Homélie pour le 24e dimanche du temps ordinaire – 15  septembre 2019

 

S

 

i l’humilité et le renoncement (plus joliment dit le "don de soi") sont les deux attitudes nécessaires au commencement d’une démarche chrétienne, c’est tout simplement parce que de telles dispositions attirent irrésistiblement Dieu, provoquant chez lui à notre égard, une envie folle de venir nous aimer, une joie profonde à se donner à nous. C’est normal, le don de l’homme attire le don de Dieu.

 

La première lecture semble pourtant trancher avec la douceur du pardon de Dieu : si le péché est bien illustré avec l’idolâtrie du peuple élu, la colère de Dieu contre son peuple tranche avec l’idée que l’on se fait d’un Dieu de Miséricorde. Comment donc comprendre cela ? En fait le Seigneur a fait miséricorde déjà aux Hébreux. Il ne cesse de les choisir, car ils sont les plus petits. Mais ceux-ci ne comprennent pas, ne reçoivent pas cette miséricorde divine. Ils s’éloignent de lui. En prêtant à Dieu des sentiments de colère, des désirs de destructions, l’auteur biblique veut surtout exprimer une colère à la mesure de l’intérêt que le Seigneur porte pour son peuple, comme un père pour ses enfants. Encore une fois il se rétracte… et les sauve.

 

Un peuple. Un homme maintenant qui fait l’expérience de la miséricorde : Paul. « Le Christ m’a fait miséricorde ».

 

Chacun de nous n’imagine-t-il pas souvent Dieu à son égard comme « déçu » ? pas content ? en colère ? Et quand finalement, il revient vers lui, le redécouvre comme un Dieu de miséricorde ?

 

C’est l’évolution de l’image aussi que le « fils prodigue » a de son père. Il le croyait comme un père de justice égalitaire, il va le découvrir comme père capable de passer au-delà de tout pour retrouver la relation d’amour qui fait vivre son fils. Au cours d’un voyage douloureux et purificateur, comme le fut l’Exode pour le peuple saint, le visage de la Miséricorde lui est pleinement révélé.

 

L’amour infini de Dieu : voilà bien le sommet de la Révélation faite par le Christ. C’est Saint Paul qui vient de nous le dire avec force : voilà « une parole sûre, qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ».

 

Au départ les deux fils ignorent le vrai visage de leur père. Nous aussi au départ, nous n’avons pas conscience un instant de la grandeur de l’amour de Dieu pour nous. Et pourtant je vous invite à cela au début de la route de la vie chrétienne, au début de chaque journée : contemplez le sommet que vous appelez à atteindre : un Dieu de miséricorde. Paradoxe : c’est en allant loin de la vérité que le fils cadet va trouver le chemin de la miséricorde. A l’inverse, tout en restant prêt de son père, le fils ainé, trop préoccupé par son travail, n’a pas pris le temps de découvrir l’infini de son amour pour lui. Dans tous les événements de notre vie, Dieu veut permettre à son amour de se donner. Cette parabole nous invite à y être attentif. Quand laisserons-nous sa miséricorde se répandre sur nous ?

 

Encore une fois, ne nous trompons pas de sommet : c’est bien vers l’union à ce Dieu de miséricorde. Alors commençons notre journée par fixer notre regard sur lui. Et profitons de toutes occasions pour nous laisser à Dieu la joie de nous aimer.                                                                      Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 23ème dimanche du Temps Ordinaire

Décidément les lectures choisies par l’Eglise pour nous éclairer ce dimanche sont bien complémentaires au thème de dimanche dernier, et tout à fait appropriées à notre rentrée pastorale.
 
Afin de bien commencer une nouvelle année, pour prendre un bon départ dans la vie chrétienne, deux choses sont importantes :
 -L’humilité et le don de soi. Pour l’humilité, c’est bon, nous avons vu cela dimanche dernier et vous êtes tous depuis des champions. Ayant pris l’habitude de « l’examen de conscience » chaque soir, recevant avec gratitude les « corrections fraternelles », et vous mettant dès que possible sous la lumière de Dieu dans la prière afin d’être éclairés sur vous-mêmes. Car, comme disait Thérèse d’Avila : « l’humilité, c’est la vérité ».
 Reste donc aujourd’hui, nous dit Jésus, à vous exercer au renoncement », ce qui s’appelle plus joliment dans la tradition spirituelle « le don de soi ».
Là encore, l’image de Jésus est claire : si vous commencez à construire quelque chose sans savoir si vous avez l’argent nécessaire pour la finir, c’est … mal parti ! Tiens, tiens…. C’est ce qui s’est passé pour cette église ou nous nous trouvons qui finalement n’a jamais été finie par manque d’argent…
 
Donc pour bien commencer notre année pastorale, pour bien reprendre notre vie chrétienne, il est important de renoncer à Tout.

Donc à attendre ! Absolu de la demande de Jésus. Est-ce vraiment à vous qu’il s’adresse ou seulement à moi, et à tous ceux qui, peut-être un peu dérangés, ont tout quitté pour consacrer leur vie ? Et alors la vie chrétienne parfaite ne serait finalement que l’apanage d’une élite, réservant à tous les autres qu’un ersatz de sainteté. Non, désolé, cette exigence est universelle. Mais elle n’est pas la condition pour « réussir » mais celle pour être « sauvé ».
Renoncer à tout, c’est d’abord mettre sa foi en Dieu seul. Cette affirmation est celle de la divinité du Christ.

Si donc, chrétien, tu veux obéir au commandement : « tu aimeras le Seigneur Dieu de tout ton cœur », et bien, donnes ton cœur à Jésus.
Si donc, chrétien, tu veux être sauvé, ne t’appuies pas sur les choses humaines, mais sur Jésus seul.
Et si moi et d’autres, nous renonçons aux biens de ce monde, ce n’est que pour vous inviter à ne pas vous y attacher, à ne pas croire qu’elles vous apporteront un quelconque salut.

Quels sont les signes négatifs qui manifestent de notre part un manque de détachement ?
       Il me semble une trop grande préoccupation au sujet de nos biens.
       Une difficulté à prêter ou distribuer les bénéfices de notre travail.

Enfin voici trois pistes pour vous aider en ce début d’année à entrer dans cette attitude chrétienne du don de soi :
       1-Que ce don soit absolu : quand vous priez, dites à Jésus « je me donne à toi, pour ce que tu veux… » sans rajouter « sauf… »
       2-Indéterminé : Ne pas donner nos projets, mais recevoir avec joie les imprévus de Dieu. 
       3-Souvent renouvelé : Chaque matin, posez donc un genou par terre au pied de votre lit, deux même si vous pouvez. Et pendant une minute, deux même si vous pouvez, dites à Jésus cette petite prière : « Jésus , je t’aime, je t’offre ma journée, fais de moi ce que tu voudras » ou le Notre Père ou tout autre acte d’offrande que vous aimez bien.


Père Alexis de Brébisson


Homélie du 22ème dimanche du temps ordinaire

 

 

 

« Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé »

 

Seul Dieu pourra déraciner de notre cœur l’orgueil qui s’est si bien installé. Pourquoi donc est-ce nécessaire ? Cet orgueil nous empêche d’entrer dans le Royaume de Dieu qui appartient aux petits.

 

En effet, comment acquérir cette humilité à laquelle Jésus nous exhorte si fortement ainsi que Ben Sirac le Sage dans la première lecture ? « Plus tu es grand plus il faut t’abaisser ». Vérité de Lapalice...

 

La première chose à faire, après avoir écouté cette Parole de Dieu, c’est un examen sur notre manière de nous comporter au jour le jour : nous nous rendons compte, sans chercher bien loin, que nous ne sommes pas tout près d’une telle attitude d’humilité ; nous prenons conscience de l’importance de notre orgueil : cet examen a pour premier avantage de commencer à nous mettre dans l’humilité et nous pousse à changer un peu.

 

Cependant nous savons que nous aurons du mal à nous améliorer radicalement.

 

En effet c’est seulement l’action de Dieu lui-même qui pourra nous mettre dans l’humilité. C’est la lumière de Dieu qui va nous éclairer sur ce que nous sommes. L’action de Dieu est réelle en nous ; l’Esprit de Dieu qui nous a été donné au baptême agit vraiment en nous ; il a pour mission de tout faire pour nous unir de plus en plus à Dieu. Son action en nous, la lumière du Dieu Vivant qui désire se répandre en nous, va par contraste dévoiler notre misère. Cette lumière divine sur notre pauvreté est une grande richesse : elle nous fait comprendre en profondeur qu’il faut compter non pas sur nous mais sur Dieu. Cette lumière qui vient de Dieu ne nous met pas dans un état de désespérance devant notre misère mais au contraire nous met dans la joie : car elle donne en même temps la certitude que cette pauvreté attire l’amour miséricordieux et sauveur de Dieu. Thérèse de l’Enfant Jésus a expérimenté très fortement cette action de Dieu et elle n’hésitait pas à affirmer : « c’est si doux de se sentir faible et petit ». Voilà donc la réalité de cette action de Dieu, vérité chrétienne par excellence. Elle seule peut nous faire acquérir une humilité profonde.

 

Celui qui est humble est ouvert à ce qui vient des autres, à ce qui vient de Dieu. Thérèse de l’Enfant-Jésus va même jusqu’à dire : « plus on est faible, sans désirs ni vertus, plus on est propre aux opérations de l’Amour consumant et transformant ». L’Amour de Dieu a soif de se donner mais il ne peut se répandre que dans un cœur qui est pauvre, ouvert pour le recevoir.

 

Comment favoriser cette lumière de Dieu en nous qui seule peut nous rendre vraiment humble ? Elle est gratuite. Nous ne pouvons pas l’acquérir par nos propres efforts. Mais nous pouvons la demander dans la prière. Le pauvre conscient de sa misère tend la main. Un peu conscient de l’orgueil qui nous habite, faisons-nous mendiant de la lumière de Dieu qui créé l’humilité, et rendons grâce quand nous la recevons.

 

Homélie pour le 21e dimanche du temps ordinaire

 

 

 

Voilà le sujet qui intéresse Jésus : le Royaume. Le sien. Celui du Paradis. Mais qu’il vient déjà établir sur terre. Il va en parler très souvent par de nombreuses paraboles en particulier pour dévoiler une réalité mystérieuse d’abord parce qu’elle ne correspond pas forcement à nos préoccupations journalières et à nos attentes les plus basiques. Cependant, ce Royaume instauré par lui, répond à notre attente la plus profonde : celle d’être voulu, choisi, aimé, de pouvoir vivre libre et heureux, de enfin de ne pas finir un jour dans un trou sans autre finalité que de retourner en poussière.

 

Il va en parler par exemple aujourd’hui en répondant à une question très courante dans le judaïsme du temps de Jésus, sur lequel les rabbins se plaisaient à donner chacun leur explication. Qui est sauvé ? Cette question du « salut » est restée à travers les siècles un des sujets les plus débattus aussi dans l’Eglise. Elle fut pris comme cheval de bataille dans le plus grand schisme que l’Eglise est vécu : le protestantisme. Est-ce la foi seule qui sauve, ou une foi dont l’authenticité se vérifie par les œuvres ? C’est encore cette problématique qui est sous-jacente à la principale déviance qu’elle a subi en son sein : le jansénisme. Pour faire court, dans ce courant religieux, le salut dépendrait d’une forme de prédestination.

 

Vous avez entendu le caractère angoissant de la question d’ailleurs posée à Jésus : « N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? ». Certains le pensaient probablement. Et la réponse de Jésus en Matthieu 22, 14 semble aller même dans ce sens-là : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. ». Mais il faut toujours prendre la Parole de Dieu dans son ensemble et bien percevoir la cohérence de la Révélation et non mal interpréter une phrase sortie de son contexte.

 

Qu’affirme donc Jésus ici, dans l’Evangile de Luc, en réponse à la question angoissante du nombre des sauvés ?

 

Il annonce d’abord la seule condition pour entrer dans le royaume : être capable de passer par la porte ! « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. » Cela semble demander un effort… un travail personnel. L’image de la porte étroite est très suggestive : un obèse ou quelqu’un qui est encombré de paquets volumineux ne passe évidemment pas par une porte étroite… à moins de se décider à laisser ses paquets derrière lui ! Et tout est là, bien sûr. Qu’est-ce qui dans notre vie nous alourdit et nous empêche de passer la porte ?

 

A ses auditeurs qui sont des Juifs, il dit : « Vous vous mettrez à frapper à la porte, et vous direz : Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places. » En disant celà, il dénonce l’assurance de ses interlocuteurs, leur conviction que, de par leur naissance dans le peuple élu, ils ont droit au salut automatiquement ; la porte s’ouvrira pour eux toute grande. Et là, Jésus les détrompe, la porte est la même pour tout le monde. Et pourquoi ne seront-ils pas capables de la passer ? Jésus continue : « Le maître vous répondra : Je ne sais pas d'où vous êtes. Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal. ». Voilà ce qui empêchent ces juifs d’entrer dans le royaume de Dieu : ils sont convaincus d’avoir des droits, et tout simplement ils font le mal. Il ne vise probablement pas des mauvaises actions, mais simplement leur fermeture de cœur.

 

D’autre part, il évoque la grandeur de ce Royaume : il s’agit d’un festin, c’est-à-dire d’un très grand repas et non d’un petit barbecue entre copains qui se connaissent et se trouvent sympathiques.  Nombreux et très divers sont les invités à ce festin : ils viennent des quatre coins du monde et non plus seulement d’Israël, le peuple choisi en premier par Dieu.

 

Enfin, et là il est important de relever que Jésus n’est pas d’accord avec Laurent Voulzy, si tous sont appelés à y entrer dans le Paradis, tous n’y entreront pas. Que chacun de nous puisse se réjouir d’être appelé à participer dès aujourd’hui au festin des noces de l’Agneau et se demande s’il répond bien à l’amour par l’amour, à la gratuité de l’appel de Jésus par une grande gratitude à son égard.

 

Père Alexis de Brébisson

 

Fête du Saint Sacrement - Dimanche 23  juin 2019

 

Vous le savez, en l’absence de moyen de transport et de conservation, le pain c’est l’aliment le plus commode. A l’usage le mot « pain » en est même venu à désigner la nourriture de manière générale. Le pain tout seul, c’est aussi la nourriture du pauvre. Pour les juifs, ce pain est le symbole principal de la fête de Pâque. La matsah, le pain azyme. Sur la table sont placées trois galettes de ce pain. Ces trois pains, en renvoyant à des grandes figures de Patriarches, symbolisent la communion du peuple hébreu. Communier au Corps du Christ, c’est pour nous ainsi être unis les uns aux autres, au-delà du temps et de l’espace, au-delà de nos différences.

 

Deux de ces pains symbolisent aussi la Manne, la nourriture des Israélites au désert. Et la troisième matsah, celle du milieu, commémore la sortie d'Égypte. Dans le livre du Deutéronome nous lisons: « Tu mangeras des pains sans levain - du pain de misère, car c'est en hâte que tu es sorti du pays d'Égypte - pour te souvenir, tous les jours de ta vie, du jour où tu es sorti du pays d'Égypte. » (Dt 16,3). Symbole donc de pauvreté et de libération pour les juifs

 

Oui, ce pain est un pain de misère, un pain de pauvre. Or on le présente aussi comme le fruit de notre travail. A tort peut être, on l’imagine comme symbole de nos efforts et nos œuvres sources d’épanouissement et de liberté pour nous. Or c’est l’inverse : voyons-le d’abord comme le symbole de notre misère, nos œuvres jamais finies, de nos échecs, de nos esclavages ; et en raison de cette misère, de la liberté qui est le fruit de l’intervention de Dieu et non de nos propres efforts. Un jour j’avais demandé au papa boulanger d’un enfant du caté de me faire un grand pain rond pour une procession des offrandes. C’est vrai il était beau et bon même ! Mais symbolisait-il vraiment ce pain sans levain que Jésus prit pour faire son corps ? Je ne crois pas. Offrons aujourd’hui notre pain de misère, notre vie qui n’a jamais le temps de bien faire ou de tout faire, tel qu’elle est. C’est ce pain que le Seigneur choisit, qu’il veut sauver, qu’il veut transformer en sa personne, comme nous l’entendrons dans la prière eucharistique. C’est ce pain qui sera porté sur l’autel céleste, qui sera sanctifié, divinisé. Lui seul peut accomplir en nous cette œuvre de libération.

 

La tradition a développé deux manières de recevoir le corps du Christ. L’une comme l’autre, veulent favoriser l’intimité de cette communion avec le Christ et manifester la joie et le grand respect avec lequel nous voulons recevoir le Saint Sacrement, ainsi que notre foi en la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie.

 

Dans les noces juives, l’époux donne à manger à son épouse dans la bouche. Symbole de communion dans l’amour. Recevons ainsi si nous le souhaitons la communion dans la bouche : c’est votre époux le Christ, qui vient vous nourrir, vous donner sa vie en nourriture, s’unir à vous.

 

La tradition rapporte aussi cette belle manière de recevoir la communion dans la main. Ecoutons cette exhortation d’un Père de l’Eglise Saint Cyrille de Jérusalem (315-386) : « Lorsque tu t'avances, ne t'approches pas les mains grandes ouvertes, ni les doigts écartés ; mais avec ta main gauche, fais un trône pour la droite qui va recevoir le Roi. Reçois le corps du Christ dans le creux de ta main et réponds « amen ». Avec soin, sanctifies alors les yeux par le contact du corps sacré. Prends-le, veilles à n'en rien perdre. En effet si tu en perdais une parcelle ce serait comme si tu perdais l'un de tes membres ! Dis-moi, si on te donnait des paillettes d'or, est-ce que tu ne les garderais pas avec le plus grand soin, en veillant bien à ne pas en perdre, pour ne pas subir de dommage ! Ne dois-tu pas être plus attentif encore à ce qui est bien plus précieux que l'or et les pierres précieuses pour ne pas en laisser tomber une miette ? (…) Puis, en entendant la prière rends grâce à Dieu qui t'a jugé digne de si grands mystères.»

 P. Alexis de Brébisson

Fête de la sainte Trinité - Dimanche 16 juin 2019

 

J

 

e voudrais méditer aujourd’hui sur ce mystère de la Trinité qui nous habite. Le jour de notre baptême le prêtre a dit ou dira : “ Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ”. Voilà notre carte d’identité, voici l’énumération de notre famille. Depuis notre conception, nous sommes appelés à entrer dans la Trinité. Par notre baptême, nous sommes choisis par le Fils, saisis par l’Esprit-Saint, adoptés par le Père. Notre maison, notre famille c’est la Trinité. Nous devons donc y entrer et y demeurer. En nous créant, Dieu a pour but de nous introduire dans sa vie intime, dans son « chez soi », dans son intimité, dans sa vie trinitaire. Et la grâce reçue au baptême, déployée dans la confirmation, et rendue parfaite par la participation à l’Eucharistie, ne veut réaliser en nous rien d’autre que cela.

 

Que sont donc toutes les œuvres personnelles, mais aussi tous les bouleversements du monde, plus encore toute la réalité du mal, face à ce trésor, à cet appel à l’intimité divine, à la vie trinitaire ? Peut-être que certains trouveront cela trop “ mystique ” et irréel. Mais Non ! Le réel est là ! La Trinité n’est pas de l’imaginaire, non, c’est du réel éternel. Dieu nous a créés pour son éternité, pour sa joie, afin de nous aimer chacun comme il aime son Fils, comme il aime son Esprit Saint. Toutes les choses terrestres, toutes les choses naturelles, tous les bouleversements ne sont rien en comparaison de cela ! La paix que nous cherchons chacun de nous, elle est là, dans la tranquillité de cette relation à Dieu qui seule comblera notre solitude, elle est là dans notre marche avec Dieu, et lorsque nous nous trouverons enfin pleinement chez lui, en lui. La voilà, la paix véritable au-delà de tout. Y en a-t-il une autre ici-bas ? Je sais que non.

 

Et la sainteté chrétienne c’est cela seulement : la communion à Dieu, demeurer dans la Trinité. Et cette unique sainteté, elle est indépendante de toutes les perfections naturelles, sensibles, intellectuelles ou même de toutes les perfections d’ordre moral. La perfection pour nous, la perfection chrétienne, c’est d’atteindre Dieu.

 

Pour nous donner envie de marcher vers cela, pour nous aider à comprendre un peu ce mystère trinitaire que nous devons faire nôtre, je vous invite à recevoir le témoignage de Thérèse d’Avila, réformatrice de l’Ordre du Carmel. Elle fut favorisée durant sa vie de visions extraordinaires de la sainte Trinité. Il n’y a rien à envier à cela. Ces lumières reçues elles sont pour nous et non pour elle. Écoutons-là :

 

Le mardi après l'Ascension, je restai un instant en oraison, au sortir de la communion que j'avais faite avec difficulté... et je me plaignais au Seigneur de notre pauvre nature. Soudain, mon âme commença à s'enflammer. Je croyais véritablement avoir une vision de la présence en moi de la sainte Trinité. Il fut donné à mon âme, par une certaine représentation ou image de la vérité, de voir, autant du moins que ma faiblesse en était capable, comment il y a trois personnes en un seul Dieu. Il me  semblait que ces trois personnes me parlaient, qu'elles se reproduisaient distinctement au dedans de mon âme.

 

D’ailleurs cette vision, n’est pas passagère. Voici qu’elle continue plusieurs jours :

 

Il me parut que, semblable à une éponge toute pénétrée et imbibée d'eau, mon âme était imprégnée de la Divinité, et que d'une certaine manière, elle était comblée vraiment par la présence des trois personnes et les possédait en elle. J'entendis alors cette parole : « Ne songe pas à me renfermer en toi, mais à te renfermer en moi ». Il me semblait que les trois Personnes divines étaient au dedans de mon âme ; je les voyais se communiquer à chacune des créatures, sans exception, tout en demeurant en moi.

 

Et bien cette expérience faite par Thérèse d’Avila, sachez qu’elle est faite pour chacun. Dieu veut se communiquer à toutes les créatures. C’est Jésus dans les Évangiles qui le dit : il viendra lui-même avec le Père et le Saint-Esprit habiter dans l'âme qui l'aime et qui garde ses commandements....

 

Oui, la Trinité est présente en nous depuis le jour de notre baptême. Et nous sommes appelés à demeurer en elle chaque jour de plus en plus : « Ne songe pas à me renfermer en toi, mais à te renfermer en moi ». Soyons sûrs que c’est là que nous trouverons notre seul paix sur terre, notre seule source d’énergie pour transformer le monde.                                           Père Alexis de Brébisson

 

 

 

7ème Dimanche du temps Pascal 2 juin 2019 – Année C

 


 

« Que tous, ils soient un »

 

 

 

Le désir du Christ est le désir de Dieu, la prière du Christ est la prière de Dieu. C’est donc la prière qui est toujours exaucée. Jésus qui s’est incarné prie pour que nous soyons divinisés : « pour qu’ils soient un comme nous sommes un, (...) pour qu’ils aient en eux l’amour dont tu m’as aimé ». Que les disciples du Christ soient un comme Dieu est un, que les disciples du Christ vivent de l’amour de Dieu : tel est le désir et la prière du Christ.

 

Le Père a répondu à sa prière : l’homme blessé par le péché a non seulement été sauvé mais plus encore il a été introduit dans la gloire de la Trinité. L’homme... et tout d’abord une femme : Marie, la première des rachetés. Femme ainsi pleinement accomplie car pleinement unie à Dieu, dans tout son être. Unis à son Fils elle s’unit aussi à sa prière, à son désir que tous soient un.

 

 

 

A sa suite, une multitude d’hommes et de femmes ont accueilli la parole et cru dans le Christ : leur unité est témoignage pour le monde. Ils sont le Corps du Christ. Le désir et la prière de Jésus sont devenus leur désir et leur prière. Celle qui est toujours exaucée.

 

Thérèse de l’Enfant Jésus a reconnu la puissance de l’amour de Dieu. Avec la simplicité d’un enfant elle aussi s’est appropriée cette prière du Christ : « ’’Tout ce qui est à moi est à toi’’ : vos paroles, ô Jésus sont donc à moi (...) lorsque je dis que, où je serai, je désire que ceux qui m’ont été donnés par vous y soient aussi, (...) je veux demander simplement qu’un jour nous soyons tous réunis dans votre beau Ciel ».

 

 

 

Et nous aujourd’hui, sommes nous unis au désir et à la prière du Christ ? Désirons nous que ceux qui nous sont proches par la vie, que l’être cher que nous avons perdu, les enfants qui nous ont été donnés, nos frères et sœurs dans le Christ  et tous les hommes, désirons-nous que l’amour de Dieu soient en eux ? désirons-nous que tous ensemble nous ne fassions plus qu’un dans le Christ ?

 

 

 

Si nous avons été touché un jour par Dieu, si nous avons perçu, un tant soit peu, l’amour infini qu’il veut nous donner, il naît en nous le désir que cet amour soit connu et aimé. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aimer et faire aimer l’amour. L’amour fait alors délirer... il nous pousse à prier, des heures durant, il nous invite à annoncer le Christ à temps et à contre temps, il nous conduit à nous donner sans relâche dans notre devoir d’état, dans notre vie de famille.      

 

                                                                                                                                    Père Alexis de Brébisson

 

 

 

 

 

Homélie 6e dimanche du temps pascal année C

 

Aujourd’hui Jésus répond à une question bien légitime de Jude que nous pouvons nous poser encore  aujourd’hui : « Seigneur, comment se fait-il que tu aies à te manifester à nous et non pas au monde ? ». Comment se fait que Jésus ne se manifeste pas de manière « explicite » à tous ? Cela serait tellement plus facile pour remplir les églises ! La réponse est subtile et pleine de vérité. Elle confirme une chose que chacun de nous expérimentons quotidiennement : à quoi bon raconter sa vie à quelqu’un qui n’a pas envie de nous écouter ? Si la porte du coeur est fermée, il est évident qu’il n’est pas possible à celui qui y frappe de son montrer. A l’inverse : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Seul l’amour permet une manifestation de la divinité. Mais de quel amour s’agit-il ? Cet amour va du disciple au Fils puis du Père et du Fils au disciple.

 

L’amour du disciple pour Jésus est-il à l’origine de l’amour du Père pour le disciple, de sa venue, de l’habitation en lui de Dieu ? Non, car cet amour du disciple que nous sommes est en fait déjà une réponse à l’amour du Père qui s’est manifesté en premier dans l’Incarnation. En effet l’évangéliste Jean le dit avant (ch. 3, 16) : l’Incarnation du Fils et son œuvre de Rédemption est la manifestation et la preuve de l’amour immense et éternel de Dieu pour le monde : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique,
pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. »

 

Le Père donne aux hommes ce qu’il a de plus cher, son Fils, son bien-aimé. L’amour de Dieu se manifeste donc par l’ampleur du don qu’il fait, par sa miséricorde. D’autre part la finalité de ce don est de sauver tous les hommes et de les conduire à participer à la vie même de Dieu. Pour cela il faut que chacun accepte cet amour de Dieu en accueillant le don qui lui est fait, c’est-à-dire en croyant en la personne du Verbe incarné, le Fils unique. Celui qui n’accueille pas ce don, aimant plus les ténèbres que la lumière, se condamne lui-même (Jn 3, 18-19). L’homme qui croit au Fils entre avec sa liberté dans le dialogue de l’amour. Dieu peut alors manifester complètement à cet individu son amour. Il s’agit de la communion d’amour que le Père veut établir avec celui qui a accueilli la parole du Christ. L’amour de l’homme pour le Christ attire l’amour du Père à se donner et se manifester totalement. Cette réponse permet ainsi au Père d’achever son œuvre d’amour en venant demeurer en lui. D’autre part l’amour toujours premier du Père provoque celui du Fils. Ils vont ensemble « rendre visible » leur amour en venant et en demeurant dans le disciple.

 

Jésus invite à une relation d’amour réciproque avec Dieu, il propose à l’homme de devenir son ami. L’utilisation du pronom indéfini (« si quelqu’un ») semble affirmer que tout homme peut devenir disciple du Fils et avoir part à sa vie et non pas seulement les fils d’Israël. Cette rencontre aura lieu « ce jour-là » (v. 20), à savoir le jour de la Résurrection, jour qui n’a pas de fin. Depuis cet événement de la Résurrection du Christ, tout homme peut devenir son disciple dès que lui est révélé ce mystère de l’amour. Cependant le Sauveur ne s’est pas encore manifesté à tous les hommes ensemble ni à chaque homme en particulier ; et il semble que tous ceux qui sont déjà ses disciples ne sont pas encore pleinement introduit à cette communion d’amour avec Dieu.

 

Jude cherche ensuite à comprendre pourquoi Jésus parle d’une manifestation aux disciples simplement et non pas au monde (v. 21). La manifestation annoncée par Jésus n’est pas non plus celle promise par l’apocalyptique juive pour la fin des temps à savoir une manifestation extérieure et glorieuse. Jésus, en répondant à la question de Jude, révèle au contraire qu’elle est toute intérieure : elle se réalise dans le cœur du croyant et consiste dans une communion d’amour. C’est donc, semble-t-il, à ceux qui l’ont déjà rencontré et qui ont répondu à son appel que le Christ s’adresse maintenant. C’est pourquoi cette exhortation concerne les disciples et non tout le « monde ». Le « monde » désigne ceux qui ne le connaissent pas encore et ceux qui, l’ayant connu, n’ont pas cru en lui. La communauté des croyants et le « monde » vont alors se distinguer par la connaissance ou non du Fils, d’où jaillit une communion de vie et d’amour avec le Père et le Fils. Mais cela ne doit pas s’entendre comme une distinction établie pour toujours. Celle-ci sous-entend et appelle au contraire une annonce de ce mystère d’amour à tout le monde, par ceux-là mêmes qui, ayant répondu à l’amour reçu gratuitement, sont déjà introduits dans la communion avec Dieu. En effet cette présence en eux du Père et du Fils, ainsi que de l’Esprit, transfigure leur façon d’être eux-mêmes présents dans le monde.

 

Père Alexis de Brébisson

 

5ème Dimanche de Pâques – 19 mai 2019 – Année C

 

C

 

es paroles sont issues du discours d’adieu de Jésus. C’est le début de ce discours que nous entendons ici. Judas vient de sortir pour aller le livrer. Dans peu de temps, Jésus va lui aussi sortir mais lui, pour aller prier ; il invitera ses disciples à le suivre.

 

Ce discours d’adieu ressemble à un discours d’adieu comme on peut en trouver déjà dans l’Ancien Testament, fait par de grands personnages : par exemple Moïse, contemplant la terre promise, donna avant de mourir ses instructions à Josué afin qu’il prenne sa succession et afin que le peuple de Dieu persévère dans l’Alliance.

 

De même Jésus annonce son départ qui est en même temps, non une fin, mais une glorification. Puis il leur donne pour mission de continuer son œuvre, une œuvre d’amour :

 

« Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

 

Pourquoi ce commandement est nouveau ? Ne se trouvait-il pas déjà dans l’Ancien Testament ? Ce qui est nouveau, c’est d’aimer comme lui, mais non pas seulement à sa manière, c’est-à-dire au point d’être prêt à donner sa vie, en refusant toute puissance, toute domination, toute violence ; ce qui est nouveau, c’est encore plus que cela, c’est d’aimer vraiment comme lui, c’est-à-dire en étant complètement guidé par son Esprit.

 

En effet le Christ, tout en affirmant son départ, révèle qu’il devient ainsi « le chemin » (Jn 14, 6) permettant ainsi l’accès au Père (v. 9). Il promet aussi à ses disciples de revenir à eux d’une manière beaucoup plus profonde (v. 18). Il promet d’envoyer son Esprit. Celui-ci ne succède pas au Fils comme Josué à Moïse mais il vient dans le croyant réaliser l’union avec le Père et le Fils de manière beaucoup plus vraie et réelle que la simple présence extérieure (v. 16).

 

Ainsi, non seulement nous pouvons aimer comme Jésus, ayant comme lui, l’Esprit de Dieu. Mais plus encore Jésus affirme qu’il va poursuivre son œuvre à travers les croyants : en effet le disciple, uni au Christ, est appelé à faire les œuvres du Fils et même de plus grandes encore (v. 12-14).

 

D’ailleurs, dans l’Ancien-Testament, toute mission confiée est déjà suivie de l’assurance de la présence de Dieu ; ici aussi les croyants, ayant part à la mission du Fils, reçoivent de celui-ci l’assurance de sa présence en eux (v. 15-26). La réalité et la nécessité de cette union entre le Christ et ses disciples sont  affirmées aussi par la réciproque : comme le Fils est dans le Père et peut ainsi accomplir l’œuvre qu’il lui est donnée à faire (v. 10), le disciple est appelé à demeurer dans le Fils pour accomplir son œuvre (v. 20). Jésus et le Père vont alors venir d’une façon toute nouvelle dans le croyant : ils vont faire de lui leur demeure (v. 23).

 

La suite de ce discours d’adieu résumera cette idée à travers l’allégorie de la Vigne. Comme le sarment est lié au cep, ainsi nous-mêmes nous ne pouvons rien faire en dehors de Jésus.

 

Avons-nous conscience de devoir placer ce commandement nouveau de l’amour au cœur de notre devoir d’état, de nos relations, de nos choix politiques ?

 

Oh oui dirais-je, je sais que comme chrétien je suis appelé à aimer les autres. Rien de faux dans cela. Mais cela est incomplet. La nouveauté de ce commandement du Christ est d’aimer « comme lui » : au cœur de ma vie d’amour, est-ce que je comprends que je ne peux rien faire sans être branché sur lui, accroché à Dieu, sous l’influence de l’Esprit-Saint ? Un évêque nous disait un jour alors que j’étais séminariste pendant mon service militaire : « attention ce n’est pas par l’excellence de votre travail que vous porterez témoignage du Christ, mais par le fait que vous avez besoin de Dieu au cœur même de votre travail. »

 

Le Christ nous le dit : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres ». Oui, vraiment, que notre témoignage renvoie au Christ qui seul peut nous permettre de vivre d’amour.

 

                                   Père Alexis de Brébisson

 

4ème Dimanche de Pâques – 12 mai 2019 – Année C

 

 

 

C

 

’est à la suite de la guérison de l’aveugle né que Jésus se présente comme le bon Pasteur. Devant lui une foule l’écoute avec aussi dedans des contradicteurs. Mais il n’y a en lui que de l’amour, un amour qui pardonne et qui sauve, qui console et relève. Un amour immense et pourtant rejeté par une grande partie de ce peuple, pourtant préparé depuis des siècles à accueillir le Messie. Les foules viennent l’écouter. Elles ont même du mal à le quitter le soir. Une partie du peuple élu reçut vraiment Jésus comme le Messie. Mais peu parmi les autorités, arrivant même à retourner le peuple contre lui. Mais nous savons que Dieu va profiter du rejet pour accomplir son œuvre de salut et répandre l’Evangile sur toute la terre. La persécution des premiers chrétiens fut l’origine de leur départ dans tous les pays autour de la méditerranée. Cependant, même conscient de cela, une des plus grandes souffrances du Christ fut sûrement de voir ce rejet de son amour. Comment puisse être le cas ? comme se fait-il que l’on puisse rejeter l’amour du Christ ? Aujourd’hui comme hier ? Cela est dû sûrement chez nous à une crise de transmission, crise de la pratique, crise de confiance envers l’Eglise. Mais au-delà de ces raisons, il y en a une plus grande. Beaucoup d’hommes ne connaissent pas l’amour du Christ. Ils pensent que la foi est une question d’idées. Ils ne savent pas qu’il s’agit d’abord d’une histoire d’amour entre eux et Dieu, entre Jésus et nous. « Voici mon amour, donnez-moi mon amour » criait Saint Philippe Neri le jour de sa mort quand l’Eucharistie lui fut donnée. L’amour du Christ, voilà ce qui a motivé tous les saints depuis 2000 ans et motivera les saints à venir. L’amour du christ n’est pas encore connu. Ce que le Christ a fait pour nous est immense. Il a sauvé toute l’humanité du péché. Chacun de nous. « Je donne ma vie pour mes brebis ». Il nous aime avec des actes. « Qu’est-ce que signifie aimer ? ». Un garçon de 7 ans répondit : « Aimer ? C’est être là. ». Jésus est venu pour être là. Il y a 2000 ans. Aujourd’hui dans l’Eucharistie. Être Dieu et venir s’assujettir à la condition humaine. Parce qu’il nous aime et ne veut plus que nous dérivions vers le vide. Il est là,  pardonnant les péchés, prêchant la bonne parole, guérissant les malades. Voilà l’amour du Christ. Il sera encore plus beau dans son silence et son amour face à ceux qui lui cracheront au visage. Il le sera au maximum sur la croix pardonnant à ceux qui « ne savent pas ce qu’ils font ».

 

Il nous aime encore aujourd’hui plus que tout. A la folie. Donnant sa vie, dans l’Eucharistie, dans l’Eglise. L’amour de Dieu pour les hommes, passe en particulier à travers les prêtres. C’est la journée pour le dire. C’est par le prêtre que la grâce de Dieu vient dans le monde. En cette journée du Bon Pasteur priez pour les prêtres qui vous donnent la vie divine. Ayez conscience de la grandeur du prêtre malgré toute sa faiblesse. Priez pour que des jeunes entendent cet appel.

 

Paroles du Curé d’Ars :

 

« Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

 

« Le prêtre n’est pas prêtre pour lui, il l est pour vous. »

 

« Allez vous confesser à la Sainte Vierge ou à un ange. Vous absoudront-ils ? Vous donneront-ils le corps et le sang de notre Seigneur ? Non, la Sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin Fils dans l’hostie. Vous auriez deux cents anges là, qu’ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre, tant simple qu’il soit, le peut. Il peut vous dire : Allez en paix, je vous pardonne. »

 

« Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! »

 

                       

 

Père Alexis de Brébisson

 

3ème Dimanche de Pâques – 5 mai 2019 – Année C

 

Q

 

ue s’est-il passé après la résurrection du Christ ? La vie a repris son cours. A Jérusalem et ailleurs. Les apôtres ainsi repartent à leur travail. Certains comme pécheurs. Tout en se regroupant chaque jour pour prier autour de Marie. Pierre entraîne les autres à pËcher. On voit là son charisme de chef. Quelque soit le reniement qu’il a eu. Tout le monde comme lui peut tomber. Nous condamnons trop vite les plus grands quand ils tombent. Je suis toujours surpris par la force des condamnation des médias. Mais ils sont des hommes sujets à des défaillances dont nous sommes tous capables. « La mesure dont vous vous servirez pour juger les autres servira aussi pour vous ».

 

Montons donc dans la barque avec Pierre. Thomas est là et d’autres. Ils sont 7, chiffre parfait, symbole aussi de communion entre eux. On jette les filets. Longue et dure nuit de la pêche. Nuit de l’attente et de la confiance. L’aube point son nez. Le filet est levé, trop facilement car la pêche est mauvaise. Pas de récrimination. Non comme nous dès que cela ne va pas. Ils savent qu’ils ne sont pas les maîtres des fonds marins.

 

Quand tout d’un coup, le voici notre Dieu, avec son Corps glorieux, qui les interpelle du rivage. Avec tant de tendresse : « Mes enfants ». Il leur demande ce qu’ils n’ont pas, du poisson, pour nous pousser à le lui demander. « Jetez le filet à droite ». Ces pêcheurs, spécialistes du lac, qui n’ont pas reconnu Jésus en cet homme, font pourtant confiance à cet inconnu. La pêche est fructueuse. 

 

« C’est le Seigneur ! » : la foi de St Jean est toujours la première. Pierre se jette à l’eau : c’est l’ardeur du chef. Jésus, lui, a préparé un feu avec du pain et du poisson. Le Christ a préparé le repas des apôtres, portant attention à ses amis, revêtant le rôle de cuisinier, ne restant pas sur le seul rivage de sa transcendance.

 

J’imagine les apôtres contemplant tout autant la présence du ressuscité que les poissons en grand nombre, se pinçant car ils pensent rêver. Mais le maître les rappelle à la réalité : « allez mes enfants ! venez déjeuner ! » Quelle délicatesse, qui ne peut être que celle d’un Dieu incarné, d’un Père au cœur de Mère, d’un Fils bien aimé du Père, témoignant d’un amour immense et délicat. Ce dernier repas nous rappelle le premier repas aux noces de Cana où Jésus avait déjà manifesté son attention et sa proximité à tous. Et tant d’autres repas. Celui de la Cène bien sûr aussi. Le repas, lieu d’une manifestation de l’amour.

 

Quelle importance des repas familiaux, celui du dimanche en particulier après la messe. Mais c’est tous les jours que les repas doivent être pris ensemble. Dans un repas, il y a tout l’amour de la personne qui l’a préparé. Même si les hommes sont souvent, quand ils s’y mettent, de bons cuisiniers, nous savons combien les femmes nous montrent là une leçon d’attention et d’amour. Dans le manger, il y a son amour. Et quand le plat arrive sur la table, on la regarde et on lui dit : « Oh que c’est bon, oh maman que tu es forte ! ». Et la femme est heureuse d’avoir rendu heureux. L’amour est toujours fait de mille attentions. Quelle importance que les repas. C’est être ensemble. Essayer de s’aimer en oubliant ce qui divise, grâce au même plat que l’on savoure…

 

Les apôtres invitent chacun de nous et l’Eglise ainsi par leur exemple à vivre unis et à cesser de juger les autres à l’emporte-pièce. A assumer les apparents échecs en croyant toujours qu’ils ont leurs raisons et peuvent être source de fécondité. A être attentif et à écouter des voix qui ne viennent pas seulement de nos rivages. A croire de toute notre force que Jésus nous aime comme un Père avec un cœur de mère et que son rôle n’est pas de nous dominer mais de nous servir. Enfin ils nous appellent à vivre aujourd’hui ensemble un bon repas où tout le monde se sentira aimé et heureux. En atttendant ce moment offrons à Jésus ce pain et ce vin fruits de notre pauvre travail. Il va le transcender !                                 

 

Père Alexis de Brébisson

 

Dimanche de Pâques – 21 avril 2019 

 

P

 

endant ces derniers jours, nous avons vécu les heures au cours desquelles triomphait la puissance des ténèbres. Par un dessein mystérieux de Dieu, le ciel avait laissé en quelque sorte toute liberté au prince de ce monde, le diable, d'user de sa puissance pour s'acharner sur celui qui était venu ici-bas enlever le péché du monde ; il  était  ainsi  devenu,  pour  l'instant,  comme  le grand coupable,  qui portait le péché comme un manteau et en prenait la responsabilité devant Dieu et devant les hommes. Nous avons vu ces puissances du mal s'acharner sur le Christ Jésus, livrer cette bataille spirituelle au jardin de Gethsémani, et accumuler contre lui les ténèbres, la haine qui opérait en lui son œuvre de destruction et de mort. Nous l'avons vu mourir sur la croix. C'était l'heure de la puissance des ténèbres, l'heure de leur triomphe passager.

 

Dans notre vie aussi, nous l’avons vu, ces puissances des ténèbres ont voulu déjà à maintes reprises exercer sur nous leur pouvoir, nous conduire à commettre le péché, nous pousser à la rupture avec l’amour, en sa source qui est Dieu. Et si nous refusions de nous laisser induire en erreur, de nous couper de la sainte et divine volonté qui est charité, le diable semblait prendre un malin plaisir à nous faire souffrir, à nous accabler de malheur alors même que nous étions fidèles. Et Dieu semblait dans notre vie accepter que nous soyons ainsi tentés par le mal, que nous nous  laissions séduire par lui, ou que nous soyons accablés par la souffrance.

 

Mais ce matin, alleluia !, nous assistons en Jésus au triomphe de la Vie. La vie divine en elle-même n'a pas été atteinte ; seule la vie mortelle, la vie corporelle de Jésus est tombée sous les coups. Son corps et son âme se sont séparés, sa vie temporelle a disparu pour un instant. Mais ce corps est resté le corps du Fils de Dieu, tout animé intérieurement par la divinité, le corps de la deuxième Personne de la Sainte Trinité ; et l'âme aussi restait pleine de cette divinité.

 

Par un dessein mystérieux et incompréhensible, Dieu a voulu cette souffrance et cette mort, pour nous montrer l'œuvre du péché. Il l'a voulue surtout pour assurer d'une façon éclatante le triomphe de la Vie, celui auquel nous assistons aujourd'hui.

 

Mais ce matin, alleluia !, nous assistons en nous à ce triomphe de la Vie. La vie de la grâce en nous, reçue le jour de notre baptême n’a pas été atteinte ; seule notre vie humaine a été affaiblie par la souffrance et défigurée par le péché. Peut être avons-nous été pendant un temps coupés de la source qui alimentait notre vie d’enfant de Dieu. Mais nous sommes restés les bien-aimés du Seigneur. Et aujourd’hui nous revenons à la vie.

 

Par un dessein mystérieux et incompréhensible, Dieu a voulu cette souffrance et même cett histoire en nous dramatique du péché, pour nous permettre ce matin de recevoir en pleine lumière l’évidence de son amour et sa vérité qui éclate dans le mystère de la Résurrection du Christ.

 

Qu'est cette fête de Pâques ? Pourquoi l'Église met-elle sur nos lèvres le chant répété de l'Alleluia ? C'est pour chanter le triomphe de la vie de Dieu, le triomphe pascal. En effet, la vie triomphe en Jésus : il sort du tombeau, son âme, son corps lui-même sont glorifiés. Ils seront désormais toujours glorifiés car le Christ ressuscité ne meurt plus.

 

Qu’est cette fête de Pâques ? C’est le triomphe de la vie de Dieu en nous. Le Seigneur nous guérit de la lèpres du péché, il ôte le poids de la souffrance qui chargeait nos épaules, il nous redonne la liberté et la joie des enfants de Dieu. Avec toute l’Église, louons le Seigneur et rendons-lui gloire à jamais !

 

Père Alexis de Brébisson

 

5ème Dimanche de Pâques – 19 mai 2019 – Année C

 

C

 

es paroles sont issues du discours d’adieu de Jésus. C’est le début de ce discours que nous entendons ici. Judas vient de sortir pour aller le livrer. Dans peu de temps, Jésus va lui aussi sortir mais lui, pour aller prier ; il invitera ses disciples à le suivre.

 

Ce discours d’adieu ressemble à un discours d’adieu comme on peut en trouver déjà dans l’Ancien Testament, fait par de grands personnages : par exemple Moïse, contemplant la terre promise, donna avant de mourir ses instructions à Josué afin qu’il prenne sa succession et afin que le peuple de Dieu persévère dans l’Alliance.

 

De même Jésus annonce son départ qui est en même temps, non une fin, mais une glorification. Puis il leur donne pour mission de continuer son œuvre, une œuvre d’amour :

 

« Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

 

Pourquoi ce commandement est nouveau ? Ne se trouvait-il pas déjà dans l’Ancien Testament ? Ce qui est nouveau, c’est d’aimer comme lui, mais non pas seulement à sa manière, c’est-à-dire au point d’être prêt à donner sa vie, en refusant toute puissance, toute domination, toute violence ; ce qui est nouveau, c’est encore plus que cela, c’est d’aimer vraiment comme lui, c’est-à-dire en étant complètement guidé par son Esprit.

 

En effet le Christ, tout en affirmant son départ, révèle qu’il devient ainsi « le chemin » (Jn 14, 6) permettant ainsi l’accès au Père (v. 9). Il promet aussi à ses disciples de revenir à eux d’une manière beaucoup plus profonde (v. 18). Il promet d’envoyer son Esprit. Celui-ci ne succède pas au Fils comme Josué à Moïse mais il vient dans le croyant réaliser l’union avec le Père et le Fils de manière beaucoup plus vraie et réelle que la simple présence extérieure (v. 16).

 

Ainsi, non seulement nous pouvons aimer comme Jésus, ayant comme lui, l’Esprit de Dieu. Mais plus encore Jésus affirme qu’il va poursuivre son œuvre à travers les croyants : en effet le disciple, uni au Christ, est appelé à faire les œuvres du Fils et même de plus grandes encore (v. 12-14).

 

D’ailleurs, dans l’Ancien-Testament, toute mission confiée est déjà suivie de l’assurance de la présence de Dieu ; ici aussi les croyants, ayant part à la mission du Fils, reçoivent de celui-ci l’assurance de sa présence en eux (v. 15-26). La réalité et la nécessité de cette union entre le Christ et ses disciples sont  affirmées aussi par la réciproque : comme le Fils est dans le Père et peut ainsi accomplir l’œuvre qu’il lui est donnée à faire (v. 10), le disciple est appelé à demeurer dans le Fils pour accomplir son œuvre (v. 20). Jésus et le Père vont alors venir d’une façon toute nouvelle dans le croyant : ils vont faire de lui leur demeure (v. 23).

 

La suite de ce discours d’adieu résumera cette idée à travers l’allégorie de la Vigne. Comme le sarment est lié au cep, ainsi nous-mêmes nous ne pouvons rien faire en dehors de Jésus.

 

Avons-nous conscience de devoir placer ce commandement nouveau de l’amour au cœur de notre devoir d’état, de nos relations, de nos choix politiques ?

 

Oh oui dirais-je, je sais que comme chrétien je suis appelé à aimer les autres. Rien de faux dans cela. Mais cela est incomplet. La nouveauté de ce commandement du Christ est d’aimer « comme lui » : au cœur de ma vie d’amour, est-ce que je comprends que je ne peux rien faire sans être branché sur lui, accroché à Dieu, sous l’influence de l’Esprit-Saint ? Un évêque nous disait un jour alors que j’étais séminariste pendant mon service militaire : « attention ce n’est pas par l’excellence de votre travail que vous porterez témoignage du Christ, mais par le fait que vous avez besoin de Dieu au cœur même de votre travail. »

 

e Christ nous le dit : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres ». Oui, vraiment, que notre témoignage renvoie au Christ qui seul peut nous permettre de vivre d’amour.

 

                                   Père Alexis de Brébisson

 

3ème Dimanche de Pâques – 5 mai 2019 – Année C

 

Q

 

ue s’est-il passé après la résurrection du Christ ? La vie a repris son cours. A Jérusalem et ailleurs. Les apôtres ainsi repartent à leur travail. Certains comme pécheurs. Tout en se regroupant chaque jour pour prier autour de Marie. Pierre entraîne les autres à pËcher. On voit là son charisme de chef. Quelque soit le reniement qu’il a eu. Tout le monde comme lui peut tomber. Nous condamnons trop vite les plus grands quand ils tombent. Je suis toujours surpris par la force des condamnation des médias. Mais ils sont des hommes sujets à des défaillances dont nous sommes tous capables. « La mesure dont vous vous servirez pour juger les autres servira aussi pour vous ».

 

Montons donc dans la barque avec Pierre. Thomas est là et d’autres. Ils sont 7, chiffre parfait, symbole aussi de communion entre eux. On jette les filets. Longue et dure nuit de la pêche. Nuit de l’attente et de la confiance. L’aube point son nez. Le filet est levé, trop facilement car la pêche est mauvaise. Pas de récrimination. Non comme nous dès que cela ne va pas. Ils savent qu’ils ne sont pas les maîtres des fonds marins.

 

Quand tout d’un coup, le voici notre Dieu, avec son Corps glorieux, qui les interpelle du rivage. Avec tant de tendresse : « Mes enfants ». Il leur demande ce qu’ils n’ont pas, du poisson, pour nous pousser à le lui demander. « Jetez le filet à droite ». Ces pêcheurs, spécialistes du lac, qui n’ont pas reconnu Jésus en cet homme, font pourtant confiance à cet inconnu. La pêche est fructueuse. 

 

« C’est le Seigneur ! » : la foi de St Jean est toujours la première. Pierre se jette à l’eau : c’est l’ardeur du chef. Jésus, lui, a préparé un feu avec du pain et du poisson. Le Christ a préparé le repas des apôtres, portant attention à ses amis, revêtant le rôle de cuisinier, ne restant pas sur le seul rivage de sa transcendance.

 

J’imagine les apôtres contemplant tout autant la présence du ressuscité que les poissons en grand nombre, se pinçant car ils pensent rêver. Mais le maître les rappelle à la réalité : « allez mes enfants ! venez déjeuner ! » Quelle délicatesse, qui ne peut être que celle d’un Dieu incarné, d’un Père au cœur de Mère, d’un Fils bien aimé du Père, témoignant d’un amour immense et délicat. Ce dernier repas nous rappelle le premier repas aux noces de Cana où Jésus avait déjà manifesté son attention et sa proximité à tous. Et tant d’autres repas. Celui de la Cène bien sûr aussi. Le repas, lieu d’une manifestation de l’amour.

 

Quelle importance des repas familiaux, celui du dimanche en particulier après la messe. Mais c’est tous les jours que les repas doivent être pris ensemble. Dans un repas, il y a tout l’amour de la personne qui l’a préparé. Même si les hommes sont souvent, quand ils s’y mettent, de bons cuisiniers, nous savons combien les femmes nous montrent là une leçon d’attention et d’amour. Dans le manger, il y a son amour. Et quand le plat arrive sur la table, on la regarde et on lui dit : « Oh que c’est bon, oh maman que tu es forte ! ». Et la femme est heureuse d’avoir rendu heureux. L’amour est toujours fait de mille attentions. Quelle importance que les repas. C’est être ensemble. Essayer de s’aimer en oubliant ce qui divise, grâce au même plat que l’on savoure…

 

Les apôtres invitent chacun de nous et l’Eglise ainsi par leur exemple à vivre unis et à cesser de juger les autres à l’emporte-pièce. A assumer les apparents échecs en croyant toujours qu’ils ont leurs raisons et peuvent être source de fécondité. A être attentif et à écouter des voix qui ne viennent pas seulement de nos rivages. A croire de toute notre force que Jésus nous aime comme un Père avec un cœur de mère et que son rôle n’est pas de nous dominer mais de nous servir. Enfin ils nous appellent à vivre aujourd’hui ensemble un bon repas où tout le monde se sentira aimé et heureux. En atttendant ce moment offrons à Jésus ce pain et ce vin fruits de notre pauvre travail. Il va le transcender !                                 

 

Père Alexis de Brébisson

 

Dimanche des Rameaux – 14 avril 2019    

 

 

 

V

 

ous êtes venus chercher ce rameau béni que vous placerez tout à l’heure délicatement entre les bras de Jésus au sommet de votre crucifix, mais plus encore vous êtes venus acclamer ce messie. Vous êtes venus manifester votre attachement au Christ, votre désir qu’il règne dans votre vie, dans votre famille, que son amour imprègne toutes les réalités de votre existence. Comme cette foule à l’entrée de Jérusalem, vous êtes prêts à mettre votre foi dans cet homme dont les paroles et les œuvres manifestent l’origine divine.

 

Or, nous venons de l’entendre, c’est cette même foule qui va permettre la condamnation de Jésus et le conduire sur le Golgotha. Or nous le savons, nous aussi, nous sommes capables du pire, de mener souvent notre prochain, parfois même celui que nous aimions le plus, par notre attitude, sur le chemin de la croix. Triste réalité que ce cœur de l’homme compliqué et malade, capable du pire et désireux cependant du meilleur !

 

Le supérieur des dominicains de Paris, à la sortie de la guerre de 39-45, apprenant l’horreur des camps d’extermination, avait réuni les jeunes frères de son couvent afin de leur poser la question suivante : croyez-vous que vous puissiez faire autant de mal qu’Hitler ? Et avant de leur laisser le temps de répondre, il leur dit : si vous répondez que vous n’auriez jamais pu faire ce qu’il a fait, c’est que vous n’avez encore jamais rien compris à la nature humaine, toujours capable du pire en raison du péché qui l’abime en profondeur.

 

Combien moi-même comme prêtre, je dois rester humble, lorsque j’entends aujourd’hui le déchainement médiatique, vis-à-vis des prêtres accusés de pédophilie. Ne serais-je pas, moi aussi, capable du pire ? Combien je dois ne pas me reposer sur mes propres forces, mais comme le malfaiteur, implorer à chaque instant, et dès maintenant, au Christ de se souvenir de moi quand il sera dans son Royaume.

 

Oui tout homme, moi le premier, est capable, comme cette foule, d’exalter son héros et de le tuer deux jours après, l’homme est capable, comme Pierre, de prêter fidélité par amour au Christ, et de l’abandonner dans les heures qui suivent.

 

Je vous invite cette semaine à vous identifier à ce malfaiteur qui s’adresse à Jésus, crucifié à côté de lui. Reconnaissant sa faute, il n’hésite pas à s’en remettre à celui qui partage ses souffrances à côté de lui.

 

Ô grandeur du Christ ! Ô incroyable puissance de Jésus sur la croix ! Jésus répond à sa prière. Jésus exauce immédiatement sa demande : ce malfaiteur va entrer aujourd’hui même avec Jésus dans le Paradis. Cloué sur l’arbre de la croix, Jésus en fait l’arbre de la Vie, au centre du Paradis. Jésus fait de sa mort et de celle du malfaiteur, le passage à la vraie vie.

 

En déposant votre rameau sur la croix dans votre maison ou sur une tombe, demandez aussi au Seigneur, que toutes les croix, que tous les souffrances de votre vie et de notre monde, que tous les morts de notre temps deviennent, dès maintenant, aujourd’hui, par la puissance de son amour, arbre de vie et porte d’entrée dans le Paradis.

                                                                                  Père Alexis de Brébisson

5ème Dimanche de Carême – 7 avril 2019-Suite commentaire PGMR

 

De même, parce qu´on prenait conscience de la situation nouvelle du monde contemporain, il a semblé qu´on ne portait aucune atteinte au vénérable trésor de la tradition en modifiant certaines phrases empruntées à la plus ancienne tradition pour que leur style s´accorde mieux avec le langage théologique d´aujourd´hui et se rattache en vérité à la situation actuelle de la discipline dans l´Église. C´est pourquoi certaines expressions, concernant l´appréciation et l´usage des biens terrestres, ont été changées, ainsi que d’autres qui mettaient en relief une forme de pénitence extérieure propre à l´Église d’autres époques. Voilà comment les normes liturgiques du concile de Trente ont été, sur bien des points, complétées et parachevées par les normes du IIe concile du Vatican; celui-ci a conduit à son terme les efforts visant à rapprocher les fidèles de la liturgie, efforts entrepris pendant ces quatre siècles et surtout à une époque récente, grâce au zèle liturgique déployé par saint Pie X et ses successeurs.

 

Catéchèse du Pape François sur la liturgie (Mercredi 8 novembre 2017)

 

Il est fondamental pour nous chrétiens de bien comprendre la valeur et la signification de la Messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation avec Dieu. Nous ne pouvons oublier le grand nombre de chrétiens qui, dans le monde entier, en deux mille ans d’histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie; et ceux qui, aujourd’hui encore, risquent leur vie pour participer à la Messe du dimanche. En l’an 304, au cours des persécutions de Dioclétien, un groupe de chrétiens, d’Afrique du Nord, furent surpris alors qu’ils célébraient la Messe dans une maison et furent arrêtés. Le proconsul romain leur demanda, au cours de l’interrogatoire, pourquoi ils l’avaient fait, sachant que cela était absolument interdit. Et ils répondirent: «Nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche», ce qui voulait dire: si nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre, notre vie chrétienne mourrait.

 

En effet, Jésus dit à ses disciples: «Si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour» (Jn 6, 53-54). Ces chrétiens d’Afrique du Nord furent tués parce qu’ils célébraient l’Eucharistie. Ils ont laissé le témoignage que l’on peut renoncer à la vie terrestre pour l’Eucharistie, parce que celle-ci nous donne la vie éternelle, en nous faisant participer à la victoire du Christ sur la mort. Un témoignage qui nous interpelle tous et exige une réponse sur ce que signifie pour chacun de nous de participer au sacrifice de la Messe et de nous approcher de la Table du Seigneur. Cherchons-nous cette source « jaillissante d’eau vive» pour la vie éternelle? Qui fait de notre vie un sacrifice spirituel de louange et d’action de grâce et fait de nous un seul corps avec le Christ? Tel est le sens le plus profond de la sainte Eucharistie, qui signifie «action de grâce»: action de grâce à Dieu le Père, Fils et Saint-Esprit qui nous englobe et nous transforme dans sa communion d’amour.

 

(…) Le Concile Vatican II a été fortement animé par le désir de conduire les chrétiens à comprendre la grandeur de la foi et la beauté de la rencontre avec le Christ. Pour cette raison, il était nécessaire avant tout de réaliser, sous la direction de l’Esprit Saint, un renouveau adapté de la liturgie, parce que l’Eglise vit constamment d’elle et se renouvelle grâce à elle. (…)

 

L’Eucharistie est un événement merveilleux dans lequel Jésus Christ, notre vie, se fait présent. (…)

 

Il est très important de revenir aux fondements, de redécouvrir ce qui est l’essentiel, à travers ce que l’on touche et ce que l’on voit dans la célébration des sacrements. La question de l’apôtre saint Thomas (cf. Jn 20, 25), de pouvoir voir et toucher les blessures des clous dans le corps de Jésus, est le désir de pouvoir d’une certaine façon «toucher Dieu» pour y croire. Ce que saint Thomas demande au Seigneur est ce dont nous avons tous besoin: le voir, et le toucher pour le reconnaître. Les sacrements répondent à cette exigence humaine. Les sacrements, et la célébration eucharistique de façon particulière, sont les signes de l’amour de Dieu, les voies privilégiées pour le rencontrer

 

4ème Dimanche de Carême - 31 mars 2019-Suite commentaire PGMR

 

15. De la sorte, tandis que l´Église demeure fidèle à sa charge d’enseigner la vérité en gardant "ce qui est ancien", c´est-à-dire le dépôt de la Tradition, elle accomplit aussi son devoir d´examiner et d´adopter prudemment "ce qui est nouveau" (cf. Mt 13, 52). En effet, une partie du nouveau Missel rattache plus clairement les prières de l´Église aux besoins de notre temps; de ce genre relèvent principalement les messes rituelles et "pour intentions et circonstances diverses", dans lesquelles se combinent heureusement tradition et nouveauté. C´est pourquoi aussi, tandis que sont demeurées intactes beaucoup d´expressions puisées dans la plus antique tradition de l´Église, et rendues familières par le même Missel romain dans ses nombreuses éditions, beaucoup d´autres ont été adaptées aux exigences et aux conditions actuelles. D´autres, enfin, comme les oraisons pour l´Église, les laïcs, la sanctification du travail humain, la communauté de toutes les nations, et pour certains besoins propres à notre époque, ont été entièrement composées à neuf, en empruntant les pensées et souvent les termes mêmes aux récents documents conciliaires.

 

L’ancien et le neuf, la Tradition et la nouveauté. Savoir donner sa place à l’un et l’autre dans la liturgie en les harmonisant d’une manière heureuse n’est pas chose facile ! Ce n’est pas que les idées manquent pour le faire, parfois peut être les forces vives pour les réaliser. Mais en fait, tous les symboles dans la liturgie marquent les esprits en rapport avec leur passé, leur culture et peuvent choquer et rebuter alors même qu’ils ont mission de conduire vers Dieu et de nous manifester sa présence apaisante.

 

De la prudence ! Le texte le dit lui-même. Il en faut donc beaucoup quand on change quelque chose. Non pas simplement parce que l’assemblée peut avoir du mal à accepter un changement mais tout simplement parce que tout ce qui est nouveau n’est pas forcément bon. Je me souviens d’une messe dans un prieuré monastique où j’étais de passage avec deux amis : le prêtre avait pris une Prière Eucharistique qui avait été composée par je ne sais qui mais qui ne faisait pas parti des textes officiels proposés dans le Missel. Cette composition avait la bonne intention de se faire proche de la réalité humaine, mais elle était très loin de la Tradition de l’Eglise que l’on trouve dans toutes les Prières Eucharistiques, avec une invocation à l’Esprit-Saint, le fait de nommer la communion avec l’évêque du lieu, l’attention aux défunts, etc. L’un des jeunes présents, séminariste un peu « sérieux », avait été tellement choqué par cela qu’il avait préféré ne pas rester. L’Eglise est donc toujours très prudente pour que les nouvelles compositions sachent trouver ce juste équilibre entre « l’adaptation aux conditions actuelles » et la « Tradition ».

 

Qu’est-ce d’ailleurs que la « Tradition » ? Sujet vaste… On pourrait dire les coutumes, les habitudes, la manière de penser et d’exprimer la foi chrétienne en particulier dans la prière liturgique depuis les premiers chrétiens. On dit par exemple que la « Parole de Dieu », c’est « l’Ecriture lue dans la Tradition de l’Eglise ». Pour le dire autrement, pour comprendre un passage de la Bible, comme pour bien comprendre le contenu d’une célébration liturgique, il s’agit de se placer dans le contexte de la vie de l’Eglise depuis 2000 ans. Comment l’Eglise comprend et interprète depuis 2000 ans, telle ou telle affirmation de Jésus, c’est cela la Tradition. Comment l’Eglise fait sienne la prière du Christ et de ses disciples depuis 2000 ans, c’est cela la Tradition. D’où l’importance, dans toute office liturgique de savoir faire le lien entre « l’ancien » et le « nouveau ». On parle aussi « d’inculturation » dans notre époque de la liturgie que l’Eglise a vécu depuis 2000 ans. Plus encore, pour être vraiment fidèle à cette Tradition de l’Eglise, il s’agit non pas de conserver scrupuleusement les choses du passé mais de toujours se réformer pour s’adapter à son temps tout en gardant non seulement la substance de la foi mais aussi la mémoire du passé.

 

J’aime dans notre paroisse, je le dis encore une fois, cette chance de pouvoir dans les lieux où nous sommes et avec les talents que nous avons, vivre cette harmonie. Je souhaite que nous puissions continuer dans ce sens. C’est pour cela en particulier que, à Putanges, lorsque nous allons revenir à l’église St Pierre, je vais vous proposer, dans un premier temps, que, au cœur de nos célébrations, nous profitions du retable qui a été restauré. Je dirais donc la Prière Eucharistique tourné avec vous vers l’autel, c’est-à-dire « dos au peuple ». Il est important que vous compreniez qu’il ne s’agit pas d’un retour en arrière. Je vais pour cela inviter ceux qui le peuvent à échanger et partager ensemble sur le nouvel aménagement de l’église et ces questions de l’ancien et du nouveau. Ce sera le mardi 9 avril à 20h30 ou bien le mercredi 10 avril à 15h à la Maison Paroissiale de Putanges. Bienvenue à chacun.                                     Père Alexis de Brébisson

 

3ème Dimanche de Carême -24 mars 2019 - Suite commentaire PGMR

 

« Mais surtout, le IIe concile du Vatican, en conseillant "cette participation meilleure à la messe qui consiste en ce que les fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le Corps du Seigneur avec des pains consacrés à ce même sacrifice", a poussé à réaliser un autre souhait du concile de Trente, à savoir que, pour participer plus pleinement à l´Eucharistie, "les fidèles communient à chaque messe, non seulement par le désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l´Eucharistie".

 

14. Poussé par le même esprit et le même zèle pastoral, le IIe concile du Vatican a pu réexaminer ce que le concile de Trente avait statué au sujet de la communion sous les deux espèces. En effet, puisque aujourd´hui on ne met aucunement en doute les principes doctrinaux sur la pleine valeur de la communion, où l´Eucharistie est reçue sous la seule espèce du pain, il a permis de donner parfois la communion sous les deux espèces, parce que, alors, grâce à une présentation plus claire du signe sacramentel, on procure une occasion particulière de pénétrer plus profondément le mystère auquel participent les fidèles.

 

Pourquoi aujourd’hui encore si peu de chrétiens communient ? Ceux qui n’ont pas l’habitude de venir à la messe tous les dimanches ne se sentent-il pas "autorisés" à communier lorsqu’ils viennent ? Bien sûr aussi, parmi les "pratiquants régulier", certains ne communient pas en raison de leur état de vie marital. Pour d’auters c’est une difficulté tout simplement à s’approcher de Dieu qui leur semble « loin » d’eux. Ou on n’a pas pu se confesser depuis longtemps et la conscience de son péché est trop forte… Au-delà de toutes ces raisons, l’Eglise a toujours voulu favoriser depuis le Concile de Trente la communion des fidèles. L’habitude s’était perdue au Moyen-Age. Pour quelle raison ? Avec la généralisation de la pratique religieuse, la réception de la communion avait été cadrée pour veiller au sérieux de la démarche. En demandant la confession régulière pour pouvoir accéder au sacrement, cela a eu pour conséquence la raréfaction de la communion. Pour contrer cette fâcheuse situation, le Concile de Trente avait fait un vœu pieux… : « Le saint concile souhaiterait que les fidèles présents à chaque messe communient, non seulement par le désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l’eucharistie, qui leur ferait accueillir en plus grande abondance le fruit de ce très saint sacrifice ». Il ne fut pas vraiment entendu et les papes, les uns après les autres cherchèrent comment favoriser la communion des fidèles. Saint Pie X en 1905 en particulier insista sur l’importance de la communion fréquente : « l’Église désire que tous les fidèles s’approchent chaque jour de ce banquet céleste et en retire les effets plus abondants de sanctification ». On voit par exemple dans la vie carmélitaine de sainte Thérèse combien celle-ci, convaincu de son importance, "milita" pour pouvoir la recevoir le plus souvent possible. Il est probable que l’insistance de la contre-réforme sur la réalité de la présence réelle, l’influence aussi du Jansénisme, entraîna une mise à distance du commun des fidèles avec ce "très saint sacrement" qu’il ne sentait pas digne d’approcher tant qu’on n’était pas saint…. Le Concile Vatican II, mit cette importance de retrouver cette démarche de la communion au cœur de sa réforme liturgique bien sûr. Aujourd’hui, il va donc de soi de recevoir la communion à chaque messe. Comment vivons-nous cette communion ? Voici un témoignage d’un prêtre théologien que j’apprécie beaucoup, le Père Lethel, qui montre l’importance pour nous d’associer communion eucharistique et reception de la Parole de Dieu pour bien vivre l’Eucharistie :

 

« Jésus est le Verbe incarné, la parole devenue chair. Je pense qu’il ne faut jamais séparer « la parole et la chair ». Il faut se nourrir inséparablement et quotidiennement de l’une et de l’autre, sans les opposer ni les dissocier. C’est là toute la spiritualité du concile. Un catholique ne peut pas se nourrir bien de la parole sans se nourrir du corps de Jésus et ne peut pas se nourrir bien de ce corps sans lire l’écriture sainte. (…) Mon ministère me montre également que, pour de nombreux fidèles, la communion est (…) un véritable chemin de sanctification. Je me permettrai de citer à ce sujet l’exemple de ma propre mère, entrée dans la vie il y a quelques années et qui s’était convertie du protestantisme au catholicisme. La plus grande valeur qu’elle avait reçue de son éducation protestante était l’amour de la parole. Ensuite, elle a découvert le réalisme du corps eucharistique de Jésus, qui est le cœur de l’Église catholique. Elle vivait de l’Eucharistie quotidienne et disait que, pour elle, c’était une « transfusion », vitale pour bien vivre sa vocation d’épouse et de mère. Elle a sûrement été l’instrument privilégié de Dieu dans ma vocation sacerdotale... »

 

Suite commentaire PGMR - Adaptation aux conditions nouvelles

 

Quand on est découvre le texte du concile qui parle de la liturgie, « Sacrosanctum concilium », on est surpris de voir combien la question du passage du latin à la langue du pays, qui fut dans les faits total et rapide pour ne pas dire brutal, est présenté plus comme une possibilité, quelque chose d’envisageable de manière utile, progressivement et prudemment. Le latin devait rester la langue habituelle de la liturgie « latine ». Que s’est-il passé ? Sûrement un enthousiasme de la plupart des communautés pour cette évolution, ce vent de renouveau. Une joie de pouvoir ainsi entrer dans l’intelligence des textes. Participant aux évolutions de la société, les communautés chrétiennes exprimaient ainsi dans leur manière de prier une plus grande proximité avec un monde en pleine évolution non seulement dans sa technique mais aussi dans sa vie sociale et sa culture. Paul VI, pape de cette réforme liturgique, présentait ce changement de langue en disant : « Il s’agit d’associer le peuple de Dieu à l’action liturgique sacerdotale… Il faut donner à l’assemblée sa voix grave, unanime, douce et sublime ». Reconnaissons cependant au latin son intérêt et comprenons l’importance de savoir lui redonner une certaine place dans la liturgie après l’en avoir complétement évincer. Le latin permet une justesse des mots de la prière et une expression de l’unité des chrétiens au-delà des différences linguistiques, par exemple dans les grands rassemblements où le commun de messe, la prière du Notre Père par exemple aussi, sont alors souvent pris en latin.

 

Au-delà de la question de la langue, c’est celle de la compréhension des textes, en particulier de la Parole de Dieu, qui soucia les évêques du Concile Vatican II, comme ceux du Concile de Trente. L’homélie a été ainsi mise en valeur, obligatoire les dimanches et jours de fêtes. Il est possible aussi d’introduire chaque lecture. Ce que je ne me prive pas de faire régulièrement… Je comprends vraiment ce souci des pères conciliaires. Je le partage aussi. Combien de fois je me dis que les passages de la Parole de Dieu, comme les prières de la liturgie, sont des trésors dont on ne profite pas assez. Parfois je me demande s’il n’y en a pas trop par rapport à notre capacité de concentration. Mais faisons confiance à l'Eglise pour son choix et à Dieu pour sa capacité à venir toucher nos cœurs et nos intelligences  à travers cette belle liturgie de Vatican II.

 

Père Alexis de Brébisson

 

12. C´est pourquoi, rassemblé pour adapter l´Église aux conditions de sa fonction apostolique à notre époque, le IIe concile du Vatican a scruté profondément, comme celui de Trente, la nature didactique et pastorale de la liturgie. Et comme il n´est aucun catholique pour nier que le rite accompli en langue latine soit légitime et efficace, il a pu concéder en outre que "l´emploi de la langue vivante peut être souvent très utile pour le peuple", et il en a permis l´usage. L´empressement évident avec lequel ce conseil a été reçu partout a eu pour effet que, sous la conduite des évêques et du Siège apostolique lui-même, on a permis que toutes les célébrations liturgiques auxquelles le peuple participerait soient faites en langue vivante, pour que l´on comprenne plus pleinement le mystère célébré.

 

 

 

13. Néanmoins, puisque l´usage de la langue vivante dans la liturgie n´est qu´un instrument, certes très important, pour que s´exprime plus clairement la catéchèse du mystère contenu dans la célébration, le IIe concile du Vatican a, en outre, exhorté à mettre en pratique certaines prescriptions du concile de Trente auxquelles on n´avait pas obéi partout, comme le devoir de faire l´homélie les dimanches et jours de fête, et la possibilité d´intercaler dans les rites quelques monitions

 

Suite commentaire PGMR - Adaptation aux conditions nouvelles

 

Le passage ci-dessous explique encore la différence de contexte entre aujourd’hui et le 16e siècle au moment du Concile  de Trente. Les motivations de la réforme liturgique de l’époque n’étaient pas les mêmes que celle d’aujourd’hui. Et cependant les questions actuelles avaient été déjà posées à l’époque. Si l’on s’est soucié entre autres dans la réforme du Concile Vatican II de la participation pleine et entière de tous à la liturgie, cette question s’était déjà posée au Concile de Trente : faut-il célébrer dans la langue de chaque pays et à voix haute ? Le choix avait été celui de la prudence : les risques de trop grandes diversités et d’erreurs même dans les traductions auraient remis en cause l’unité de la prière d’une Eglise déjà bien fragilisée par le schisme protestant. Il s’agissait à l’inverse de mettre de l’ordre dans les différentes formes liturgiques qui avaient tendance à se multiplier. Le choix de dire la messe à voix « basse » fut motivé par le fait que la valeur de la messe repose sur « l´action du Christ lui-même » et non sur la manière dont le prêtre allait le « représenter ». A l’inverse, il est vrai qu’aujourd’hui, la manière de célébrer du prêtre, à travers sa parole et ses gestes, prend tellement de place que beaucoup vont considérer la messe comme « bien » ou « pas bien » selon le célébrant, oubliant sa valeur en elle-même.

 

La messe n’était cependant pas totalement basse. Il y avait même auparavant trois niveaux de voix attribuées aux différentes parties de la messe. La voix basse était utilisée pour les prières qui encadraient la célébration, la voix moyenne était utilisée quand le prêtre devait se faire entendre du diacre, du sous-diacre et des servants. La voix haute pour les appels à la prière, certaines oraisons et les lectures de la Bible dans la langue du pays.  Le silence au cours de la messe favorisait aussi un recueillement que beaucoup appréciait comme un temps de pause  et de méditation silencieuse, au milieu d’une vie agitée et bruyante. Nous avons aujourd’hui la grande chance que la messe soit dite dans la langue que nous comprenons et que, grâce au micro, nous puissions entendre ce qui est dit. Cependant, il nous faut pouvoir retrouver dans la liturgie actuelle ce qui favorisera la conscience par tous de la vérité de l’action du Christ au-delà des particularités de chaque célébrant. Peut-être en évitant que chacun y aille trop de son originalité. Enfin, il nous faut développer la dimension du silence et du recueillement si essentiel à une vie de prière. J’y vois là, d’expérience, un vrai enjeu pour aujourd’hui.                                       Père Alexis de Brébisson

 

10. Le nouveau Missel, tout en attestant la règle de prière de l´Église romaine et en préservant le dépôt de la foi légué par les récents conciles, marque donc à son tour une étape très importante dans la tradition liturgique. Lorsque les Pères du IIe concile du Vatican ont répété les affirmations dogmatiques du concile de Trente, ils ont parlé à une époque bien différente de la vie du monde ; c´est pourquoi, dans le domaine pastoral, ils ont pu apporter des suggestions et des conseils qu’on ne pouvait même pas prévoir quatre siècles auparavant.

 

11. Le concile de Trente avait déjà reconnu la grande valeur catéchétique de la célébration de la messe sans pouvoir cependant en tirer toutes les conséquences pratiques. Certes beaucoup demandaient qu´il fût permis d´employer la langue du pays dans la célébration du sacrifice eucharistique. Devant une telle requête, le concile, tenant compte des circonstances d´alors, estimait de son devoir de réaffirmer la doctrine traditionnelle de l´Église, selon laquelle le sacrifice eucharistique est avant tout l´action du Christ lui-même : par conséquent, son efficacité propre n´est pas atteinte par la manière dont les fidèles peuvent y participer. C´est pourquoi il s´est exprimé de cette façon ferme et mesurée : "Bien que la messe contienne un riche enseignement pour le peuple fidèle, les Pères n´ont pas jugé bon qu´elle soit célébrée sans discernement dans la langue du pays. " Et il a condamné celui qui estimerait "qu´il faut réprouver le rite de l´Église romaine par lequel le Canon et les paroles de la consécration sont prononcés à voix basse : ou que la messe doit être célébrée uniquement en langue du pays". Néanmoins, si d´un côté il a interdit l´emploi de la langue vivante dans la messe, de l’autre, il a prescrit aux pasteurs d´y suppléer par une catéchèse faite au moment voulu : "Pour que les brebis du Christ ne souffrent pas de la faim… le concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d´âmes d´expliquer fréquemment, au cours de la célébration de la messe, par eux-mêmes ou par d´autres, tel ou tel des textes qui sont lus au cours de la messe et, entre autres, d´éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête."

 

Homélie du 8ème dimanche du Temps Ordinaire

 

Suite commentaire PGMR - Manifestation d'une tradition ininterrompue

 

 

Petit commentaire avant que vous lisiez ce texte un peu long. Que de réformes dans la liturgie ! Et pourtant quelle continuité ! La problématique est cependant réelle : dans la réforme liturgique significative voulue par Vatican II, beaucoup se sont demandés si le sens de la liturgie et non seulement la forme de la célébration avait été modifié. Par exemple certains remettent en question la validité de la concélébration, ou des modifications dans les textes de la prière eucharistique, ne les considérant pas assez correspondre à la Tradition ininterrompue de l’Eglise. Ces inquiétudes ont une origine : « l’ancienne liturgie » avait elle-même été conçue comme pour apparaitre le plus fidèle à la Tradition à une époque marquée par les remises en question de la réforme protestante : c’est ce qu’on appelait la Contreréforme. Ce passage a donc pour but de rassurer en démontrant qu’il y a bien non seulement continuité, mais plus encore que la réforme se veut même rechercher une plus grande fidélité aux origines. Bonne lecture !

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

6. En énonçant les règles selon lesquelles le rite de la messe serait révisé, le IIe concile du Vatican a ordonné, entre autres, que certains rites "seraient rétablis selon l´ancienne norme des Pères", reprenant en cela les mots mêmes employés par saint Pie V, dans la Constitution apostolique Quo primum par laquelle, en 1570, il promulguait le Missel du concile de Trente. Par cette coïncidence verbale elle-même, on peut remarquer de quelle façon les deux Missels romains, bien que séparés par quatre siècles, gardent une tradition semblable et égale. Si l´on apprécie les éléments profonds de cette tradition, on comprend aussi combien le 2nd Missel complète le 1er d´une manière très heureuse.

 

7. En des temps vraiment difficiles où, sur la nature sacrificielle de la messe, le sacerdoce ministériel, la présence réelle et permanente du Christ sous les espèces eucharistiques, la foi catholique avait été mise en danger, il fallait avant tout, pour saint Pie V, préserver une tradition relativement récente, injustement attaquée, en introduisant le moins possible de changements dans le rite sacré. Et, à la vérité, le Missel de 1570 diffère très peu du 1er Missel qui ait été imprimé, en 1474, lequel déjà répète fidèlement le Missel de l´époque d´Innocent III. En outre, les manuscrits de la Bibliothèque vaticane, s´ils ont servi en certains cas à améliorer les textes, n´ont pas permis d´étendre les recherches relatives aux "auteurs anciens et approuvés" au-delà des commentaires liturgiques du Moyen Âge.

 

8. Aujourd´hui, au contraire, cette "norme des Pères" que visaient les correcteurs responsables du Missel de saint Pie V s´est enric