pour faire reconnaître autour de lui l'action de Dieu au travers de sa personne demeurent vains, pour tous ceux qui ne veulent pas y croire. La révélation qui est faite au sujet de sa personne est infructueuse et inutile pour certains. Et pourquoi cela ? Parce que afin que je puisse croire en la parole d'une autre personne, il m'est nécessaire d'un peu d'humilité, d’honnêteté et de modestie. Nous ne sommes pas des tout-puissants, centres du monde, malgré tout ce que l'on essaie de nous faire croire à ce sujet, nous aurons toujours besoin de nous aider et de nous écouter les uns les autres.

Avez-vous remarqué combien il est peu élégant ou poli que votre interlocuteur dans la conversation redirige tout ce que vous expliquez vers sa propre expérience personnelle ? Par ailleurs, nous comprenons combien il est peu prudent pour des parents de guider leurs enfants vers des carrières professionnelles qu'ils auraient bien voulu faire eux-mêmes ! De la même manière, il est peu respectueux, humble et honnête de forcer Dieu à entrer dans nos expériences sensibles, et de le réduire à cela, lorsque par exemple, son existence devrait être prouvée ! L'existence de Dieu ne sera peut-être pas prouvée par l'expérience de nos sens, son existence n'en n'est pas pour autant déraisonnable ! C'est même une marque de sensibilité à son altérité que de ne pas chercher de preuves, à ne pas le réduire à ce que je suis. C'est le signe, aussi, que je suis capable de porter crédit à une parole qui m'est proposée. En l’occurrence, la parole du Verbe de Dieu et la parole des apôtres.

Afin de croire en Dieu, vraiment, afin de croire en l'autorité du Christ, vraiment, il est probable que je dois faire le même chemin que celui de l'aveugle-né : prendre un bain ! Prendre un bain c'est toujours un geste de reconnaissance de sa malpropreté, de mon impureté, de mon orgueil peut-être. C'est un geste d'humble reconnaissance de notre condition habituelle.

Alors, pour ce bain que nous avons à prendre afin de reconnaître l'action de Dieu dans nos vies et dans notre monde, notre évangile nous parle de deux étapes.

La première étape est lorsque Jésus applique sa salive sur les yeux de l'aveugle. Nous avons reçu, pour la plupart d'entre nous, ce bain avec les eaux de Jésus le jour de notre baptême, et il nous est possible, et recommandé, de le renouveler avec les sacrements, et en particulier le sacrement de la réconciliation.

La deuxième étape, qui nous est raconté, c'est un bain dans la piscine de Siloë, et Siloë signifie « envoyé », (probablement en araméen). Et lorsque l'on traduit le terme « envoyé » en grec, (la langue du Nouveau Testament), nous obtenons le terme « apôtre ». Afin que je puisse croire, il m'est nécessaire de me replacer dans l'activité d'un engagement chrétien. Nous sommes tous envoyés comme témoins, chacun selon les dons qu'il a reçus. La foi s'approfondit lorsque l'on la partage.

Sans doute, il n'est ni nécessaire ni utile de prouver Dieu. Dieu n'en demeure pas moins actif dans notre monde et dans nos vies, pour peu que nous fassions ce plongeon dans la vie chrétienne que notre foi implique.  

 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du 3ème dim. du Carême. 19 mars 2017

J

 


ésus quitte Jérusalem. Pour revenir en Galilée, il emprunte le chemin direct de la Samarie. Après de longues heures de marche, le voici vers midi auprès du puits de Jacob, près de Sychar. Tandis que les disciples sont partis à la ville voisine pour chercher des provisions, une femme de Samarie s'approche pour puiser de l'eau. Jésus lui demande à boire. La Samaritaine s'étonne. Elle a deviné en cet étranger un Juif. Comment ose-t-il donc, lui Juif, demander un tel service à une Samaritaine ; lui homme, aborder ainsi une femme ? Ne sait-il donc pas la haine implacable qui divise Juifs et Samaritains ? Ne doit-il pas s'estimer heureux qu'on le laisse en paix ? Hautaine et presque haineuse, elle répond : « Comment, Juif, me demandes-tu à boire à moi, Samaritaine ? ». Jésus ne se laisse pas émouvoir par ce ton et cette attitude : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te demande à boire, c'est toi qui lui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive ». La femme ironise maintenant, un peu embarrassée peut-être : « D'où tireras-tu l'eau vive ? Serais-tu plus grand que Jacob qui nous a donné ce puits ? ». Jésus insiste et précise : « Celui qui boit de cette eau aura encore soif, mais celui qui boira l'eau que je lui donnerai, n'aura plus jamais soif ». La réponse de la femme ne permet plus de savoir vraiment si elle ironise encore ou manifeste une vraie attente : « Seigneur, donnes-moi de cette eau, pour que je n'aie plus soif ! ». En tout cas, elle n'a pas encore compris. Elle ne semble pas prête pour recevoir le don merveilleux que lui propose le Maître. Mais la conversation change : « Va appeler ton mari et reviens ». « Je ne suis pas mariée » répondit-elle. Jésus lui dit : « Tu as raison de dire que tu n'es pas mariée car tu as eu cinq maris, et celui que tu as présentement n'est pas non plus ton mari : tu as bien raison ». Que se passe-t-il alors ? Sous le choc de cette affirmation humiliante, comment va-t-elle réagir ? Chose étonnante : au lieu de continuer sur le ton de l’ironie ou pire de se mettre en colère la femme change d'attitude. Elle était hautaine et presque insultante ; la voici respectueuse, humble et ouverte. Par la blessure de l'humiliation acceptée, la lumière est déjà entrée elle : « Seigneur, dit-elle, je vois que tu es prophète ». Cette blessure de sa vie devient l’ouverture qui lui permet de recevoir la lumière. Et Jésus va lui donner abondamment. C'est des Juifs, et non de Samarie, que vient le salut, dit-il. Mais que cette femme se console : « L'heure vient, et nous y sommes, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». C'est l'annonce de l'Église, dans laquelle tout homme peut devenir enfant de Dieu. La Samaritaine, alors libéré de ses protections, reprend : « Je sais que le Messie doit venir, celui qu'on appelle le Christ. A sa venue, il nous instruira de tout ». Jésus lui dit : « C'est moi-même, moi qui te parle ». En sa joie qui lui fait oublier la cruche près du puits, cette femme s'empresse auprès de ses compatriotes pour leur annoncer la bonne nouvelle et « il y eut en cette ville bon nombre de Samaritains qui crurent en Lui sur l'attestation de cette femme ». Les flots d'eau vive, qui sont descendus en son âme par la blessure profonde de l'humiliation, sont devenus aussitôt selon la parole de Jésus, « une source d'eau jaillissant » pour les autres. Cet épisode nous met en présence d'une loi de la diffusion de la lumière et de la miséricorde divines, dont Jésus donnera un jour la formule dans une de ses prières d’action de grâce : « Je te loue, ô Père, Maître du ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux savants, tandis que tu les as révélées aux petits ». Dieu donne ses trésors aux humbles, tandis qu'il les dissimule aux orgueilleux et aux suffisants. Le Christ Jésus poursuit son action dans l'Église suivant la même loi : il veut l'humilité du cœur. Une jeune carmélite arabe, Myriam Bauardi l’exprime de manière imagée : « Sans l'humilité nous sommes aveugles, dans les ténèbres ; tandis qu'avec l'humilité l'âme marche la nuit comme le jour. L'orgueilleux est comme le grain de froment jeté dans l'eau : il enfle, il grossit. Exposez ce grain au soleil, au feu : il sèche, il est brûlé. L'humble est comme le grain de froment jeté en terre : il descend il se cache, il disparaît, il meurt, mais c'est pour reverdir au ciel. Imitez les abeilles, disait-elle encore, cueillez partout le suc de l'humilité. Le miel est doux : l'humilité a le goût de Dieu ; elle fait goûter Dieu. » L'humilité a le goût de Dieu ! Partout où elle se trouve, Dieu descend, et partout où Dieu se trouve ici-bas il s'en revêt comme d'un manteau qui dissimule sa présence aux orgueilleux et la révèle aux simples et aux petits. Voilà pourquoi l’Eglise insiste tant pendant le Carême, sur la pénitence, moyen pour faire naître en nous une plus grande humilité. Elle insiste en particulier sur cette humilité pour les catéchumènes. L’Eglise nous appelle à prendre conscience de notre petitesse et de notre péché, non pour nous rabaisser mais pour nous disposer à recevoir avec un cœur grand ouvert le salut de Dieu.      P. Alexis

2e Dimanche de Carême
Rencontrer l'Extraordinaire et l'Exceptionnel

 

Chacun, chacune d'entre nous peut se remémorer je pense, j'espère, des moments qui sortent de l'ordinaire, des moments extraordinaires dans lesquels il ou elle a bénéficié, ou dont il ou elle bénéficie encore parfois dans sa vie. Par définition, ce sont des moments heureux, qui n'arrivent pas souvent : la réussite à un examen, la naissance d'un enfant, le jour d'un mariage. Il est probable aussi que nous recherchions nous-mêmes ces moments et ces lieux qui nous permettent de sortir, de temps à autre, de notre quotidien, de notre ordinaire avec sa lourdeur, sa routine. Par exemple, c'est l'occasion de participer, à un carnaval, à une fête, à un concert, à un spectacle, à une compétition sportive, à un pèlerinage. Nous cherchons dans ces moments, me semble-t-il, surtout deux choses.

La première est de nous extraire de ce qui nous enferme dans la morosité du quotidien. Nous y cherchons certainement à nous libérer des servitudes habituelles. Une fois, de temps en temps, il s'agit que je puisse me dire que ma vie n'est pas réduite à mes activités de tous les jours. Je suis plus que cela, bien plus que cela.

La deuxième chose que nous pouvons rechercher dans ces moments, c'est une rencontre justement, avec quelque chose de plus fort, de plus haut, de plus élevé. Pour certains, et selon les exemples évoqués plus haut, cela peut être l'occasion de faire une rencontre avec le génie d'un artiste, avec la beauté d'un spectacle, avec le talent d'un joueur ou d'une équipe, avec le message d'un saint ou d'une apparition mariale, bref quelque chose qui est décidément hors du commun et qui nous dépasse, qui dépasse notre ordinaire, nos capacités individuelles et nos événements quotidiens.

Il est probable que nous ressortions de ces événements comme « regonflés », heureux de l'expérience vécue, avec des images pleins la tête qui continuent à nous habiter pendant longtemps. Nous sommes normalement plus forts dans l'affrontement des défis ordinaires, routiniers, lorsque nous revenons à nos tâches quotidiennes.

Alors, ce qui se passe dans le récit de l'évangile que nous venons de lire, c'est précisément un de ces événements hors du commun, extraordinaire, exceptionnel qui a eu lieu dans la vie de Jésus et dont quelques disciples furent témoins.

Tout comme pour nous, cet événement de la transfiguration a deux fonctions, deux rôles fondamentaux :

 

1. Il permet à Jésus de casser son quotidien, sa routine, son ordinaire, et surtout les mauvaises nouvelles qui s'annoncent et s'accumulent. Ce récit de la transfiguration est, en effet, encadré de près, dans l'évangile de Matthieu, par deux annonces faites par Jésus au sujet de sa passion et de sa souffrance. Jésus se sent pressé par les événements douloureux qui se posent en perspective et qu'il sent s'approcher, il s'y prépare et y prépare ses disciples.

Jésus annonce, informe qu'il entre maintenant dans une période de rejet, avec son lot de souffrances dramatiques qui le mènera jusqu'à la mort. Il annonce un échec ! Un politicien qui annoncerait son échec aux élections perdrait tous ses amis avant que la dite élection n'ait lieu ! C'est à ce danger-ci que Jésus doit faire face ! Le danger de voir partir tous ses amis, ses disciples les uns après les autres. Comment faire pour que ses disciples ne soient pas scandalisés et qu'ils ne le quittent pas ? L’événement de la transfiguration se propose d'abord de fortifier Jésus et ses disciples, dans l'affrontement des défis qui se profilent.

Voilà pourquoi ce récit nous est présenté en ce deuxième dimanche de carême. C'est un événement qui casse la chaîne apparemment inéluctable de causes à effet dans tout ce qu'elle a de tragique pour Jésus. Au moins pendant quelques moments, dans l'espace de quelques heures, Jésus et ses disciples avec lui, prennent pleinement conscience qu'il existe autre chose que la réalité de cette existence visible, terrestre, douloureuse.

 

2. Au travers cet événement de la transfiguration, nous avons accès à quelque chose qui dépasse l'ordinaire, à quelque chose qui va plus haut, plus loin du quotidien. Malgré tout ce qu'il peut lui-même annoncer à son sujet et aux perspectives de persécutions, Jésus est réinvesti, approuvé, consacré par la présence mystérieuse de Dieu : « celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le ». Nous avons ici une référence assez évidente de son baptême, car ce sont les mêmes mots qui y sont exprimés. C'est l'approbation officielle qui est déclarée. C'est comme si le « parti politique » exprimait de nouveau son soutien au candidat malmené ! Il est attendu de la révélation divine qu'elle permette de vivre plus sereinement, de manière plus équipée, l'ordinaire, le commun avec tous ses défis et son lot de souffrance.

Ici, l'imagerie qui nous est décrite se réfère à rien de moins que la présence divine elle-même, qui dépasse le quotidien. Encore aujourd'hui, les spectacles et les concerts font un usage abondant de projecteurs de lumière, de gaz fumigènes et de haut parleurs afin d'évoquer une atmosphère inhabituelle, hors de ce monde-ci. C'est le même genre de chorégraphie qui a bien lieu sur la montagne, avec cette différence qu'elle n'est pas produite par une fabrication humaine. Dieu lui-même se révèle et agit en nous présentant son Fils.

 

Nous sommes invités nous aussi, à retrouver pleinement les rôles équilibrants de nos célébrations et de nos fêtes, y compris celle du dimanche. Les fêtes et les jours de congés ne sont pas simplement des jours de repos au sens où il n'y faudrait rien faire, ni moins encore des jours de licence où l'on pourrait s'éclater au risque d'abîmer sa santé. Ils sont des occasions qui nous sont données afin de nous sortir de nos servitudes quotidiennes et de nous lier plus fortement avec ce qui nous constitue. Ils devraient nous redonner une conscience vive d'être les êtres aimés du Père, quoiqu'il puisse nous arriver. Une célébration vécue dans toute sa plénitude augmente en nous la foi et l'espérance, et nous donne la force de nous engager dans les défis et les découragements qui ne manquent pas, comme par exemple dans la morosité quotidienne et l'usure des forces. 

 

 

Pascal Durand M. Afr.

 

Premier dimanche de Carême

Le Diable au Quotidien !

 

 

 

Il est fréquent de penser la tentation comme le fait d'un moment particulier, d'une épreuve brève, temporaire, ponctuelle qui survient somme toute assez rarement. Mais une chose que ce texte de l'évangile nous dit, me semble-t-il, est que le travail du tentateur est permanent, et il imprègne en profondeur notre vie quotidienne. Il est proche de nous et de notre quotidien. On ne se débarrasse pas de lui une fois pour toutes, mais il doit faire l'objet d'une lutte, d'un combat permanent, jusqu'au bout, sans doute jusqu'au dernier jour.

 

C'est en effet au travers en effet les expériences communes de la faiblesse et de la fragilité de la nature humaine, puis du manque d'estime de soi, et enfin d'une mauvaise orientation de ses activités que Jésus est tenté. Regardons de plus près.

 

 

 

Première Tentation : Nier la Fragilité Humaine

 

 

 

Jésus vient juste de jeûner pendant quarante jours et quarante nuits nous dit le texte. Par conséquent, il est affamé et faible, et nous pouvons aisément l'imaginer comme étant extrêmement diminué par cette période de dure discipline de son corps. Même si nous comprenons cette période de quarante jours et de quarante nuits de manière symbolique, comme par exemple se référant à la traversée du désert pour le peuple d'Israël (quarante années), il n'en demeure pas moins qu'il ne peut s'agir sans aucun doute que d'une période longue et qui apporte ses propres défis. Jésus est physiquement extrêmement affaibli.

 

Le moment est particulièrement bien choisi par l'adversaire pour apparaître à Jésus afin de mener son attaque implacable ! Pour le moins, nous pouvons affirmer que le tentateur sait écouter et « profiter », c'est-à-dire tirer avantage de la faible condition physique de sa proie. Sa lâcheté fait partie de sa stratégie d'attaque ! C'est au moment où Jésus doit être le plus affaibli physiquement et sans nul doute psychologiquement, qu'il doit subir la cruelle attaque de son adversaire. Jésus est affamé, et il subit la faiblesse liée à son état d'une personne qui a faim, en lui offrant des pains frais ! C'est un peu comme si une personne durement soumise à un dur régime alimentaire devait souffrir le spectacle de convives se rassasiant de mets succulents qui lui sont interdits ! Jésus éprouve l'oppression des demandes et des besoins de son propre corps. Le corps est un des plus grand biens que chacun d'entre nous possède, mais en même temps, c'est un bien fragile. Jésus en fait l'expérience douloureuse dans la faim qu'il éprouve.

 

Cette première tentation est donc une tentation liée à notre expérience de faiblesse, et même de dépendance aux lois de la nature. Nous sommes faibles lorsque nous éprouvons le besoin, comme dans la faim et la soif. Nous connaissons la frustration de ne pas être satisfaits, de nos désirs et de nos besoins. C'est une expérience commune.

 

Alors, si nous ne sommes pas libres du corps que nous avons, et de ses besoins, il n'en n'est pas moins vrai qu'il nous appartient de faire des choix face à l'expérience de nos faiblesses, et quant à la manière dont je vais répondre, réagir : vais-je accepter ou non la réalité et l'expérience d'être faible, limité et dépendant de certaines lois, ou bien vais-je le nier, refuser et me rebeller au travers mille et unes manières ? Vais-je entretenir l'illusion de ma toute puissance ?

 

Observons l'attitude de Jésus dans cette situation précise, et puisse-t-elle continuer à nous inspirer : Jésus ne nie pas son identité et sa nature d'être limité et faible. Il ne se rebelle pas non plus. Il fait face, de manière courageuse, réaliste, ordonnée à sa situation qu'il estime être encore plus dépendante de la volonté de Dieu que des lois de la nature : « Il est écrit, ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». Jésus fait face résolument à sa condition, sans qu'elle serve de prétexte à se couper de sa relation avec son Père. Jésus nous rappelle en cela que tous nos besoins, toutes nos dépendances y compris celle de la nourriture, peuvent se réguler et s'harmoniser sur une dépendance encore plus grande : notre dépendance existentielle radicale de Dieu qui nous a créés. Nous somme dépendants de Dieu et de sa bonne volonté ! Et nier notre faiblesse liée à notre nature humaine peut bien évidemment nous conduire à la négation de notre créateur, et c'est sans doute une partie du drame contemporain. C'est le tentateur qui nous invite à nier le fait que nous sommes faibles et limités, et c'est lui qui nous porte en conséquence à nier le fait que nous sommes appelés à nous construire aussi grâce à la parole révélée et à la volonté du créateur.

 

S'il est une chose que nous sommes appelés à comprendre au sujet de la douleur et de l'épreuve, c'est qu'elle puisse être pour nous un pédagogue, un lieu d'apprentissage sur nous-mêmes et sur ce qui nous constitue véritablement. C'est seulement dans l'épreuve que nous pouvons mesurer notre force intérieure. De plus, l'expérience personnelle de la souffrance peut nous permettre d'être plus attentif et compatissant aux personnes dans les épreuves autour de nous, et de se montrer solidaires. L'épreuve nous unit envers les membres souffrants de l'Église et de la société, tout en gardant le souci de demander qu'elle ne nous écrase pas en venant à bout de notre patience.

 

La souffrance doit être combattue, mais elle ne doit pas être niée, et ceci d'autant plus que nous ne pouvons espérer éradiquer totalement son expérience. Jésus ne cherche pas à éviter ce qui est douloureux. Il l'embrasse et nous guide dans ce combat qu'il a lui même mené.

 

 

 

Deuxième Tentation : Manquer d'Estime de Soi, Douter de sa Propre Dignité et Valeur

 

 

 

Cette deuxième tentation va bien plus loin que la première : « si tu es le Fils de Dieu… »; Toute la ruse de la tentation vient sans doute dans ce petit mot de deux lettres : « Si » ! L'adversaire essaie ici d'introduire un doute quant à la dignité de Jésus, à l'estime, à la confiance qu'il peut porter envers sa propre personne, à sa place et à sa valeur : « si tu es le Fils de Dieu, laisse ton père te le prouver ! » « Puisse-t-il te montrer tout l'amour qu'il porte sur toi, en faisant ce petit miracle qui n'est tout de même pas grand-chose à ses yeux ! »

 

Sans y prendre garde, le « si » du tentateur introduit la notion de doute, de manque qui en appelle à la preuve. Il est introduit une inquiétude qui cherche à se réassurer. Il nous faut des preuves ! Déjà, la paix a quitté la personne et c'est un esprit frustré, insatisfait qui cherche à s'introduire, à s'exprimer, à prendre la place, toute la place. Remarquons l'ingéniosité du malin qui cherche en permanence à faire croire à ce que nous sommes sans cesse dans le manque ou le besoin. Sans doute, nous sommes des êtres blessés, mais sommes-nous que cela ? Bien plus : doit-on se laisser dominer par nos blessures ? Nos blessures, nos manques, justifiés ou pas, doivent elles établir et définir nos décisions et nos comportements ? Et si je me laisse entraîner par mes blessures, mes doutes, est-ce que je ne risque pas de les propager tout autour de moi ? Et pendant ce temps, qu'est-ce que je construis ? Quelle est ma contribution ?

 

Il est probable que toute la société capitaliste occidentale ne fonctionne que grâce aux messages agressifs et permanents de la propagande publicitaire. Et elle n'est sans doute rien d'autre que l'orchestration grandiose de ce « si » diabolique, car elle nous fait croire à notre insu que notre valeur, notre mérite reposerait sur la possession et la jouissance de ces biens ! « Vous méritez bien cela » ! A ce titre, la publicité doit être combattue et cela peut-être une excellente proposition de carême. La publicité tend à nous faire croire que c'est l'acquisition d'un objet ou d'un bien quel qu'il soit qui pourrait fonder notre mérite et valeur personnels ! Et n'est-il pas clair que puisque notre être le plus profond se trompe d'objet pour le combler, il en devient d'autant plus insatiable ? Le triste résultat en est cette course effrénée à laquelle l'industrie dite capitaliste nous mène, course train de détruire la planète entière.

 

Jésus connaît l'expérience de la faiblesse, de la fragilité, mais il ne se laisse pas dominer par cette expérience de doute d'insatisfaction, de frustration : il ne laisse pas ses blessures dominer sa conduite. Il répond sereinement au tentateur en disant « il est encore écrit tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu ». Jésus n'a pas besoin de prouver quoi que ce soit au sujet de sa personne. Il n'a pas besoin de bénéficier de miracle ou de quelque autre bien pour qu'il comprenne qu'il est aimé et admiré. Il ne lui manque rien afin qu'il se sache tel. Il respecte son Père dans ce qu'il a de différent, il ne le réduit pas à son besoin ou à sa personne. Et il nous invite à faire de même.

 

 

 

Troisième Tentation : S’éloigner du Service de Dieu

 

 

 

La troisième et dernière tentation avec laquelle Jésus est éprouvé, concerne le culte et l'adoration. Cela peut être compris pour chacun d'entre nous, en un sens plus large, tout en étant tout aussi exact, comme l'ensemble des activités et des services que nous devons rendre et que nous nous devons de rendre : vers quoi, vers qui sont-ils être orientés ? Quelles sont les valeurs que nous servons en dernier lieu, dans nos actions ? Comment dépensons-nous nos énergies ? Quelles sont les valeurs que traduisent, trahissent mes activités ?

 

Nous remarquons que cette troisième et dernière tentation est la seule qui dans ce récit de Matthieu, ne fasse pas mention de Dieu. En niant Dieu, je me berce en effet de l'illusion que sa création toute entière pourrait justement m'appartenir ! « je te donnerais tout cela » !

 

Il est singulier que la lettre du pape François sur la création « Laudato Si » explique que lorsque nous remplaçons le terme «création » tout simplement par celui de « nature » nous oblitérons la présence du Créateur, et avec Lui, le devoir que nous avons de rendre compte de nos activités. La relation est coupée, et c'est une manière de nous faire croire (faussement) que tout est possible, tout est permis, quant à l'exploitation des ressources de la planète. Il existe une bataille métaphysique dans les mots mêmes que nous employons, car ceux-ci portent à conséquences graves. Il n'est sans doute pas fortuit que la civilisation matérialiste est précisément celle qui omet le plus fortement la réalité de la présence de Dieu, comme dans le verset du livre de l'Apocalypse : « Tu te dis : 'me voilà riche, je me suis enrichi et je n'ai besoin de rien !' » (Apocalypse 3,17). À ce sujet, la philosophie expressément athéiste de Michel Onfray va bien de pair avec son éthique de nature hédoniste. Puisqu'il ne perçoit en Dieu qu'une limite à la jouissance des bien et des plaisirs, il est logique de l'éliminer. L'aboutissement de ces idées est la décadence, la destruction qui se résument fort bien dans le terme « nihilisme » fort à la mode.

 

Lors de sa messe papale inaugurale, le pape François a fait mention d'une citation de Léon Bloy : « La personne qui ne sert pas Dieu sert le diable » ! Cela peut nous choquer, mais cette phrase est-elle si différente de celle de l'évangile « qui n'est pas pour moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi disperse » (Luc 11, 23) ?

 

Encore une fois, la réponse, ferme de Jésus est pour nous éclairer et pour nous inspirer : il recadre les choses, et les remets au bon endroit, qui est celui d'être en face le créateur. De suite, l'orientation de son attitude et de son activité est corrigée. Il rend droit ce qui était tordu, il défait les nœuds comme il est dit parfois de la Vierge Marie. C'est seulement en face de Dieu qui nous donne la vie, que nous pourrons trouver les attitudes justes à adopter dans nos existences et que nous trouverons leurs orientations les plus appropriées et les plus légitimes.

 

Que Jésus nous donne de gagner le bon combat qui nous est proposé lors de ce temps de carême. Que son exemple et son inspiration continue à vivre en chacun et chacune d'entre nous. 

 

 

 

Pascal Durand M. Afr.

 

Homélie du 7éme dimanche du Temps Ordinaire

Ce que nous demande, et ce que ne nous demande pas Jésus...

 

C'est un évangile bien périlleux que celui d'aujourd'hui, celui du pardon des ennemis.

C'est un évangile délicat, risqué, car il me semble facile de glisser dans des compréhensions incorrectes de ce texte, et cela pourrait nous conduire facilement à des malentendus quant au comportement que nous devrions adopter, face aux aléas, aux heurts, aux accidents et incidents de la vie.

Il nous est demandé de pardonner, et pardonner à l'ennemi, à l'adversaire, au contradicteur, au méchant. Oui. Mais il ne nous est pas demandé de pardonner au mal en lui-même ou aux choses mauvaises en soi.

Lorsque Jésus nous demande « aimez vos ennemis », il ne nous demande pas de pardonner, dans le sens de laisser faire, d'accepter ou de consentir au mal qui est fait. Cela ne serait que démission et faiblesse finalement. Le crime n'est pas acceptable, et il nous est pas demandé de l'accepter. Aimer ses ennemis, ce n'est pas la même chose que d'aimer le mal en lui-même. Le livre du Lévitique, dont nous avons lu un extrait en première lecture, me semble préciser de manière très claire : « tu n'auras aucune pensée de haine contre ton frère. Mais tu n'hésiteras pas à réprimander ton compagnon, et ainsi tu ne partageras pas son péché. »

Nous avons ici l'amorce ou l'annonce d'une distinction, d'une différenciation des plus importantes dans l'éthique chrétienne : celle qui est établie entre le mal qui est fait, et la personne qui le commet. Nous ne sommes pas autorisés à réduire la personne au mal qu'elle aurait commis. La personne est toujours plus grande que le mal qu'elle a commis. C'est ce qui poussait Saint Augustin à expliquer dans une formule latine ramassée : « le mal que tu commets, je le déteste, mais toi, je t'aime. »

Cette première clarification nous conduit naturellement à en faire une deuxième, qui en découle. Si les personnes doivent être pardonnées de manière inconditionnelle, absolue, alors que le mal qu'elles pourraient faire ne l'est pas, quelles sont les conséquences, concrètes de ce pardon ?

La requête que Jésus nous fait de pardonner aux ennemis, ne nous acquitte pas, ne nous décharge pas, de la prudence et du principe de précaution : il est légitime et indispensable de protéger les plus faibles, et même les autres, au pouvoir du mal dans toutes les mesures de nos capacités. Il reste de notre devoir de travailler à la neutralisation des forces mauvaises et criminelles. Nous ne sommes pas autorisés à laisser faire le crime, s'il est en notre pouvoir de le combattre et de faire en sorte qu'il cesse. Ce que nous demande Jésus n'est pas une soustraction aux devoirs que chacun porte envers la loi. Toujours, il nous est demandé de ne pas laisser faire le mal, mais de le prévenir et de le sanctionner quand cela nous est possible.

Il me semble que, par exemple, lorsqu’une personne a commis un crime, à la suite duquel il n'exprime aucun repentir ou regret, il devient très difficile de faire comme si rien n'a été commis, sous couvert de pardon. Ce serait contraire bien évidemment à la règle de prudence et de précaution en société. Je ne crois pas que ce soit ce vers quoi Jésus nous oriente.

Ceci étant précisé, que nous reste-t-il ? À quoi donc correspond cette demande de pardon, qui nous semble tout de même inconditionnelle, de Jésus ?

Il manifeste une requête, une pétition pressente pour chacun et chacune d'entre nous : celle de ne pas se laisser habiter, dominer et détruire par les idées de vengeance, de haine ou d'amertume dans son cœur. Il s'agit rien de moins que de ne pas régler son comportement sur celui du méchant ou du mal, et par là même se laisser dominer et détruire par son pouvoir. Ne laissons pas au mal la liberté de nous conditionner, de nous décourager, de nous abattre et de nous anéantir. La vie est ainsi faite, que tôt ou tard, nous sommes exposés à des blessures, des offenses qui nous font du mal. Certaines personnes envers lesquelles nous avions beaucoup de confiance nous trahissent. Pour d'autres, il s'agit d'un espoir déçu, d'un amour trompeur. Et puis, nous pouvons d'une manière ou d'une autre tomber victimes de crimes variés.  

Alors, devant ce genre de méfaits, de délits qui peuvent nous arriver, et devant les malfaisances bien plus graves encore qui nous surviennent parfois, une question nous est posée : allons-nous nous laisser manger, dominer par le mal ? Allons-nous accepter que ce mal nous détruise comme par exemple en acceptant de se laisser gagner par l'amertume ? Combien de fois nous devenons malheureux parce que nous ne parvenons plus à surmonter ce genre d'épreuve, en pardonnant et en se pardonnant afin de pouvoir aller de l'avant avec plus de liberté et de dynamisme. Oui, ce pardon nous dit Jésus est inconditionnel. Oui, quelque part, au fond de nos consciences, nous sommes tous libres de faire un choix, celui de devenir amer en entretenant les blessures dont nous sommes victimes, ou en devenant témoins de l'amour qui nous est offert par Jésus qui est au dessus de toutes nos expériences malheureuses qui peuvent survenir. Il en va de notre qualité de fils et de filles de Dieu. C'est Dieu, sa parole, son exemple, la nourriture qu'il nous offre chaque dimanche qui doit devenir la règle de nos comportements et de nos vies.

Ne laissons pas la chance au mal et au malin de prendre cette place.

 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du 6éme dimanche du Temps Ordinaire

Je fais actuellement l'expérience d'assurer des classes de catéchisme à des enfants. Je remarque une chose que les parents et les éducateurs doivent bien connaître, je remarque que les enfants sont en permanence tentés de dire des choses simplement pour se faire remarquer de leurs copains, d'être dissipés, agités, ou de relâcher leur attention. Alors, en permanence, l'adulte doit redire les mêmes choses, sans cesse. Nous appelons cela « recadrer », rappeler le but de leur présence dans la classe, rappeler l'essentiel. Il est nécessaire de protéger les enfants contre eux-mêmes et contre certains de leurs comportements, il est nécessaire de les élever à ce qu'ils peuvent donner de meilleur.

Alors, ne soyons pas naïfs, fiers ou orgueilleux, et ne disons pas trop vite que maintenant nous sommes grands, adultes, et que nous n'avons plus besoin de recadrage de temps en temps dans notre vie. Cela serait vraiment étonnant. Nous vivons tout de même dans une société dans laquelle les moyens de communication sont devenus considérables, et en conséquence, nous sommes en permanence exposés à des forces et des intérêts de toutes sortes. N'est-il pas vrai que la modernité et ses développements contemporains nous exposent toujours plus profondément, plus fortement avec des idéologies, des pratiques et des intérêts des plus variés ? Cette exposition permanente, violente parfois, nous fragilise, nous affecte et nous manipule avant même que nous ayons eu le temps de le réaliser et d'en prendre vraiment conscience. Nous sommes tentés de diverses manières, nous imitons les pratiques et les idées de ce qui se passe autour de nous, de l'entourage, du voisinage, de ce que nous entendons, de ce que nous voyons, avant même d'avoir eu le temps de discerner la qualité, la valeur de ces idées et de ces comportements. On se déchire littéralement autour de nous, dans tous les sens, afin d'obtenir notre attention et notre adhésion. Il suffit d'observer l'actualité pour s'en convaincre. Savons-nous, connaissons-nous la nature et l'intensité des forces qui nous dirigent et parfois nous enchaînent ?

Alors, dans ce contexte, les lectures d'aujourd'hui nous viennent à point nommé. « Heureux qui règle ses pas sur la parole de Dieu. » nous dit le psaume. « Il a été dit aux anciens, mais moi je vous dis », ajoute Jésus dans l'évangile que nous venons d'entendre. Ces lectures nous rappellent combien il est important de revenir régulièrement à la source, et c'est ici toute la valeur ou tout le sens de la prière régulière et de la pratique fréquente, hebdomadaire de l'eucharistie. Il s'agit de nous « recadrer ». Choisir de servir le bon Dieu au travers une relation profonde, régulière marquée par des visites et un dialogue soutenu, par la prière, cela seul nous procure les capacités de nous réorienter en permanence, vers l'essentiel et de ne pas perdre le cap. Cela seul nous permet d'être et de demeurer libres afin de servir le vraiment bien, et de faire en sorte que d'autres intérêts ne choisissent pas à notre place qu’elle doit être l'orientation de nos personnes, de nos efforts et de nos ressources. Plus que jamais, en raison même des multiples expositions qui nous affectent, en permanence, nous avons besoin de cette relation profonde, de cette « fréquentation » régulière avec le Christ.

 

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Comme beaucoup d'entre vous je pense, je possède un compte électronique et je le consulte souvent. Mon compte électronique est gratuit, donc il est financé par des annonces publicitaires qui me sont adressées. Cette semaine, j'ai remarqué une publicité pour un produit tout de même assez curieux. Une association d'aide aux immigrés propose en effet un « kit de dignité » qui n'est rien d'autre qu'une trousse de toilette, dont l'achat nous est proposé afin de l'offrir à des migrants qui en seraient dépourvus.

Alors, il y a là une action dont l'intention est tout à fait louable et je ne la conteste pas. Mais en même temps, il me semble que cette publicité soit assez symptomatique d'un processus dangereux, qui est celui de réduire et d'identifier les concepts les plus nobles de notre vocabulaire à des objets purement, simplement matériels. C'est un processus malheureusement sûrement inévitable dans la société qui est devenue la nôtre. Mais que se passe-t-il après avoir été exposé des dizaines, voire des centaines de fois, même de manière même distraite, à cette association du terme de « dignité » avec la photo d'un peigne et des morceaux de savon ? Et bien je risque de me convaincre moi-même de la réalité de cette association, et je risque de dévaloriser la nature même de ce que représente vraiment la dignité humaine.

(Personnellement, je trouve assez scandaleux d'avoir à payer afin de pouvoir bénéficier d'un compte électronique libre de toute contamination publicitaire. Cela signifie que la liberté, et bien elle se paie dans notre société, et en conséquence, nous ne sommes pas égaux devant la propagande).

Non, la dignité humaine, ce n'est pas un morceau de savon, même s’il peut sans doute un peu y contribuer. La dignité humaine, si on écoute attentivement la logique du discours de Jésus qui nous est proposé aujourd'hui, et bien, elle est liée à la qualité intérieure de nos intentions. Le message de Jésus dans notre évangile est un appel poignant à la profondeur de la pureté et du désintéressement dans nos actions. Nos intentions doivent être profondément pures, respectueuses et désintéressées. Il ne s'agit pas d'offrir pour se donner bonne conscience et de s'affranchir ainsi à bon compte, du don le plus urgent, le plus important qui reste et demeure celui de nos personnes, de notre temps et de nos énergies. Il est regrettable de réduire le don précieux de l'amitié, de la présence, du désintéressement à quelques objets que l'on pourrait acheter et offrir, et qui ne peuvent n'être au mieux que le signe de celui-ci.

Puis-je vous proposer de risquer la composition d'un nouveau paragraphe dans l'évangile qui nous a été proposé ? « Il a été dit, vous avez entendu, que la dignité humaine était identifiée, associée à une trousse de toilette, et bien moi je vous dis que... » Tentons donc maintenant, dans un moment de silence, chacun à sa manière, d'imaginer et de formuler la réponse à laquelle nous oriente la personne de Jésus...

 

 

Pascal Durand M. Afr

 

Homélie 5ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

« Vous êtes le sel de la terre ! ». Est-ce donc aujourd'hui un évangile pour cuisiniers et pour cuisinières ? Je ne suis pas très loin de le penser. Preuve en est que c'est dans un petit et humble village d'Afrique, auprès de cuisinières domestiques dévouées, mais pour la plupart illettrées, qui venaient d'entendre ce texte, et qui étaient invitées à partager entre elles à son sujet, que j'ai compris quelque chose que j'étais loin de m'imaginer. Une des femmes se mit à sourire dans son coin, et après que l'on l'y priait, elle s'expliqua.

 

« Vous savez », dit-elle, « la cuisine je connais. Je la fais tous les jours, et je suis parfois sollicitée pour des repas festifs. Et bien voici ce que j'ai remarqué : lorsque les gens sont satisfaits, souvent ils le disent et ils expriment leur gratitude. Soit au sujet de la qualité des mets, soit au sujet des talents de la cuisinière. Mais jamais au sujet de la qualité du sel ! Je n'ai jamais entendu qui que ce soit dire : « Félicitations madame, votre sel est excellent » mais plutôt quelque chose comme : « votre viande est bien tendre ». Mais voilà aussi ce qui survient parfois: il suffit que le sel vienne à manquer, aussitôt les convives le remarquent et se plaignent de son absence. Il est probable que tout le reste est gâché, même si les mets sont de bonne qualité et que la cuisinière est talentueuse, tout est oublié parce qu'il n'y a pas de sel ! ».

 

C'est dans la nature donc du sel que de ne recevoir que des reproches, en particulier lorsqu'il est absent, et sans doute jamais de gratitude, de compliment ni de louange. Alors, cette parole de Jésus : « si le sel se dénature... » que vient-elle nous dire ? Sans doute peut-elle nous dire qu'il n'est pas dans la nature de la vie chrétienne authentique de rechercher les honneurs, les compliments, les remerciements, la gratitude, les récompenses, et si les chrétiens n'en reçoivent pas, il n'y a pas matière à s'en inquiéter ! C'est bien dans l'ordre des choses ! Sans doute, cette parole peut-elle nous dire également qu'il ne faut pas s'alarmer lorsque le chrétien reçoit des reproches, et que son absence peut gâcher le tout très facilement ! Encore une fois, cela semble être dans la nature des choses !

 

Sans doute Jésus est-il prudent en employant une image, une parabole. Aurait-il exprimé trop directement ces réalités, je ne suis pas assuré qu'il aurait eu autant de disciples ! Il aurait probablement fait fuir tout le monde, car ce n'est pas le genre de message qu'il nous est facile d'entendre. Jésus nous demande de ne pas attendre de récompense en retour de nos efforts de témoignages et de services que l'on pourrait rendre en tant que chrétien ! Jésus ne fait pas de belles promesses. Il y a un côté ingrat auquel il nous faut nous préparer.

 

Donner sans attendre de retour. Chacun et chacune d'entre nous est appelé à servir ses proches, à commencer par les plus proches de ses proches. Chacun, chacune d'entre nous, d'une manière ou d'une autre est appelé à servir, selon les talents et les dons mêmes qu'il ou elle aura reçus en premier lieu, selon les besoins de l'église et de la société. « partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable », nous dit simplement la première lecture, tirée du prophète Isaïe.

 

Donner sans attendre de retour est un message qui revient souvent dans l'enseignement et la vie de Jésus. Et c'est Jésus seul qui peut nous permettre d'accomplir cette parole, et c'est pourquoi il s'offre à nous chaque dimanche.

 

C'est la présence et la puissance de Jésus dans nos cœurs qui déjà est notre récompense. Demandons dans l'humilité de le comprendre et de le vivre.

 

 

 

Pascal Durand M. Afr.

 

 

Homélie 4ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

Puisqu'on entend parler beaucoup de politique ces temps-ci, alors, nous pourrions présenter l'évangile d'aujourd'hui comme un programme politique, une « profession de foi », celle de Jésus, celle qu'il a composé au début de sa prédication, de son ministère. Au travers ces quelques versets simples, ramassés, nous avons tout le projet de Jésus pour l'humanité et pour chacun et chacune d'entre nous. Nous avons ici ce pour quoi il milite, tout le programme qui va être déployé par la suite. Comment être heureux ? Comment le rester ?

 

C'est le genre de message qui vient répondre aux grandes questions de l'existence, les questions que toute personne ne peut manquer de se poser à un moment ou à un autre au cours de sa vie. C'est tellement vrai, que ce texte reste fréquemment utilisé à des moments cruciaux de la vie. L'an dernier, en 2016, par exemple, il m'a été demandé de méditer deux fois ce texte : la première fois à l'occasion d'un mariage, et la deuxième fois à l'occasion de funérailles.

 

Alors, que nous dit ce texte ? Les béatitudes sont en premier lieu des 'attitudes d'être', selon ce que nous pourrions comprendre en anglais : « Be Attitudes ». Il nous dit ce dont il faut nous rappeler sans cesse, tant il est facile de l'oublier : le bonheur n'est pas tant à chercher dans l'avoir et le faire, mais bien plutôt dans les qualités de l'être ('to be').

 

La vie moderne, contemporaine très fréquemment se décline en termes de projets pour l'avenir. Faire des projets, se préparer, se projeter dans des activités à réaliser dans le futur ou des biens à acquérir semble une préoccupation dominante. Que vais-je faire cette fin de semaine ? Quel pays vais-je « faire » pendant mes vacances cet été ? (remarquez le message qui est porté par ce fréquent abus de langage : peut-on faire un pays?) Que vais-je acheter ? La vie d'une entreprise, de toute institution, et même d'une paroisse semble vouée au déclin si l'on n'établit pas un programme d'activités ambitieux. Et les personnes que nous sommes, et bien nous pouvons être pris dans cette dynamique d'activisme, et ceci d'autant plus facilement qu'il s'établit des rivalités, des compétitions entre les institutions d'un même type, ou simplement entre voisins. C'est une bonne chose que d'avoir et de faire des projets, mais à une condition, à la condition que ce ne soit pas au prix de la qualité de nos personnes.

 

Alors aujourd'hui, Jésus nous propose d'avoir des projets ambitieux, mais pour nous-mêmes, pour améliorer la qualité de nos êtres mêmes. Est-ce que je perçois et comprends combien il est primordial d'être humble, doux, compatissant, juste, miséricordieux, pur et serein ? Cela n'est-il pas plus urgent, plus important, tout en étant plus accessible, que d'aller à la plage ou à la montagne, ou que d'acquérir une maison ou une voiture ? Sans doute cela n'apparaît pas si glorieux. Il est facile, aisé de parler de nos vacances ou de nos achats à nos voisins, mais peut-on vraiment engager un sujet de conversation sur la douceur ou la miséricorde ? Ce n'est pas vraiment la mode, l'usage, l'habitude. Mais c'est que l'un ne doit pas détourner notre attention de l'autre. La difficulté de notre société me semble être un peu comme ce que l'on peut observer parfois chez les enfants lorsqu'ils reçoivent des cadeaux. Pendant un premier temps, il est facile de les voir si concentrés sur l'objet offert, au point d'être comme éblouis, aveuglés et d'en oublier leur donateur. D'une manière un peu similaire, les biens et les activités dont nous pouvons bénéficier ne devraient pas tant détourner notre attention sur un plus grand bien encore, qui est celui de nos personnes, et sur la qualité de nos relations que nous entretenons les uns avec les autres, et avec Dieu.

 

Une recherche menée au Mexique nous explique aujourd'hui de manière détaillée ce dont nous devinions depuis longtemps : plus les personnes accèdent à la richesse, aux biens matériels de notre planète, plus ils tendent à ne se retrouver qu'entre eux, qu'entre personnes qui bénéficient du même niveau de richesse, en verrouillant ou en se coupant du reste de la société, et en particulier des personnes plus modestes ou plus démunies. Les personnes riches tendent à ne se retrouver que dans leur propres réseaux ou clubs. L'enjeu est celui de sauvegarder leurs privilèges. Les biens deviennent si importants qu'ils en viennent à affecter la qualité des relations avec les autres, avec tous les autres.

 

Ce que nous propose et nous demande Jésus aujourd'hui est exactement l'inverse de ce processus. Cela n'est ni aisé, ni à la mode. Mais au-delà de son enseignement, Jésus est le modèle qu'il nous est proposé de suivre. Mais c'est justement parce que c'est difficile que nous nous retrouvons aujourd'hui comme chaque dimanche, autour de la personne de Jésus. Qu'il continue de grandir en nos cœurs et qu'il continue de nous encourager afin que nous recevions la force et l'inspiration dont nous aurons toujours besoin afin de grandir dans nos qualités d'être. 

 

 

 

Pascal Durand M. Afr.

 

Dimanche 15 janvier 2017-2e dim tps ord

 

1ère lecture : « Je ferai de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 3.5-6)

Psaume : Ps 39 (40)

2ème lecture : « À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ » (1 Co 1, 1-3)

Évangile : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29-34)

 

« Voici l’Agneau de Dieu »

 

D


ans le monde oriental, un image est bien plus parlante qu’un concept. Encore une fois, cela se prouve avec cette magnifique affirmation de Jean Baptiste au sujet de Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». En un seul regard et en une seule phrase, tout est dit : le seule raison de la venue de Jésus sur la terre, c’est notre salut éternel. Jésus vient nous sauver, nous donner l’éternité en se faisant un Agneau offert en partage. Nous le disons dans le Credo : « Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendu du Ciel ».

Il est impossible de comprendre la nécessité d’un Agneau divin qui se sacrifie pour l’humanité, si nous ne revenons pas à la réalité de l’homme qui s’est coupé de Dieu à l’origine. Au début l’homme a dit non à Dieu. Cette rébellion a été si forte, que l’homme s’est retrouvé séparé de Dieu. Nous sommes les enfants de ces premiers hommes qui se sont rebellés. Dieu a choisi le peuple d’Israël pour renouer une alliance avec lui. C’est dans ce peuple que Dieu envoie son Fils. Et ce Fils apparaît comme l’Agneau. Que de significations dans cette image !

Bien sûr nous y voyons la douceur de l’agneau : le Christ se présentera lui-même comme « doux et humble de cœur ».

Pensons aussi à l’obéissance, à la docilité : Jésus cherche en toute chose à accomplir la volonté de son Père. C’est avec détermination, assurance qu’il réalise la volonté de salut du Père.

Puis c’est plus fortement aussi toute la symbolique juive : il y a bien sûr l’évocation de l’agneau pascal (qorbân Pessah), rôti et mangé à la hâte, avec des pains sans levain et des herbes amères, dans la tenue de voyage, symbole pour les juifs de leur libération de l’esclavage d’Égypte. D’autre part, le sang de l’agneau est aussi le signe qui épargne les juifs du fléau de l’extermination : le sang de l’agneau les sauve de la mort ! La chair de l’agneau enfin est partagée en un repas signe de communion entre eux. Pour les juifs, l’Agneau est donc symbole de libération, de salut, et de communion c'est-à-dire d’amour.

Il faut faire mémoire aussi de la prophétie d’Isaïe sur « l’agneau muet conduit à l’abattoir » pour bien voir dans cet homme qui vient de recevoir le baptême le Messie annoncé par toutes les prophéties, Jean-Baptiste étant lui-même le dernier des prophètes.

Voilà le choix le plus merveilleux que Dieu a fait pour se révéler aux hommes et les sauver du péché : se présenter non comme un « Deus ex machina » mais comme un « Agneau ».

Puissions-nous découvrir combien nous aussi dans notre propre histoire, Dieu vient nous sauver du péché, comme un Agneau, avec douceur, détermination, sacrifice et amour...

 

 

P. Alexis de Brébisson

Dimanche 8 janvier 2017-Epiphanie

 

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ans les années 1910, c'est à dire il y a tout juste 100 ans, dans notre région, les trois quarts de la population de nos villages pouvait faire 15 à 20 kilomètres, (pour la plupart à pied), afin d'aller voir de près les tout premiers modèles d'avions qui venaient pour des démonstrations. Nous pouvons tenter de nous imaginer ce que cela pouvait représenter de voir toute une population se mettre en marche afin d'assouvir sa curiosité, dans le but de voir ce miracle qu'est un engin volant. Les premiers avions ont exercés une fascination énorme dont nous n'avons plus conscience. L'arrivée de la technique a bouleversé la vie quotidienne de nos anciens.  Aujourd'hui nous ne prêtons plus attention aux bruits d'engins aériens. Dans notre temps, dans notre époque, nous ne sommes plus séduits ou fascinés de cette manière par les avions, ils font partie du paysage. Plus encore, je crois qu'il devient même malaisé d'identifier ce qui pourrait nous faire bouger et faire bouger nos contemporains, en grand nombre, ensemble. Je crois que si les sciences et les techniques fascinent encore, ils ne le font que de moins en moins efficacement. Nous sommes un peu désabusés.  Alors, quelles sont les étoiles que nous sommes encore capable de suivre ? Quels sont les grands désirs qui nous habitent, ceux qui peuvent encore mobiliser nos forces, nous déplacer et nous faire travailler ensemble ? Que recherchons-nous ? Que désirons-nous vraiment ? Il me semble qu'une certaine modernité nous trompe. Il est commun d'être séduit par le spectaculaire des prouesses des sciences et des techniques. Voler dans le ciel, marcher sur la lune, voir le visage de celui avec qui on communique à des milliers de kilomètres. Mais les sciences et les techniques peuvent être utilisées pour le meilleur et pour le pire, nous ne le savons que trop bien. Il n'est pas certain qu'elles contribuent globalement à l'avancement moral de l'humanité. Loin s'en faut. Comme le dit l'adage, science sans conscience n'est que ruine de l'âme, et même de l'humanité. C'est ce que nous rappelle je pense l'histoire émouvante des mages que nous venons d'entendre dans les évangiles. Les mages proviennent selon la tradition des quatre coins de la planète, et ils font des milliers de kilomètres. Mais ils ne voyagent pas pour contempler le magnifique édifice du Temple de Jérusalem et les nombreuses autres constructions grandioses fraîchement construites par le roi Hérode. Ils ne se présentent pas en touristes, en consommateurs de sites et d'images. Ils ne sont pas de simples curieux. Au lieu de cela, ils viennent s'émerveiller devant un enfant nouveau-né, car ils ont perçu que cet enfant, seul, avait les qualités requises pour construire et édifier la société vers plus d'humanité. C'est lui, Jésus, plutôt que le roi Hérode et ses réalisations (qui sont autant de prouesses techniques pour son époque) qu'ils sont venus voir, reconnaître, et même servir, puisqu'ils se prosternent devant lui et lui offrent des présents. Épiphanie signifie manifestation, révélation. Le véritable progrès de l'humanité n'est pas manifesté, rendu visible, efficace, par les grandes constructions, ni par des engins volants que l'on nomme avions, mais par le mystère même de la vie, cachée dans un enfant nouveau-né, et par la sagesse que déploie Jésus dans ses enseignements et par toute sa vie.  Alors, cette histoire qui s'adresse à toute l'humanité nous interpelle encore, et plus que jamais. Elle nous invite à une conversion profonde de la manière avec laquelle nous nous investissons dans notre monde. Soyons capables de discerner ce qui mérite vraiment notre attention, notre mobilisation, notre investissement. Il est si facile de se laisser séduire par des bagatelles et des futilités ! Demandons à ce que la personne de Jésus continue de nous mobiliser et de mobiliser nos contemporains. Que nous soyons toujours prêts à marcher, à nous déplacer, à voyager afin de le rencontrer, de le reconnaître et de le servir, comme par exemple le dimanche à l'église, ou bien au travers une méditation sérieuse, profonde, continue de ses enseignements, ou par le service aux frères. Soyons prêts à offrir de notre temps, de nos biens et de nos énergies à le servir et à l'aimer à la suite de l'exemple des mages.

Pascal Durand M. Afr. 

Homélie de la Nuit de Noël

Isaïe 9, 1-6: ''Un enfant nous est né.''

Psaume 95: ''Aujourd'hui un Sauveur nous est né: c'est le Christ, le Seigneur.''

Tite 2, 11-14: ''La grâce de Dieu s'est manifestée pour tous les hommes.''

Luc 2, 1-14: ''Aujourd'hui vous est né un Sauveur.''

 

Aujourd'hui, en cette nuit de Noël, nous célébrons d'abord la naissance d'un enfant. Un enfant tout comme les autres, un enfant ordinaire, et c'est pourquoi sans doute, nous pensons souvent en premier lieu à nos familles pendant ce temps. A travers Jésus nouveau-né, nous appelons la bénédiction pour nos familles et pour nos enfants.

Un enfant tout comme les autres, comme celui que chacun de nous aura été. Les enfants sont souvent attendus avec impatience par leurs parents. Ils apportent la joie et le bonheur. Mais en même temps, parfois, ils peuvent bousculer, déranger, donner du souci et des inquiétudes. Il s'agit pour ceux qui le reçoivent, de s'ajuster, d’agrandir leurs cœurs afin de pouvoir l'accueillir et de l'aimer comme il se doit, de la manière dont l'enfant le mérite.

De la même manière, Jésus était un enfant attendu avec grande espérance, avec un désir immense porté par tout un peuple, mais en même temps, un enfant qui s'invite avant que les siens ne soient vraiment prêts à le recevoir, puisqu'il n'a même pas de maison à l'intérieur de laquelle il peut naître. Un enfant qui dérange, qui bouscule et qui doit donner de l'inquiétude à ses parents et à ses proches.

Il s'agit d'un grand paradoxe que nous commémorons aujourd'hui. Tout le peuple était porté vers l'espérance d'un sauveur, d'un messie, d'un chef qui pourra le libérer des mains des oppresseurs. Pourtant, lorsque celui-ci surgit, il n'est que bien piètrement, bien pauvrement reconnu et accueilli. Jésus vient bousculer et déranger les attentes de tout un peuple, qui sont aussi finalement les nôtres, nos attentes, nos désirs, nos espérances.

Récemment, j'ai été porté a rappeler la différence qui existe entre les sciences et la sagesse. Les sciences sont cumulatives : une fois que l'on a compris comment construire et conduire une automobile, cette connaissance reste, et peut facilement être transmise de génération en génération. Mais pour ce qui concerne la sagesse, la conscience, l’éthique : le défi est entier pour chaque génération, et même pour chaque enfant. Il faut tout expliquer de nouveau, tout recommencer. Rien n'est jamais gagné d'avance, pour le meilleur et pour le pire, et les parents le savent bien.

Fabrice Hadjadj a ces quelques mots au sujet de la naissance d'un enfant : ''Chaque naissance fait du passé table rase et tend vers un lendemain qui chante. Tout peut être bouleversé à partir de là. L'histoire familiale peut prendre un autre chemin : le poète peut donner le jour à un épicier, le révolutionnaire maoïste, à un catholique romain. Si avancé que nous soyons dans le temps, un nouveau-né nous fait revenir à l'aube de l'humanité.'' C'est pour cela que la naissance d'un enfant nous affirme aussi dans l'espérance. Tout redevient possible, on ne peut présumer d'avance de ce que sera sa vie, son œuvre.

Il me semble que c'est ce qui ce sera passé avec la naissance de Jésus. Non pas un bouleversement pour une famille seulement, mais pour tout un peuple et pour toute l'humanité. C'est tout un peuple qui fait en quelque sorte table rase, c'est toute l'humanité qui connaît ainsi une aube nouvelle avec la naissance de Jésus. Puisqu'il s'agit d'un roi, un royaume tout autre de ceux que l'on connaissait jusqu'alors se prépare et continue de se préparer. De grands bouleversements sont initiés.

 

Mais comment s'y prendre pour reconnaître ce roi et entrer dans son royaume ?

L'évangile que nous venons de lire ne laisse pas de place à l'ambiguïté : les premiers qui auront su reconnaître ce qui s'est passé ne sont pas les grands prêtres ni les anciens du peuple avec leurs livres et leurs sagesses déjà millénaires. Ce ne sont pas les ''experts'' des temps qui nous concernent qui nous donnent la clé et qui nous permettent ainsi de ''décrypter'' ce qui se passe, et surtout d'entrer dans le mystère. Non, ceux qui nous permettent de percer le mystère sont les bergers.

C'est le même évangéliste Luc qui proclamera quelques chapitres plus tard dans son évangile : ''Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange, ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté'' (Luc 10,21)

Entre les 8 ou 10 kilomètres qui séparent le Temple de Jérusalem et le champs des bergers de Bethléem, se trouve toute la distance hautement symbolique entre ce qui se passe dans un ''centre'', une capitale d'état et dans ''les périphéries'', pour reprendre un terme cher à notre pape François. Les périphéries, ce sont les ''quartiers'', les ''zones'' que nous connaissons peut-être, les endroits délaissés. Cette distance est aujourd'hui aggravée par la cicatrice ouverte et scandaleuse d'un mur qui laisse les personnes inévitablement soit du bon côté, soit du mauvais côté.

Les bergers sont de l'autre côté, du mauvais côté. Et qui plus est, ils sont dehors, et il fait nuit. Il ne fait pas particulièrement chaud. Ils veillent.

Et ce sont eux qui les premiers entendent et comprennent quelque chose de l'incroyable événement qui se passe. Les autres dorment, ou bien s'occupent de leurs richesses ou de leurs biens, ou bien peut-être sont-ils accaparés à l'étude et à l'organisation de leurs institutions.

Bref, ils n'ont pas le temps pour écouter !

Comment pourraient-ils encore voir les anges ? Comment pourraient-ils encore s’émerveiller à la mélodie de la joie qui habite tout de même notre monde, et qui illumine tant de visages ?

De la même manière que Saint Vincent de Paul nous disait que les ''pauvres sont nos maîtres'', l'évangile nous dit aujourd'hui que les bergers sont nos guides car ce sont eux qui nous permettent de voir et d'entendre. Mais pour les rejoindre, il faut accepter de les suivre tant soit peu, de l'autre côté du mur, ou des murs qui sont les nôtres. Il nous faut accepter de veiller la nuit ou accepter de rester dehors, à écouter, lorsque tout le monde a bien autre chose de plus intéressant à faire.

Nous, nous sommes ici, et nous avons accepté cette démarche pour aujourd'hui. Mais qu'en sera-t-il pour demain ? Combien de temps durera Noël dans nos cœurs, et pourquoi pas le faire durer ?

Après tout, les bergers ne veillaient pas une nuit ou deux nuits par an, mais c'était pour eux une habitude…

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du jour de Noël

1. Isaïe 52, 7-10 : Le Seigneur a consolé son peuple.

2. Psaume 97 : La terre entière a vu le Sauveur que Dieu nous donne.

3. Hébreux 1, 1-6 : Dieu nous a parlé par son Fils.

4. Jean 1, 1-18 : Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous.

 

Un jour, lorsque je travaillais dans des villages de campagnes en Tanzanie, il m'a été donné d'écouter les explications d'un catéchiste bien modeste, mais très dévoué, au sujet du mystère de l'incarnation. Écoutons donc les explications, non pas d'un expert, mais d'un pauvre pasteur, de quelqu'un de la périphérie, quelqu'un qui se situe de l'autre coté !

Il proposait à ces auditeurs cette parabole : imaginez-vous que l'un d'entre vous ait perdu un mouton, que fera-t-il spontanément : il partira à sa recherche, sans doute. Et comment le fera-t-il ? Même sans y penser, il ira dans les lieux les plus cachés afin de tenter de le dénicher, et peut-être, comme cela arrive fréquemment, imitera-t-il le cri du mouton afin de le séduire, de le conduire à relever la tête, à se lever et finalement, à le retrouver et le ramener à la maison. Il est fort possible que le mouton sera plus sensible au cri d'un des siens, même lorsque celui-ci est imité, plutôt qu'au cri de quelqu'un qui lui est et qui lui reste un étranger. Ainsi le bon berger se fait tant soit peu mouton afin de retrouver le mouton et de le ramener à la place qui lui appartient.

A sa propre mesure, me semble-t-il, ce brave catéchiste avait compris l'essentiel de l'aventure de l'incarnation. Dieu, le Verbe, se fait chair parmi nous afin de venir nous chercher. Dieu se propose de participer totalement à l'aventure humaine afin que nous puissions participer à notre tour, à la vie divine. Il faut bien comprendre que lorsque nous lisons ces quelques mots « le verbe s'est fait chair », il ne s'agit pas pour Dieu d'imiter, de faire semblant de devenir homme comme le berger imite le mouton afin de le ramener au bercail. Il s'agit du fait que Dieu devienne réellement homme, quelque chose qui est tout à fait aussi impossible que pour un berger de devenir mouton. Dieu devient homme afin de nous reconduire au bercail, et il s'agit désormais pour nous, de reconnaître sa voix afin de le suivre.

C'est un mystère vertigineux, Dieu qui se fait homme c'est un scandale, une pierre d'achoppement pour beaucoup qui ne peuvent accepter tant c'est irrationnel, une contradiction dans les termes mêmes. S'il est totalement impossible pour un homme de devenir mouton, comment pouvons nous avoir la prétention de dire que Dieu puisse devenir homme ? Mais voilà, notre Dieu est tellement tout-puissant qu'il peut aussi dépasser les limites de notre pauvre raison. Saint Thomas d'Aquin disait que « la miséricorde est le propre de Dieu dont la toute-puissance consiste justement à faire miséricorde », et faire miséricorde par les moyens qui lui plaisent et lui conviennent. Dieu peut dépasser les limites, qui à nous, nous sont imposées. Dieu peut dépasser ces limites puisqu'il est Dieu, puisqu'il est tout-puissant !

Les bergers, justement les exclus des lieux et des temps de la naissance de Jésus seront les premiers à comprendre ce qui se passe et à reconnaître le sauveur. Ils nous redisent aujourd'hui qu'un sauveur nous est né. Joie pour tout le peuple. Gloire à Dieu au plus haut des cieux. Paix sur la terre. Nous, les hommes et femmes de ce monde, nous sommes les aimés de Dieu. Dieu ne nous laisse pas seul. Il vient nous chercher. Il nous indique un chemin, il s'agit de rencontrer, de connaître et de suivre Jésus qui nous donne la pleine réalisation de ce qu'est Dieu. C'est une invitation pour chacun et chacune d'entre nous, où que nous soyons. Nous y sommes tous et toutes invités à la suite de Jésus.

Pour terminer, j'aimerais reprendre les mots d'un auteur connu: ''Le Christ n'attend pas que le monde soit saint pour venir à lui''. ''La joie n'attend pas que nous soyons déjà joyeux, Jésus n'attend pas que le monde soit parfait pour venir, il vient, et il ne demande qu'une seule chose : non pas que nous méritions sa venue, sans quoi ce ne serait pas une grâce, mais une fois qu'il est venu, que nous reconnaissions notre perte, notre tristesse, c'est-à-dire nos petits plaisirs laborieux et mesquins, afin que nous puissions nous en arracher et nous ouvrir à sa joie.''

Nous arracher de nos servitudes et de nos petits plaisirs laborieux et mesquins, des conforts et des conformismes qui sont souvent les nôtres pour nous ouvrir à la joie et à la grâce de Dieu : puisse cela être notre prière, notre chemin ouvert lors de cette période de Noël.

Puisse cela être aussi germe d'espérance pour notre monde d'aujourd'hui et de demain.

 

 

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du 4ème dimanche de l’Avent

L'évangile de Matthieu nous décrit un songe dans lequel «l'ange du Seigneur» apparut à Joseph. Il était temps, car les choses prenaient une tournure pour le moins compliquée pour ce pauvre Joseph. Voici qu'il avait pris pour fiancée une jeune fille nommée Marie, et voilà qu'avant même le mariage et la vie commune, celle-ci se trouve enceinte. C'est une situation embarrassante. Joseph avait des plans, des projets pour sa vie. Il avait envisagé de la partager avec une jeune femme nommée Marie qui avait tout pour plaire, tout pour rendre heureux. Et puis les circonstances, les événements le bousculent, l'obligent à remettre en question tous ses projets. L'évangile souligne que Joseph était un homme juste, et c'est cette justice sans doute qui l'amène à faire ce qui doit être fait afin de rester respectable dans son environnement, dans l'entourage de son époque: renvoyer sa fiancée puisqu'elle se retrouve enceinte sans qu'il puisse comprendre comment. Il y a une loi, et la loi doit être appliquée, et Joseph s'apprête donc à le faire, en détruisant ainsi tous les projets qu'il avait en ce qui concerne sa vie et son union avec Marie.

Mais voici que maintenant, un message, une parole se manifeste et Joseph il ne peut se défaire de cette parole « ne crains pas de prendre Marie ton épouse ». Nous savons comment l'intervention de l'ange du Seigneur donnera finalement raison à Marie devant Joseph. L'ange du Seigneur demande à Joseph d'accueillir Marie de manière permanente et définitive par le mariage. Cette parole (de l'ange) va remettre en cause une nouvelle fois les décisions que Joseph avait prise dans son cœur. Cette parole le bouscule, le bouleverse. Ces paroles renversent son projet, son dernier projet qu'il croyait devoir accomplir, son projet de renvoi de sa fiancée chez ses parents. Finalement, c'est cette parole qui va le lier une nouvelle fois avec son épouse Marie.

Dans ce contexte, les mots de la première lecture peuvent nous être éclairés : Isaïe reçoit une prophétie adressée au roi Acaz : « Demande pour toi un signe venant du Seigneur ton Dieu ! », et Acaz répondit « non je n'en demanderai pas ! » Là dessus, le prophète Isaïe se fâche et dit à peu près ceci : « Tu me fatigues, et bien écoute, que tu le veuilles ou non, tu recevras un signe ! Voici, la vierge va enfanter un fils ».

Peut-être le roi Acaz était-il un peu comme Joseph : il avait des projets, il avait pris des décisions. Sans doute ne désirait-il pas les remettre en cause, ce serait comme revenir en arrière. Il ne veut pas remettre son projet sur le tapis. Il est plutôt impatient dans la mise en œuvre. Le roi Acaz ne veut pas de débat, il applique son 49.3 afin de passer à l'action sans plus de retard et en guise d'explication il exprime à peu près ceci : « Que le Seigneur me laisse tranquille ! »

« Notre Père qui est aux cieux » dit-on, ce qui fait poursuivre certains qui pensent être malins : « restes-y ! » En effet, il peut être dangereux pour nos ambitions, pour nos projets, de demander une parole, une prophétie, de comprendre un peu plus concrètement et précisément ce qu'est la volonté de Dieu. Cela risque de tout chambouler ! Le roi Acaz ne voulait pas prendre un tel risque. Et c'est là que nous pouvons peut-être percevoir toute l'humilité et le courage de Joseph qui lui, a accepté de recevoir la parole et d'agir en fonction de ce qu'il comprenait comme la volonté de Dieu. Il a accepté de se laisser façonner, et de remettre en cause ses décisions et de transformer sa vie à la lumière de la parole de Dieu, qu'il nous est demandé de recevoir avec foi.

Frères et sœurs nous sommes à quelques jours de Noël, et nous nous préparons à la célébration que nous voulons belle et réussie. Mais Jésus ne renaîtra de nouveau dans nos cœurs, dans nos vies et dans notre monde qu'à la mesure même, avec laquelle nous allons être prêts à prendre au sérieux la parole de Dieu et d'agir en conséquence. Pour cela, il est nécessaire sans doute de se laisser bousculer. Laisser la place au risque, en demandant une foi plus grande. Dieu désire agir, mais il n'agira pas sans nous et cela peut perturber nos plans, nos projets. Saint Joseph nous est donné en exemple d'un homme qui a pris au sérieux la parole et qui a eu la foi et le courage de l'accomplir. Et c'est la parole qui le lie finalement avec Marie.

Noël est souvent perçu, annoncé comme la fête de la paix. La naissance de Jésus est une grande nouvelle de paix et de joie. Il est malheureusement visible que la paix n'habite pas encore tous les pays, tous les ménages, toutes les personnes. Lorsque l'on demandait à Mère Teresa pourquoi il y avait tant de violences et de guerres dans le monde, elle faisait cette simple réponse : « c'est parce que nous ne nous appartenons pas les uns les autres ».

La parole de Dieu au travers le songe que Joseph aura fait, dit à Joseph qu'il appartient à Marie et que Marie lui appartient. Ils sont liés. Et Joseph agit en conséquence. De la même manière, la promesse qui nous est faite de recevoir Jésus, le sauveur, naître dans notre monde est pour nous redire que chacun de nous reçoit la même dignité, le même prix et que nous nous appartenons les uns les autres. Nous sommes liés ensemble par le Verbe fait chair, par la parole, et si nous recevons Jésus, avec lui nous est donnée la responsabilité de prendre soin les uns des autres. Dans quelle mesure allons-nous accepter de nous laisser lier ensemble par la parole de Dieu ? La réception de la parole dans nos cœurs changera-t-elle quelque chose ? En fait, c'est à nous, à chacun de nous de décider n'est-ce pas ? 

 

Pascal Durand M. Afr. 

Homélie du 3e dimanche de l’Avent

I


l est probable que nous avons tous fait l'expérience d'être trompés, trahis. Un jour où l'autre,
 nous avons été confronté à des gens qui nous ont menti. Peut-être même que nous-mêmes, nous n'avons pas toujours été à la hauteur de nos promesses. Lorsque cela survient dans nos vies, que se passe-t-il ? Une des conséquences manifeste, se trouve dans le fait que je perds alors ma capacité à m'engager dans une relation approfondie avec cette personne dont j'ai la certitude ou la conviction qu'elle m'a trompée. Je perds automatiquement le désir de construire quoi que ce soit avec elle. Je prends de la distance. Cette personne, cette relation perd de son importance, je la minimise. Dans le système des réseaux sociaux, il existe une option pour éliminer telle personne ou telle institution du cercle de mes amis. Ce n'est qu'avec ceux dont je peux avoir confiance, ceux dont j'ai la conviction qu'ils me disent la vérité que je puis m'engager, nouer une relation profonde, durable, solide et construire quoi que ce soit.

Jean le baptiste aujourd'hui pose une question qui manifeste, qui révèle quelque part un doute : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre » ? Oui, la nature salvatrice de Jésus est quelque part remise en question. C'est que la présence de Jésus ne résout pas tous les problèmes. La violence, l'emprisonnement, le déni de justice subsiste dans la vie même de Jean le Baptiste : comment cela peut-il être alors que Jésus, le sauveur est déjà l’œuvre ? L'expérience personnelle de Jean le baptiste semble contredire ce que Jésus prêche. N'oublions pas qu'il est en prison pour des raisons tout à fait scandaleuses. N'est-ce pas là une question que nous pouvons entendre souvent : comment Dieu peut-il exister alors que tout le mal, toute la souffrance existe dans notre monde, peut-être dans notre vie ? Jean le Baptiste se posait la même question : comment puis-je faire confiance à la nature messianique, salvatrice de Jésus alors même que je vais être mis à mort dans des conditions injustes et scandaleuses ? Pourquoi Jésus ne fait-il rien à mon sujet ? Si la venue du Messie devait rétablir la justice, alors, pourquoi le malheur est-il tombé sur moi ?

Jésus répond tout à fait simplement à cette objection de son cousin Jean le Baptiste : « allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres ». Le ministère de Jésus est décrit, il guérit, prêche et enseigne. L'église nous rapporte ces paroles comme une réponse à une promesse faite plusieurs centaines d'années avant la venue de Jésus, au travers les paroles du prophète Isaïe que nous avons écouté en première lecture. Regardez et voyez autour de vous : Dieu nous avait promis quelque chose, et cela même qu'il avait promis se réalise maintenant, sous vos yeux ! Il nous est proposé de le comprendre et de le croire. La promesse se réalise, elle est en train de se faire, mais elle n'est pas terminée, achevée. Ce qui importe surtout, c'est que nous pouvons faire confiance à Jésus ! Nous pouvons construire avec lui ! Nous pouvons nous engager et approfondir notre relation avec Lui ! Il ne nous trompe pas, il ne nous ment pas !

La première lecture, qui se réalise dans le ministère de Jésus nous invite à une explosion de joie : ce dimanche est parfois nommé le dimanche de la joie, si chère à notre pape François. Dieu réalise sa promesse ! Nous pouvons lui faire confiance ! Il ne nous trompe pas ! Dans la personne de Jésus, nous trouvons quelque chose de solide, sur lequel nous pouvons construire !

Alors, notez bien que le ministère de Jésus qui réalise la promesse qui a été faite par le prophète Isaïe et par les autres prophètes de l'Ancien Testament ne résout pas tous les problèmes, loin s'en faut ! Jean le Baptiste n'est pas libéré de sa prison, sa situation personnelle ne s'arrange pas et bientôt sa tête va être coupée dans un déni flagrant de justice. Il y a quelque chose d'incomplet. Le travail n'est pas terminé. Ce n'est pas fini, plutôt il reste beaucoup à faire.

Et c'est ici qu'il nous est demandé de retrouver toute la couleur, toute la saveur du temps de l'avent qui est à la fois un temps où nous nous rappelons comment les promesses annoncées par les anciens prophètes se sont suffisamment réalisées pour que l'on reconnaisse Jésus, pour que l'on croie en Lui, mais aussi, et en même temps, le temps de l'avent est un temps d'attente. Nous attendons la pleine et définitive réalisation des promesses, qui auront lieu lors du retour du Christ à la fin des temps. Notre attente n'est pas vaine et soyons patients, nous recommande la deuxième lecture. Mais cette attente ne signifie pas se croiser les bras, cette deuxième venue de Jésus dans la gloire, nous sommes en mesure de la hâter par nos efforts, nos purifications, nos préparations.

Ce temps de l'avent nous invite donc à redécouvrir combien nous sommes comme coincés entre la première et la deuxième venue du Christ. Et entre ces deux venues, il y a la présence cachée et mystérieuse de Jésus. Et entre les deux venues de Jésus, il y a le ici et maintenant, un temps et un lieu dans lesquels nous pouvons vraiment nous appuyer sur la parole qui déjà a été réalisée dans le ministère de Jésus, afin d'espérer sa pleine et entière réalisation, sa réalisation définitive et d'y travailler.

Dans le travail et l'effort qu'il nous reste à faire pour hâter cette deuxième venue que nous attendons, nous sommes accompagnés, nous bénéficions du soutien de Jésus qui est à nos côtés, et nous pouvons construire avec lui, sûrs de sa parole. Jésus nous offre vraiment la liberté, en termes de capacité. Il nous offre de pouvoir surmonter toutes les mauvaises nouvelles qui peuvent surgir de notre monde, de notre entourage et de notre société, de la même manière que Jésus demandait à Jean le Baptiste de croire au salut, malgré sa situation personnelle désespérée dans sa prison. Il y a la place dans le cœur de chacun de nous, pour une paix et une joie, plus profonde que tous les doutes, toutes les blessures et tous les heurts de nos vie, et cette paix et cette joie, rien ni personne ne pourra les détruire.

Il s'agit maintenant de demander et d'approfondir cette capacité à la paix et à la joie dans nos cœurs et de la transmettre autour de nous.   

Pascal Durand M. Afr.

Homélie du 2ème dimanche de l’Avent

Nous sommes en période d’élections. Sans vouloir faire de politique, peut-être remarquons-nous que beaucoup de politiciens se réclament de l'action et de l'esprit du Général de Gaulle. Pratiquement tous nos candidats disent d'eux-mêmes qu'ils sont « gaullistes », quelles que soient d'ailleurs, les couleurs politiques qu'ils portent. C'est une étiquette qui est brandie, avec fierté, afin de rallier un plus grand nombre, car personne ne remet vraiment en cause aujourd'hui, l'intégrité du Général, son courage et son dévouement, sa bienveillance pour la France. L'action du Général de Gaulle a initié une tradition dont tout le monde cherche à se réclamer.

Mais, et c'est le message de Jean le Baptiste aujourd'hui : à rien ne sert de se réclamer d'une tradition si nous ne faisions l'effort de se l'approprier personnellement avec courage et intégrité. C'est une vérité extrêmement simple, mais il est sans nul doute nécessaire de se la rappeler.

Jean le Baptiste l'exprime on ne peut plus clairement : dans les domaines sociopolitiques, culturel ou spirituel, les héritiers ne peuvent pas simplement être des passifs. On ne saurait simplement recevoir une tradition donnée, il nous est nécessaire de faire l'effort de se l'approprier. Les fils d'Abraham ne sont pas ceux qui simplement croient l'être, comme par héritage, sans avoir à le vivre dans un engagement, dans un effort et dans une fidélité aux dons qu'ils ont effectivement reçus. Nous ne pouvons nous réclamer d'une tradition qu'à la condition que celle-ci soit portée jusque par nos actes. En fait, ce sont nos actes, nos comportements, nos actions, nos engagements réels, vécus qui trahissent et dévoilent le mieux ce à quoi nous appartenons, ce à quoi nous croyons vraiment. C'est ce que Jean le Baptiste appelle les fruits : « produisez donc un fruit qui exprime votre conversion » ! Les fruits, et seulement les fruits révéleront la vérité de l'arbre que nous sommes.

Si c'est un peu ringard, un peu désuet de présenter la doctrine de Jean le Baptiste, qui date il est vrai d'il y a plus de 2000 ans, il est toujours possible de la lire dans des ouvrages savants contemporains de sociologie ou d'anthropologie sociale. Souvent, ces ouvrages nous expliquent en effet comment la pratique de la vie, les choses que nous faisons vraiment, informent et conditionnent inévitablement nos mentalités et nos croyances.

Si nous sommes ici, dans cette église aujourd'hui, c'est que nous sommes conscients que nous nous inscrivons dans une tradition chrétienne qui est noble et précieuse. Le message de l'évangile, l'enseignement de l'église et les moyens qu'elle offre pour notre sanctification et pour notre salut sont autant de trésors inestimables que nous portons. Merci de le comprendre et de le vivre. Merci aussi, et surtout, de ne pas accepter de nous laisser abuser. Merci de ne pas accepter de croire que nous pourrions justement nous réclamer de cette tradition chrétienne sans avoir à faire l'effort de se l'approprier, sans avoir à la rendre présente, vivante, actuelle, sans chercher à la connaître toujours davantage et l'aimer plus profondément. Nous ne pouvons nous réclamer du Christ sans tendre à l'actualiser dans notre vie et dans notre monde. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire l'économie de l'effort, de l'engagement, de la recherche de la vérité et de la justice, et pour utiliser un mot qui peut fâcher : de la pratique. Il est faux de croire que nous pourrions être, comme nous l'entendons si souvent, malheureusement, des « croyants sans être pratiquants ». Car cela n'est pas plus possible que de se réclamer gaulliste sans connaître quoi que ce soit de de Gaulle et sans rechercher à reproduire son esprit.

Un croyant qui ne serait pas pratiquant ne serait-il pas en même temps un pratiquant de ce dont il ne croit pas, ou de ce dont qu'il ne croit plus, sans vouloir l'affirmer? Car pendant qu'il ne pratique pas la religion dont il se réclame, il pratique bien autre chose, il fait autre chose, il sert d'autres valeurs, et même s'il ne se réclame pas ouvertement, (par ses paroles), de ces choses et de ces valeurs, il n'en n'est pas moins leur serviteur. Un croyant qui ne pratique pas, (ce qui signifie qui ne chercherait ni à connaître et ni à aimer ce qu'il dit croire), trahit en niant par ses actes ce qu'il affirme croire par ses paroles. Se réclamer du Christ par le simple baptême suffira-t-il à nous établir chrétiens si nous passons notre vie à l'ignorer, à ignorer la vie du Christ et son message ? « N'allons-pas dire : nous avons Abraham pour père... » Produisons plutôt du fruit qui corresponde à nos paroles !

Ce que Jean le Baptiste proclame aujourd'hui, c'est que ce sont justement la pratique et les actes qui dévoilent en vérité, sans mentir, ce dont en quoi nous croyons vraiment, et les valeurs que nous servons, (ou que nous ne servons pas !). Les fruits, les actions révèlent la santé de l'arbre alors que l'inverse est beaucoup plus hasardeux. Il est parfois facile de tromper, en faisant croire une chose par nos paroles, mais en faisant le contraire par nos actes, dans la pratique. Mais, et c'est le deuxième volet du message de Jean le Baptiste dans l'évangile d'aujourd'hui, aucune tromperie de ce genre n'est plus possible lorsque vient le temps proche et inévitable de la moisson ou celui de la saison des fruits.

 

L'a-verre-tissement de Saint Augustin

 

«Pour chacun de nous le temps est proche, parce que nous sommes mortels. Nous marchons au milieu des dangers. Si nous étions de verre, nous les redouterions moins. Quoi de plus fragile qu'un récipient de verre? Pourtant on le conserve et il dure des siècles. Car on redoute pour lui une chute, mais non pas la vieillesse ni la fièvre. Nous sommes donc plus fragiles et plus faibles, et cette fragilité nous fait craindre chaque jour tous les accidents qui sont constants dans la vie des hommes. Et s'il n'y a pas d'accidents, il y a le temps qui marche. L'homme évite les heurts, évite-t-il la dernière heure? Il évite ce qui vient de l'extérieur, peut-il chasser ce qui naît au-dedans de lui? Parfois n'importe quelle maladie le domine subitement. Enfin, l'homme aurait-il été épargné toute sa vie, lorsqu'à la fin la vieillesse est venue, il n'y a plus de délai.» (Homéliaire patristique 11)

 

Pascal Durand M. Afr.

 

Homélie du 1er dimanche de l’Avent« Les Quatre Bougies»


Quatre bougies étaient allumées, et on pouvait entendre leur conversation :

- « Je suis la foi », dit la première. « Mais malheureusement, dans le monde d'aujourd'hui, la foi est en train de disparaître, les gens ne sont plus intéressés par la foi. Les marchés de Noël ont beaucoup de succès, certes, mais les églises sont vides. Le foie est d'autant plus gras que la foi est maigre ! » Une brise passa, et la lumière de la bougie s'éteignit.

- La deuxième bougie prit le relais et continua la conversation : « Je suis la paix, mais comme vous pouvez le constater, c'est la violence et la guerre qui font les grands titres des journaux. De plus en plus souvent, il y a des émeutes, des attentats, et ceci de plus en plus près de chez nous », et la lumière de la paix s'éteignit elle aussi, elle céda la place à l'angoisse et à la peur.

- Alors la troisième bougie se mit à parler et dit à son tour : « je suis l'amour, la générosité, le don de soi. Mais comment est-ce que je peux continuer à vivre l'amour sans avoir la foi, la confiance et la paix ? Il est clair qu'il est de plus en plus difficile d'intéresser les gens à moi. Par exemple, nous avons de plus en plus de mal à trouver des bénévoles pour faire fonctionner les associations de toutes sortes. Au lieu de cela, chacun recherche son petit intérêt personnel, son bonheur bien à lui. » Et la lumière de l'amour s'éteignit elle aussi.

- Un enfant passa et s'écria: « Mais pourquoi êtes-vous toutes en train de mourir ? » Alors, la quatrième bougie lui dit : « Ne t'inquiète donc pas petit ! Aussi longtemps que je serais en vie, alors je serais capable de rallumer toutes les autres bougies ! » Alors, l'enfant pris la lumière de l'espoir et ralluma toutes les autres. Ainsi, l'enfant et ressuscita les lumières de la foi, de la paix et de l'amour. Chers frères et sœurs, nous commençons donc aujourd'hui une nouvelle année liturgique avec ce premier dimanche de l'avent. L'avent prépare la grande fête de Noël, et c'est un temps constitué d'à peu près quatre semaines. Ce sont ces quatre semaines qui ont conduit certaines communautés à confectionner des couronnes sur lesquelles sont posées quatre bougies, un peu comme dans notre histoire. Une bougie pour chacune des semaines du temps de l'avent, et elles sont allumées les unes après les autres lors de chaque dimanche de l'avent. Aujourd'hui, la bougie de l'espoir est allumée, et puis lors des prochaines semaines, nous allumerons une à une celles de la paix, de l'amour et de la foi. Une bougie différente pour chaque dimanche. Une bougie pour le premier dimanche, deux bougies pour le deuxième dimanche et ainsi de suite. Les lectures d'aujourd'hui portent notre attention, en effet, sur l'espoir, l'espérance. Oui, et c'est même tout le temps de l'avent qui est marqué, traversé, par une grande prière pour rallumer, raviver, fortifier notre espérance. L'espérance vient nous réveiller, vient mettre en œuvre des énergies nouvelles. Il s'agit, selon les lectures de « sortir de notre sommeil » ou de « se tenir prêt ». Je n'ignore pas que l'espérance, l'espoir est assez malmené dans nos sociétés contemporaines, occidentales, et même dans le monde en général. Ne dit-on pas assez communément que les générations de nos plus jeunes ne comptent que de moins en moins pouvoir vivre sur des modes de vie semblables à ceux dont auront pu bénéficier nos anciens, ou peuvent encore en bénéficier dans une certaine mesure ? Ne parle-t-on pas parfois de « génération sacrifiée » ? L'avenir est-il encore ce qu'il était, ce qu'il avait l'habitude d'être il y a quelques décennies ? A la suite des lendemains qui chantent, il y a ceux qui déchantent ! Il me semble que nous soyons davantage dans les lendemains qui déchantent que dans ceux qui chantent. Je ne veux pas faire la litanie des crises que déclament les journaux. Nous en sommes suffisamment conscients. Le défi de cette période de l'avent est justement de dire, de reconnaître le fait que plus profondes sont les crises, les expériences angoissantes, les souffrances des hommes et des peuples, plus est grand, en même temps, notre besoin de s'enraciner dans l'espérance qui nous est toujours offerte et proposée. Plus nous sommes conscients des épreuves, plus nous avons besoin d'un peu de lumière. C'est lorsque la nuit est la plus noire et la plus obscure que nous avons le plus besoin d'étoiles, que nous les apprécions le plus. Les souffrances et les misères ineffables qu'apportent les guerres suscitent en même temps le courage que l'on ne connaissait plus, l'héroïsme, le don de soi pour le bien des autres, pour le bien du plus grand nombre, pour le bien commun. « Il ne sert à rien de maudire l'obscurité, mieux vaut y allumer une lampe », était-il déclaré par Julius Nyerere, dans le discours du jour de l'indépendance de la République de la Tanzanie. Et depuis ce jour, il y a plus de 60 ans, une torche, telle une torche olympique, parcours les villes et les villages du pays sans interruption, afin de rallumer sans cesse l'espérance qui était ressentie initialement si fortement. « Tu vois l'ombre, je contemple la lumière : à chacun sa manière de contempler la nuit ! », disait déjà Victor Hugo.  Le temps de l'avent dans lequel nous entrons aujourd'hui relie les deux venues du Christ. Sa venue dans la pauvreté et l'humiliation lors de sa naissance et lors de sa vie sur terre, avec sa venue dans la gloire que nous attendons toujours, que nous espérons, lors de l’événement, de l'avènement de son retour triomphal qui aura lieu aux derniers temps. Et c'est parce qu'il est déjà venu que nous savons qu'il reviendra. « L'espérance ne déçoit pas parce que l'amour de Dieu a déjà été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Romains 5,5), nous dit Saint Paul. C'est la certitude de savoir d'où est né, ou mieux, d'où est re-né le chrétien, c'est à dire du Christ lui même, qui lui donne la force et l’énergie nécessaires pour se préparer sa deuxième venue, par ses paroles mais surtout par ses actes.  Enracinons-nous donc toujours plus profondément, dans la contemplation de la vie, de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ, afin de pouvoir devenir à notre tour des témoins lumineux dont notre monde a tant besoin. Demandons, prions l'espérance pour nous-mêmes, pour l'église et pour le monde.                                        

 

Pascal Durand M. Afr 

 

Homélie du 33e Dimanche du temps ordinaire

 

1. Malachie 3 : Pour vous, le soleil de justice se lèvera.

 

2. Psaume 97 : Il vient le Seigneur, gouverner le monde avec justice.

 

3. 2 Thessaloniciens 3 : Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus.

 

4. Luc 21 : C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie.

 

 

 

Ce n'est pas un évangile que nous aimons écouter. Jésus fait des prophéties d'opposition, et même de persécutions dont on se passerait bien. Pourtant, il est indéniable de noter qu'elles sont toujours, après deux mille ans qu’elles aient été prononcées, toujours, d'une actualité brûlante. Que ce soit ici ou ailleurs dans les pays lointains, des chrétiens du monde entier vivent des moments difficiles.

 

Il y a parfois de la méfiance envers les représentants de Jésus et de l'Église, comme par exemple lorsque nous visitons des écoles, en la qualité de prêtres, il se trouve des parents qui n'acceptent pas que nous rencontrions leurs enfants.

 

Dans la vie publique, nous retrouvons assez facilement, je pense que nous en sommes conscients, le dénigrement, le mépris dans un certain nombre de discours.

 

Le pape François, quant à lui, nous rappelle, nous dit, qu'il y a davantage de persécutions contre les chrétiens aujourd'hui, dans nos temps que l'on qualifie de modernes, que dans tous les autres époques de l'histoire. Le pape est certainement l'une des personnes des mieux informées de la planète. Cela ne doit pas manquer de nous interpeller, de nous interroger. Le livre noir de la persécution contre les chrétiens dans le monde écrit il y a un ou deux ans est un livre assez effrayant, je ne peux le lire qu'à petites doses.

 

Une partie de la population de nos pays occidentaux rejette le christianisme parce qu'il véhicule, pense-t-on, une mentalité patriarcale injuste à l'égard des femmes, rétrograde, dépassée voire superstitieuse. C'est un procès assez injuste puisque les germes d'égalité radicale et les bases nécessaires à la vraie science ont été apportées par le Christianisme lui-même. « En Christ, il n'y a plus ni femme ni homme, ni esclave ni homme libre » nous disait déjà Saint Paul. De plus, une approche sereine envers la création n'a été rendue possible que grâce aux paroles mêmes de la Bible.

 

Au même moment, une partie de la population de certains pays en voie de développement considèrent le christianisme comme étant inextricablement associé avec le monde occidental. Pendant longtemps, cela jouait plutôt en faveur du christianisme, puisque l'occident apportait avec lui la modernité, les droits de l'homme, la démocratie. Mais aujourd'hui, ce n'est plus si souvent le cas. Malheureusement, dans la compréhension immédiate, l'occident se trouve aujourd'hui davantage naturellement associée avec l'exploitation capitaliste, avec la compétition, la spoliation des ressources dans le monde entier, avec des lois sociétales qui choquent beaucoup les populations des pays pauvres. Et le christianisme est jeté avec l'occidentalisme, comme le bébé avec l'eau du bain.

 

C'est donc une situation très curieuse dans laquelle, lorsque le christianisme est rejeté en occident, il l'est parce qu'il est jugé pas assez moderne, égalitaire, pas assez en phase avec l'évolution de la société. Et au même moment, lorsque le christianisme est rejeté dans les pays du sud, c'est souvent que dans la tête des gens, c'est parce qu'il est mêlé à des pratiques injustes et des avancées sociétales incompréhensibles. C'est, pense-t-on parce qu'il va trop loin. Ce sont les raisons exactement inverses que celles de l'occident !

 

Toutes ces choses finalement, servent d'écran pour ne pas aller à l'essentiel, et qui est une rencontre avec la personne du Christ, avec son enseignement, son message, sa vie. Dans tout cela, nous sommes trop souvent sensibles à l'enveloppe plutôt qu'au contenu, à l'emballage plutôt qu'à son intérieur. Le message de Jésus est un message d'amour. Il me semble juste de dire que Jésus est la révélation la plus parfaite de ce que devrait être l'amour dans nos cœurs, dans nos comportements. Et la vie de Jésus ne dément pas son message, bien au contraire. Sa passion et le don qu'il a fait de sa personne pour le monde et pour chacun de nous est l'exemple le plus parfait de générosité, de don de soi, de sacrifice qui nous est donné, offert et proposé en exemple.

 

Cet amour est ce à quoi il nous invite, et ce n'est pas facile. Il nous provoque à sortir de nos habitudes, de nos petitesses, de nos égoïsmes, et sans doute tout le monde ne peut y être prêt. Alors il est assez facile de se trouver des excuses pour se protéger et ne pas faire ce cheminement auquel nous invite Jésus, et qui peut coûter beaucoup. Quitter le péché, c'est mourir, et mourir d'autant plus que nous sommes habitués, structurés par ce péché. Et d'ailleurs, ces excuses pour ne pas rencontrer Jésus sont déjà toutes préparées, préfabriquées dans les discours que nous offrent nos entourages. Les habitudes, même les mauvaises sont autant de seconde nature. Elles font partie de notre être et exigent beaucoup d’énergie à se réformer. Le monde et les personnes qui y habitent doivent se purifier avant de pouvoir accueillir le Christ et son message dans la joie.

 

Saint Jean dans son évangile, au chapitre 3 nous dit : « quiconque, en effet, commet le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient démontrée coupables, mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, afin qu'il lui soit manifesté que ses œuvres sont faites en Dieu ».

 

Alors tant qu'il y aura du péché dans le monde, il y aura de l'opposition et de la persécution.

 

Mais en même temps, tant qu'il y aura de l'amour, de la lumière, alors il y aura des gens qui feront bon accueil aux paroles et au message de Jésus. Pour être juste, il nous faut aussi rendre hommage à ces milliers de personnes, surtout dans les milieux pauvres des campagnes africaines que j'ai rencontré, qui demandent le baptême, qui répondent avec générosité à l'invitation et à l'exemple que nous donne Jésus et qui demandent de le connaître davantage. Partout dans le monde, des individus rejoignent l'église, se mettent à comprendre ce qu'elle porte.

 

L'opposition que nous rencontrons n'est pas pour nous décourager, mais pour nous purifier, pour nous affermir et pour nous permettre de répondre avec générosité à cette demande, cet avertissement que Jésus nous adresse aujourd'hui : « C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »

 

Pascal Durand M. Afr.

 

 

Homélie du 32e Dimanche du temps ordinaire

 

1. 2 Martyrs 7 : Le roi du monde nous ressuscitera pour la vie éternelle.

 

2. Psaume 16 : Le jour viendra où je m'éveillerai en ta présence.

 

3. 2 Thessaloniciens 2 : Priez pour que nous échappions à la méchanceté des gens qui nous veulent du mal.

 

4. Luc 20 : Tous vivent en effet pour lui.

 

 

 

La Paix : Fruit de la Charité – Effet de la justice – Portée par la Prière

 

 

 

Saint Paul nous invite dans la deuxième lecture d’aujourd’hui :

 

‘Priez pour que nous échappions à la méchanceté des gens qui nous veulent du mal’. Priez pour la paix. Bientôt, nous aurons les cérémonies liées à la date du 11 novembre, une occasion de prier pour la paix.

 

La paix est effectivement menacée là où se trouvent des personnes qui se veulent du mal. Et n’est-il pas possible, n’est-il pas probable qu’il existe, quelque part des gens qui nous veulent du mal à nous aussi ? N’est-il pas possible que quelque part dans le monde, il existe des personnes qui jalousent nos richesses, dont une fraction seule, que nous gaspillons, leur permettrait de vaincre de dramatiques fléaux ? N'est-il pas possible aussi que nous voulions nous-même du mal à certaines personnes ?

 

Avec les progrès fantastiques des communications et des média ces dernières années, s’accroissent une frustration et une souffrance chez ceux qui ne partagent pas notre mode de vie et notre richesse. Cette frustration croissante peut se transformer en ressentiment, en agressivité et finalement en violence.

 

Il me semble qu’aujourd’hui, une des plus grande menace contre la paix dans le monde est bien le déséquilibre dramatique de la répartition des richesses. Les deux peurs dont s’afflige actuellement le monde occidental, que sont l’immigration et le terrorisme, ne peuvent s’expliquer autrement que par ce dramatique déséquilibre dans la répartition des richesses.

 

Alors, face à ce déséquilibre, quelle est notre réponse ? Le catéchisme de l'église catholique nous répond que la paix est le fruit de la charité, l'effet de la justice et le tout porté par la prière.

 

 

 

La paix est le fruit de la charité

 

L'exercice de la charité entre les peuples prend aisément la forme de l’aide humanitaire. L’humanitaire est devenue une industrie dans certains pays africains. Nous ne pouvons que louer bien entendu, les efforts en tous genres que des organisations apportent, courageusement, généreusement afin d’alléger la souffrance des déshérités. Il a été dit que c’est là une nouvelle forme de salut que le monde occidental se croit en charge d’apporter.

 

L’aide humanitaire, oui, c’est une forme de charité nécessaire au développement de la paix. Et elle est d’autant plus nécessaire qu’elle est urgente pour sauver des vies de la mort, de la misère, de la souffrance de la maladie ou de l’ignorance.

 

Mais l’aide humanitaire ne fera pas tout. Elle ne pourra jamais répondre à tous les besoins. Elle est quelquefois maladroite. Savons-nous par avance ce dont ont besoin nos frères et sœurs des pays lointains ? Ne donnons-nous pas que ce que nous ne pouvons utiliser ici, notre surplus ?

 

Peut être certains d’entre nous connaissent l’histoire de ce singe qui s’aperçut en se promenant qu’il y avait des créatures dans l’eau de la rivière. Il ne savait pas qu’il s’agissait de poissons. Il se dit en lui-même : pauvres créatures qui sont en train de se noyer ! Il se mit en tête de risquer sa vie afin de sauver ces poissons et à les placer sur la berge au soleil. ‘Heureusement que j’étais ici au bon moment, sinon, ils seraient tous morts noyés’. Bien entendu nous avons le sentiment de rendre un utile service en adoptant des enfants qui vivent dans la misère. Mais savons-nous par avance si oui ou non nous rendons un véritable service à cet enfant en particulier, ou à la population dans son ensemble ?

 

 

 

La paix est l'effet de la justice

 

La paix, nous rappellent les textes du catéchisme de l’église n'est pas simplement le fruit de la charité seule. Elle est aussi l’effet de la justice. En même temps que de développer notre charité humanitaire, il est nécessaire de s’interroger sur la justice même des structures qui font fonctionner le monde.

 

Il faudrait se soucier de reformer certaines structures internationales profondément injustes car elles protègent les marches des plus riches et des plus forts. Est-il juste par exemple de protéger des marchés et des producteurs simplement parce que nous pouvons le faire, parce que nous en avons les moyens ? Et ceci quelquefois aux dépends de la survie de milliers d’hommes et de femmes quelque part au loin ?

 

Je viens de lire un petit livre qui fait part de la position du pape Jean-Paul II lors de la première guerre du golfe en 1991, lorsque une coalition occidentale menée par Georges Bush père a voulu « libérer » le Koweit d'une invasion irakienne. Le pape dénonçait déjà cette guerre qui aura selon lui déjà à l'époque, des conséquences irréversibles. Il dénonçait aussi le fait incompréhensible que l'on puisse être aussi acharné pour la défense de la souveraineté d'un peuple (en l’occurrence le peuple du Koweit) tout en demeurant très laxiste au sujet de la défense d'autres peuples (en l’occurrence les peuples palestiniens et libanais). Le pape et ses services au Vatican demandait, exigeait un traitement compréhensif de tous ces conflits. La discrimination dans la considération de ces conflits a entraîné un discrédit de l'occident en général de la part d'une partie de la population arabe du Moyen Orient. Discrédit qui se transforme en haine depuis quelques années comme nous le savons.

 

Si nous voulons la paix, il faut nous décider à ne pas se cacher ces réalités, qui sont les réalités de notre monde. Il nous faut nous décider à ne pas contenir les souffrances de nos frères et de nos sœurs du monde entier à nos écrans de téléviseurs, il nous faut décider surtout à ne pas taire les logiques structurelles qui entretiennent ces inégalités, et les intérêts qui les soutiennent. Ils nous questionnent et nous interrogent et nous ne pouvons nous permettre de les ignorer. Nous sommes tous concernés. Je pense que des élections sont des moments privilégiés pour obtenir des réponses claires sur la politique à mener dans les années à venir.

 

 

 

Portée par la prière.

 

Dans le contexte que nous évoquons, les mots de Saint Paul ne peuvent que résonner plus fortement : « prions pour ceux qui nous veulent maintenant du mal ». Prions pour la paix, prions comme nous le demande Saint-Paul pour ceux qui nous veulent du mal. Mais en même temps, œuvrons pour davantage de justice et d’égalité entre les hommes, et entre tous les hommes. Peut-être y a-t-il ici un combat à mener, des valeurs à défendre comme nous le mentionnions au début. Peut-être y a-t-il quelque chose qui vaille la peine.

 

L’évangile présente une histoire de veuve qui se marie à sept frères successivement : à la résurrection, de qui sera-t-elle l’épouse ? Ce n'est peut-être pas très inspirant. Peut-être cependant pouvons-nous écouter la réponse de Jésus, qui affirme que la résurrection est au delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Peut-être Jésus nous provoque-t-il à dépasser nos points de vues bien humains afin de tenter de rejoindre la pensée et la vie de Dieu même. Ce que Dieu prépare pour nous après cette vie n'est pas la simple prolongation, l'extension de ce que nous avons sur terre, mais une réalité toute transformée, transfigurée. Il nous est bien difficile d'accéder à ces réalités. Le risque de la prière c'est cela, c'est de dépasser nos propres points de vues humains afin d'atteindre quelque chose du cœur de Dieu, afin de faire vivre ce monde avec un peu plus de bonheur.

 

Voilà donc une tâche pour cette semaine, alors que nous allons être invités à prier pour la paix : que le Seigneur nous exerce à la véritable charité, qu'il nous affirme dans la pratique de la justice et qu'il nous offre de mieux le connaître en prenant du temps de converser en sa présence par la prière.                                                                Pascal Durand M. Afr.

 

C

 

e Mois de Novembre… est-ce que vous l’aimez ? moi oui grâce à ses couleurs, et ce soleil qui brille aujourd’hui pour nous permettre d’en voir la beauté. J’aime aussi cette fête de la Toussaint qui nous réunit si nombreux. Cependant ce mois de novembre, c’est aussi le brouillard, le froid, et la pluie. Et les morts dont nous nous souvenons avec souvent la douleur de leur départ.

 

Cependant en ce jour, regardons non leur tombe mais contemplons leur âme au Ciel. Regardons en particulier ceux que le Christ a déjà accueillis près de lui. Quel spectacle que cette foule innombrable que saint Jean a aperçue dans une vision relatée dans la première lecture. Ils sont Saints ! Tous unis ensemble avec le Christ ! Tous emballés par la gloire de Dieu ! Tous habillés de blanc et non du gris des tombes d’ici-bas.

 

Cet état de sainteté qui est le leur, cependant, ils l’ont payé cher. Il l’ont payé de leur sang. Ainsi nous le dit saint Jean. Leur robe blanche a été lavée dans le sang de l’Agneau. Pourquoi ? Parce qu’ils ont vécu comme le Christ. Il ont imité le Christ. Ils sont les sosies du Christ. En effet, la sainteté exige que nous allions le plus loin possible dans le don de nous-même, comme Jésus.

 

C’est le Père Hamel donnant sa vie et son sang. Hier j’ai prié sur sa tombe.

 

C’est la mère de famille qui use toutes ses forces pour l’éducation de ses enfants.

 

C’est ce malade qui s’en remet totalement à Dieu au milieu de sa solitude et de sa souffrance.

 

C’est ce dialogue dans un roman de Tourgueniev : « La femme dit à son mari : "si nous adoptons cet orphelin nous n’aurons pas de quoi acheter le sel pour la soupe". Et bien répondit l’homme: "nous la mangerons sans sel la soupe" ! »

 

La voilà la sainteté vivante, la sainteté qui se sacrifie dans les petites et les grandes choses. Arrêtons, moi le premier, d’invoquer notre besoin d’équilibre, pire encore de prétexter que notre société a changé pour ne plus nous dépenser ! Les vrais saints se sont usés à la tâche souvent.

 

N’invoquons pas plus nos imperfections, nos incapacités. C’est parmi les plus fragiles que Dieu choisit ses plus grands saints ! Ce sont même des grands pécheurs que Dieu vient chercher pour en faire des grands saints : Zachée le voleur dimanche dernier, Saul l’orgueilleux qui devient Paul, François le gosse de riche qui devient le pauvre d’Assise et le frère universel. Regardez-les : dans leur fragilité resplendit la grâce de Dieu.

 

Tous les saints ont en commun d’avoir tout donné aux autres, de n’avoir rien gardé pour eux, jusqu’à user leur force. Au fond leur bonne volonté a rencontré la force de Dieu. Tout est là. La sainteté est le fruit d’une coopération entre la liberté d’un homme toujours fragile et la force de l’amour de Dieu.

 

Alors, vas-y ! Sois saint ! Tu es baptisé, voyons ! Réveille-toi, tu es fait aussi pour être saint ! Non en raison de tes capacités, mais par la grâce de Dieu lui-même.

 

Comprends comment, grâce à l’amour que Dieu te donne en abondance dans cette messe, tu pourras rendre plus heureux ta femme, tes enfants, tes collègues de travail, tes copains. Préfère toujours le bonheur des autres à ton propre confort. Lève le nez de ton portable ! Rabats l’écran de ton ordi et regarde les autres et déjà tout simplement la beauté de la nature qui t’entoure. Ouvre les yeux et déploie tes énergies pour aimer. Délivre toi du souci de toi-même, grâce à Dieu. Et livre toi aux autres, grâce à Dieu. Chaque jour prie, prie, prie pour recevoir cet amour qui te rendra saint et ainsi, grâce à Dieu, toute ta vie et la vie des autres et ce mois de novembre deviendra un printemps éternel.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie du 31e Dimanche du temps ordinaire

 

Z

 

achée est collecteur d'impôts, et même il en est leur chef ! Il est riche, et des grands doutes sont dans la tête des gens de son entourage, quant à la manière dont il s'est acquis ses richesses. Zachée est un homme à la réputation abîmée, souillée. Et pour cause : il collabore avec l'ennemi, l'occupant Romain. Son image est ternie, usée et il a perdu ce qui est un des composants les plus importants pour l'être humain : le respect, la dignité, la reconnaissance. Il n'est pas salué dans les rues, les passants lui font peu de cas. Il ne compte pas, il ne compte plus pour personne depuis qu'il compte sa richesse. On ne lui fait pas confiance, on ne le fait plus confiance pour rien. On le laisse là où il est, dans l'indifférence. Il est ignoré, méprisé.

 

Mais Zachée n'a pas tout perdu en perdant la dignité et le respect des autres. Il a gardé un vif désir, un espoir de guérison, de réconciliation. Il voudrait, il désire vraiment se réconcilier de toutes ces relations brisées par son travail ingrat. Il souffre vraiment de se voir ainsi coupé des autres. Il n'est pas possible en ce monde de vivre seul, isolé, même lorsque l'on est riche. Il aimerait retrouver l'amitié de ses voisins, être écouté, respecté. Ce désir est suffisamment puissant pour le faire agir, pour le faire sortir de lui-même et de partir à la rencontre d'un homme qui est présenté comme un prophète et qui fait des miracles. S'il est ce que l'on dit de lui, peut-être pourrait-il l'aider ? Mais comment faire pour le rencontrer ? Comment faire face à cette foule qui le méprise ? Alors, il se lève de bonne heure, grimpe dans un arbre, parce qu'il était petit dit-on, mais peut-être un peu avant que la foule ne soit venue, ce qui lui permet de voir Jésus de près sans pour autant avoir à faire face à ceux qui le méprisent. Jésus vient à la rencontre de Zachée, et contre toute attente, c'est chez lui qu'il s'invite. Le miracle est qu'il lui fait confiance, malgré toutes les apparences qui pourraient décourager, malgré la protestation de la foule. Beaucoup d'hommes et de femmes, beaucoup d'enfants et de jeunes ne peuvent développer leurs talents, leur générosité parce qu'en premier lieu on ne leur fait pas confiance, en s'en tenant trop aux apparences ou en écoutant les médisances.

 

L’Église, à la suite de Jésus a pour mission de faire confiance. L’Église n'est pas un club pour parfaits. On ne demande jamais, à l'entrée de l'église un extrait de casier judiciaire, on n'envoie pas d’enquêteur avant de baptiser une personne qui en fait la demande. Mais plutôt il lui est demandé de faire un chemin avec Jésus et avec ses disciples d'aujourd'hui, il est demandé d'écouter un appel, de se lier avec les paroles des évangiles, de se laisser bousculer et se laisser transformer par elles, de ressuscité son désir de s'améliorer.

 

La première chose à retenir : quel est l'intensité de notre désir de rencontrer Jésus, de l'accueillir et de le laisser transformer nos vies, et pourquoi pas notre entourage et notre société ? Le désir d'une personne, c'est son âme. Une grande raison pour laquelle il y a beaucoup de problèmes dans notre monde est que trop souvent nous n'avons que des petits désirs, des désirs de vie confortable, le désir de choisir le lieu des vacances ou du type d'automobile que l'on aimerait acheter. Nos désirs sont comme façonnés par la publicité qui nous entoure, et non pas par Jésus et par son message. Jésus nous demande d'avoir des grands désirs, des désirs qui nous font voir et travailler plus haut que notre propre personne, des désirs d'aller au-delà de nos petitesses, des désirs qui nous font grimper aux arbres, et surtout le désir de servir ce qui est vrai et ce qui est beau. Un des drames de notre monde est d'avoir changé le désir de servir ce qui est vrai et beau, comme la cause de la justice, de la vérité, par le désir de servir seulement ce qui est bien, utile, pratique pour nos vies. Et on ne construira pas la paix dans le monde avec des désirs de confort et de richesse, avec une armée de supermarché !

 

La deuxième chose à retenir, est que si l'église n'est pas un club pour parfaits, alors il y a bien des personnes imparfaites à l'église, et c'est notre chance et notre difficulté. C'est notre difficulté car nous nous retrouvons avec des personnes qui ne sont pas nécessairement comme nous voudrions qu'elles soient. Parfois elles nous provoquent, nous choquent ou même nous scandalisent. Mais nous n'avons pas à juger. Nous ne nous choisissons pas. La paroisse est fondée sur une unité de lieu et non pas d'affinité, et elle rassemble des gens de classes sociales et de mentalités fort différentes pour former un seul corps, un seul tout. C'est notre chance car c'est pour nous l'occasion d'apprendre les uns des autres : les différences sont faites pour le partage. Nous sommes en église appelés à être des élèves, à nous élever en apprenant les uns des autres, au lieu d'être des censeurs qui rabaissent leurs prochains.

 

L'histoire d'aujourd'hui nous montre que Jésus sait faire grandir Zachée dans la vérité de sa vie, dans la pratique de la générosité et de la bienveillance. Demandons-lui de ressusciter et d'affermir nos plus grands et beaux désirs, et demandons-lui en même temps de nous faire grandir nous-aussi, et de faire vraiment grandir tous ceux qui se confient en lui.                                                                                                                                                Pascal Durand M. Afr.

 

Homélie du 30e Dimanche du temps ordinaire

 

1. Ben Sirach 35: la prière du pauvre traverse les nuées.

 

2. Psaume 33 : Un pauvre a crié : Dieu l'écoute et le sauve.

 

3. 2Timothée 4 : Je suis resté fidèle. Tous m'ont abandonné. Le Seigneur m'a assisté.

 

4. Luc 18, 9-14 : Qui s'élève sera abaissé – qui s'abaisse sera élevé.

 

 

 

C

'est aujourd'hui le dimanche des missions. Sans doute, les lectures de la messe nous invitent à porter notre attention en priorité sur la mission d'évangélisation à l'intérieur de nous-mêmes, davantage que sur les peuples vivant au loin. Pourtant tout est lié, et ce regard que nous portons sur nous-mêmes, sur notre personne détermine le regard que nous porterons alors vers les autres, même s'il vit au loin, car celui-ci découle de celui-là.

 

Un breton du quatrième siècle de notre ère, Pelage, a entretenu une polémique contre Saint Augustin. Pour lui, pour Pelage, la perfection était possible en ce monde, et elle serait le fruit de nos propres efforts : notre volonté et notre raison n'étant pas fondamentalement viciés par le péché originel. Saint Augustin écrira vigoureusement contre Pelage en expliquant que refuser le péché originel c'est en même temps refuser notre fragilité et finalement notre besoin fondamental de Dieu et de sa grâce, ce qui est inacceptable.

 

Dans l'histoire de l'église, des tentations que l'on pourrait dire « pélagiennes » ont régulièrement fait surface, comme par exemple avec les cathares du douzième siècle qui divisaient les personnes en deux groupes, les parfaits, les purs, contre tous les autres.

 

Le pharisien de l'évangile est un donc pélagien qui s'ignore, ou un cathare d'avant l'heure. Il divise l'humanité en deux groupes distincts, indépendants, et se positionne dans celui des meilleurs bien entendu, en oubliant un peu trop vite que nous sommes tous créés de la même argile, de la même pâte.

 

Aujourd'hui encore, nous sommes tentés de pélagianisme. Et cet évangile nous bouscule en nous demandant de comprendre que nous ne serions être ni meilleur, ni pire sans doute, que les autres, que le reste de l'humanité. Pour celles et ceux d'entre nous qui n'ont pas eu le malheur de commettre directement quelque crime : sommes-nous si sûrs que c'est en raison de nos soi-disant mérites personnels ou bien, n'est-ce pas plutôt parce que l'occasion ne nous a jamais été vraiment donnée, ou que les conditions qui auraient pu nous y conduire n'ont jamais été réunies à notre égard, grâce à Dieu ? Et puis, sommes-nous si sûrs que nos manières de vivre ne nous rendent pas quelque part criminels envers celles et ceux qui aujourd'hui, sont privés des ressources nécessaires pour vivre, et criminels aussi pour les générations à venir qui devront se contenter d'une planète pillée et défigurée ? Certaines guerres aujourd'hui menées dans le monde, ne le sont-elles pas aussi parfois et surtout, afin de nous préserver dans nos conforts de vie ?

 

Les peuples occidentaux sont facilement portés à penser les sociétés de notre monde selon un modèle évolutif, et selon ce schéma, les peuples les plus accomplis seraient ceux qui bénéficieraient du meilleur produit intérieur brut, ou d'un accès plus aisé aux services de santé régies par toute une industrie, ou d'une éducation qui ouvre davantage l'individu vers l'économie de marché et la manipulation de la technique. Selon cette manière de voir, dans quelle place nous situons-nous ? La plus grande partie des efforts de développement et de coopération entre les peuples sont faits, sont établis, afin de permettre aux peuples d'ailleurs d'accéder au niveau de vie qui est le nôtre, sans remise en cause du système d'ensemble qui porte notre richesse et notre confort, parfois, souvent, dans l'injustice. Nous estimons bien volontiers la modernité et l'affluence, la richesse, comme la règle que les autres moins fortunés doivent suivre, et que tous leurs efforts doivent être menés afin qu'ils puissent y parvenir. La réciprocité des échanges entre les peuples est presque inexistante. Les plus forts acceptent difficilement qu'on leur donne des leçons. Mais c'est oublier un peu vite toute la misère qui accompagne aussi notre société occidentale : la solitude, le stress, la dépression, le suicide. Les policiers seront-ils bientôt nécessaires pour préserver la paix dans certaines de nos écoles ? Comment peut-on prétendre imposer certaines règles au monde si nous ne parvenons pas à contrôler nos enfants ?

 

Si je vous parle de tout cela, c'est pour tenter, avec vous, de comprendre combien le pharisaïsme, le pélagianisme ou le catharisme sont des réalités bien vivantes parmi nous. Vraiment, nous ne valons pas mieux que le reste des hommes.

 

Mais cette vérité n'est pas pour nous conduire au découragement, à la démission, au renoncement, voire au désespoir. Au contraire, la reconnaissance de notre faiblesse et de notre fragilité est pour nous conduire à l'ouverture, à l'accueil d'une parole qui peut encore nous sauver, à condition de la recevoir humblement. De la même manière que nous ne pouvons remplir un verre déjà plein, Dieu ne pourra pas œuvrer dans des cœurs orgueilleux et suffisants. La reconnaissance humble de notre faiblesse est la chance de salut. La lumière ne peut entrer que par les craquements qui sont autant d'ouvertures.

 

Jésus crucifié sur la croix nous présente la misère, l'humiliation absolue. Dans une douloureuse contemplation, et en écoutant les quelques mots qu'il a prononcé comme ceux de « j'ai soif », demandons pour nous-mêmes, pour notre église et pour notre monde d'accepter, notre radicale faiblesse, et même notre grande misère, qui nous feront désirer jusqu'à crier, le secours de la grâce divine. La reconnaissance de notre proche comme notre frère ou notre sœur, dans la même humanité, en dépend. La justesse de nos relations avec les autres peuples en dépend. Notre élévation en humanité, l'avancée de la paix ici et ailleurs en est aussi à ce prix.                                                                                            Pascal Durand M. Afr.

 

LE CAREME AVEC LE PAPE FRANCOIS

HOMELIES