4ème Dimanche de Carême - 31 mars 2019-Suite commentaire PGMR

 

15. De la sorte, tandis que l´Église demeure fidèle à sa charge d’enseigner la vérité en gardant "ce qui est ancien", c´est-à-dire le dépôt de la Tradition, elle accomplit aussi son devoir d´examiner et d´adopter prudemment "ce qui est nouveau" (cf. Mt 13, 52). En effet, une partie du nouveau Missel rattache plus clairement les prières de l´Église aux besoins de notre temps; de ce genre relèvent principalement les messes rituelles et "pour intentions et circonstances diverses", dans lesquelles se combinent heureusement tradition et nouveauté. C´est pourquoi aussi, tandis que sont demeurées intactes beaucoup d´expressions puisées dans la plus antique tradition de l´Église, et rendues familières par le même Missel romain dans ses nombreuses éditions, beaucoup d´autres ont été adaptées aux exigences et aux conditions actuelles. D´autres, enfin, comme les oraisons pour l´Église, les laïcs, la sanctification du travail humain, la communauté de toutes les nations, et pour certains besoins propres à notre époque, ont été entièrement composées à neuf, en empruntant les pensées et souvent les termes mêmes aux récents documents conciliaires.

 

L’ancien et le neuf, la Tradition et la nouveauté. Savoir donner sa place à l’un et l’autre dans la liturgie en les harmonisant d’une manière heureuse n’est pas chose facile ! Ce n’est pas que les idées manquent pour le faire, parfois peut être les forces vives pour les réaliser. Mais en fait, tous les symboles dans la liturgie marquent les esprits en rapport avec leur passé, leur culture et peuvent choquer et rebuter alors même qu’ils ont mission de conduire vers Dieu et de nous manifester sa présence apaisante.

 

De la prudence ! Le texte le dit lui-même. Il en faut donc beaucoup quand on change quelque chose. Non pas simplement parce que l’assemblée peut avoir du mal à accepter un changement mais tout simplement parce que tout ce qui est nouveau n’est pas forcément bon. Je me souviens d’une messe dans un prieuré monastique où j’étais de passage avec deux amis : le prêtre avait pris une Prière Eucharistique qui avait été composée par je ne sais qui mais qui ne faisait pas parti des textes officiels proposés dans le Missel. Cette composition avait la bonne intention de se faire proche de la réalité humaine, mais elle était très loin de la Tradition de l’Eglise que l’on trouve dans toutes les Prières Eucharistiques, avec une invocation à l’Esprit-Saint, le fait de nommer la communion avec l’évêque du lieu, l’attention aux défunts, etc. L’un des jeunes présents, séminariste un peu « sérieux », avait été tellement choqué par cela qu’il avait préféré ne pas rester. L’Eglise est donc toujours très prudente pour que les nouvelles compositions sachent trouver ce juste équilibre entre « l’adaptation aux conditions actuelles » et la « Tradition ».

 

Qu’est-ce d’ailleurs que la « Tradition » ? Sujet vaste… On pourrait dire les coutumes, les habitudes, la manière de penser et d’exprimer la foi chrétienne en particulier dans la prière liturgique depuis les premiers chrétiens. On dit par exemple que la « Parole de Dieu », c’est « l’Ecriture lue dans la Tradition de l’Eglise ». Pour le dire autrement, pour comprendre un passage de la Bible, comme pour bien comprendre le contenu d’une célébration liturgique, il s’agit de se placer dans le contexte de la vie de l’Eglise depuis 2000 ans. Comment l’Eglise comprend et interprète depuis 2000 ans, telle ou telle affirmation de Jésus, c’est cela la Tradition. Comment l’Eglise fait sienne la prière du Christ et de ses disciples depuis 2000 ans, c’est cela la Tradition. D’où l’importance, dans toute office liturgique de savoir faire le lien entre « l’ancien » et le « nouveau ». On parle aussi « d’inculturation » dans notre époque de la liturgie que l’Eglise a vécu depuis 2000 ans. Plus encore, pour être vraiment fidèle à cette Tradition de l’Eglise, il s’agit non pas de conserver scrupuleusement les choses du passé mais de toujours se réformer pour s’adapter à son temps tout en gardant non seulement la substance de la foi mais aussi la mémoire du passé.

 

J’aime dans notre paroisse, je le dis encore une fois, cette chance de pouvoir dans les lieux où nous sommes et avec les talents que nous avons, vivre cette harmonie. Je souhaite que nous puissions continuer dans ce sens. C’est pour cela en particulier que, à Putanges, lorsque nous allons revenir à l’église St Pierre, je vais vous proposer, dans un premier temps, que, au cœur de nos célébrations, nous profitions du retable qui a été restauré. Je dirais donc la Prière Eucharistique tourné avec vous vers l’autel, c’est-à-dire « dos au peuple ». Il est important que vous compreniez qu’il ne s’agit pas d’un retour en arrière. Je vais pour cela inviter ceux qui le peuvent à échanger et partager ensemble sur le nouvel aménagement de l’église et ces questions de l’ancien et du nouveau. Ce sera le mardi 9 avril à 20h30 ou bien le mercredi 10 avril à 15h à la Maison Paroissiale de Putanges. Bienvenue à chacun.                                     Père Alexis de Brébisson

 

3ème Dimanche de Carême -24 mars 2019 - Suite commentaire PGMR

 

« Mais surtout, le IIe concile du Vatican, en conseillant "cette participation meilleure à la messe qui consiste en ce que les fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le Corps du Seigneur avec des pains consacrés à ce même sacrifice", a poussé à réaliser un autre souhait du concile de Trente, à savoir que, pour participer plus pleinement à l´Eucharistie, "les fidèles communient à chaque messe, non seulement par le désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l´Eucharistie".

 

14. Poussé par le même esprit et le même zèle pastoral, le IIe concile du Vatican a pu réexaminer ce que le concile de Trente avait statué au sujet de la communion sous les deux espèces. En effet, puisque aujourd´hui on ne met aucunement en doute les principes doctrinaux sur la pleine valeur de la communion, où l´Eucharistie est reçue sous la seule espèce du pain, il a permis de donner parfois la communion sous les deux espèces, parce que, alors, grâce à une présentation plus claire du signe sacramentel, on procure une occasion particulière de pénétrer plus profondément le mystère auquel participent les fidèles.

 

Pourquoi aujourd’hui encore si peu de chrétiens communient ? Ceux qui n’ont pas l’habitude de venir à la messe tous les dimanches ne se sentent-il pas "autorisés" à communier lorsqu’ils viennent ? Bien sûr aussi, parmi les "pratiquants régulier", certains ne communient pas en raison de leur état de vie marital. Pour d’auters c’est une difficulté tout simplement à s’approcher de Dieu qui leur semble « loin » d’eux. Ou on n’a pas pu se confesser depuis longtemps et la conscience de son péché est trop forte… Au-delà de toutes ces raisons, l’Eglise a toujours voulu favoriser depuis le Concile de Trente la communion des fidèles. L’habitude s’était perdue au Moyen-Age. Pour quelle raison ? Avec la généralisation de la pratique religieuse, la réception de la communion avait été cadrée pour veiller au sérieux de la démarche. En demandant la confession régulière pour pouvoir accéder au sacrement, cela a eu pour conséquence la raréfaction de la communion. Pour contrer cette fâcheuse situation, le Concile de Trente avait fait un vœu pieux… : « Le saint concile souhaiterait que les fidèles présents à chaque messe communient, non seulement par le désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l’eucharistie, qui leur ferait accueillir en plus grande abondance le fruit de ce très saint sacrifice ». Il ne fut pas vraiment entendu et les papes, les uns après les autres cherchèrent comment favoriser la communion des fidèles. Saint Pie X en 1905 en particulier insista sur l’importance de la communion fréquente : « l’Église désire que tous les fidèles s’approchent chaque jour de ce banquet céleste et en retire les effets plus abondants de sanctification ». On voit par exemple dans la vie carmélitaine de sainte Thérèse combien celle-ci, convaincu de son importance, "milita" pour pouvoir la recevoir le plus souvent possible. Il est probable que l’insistance de la contre-réforme sur la réalité de la présence réelle, l’influence aussi du Jansénisme, entraîna une mise à distance du commun des fidèles avec ce "très saint sacrement" qu’il ne sentait pas digne d’approcher tant qu’on n’était pas saint…. Le Concile Vatican II, mit cette importance de retrouver cette démarche de la communion au cœur de sa réforme liturgique bien sûr. Aujourd’hui, il va donc de soi de recevoir la communion à chaque messe. Comment vivons-nous cette communion ? Voici un témoignage d’un prêtre théologien que j’apprécie beaucoup, le Père Lethel, qui montre l’importance pour nous d’associer communion eucharistique et reception de la Parole de Dieu pour bien vivre l’Eucharistie :

 

« Jésus est le Verbe incarné, la parole devenue chair. Je pense qu’il ne faut jamais séparer « la parole et la chair ». Il faut se nourrir inséparablement et quotidiennement de l’une et de l’autre, sans les opposer ni les dissocier. C’est là toute la spiritualité du concile. Un catholique ne peut pas se nourrir bien de la parole sans se nourrir du corps de Jésus et ne peut pas se nourrir bien de ce corps sans lire l’écriture sainte. (…) Mon ministère me montre également que, pour de nombreux fidèles, la communion est (…) un véritable chemin de sanctification. Je me permettrai de citer à ce sujet l’exemple de ma propre mère, entrée dans la vie il y a quelques années et qui s’était convertie du protestantisme au catholicisme. La plus grande valeur qu’elle avait reçue de son éducation protestante était l’amour de la parole. Ensuite, elle a découvert le réalisme du corps eucharistique de Jésus, qui est le cœur de l’Église catholique. Elle vivait de l’Eucharistie quotidienne et disait que, pour elle, c’était une « transfusion », vitale pour bien vivre sa vocation d’épouse et de mère. Elle a sûrement été l’instrument privilégié de Dieu dans ma vocation sacerdotale... »

 

Suite commentaire PGMR - Adaptation aux conditions nouvelles

 

Quand on est découvre le texte du concile qui parle de la liturgie, « Sacrosanctum concilium », on est surpris de voir combien la question du passage du latin à la langue du pays, qui fut dans les faits total et rapide pour ne pas dire brutal, est présenté plus comme une possibilité, quelque chose d’envisageable de manière utile, progressivement et prudemment. Le latin devait rester la langue habituelle de la liturgie « latine ». Que s’est-il passé ? Sûrement un enthousiasme de la plupart des communautés pour cette évolution, ce vent de renouveau. Une joie de pouvoir ainsi entrer dans l’intelligence des textes. Participant aux évolutions de la société, les communautés chrétiennes exprimaient ainsi dans leur manière de prier une plus grande proximité avec un monde en pleine évolution non seulement dans sa technique mais aussi dans sa vie sociale et sa culture. Paul VI, pape de cette réforme liturgique, présentait ce changement de langue en disant : « Il s’agit d’associer le peuple de Dieu à l’action liturgique sacerdotale… Il faut donner à l’assemblée sa voix grave, unanime, douce et sublime ». Reconnaissons cependant au latin son intérêt et comprenons l’importance de savoir lui redonner une certaine place dans la liturgie après l’en avoir complétement évincer. Le latin permet une justesse des mots de la prière et une expression de l’unité des chrétiens au-delà des différences linguistiques, par exemple dans les grands rassemblements où le commun de messe, la prière du Notre Père par exemple aussi, sont alors souvent pris en latin.

 

Au-delà de la question de la langue, c’est celle de la compréhension des textes, en particulier de la Parole de Dieu, qui soucia les évêques du Concile Vatican II, comme ceux du Concile de Trente. L’homélie a été ainsi mise en valeur, obligatoire les dimanches et jours de fêtes. Il est possible aussi d’introduire chaque lecture. Ce que je ne me prive pas de faire régulièrement… Je comprends vraiment ce souci des pères conciliaires. Je le partage aussi. Combien de fois je me dis que les passages de la Parole de Dieu, comme les prières de la liturgie, sont des trésors dont on ne profite pas assez. Parfois je me demande s’il n’y en a pas trop par rapport à notre capacité de concentration. Mais faisons confiance à l'Eglise pour son choix et à Dieu pour sa capacité à venir toucher nos cœurs et nos intelligences  à travers cette belle liturgie de Vatican II.

 

Père Alexis de Brébisson

 

12. C´est pourquoi, rassemblé pour adapter l´Église aux conditions de sa fonction apostolique à notre époque, le IIe concile du Vatican a scruté profondément, comme celui de Trente, la nature didactique et pastorale de la liturgie. Et comme il n´est aucun catholique pour nier que le rite accompli en langue latine soit légitime et efficace, il a pu concéder en outre que "l´emploi de la langue vivante peut être souvent très utile pour le peuple", et il en a permis l´usage. L´empressement évident avec lequel ce conseil a été reçu partout a eu pour effet que, sous la conduite des évêques et du Siège apostolique lui-même, on a permis que toutes les célébrations liturgiques auxquelles le peuple participerait soient faites en langue vivante, pour que l´on comprenne plus pleinement le mystère célébré.

 

 

 

13. Néanmoins, puisque l´usage de la langue vivante dans la liturgie n´est qu´un instrument, certes très important, pour que s´exprime plus clairement la catéchèse du mystère contenu dans la célébration, le IIe concile du Vatican a, en outre, exhorté à mettre en pratique certaines prescriptions du concile de Trente auxquelles on n´avait pas obéi partout, comme le devoir de faire l´homélie les dimanches et jours de fête, et la possibilité d´intercaler dans les rites quelques monitions

 

Suite commentaire PGMR - Adaptation aux conditions nouvelles

 

Le passage ci-dessous explique encore la différence de contexte entre aujourd’hui et le 16e siècle au moment du Concile  de Trente. Les motivations de la réforme liturgique de l’époque n’étaient pas les mêmes que celle d’aujourd’hui. Et cependant les questions actuelles avaient été déjà posées à l’époque. Si l’on s’est soucié entre autres dans la réforme du Concile Vatican II de la participation pleine et entière de tous à la liturgie, cette question s’était déjà posée au Concile de Trente : faut-il célébrer dans la langue de chaque pays et à voix haute ? Le choix avait été celui de la prudence : les risques de trop grandes diversités et d’erreurs même dans les traductions auraient remis en cause l’unité de la prière d’une Eglise déjà bien fragilisée par le schisme protestant. Il s’agissait à l’inverse de mettre de l’ordre dans les différentes formes liturgiques qui avaient tendance à se multiplier. Le choix de dire la messe à voix « basse » fut motivé par le fait que la valeur de la messe repose sur « l´action du Christ lui-même » et non sur la manière dont le prêtre allait le « représenter ». A l’inverse, il est vrai qu’aujourd’hui, la manière de célébrer du prêtre, à travers sa parole et ses gestes, prend tellement de place que beaucoup vont considérer la messe comme « bien » ou « pas bien » selon le célébrant, oubliant sa valeur en elle-même.

 

La messe n’était cependant pas totalement basse. Il y avait même auparavant trois niveaux de voix attribuées aux différentes parties de la messe. La voix basse était utilisée pour les prières qui encadraient la célébration, la voix moyenne était utilisée quand le prêtre devait se faire entendre du diacre, du sous-diacre et des servants. La voix haute pour les appels à la prière, certaines oraisons et les lectures de la Bible dans la langue du pays.  Le silence au cours de la messe favorisait aussi un recueillement que beaucoup appréciait comme un temps de pause  et de méditation silencieuse, au milieu d’une vie agitée et bruyante. Nous avons aujourd’hui la grande chance que la messe soit dite dans la langue que nous comprenons et que, grâce au micro, nous puissions entendre ce qui est dit. Cependant, il nous faut pouvoir retrouver dans la liturgie actuelle ce qui favorisera la conscience par tous de la vérité de l’action du Christ au-delà des particularités de chaque célébrant. Peut-être en évitant que chacun y aille trop de son originalité. Enfin, il nous faut développer la dimension du silence et du recueillement si essentiel à une vie de prière. J’y vois là, d’expérience, un vrai enjeu pour aujourd’hui.                                       Père Alexis de Brébisson

 

10. Le nouveau Missel, tout en attestant la règle de prière de l´Église romaine et en préservant le dépôt de la foi légué par les récents conciles, marque donc à son tour une étape très importante dans la tradition liturgique. Lorsque les Pères du IIe concile du Vatican ont répété les affirmations dogmatiques du concile de Trente, ils ont parlé à une époque bien différente de la vie du monde ; c´est pourquoi, dans le domaine pastoral, ils ont pu apporter des suggestions et des conseils qu’on ne pouvait même pas prévoir quatre siècles auparavant.

 

11. Le concile de Trente avait déjà reconnu la grande valeur catéchétique de la célébration de la messe sans pouvoir cependant en tirer toutes les conséquences pratiques. Certes beaucoup demandaient qu´il fût permis d´employer la langue du pays dans la célébration du sacrifice eucharistique. Devant une telle requête, le concile, tenant compte des circonstances d´alors, estimait de son devoir de réaffirmer la doctrine traditionnelle de l´Église, selon laquelle le sacrifice eucharistique est avant tout l´action du Christ lui-même : par conséquent, son efficacité propre n´est pas atteinte par la manière dont les fidèles peuvent y participer. C´est pourquoi il s´est exprimé de cette façon ferme et mesurée : "Bien que la messe contienne un riche enseignement pour le peuple fidèle, les Pères n´ont pas jugé bon qu´elle soit célébrée sans discernement dans la langue du pays. " Et il a condamné celui qui estimerait "qu´il faut réprouver le rite de l´Église romaine par lequel le Canon et les paroles de la consécration sont prononcés à voix basse : ou que la messe doit être célébrée uniquement en langue du pays". Néanmoins, si d´un côté il a interdit l´emploi de la langue vivante dans la messe, de l’autre, il a prescrit aux pasteurs d´y suppléer par une catéchèse faite au moment voulu : "Pour que les brebis du Christ ne souffrent pas de la faim… le concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d´âmes d´expliquer fréquemment, au cours de la célébration de la messe, par eux-mêmes ou par d´autres, tel ou tel des textes qui sont lus au cours de la messe et, entre autres, d´éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête."

 

Homélie du 8ème dimanche du Temps Ordinaire

 

Suite commentaire PGMR - Manifestation d'une tradition ininterrompue

 

 

Petit commentaire avant que vous lisiez ce texte un peu long. Que de réformes dans la liturgie ! Et pourtant quelle continuité ! La problématique est cependant réelle : dans la réforme liturgique significative voulue par Vatican II, beaucoup se sont demandés si le sens de la liturgie et non seulement la forme de la célébration avait été modifié. Par exemple certains remettent en question la validité de la concélébration, ou des modifications dans les textes de la prière eucharistique, ne les considérant pas assez correspondre à la Tradition ininterrompue de l’Eglise. Ces inquiétudes ont une origine : « l’ancienne liturgie » avait elle-même été conçue comme pour apparaitre le plus fidèle à la Tradition à une époque marquée par les remises en question de la réforme protestante : c’est ce qu’on appelait la Contreréforme. Ce passage a donc pour but de rassurer en démontrant qu’il y a bien non seulement continuité, mais plus encore que la réforme se veut même rechercher une plus grande fidélité aux origines. Bonne lecture !

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

6. En énonçant les règles selon lesquelles le rite de la messe serait révisé, le IIe concile du Vatican a ordonné, entre autres, que certains rites "seraient rétablis selon l´ancienne norme des Pères", reprenant en cela les mots mêmes employés par saint Pie V, dans la Constitution apostolique Quo primum par laquelle, en 1570, il promulguait le Missel du concile de Trente. Par cette coïncidence verbale elle-même, on peut remarquer de quelle façon les deux Missels romains, bien que séparés par quatre siècles, gardent une tradition semblable et égale. Si l´on apprécie les éléments profonds de cette tradition, on comprend aussi combien le 2nd Missel complète le 1er d´une manière très heureuse.

 

7. En des temps vraiment difficiles où, sur la nature sacrificielle de la messe, le sacerdoce ministériel, la présence réelle et permanente du Christ sous les espèces eucharistiques, la foi catholique avait été mise en danger, il fallait avant tout, pour saint Pie V, préserver une tradition relativement récente, injustement attaquée, en introduisant le moins possible de changements dans le rite sacré. Et, à la vérité, le Missel de 1570 diffère très peu du 1er Missel qui ait été imprimé, en 1474, lequel déjà répète fidèlement le Missel de l´époque d´Innocent III. En outre, les manuscrits de la Bibliothèque vaticane, s´ils ont servi en certains cas à améliorer les textes, n´ont pas permis d´étendre les recherches relatives aux "auteurs anciens et approuvés" au-delà des commentaires liturgiques du Moyen Âge.

 

8. Aujourd´hui, au contraire, cette "norme des Pères" que visaient les correcteurs responsables du Missel de saint Pie V s´est enrichie par les innombrables études des savants. En effet, après la première édition du sacramentaire grégorien, en 1571, les anciens sacramentaires romains et ambrosiens ont été l´objet de nombreuses éditions critiques, de même que les anciens livres liturgiques hispaniques et gallicans. On a ainsi mis au jour quantité de prières, d´une grande qualité spirituelle, ignorées jusque-là.

 

De la même manière, les traditions des premiers siècles, antérieures à la formation des rites d´Orient et d´Occident, sont d´autant mieux connues maintenant qu´on a découvert un nombre considérable de documents liturgiques.

 

En outre, le progrès des études patristiques a permis d´éclairer la théologie du mystère eucharistique par l´enseignement des Pères les plus éminents de l´antiquité chrétienne, comme saint Irénée, saint Ambroise, saint Cyrille de Jérusalem, saint Jean Chrysostome.

 

9. C´est pourquoi la "norme des Pères" ne demande pas seulement que l´on conserve la tradition léguée par nos prédécesseurs immédiats, mais qu’on embrasse et qu’on examine de plus haut tout le passé de l´Église et toutes les manières dont la foi unique s´est manifestée dans des formes de culture humaine et profane aussi différentes que celles qui ont été en vigueur chez les Sémites, les Grecs, les Latins. Cette enquête plus vaste nous permet de voir comment l´Esprit Saint accorde au peuple de Dieu une fidélité admirable pour conserver l´immuable dépôt de la foi à travers la diversité considérable des prières et des rites.

 

 

 

Homélie du 7ème dimanche du Temps Ordinaire

 

Commentaire de la Présentation Générale  du Missel Romain

 

5. De plus, la nature même du sacerdoce ministériel met dans sa juste lumière une autre réalité de grande importance: le sacerdoce royal des fidèles, dont le sacrifice spirituel atteint sa consommation par le ministère de l’évêque et des prêtres, en union avec le sacrifice du Christ, unique médiateur[9]. Car la célébration de l´Eucharistie est l´acte de l´Église tout entière, dans lequel chacun fait seulement, mais totalement, ce qui lui revient, compte tenu du rang qu´il occupe dans le peuple de Dieu. Par là, on prête une plus grande attention à des aspects de la célébration qui, au cours des siècles, avaient été parfois négligés. Ce peuple est, en effet, le peuple de Dieu, acquis par le Sang du Christ, rassemblé par le Seigneur, nourri par sa Parole; peuple dont la vocation est de faire monter vers Dieu les prières de toute la famille humaine; peuple qui, dans le Christ, rend grâce pour le mystère du salut en offrant son sacrifice; peuple enfin qui, par la communion au Corps et au Sang du Christ, renforce son unité. Ce peuple est saint par son origine; cependant, par sa participation consciente, active et fructueuse au mystère eucharistique, il progresse continuellement en sainteté.

 

« Peuple de Dieu, cité de l’Emmanuel, Peuple de Dieu, sauvé dans le sang du Christ, Peuple de baptisés, Église du Seigneur, louange à toi ! » En lisant ce passage, je pensais spontanément à ce chant et à tant d’autres qui manifestent si bien la réalité de ce qui se vit dans l’Eucharistie : un corps spirituel se forme et grandit, avec le Christ sa tête il offre sa vie, il porte sur ses épaules et dans sa prière la vie du monde, il se tourne résolument et joyeusement vers son Père. Pour chercher à faire comprendre ce qu’est l’Eglise, le Concile a repris beaucoup d’images traditionnelles comme celle du Corps mystique, du Royaume de Dieu, du bercail, d’un terrain de culture, d’une construction, de la Jérusalem d’en Haut, Epouse ou encore de notre mère. Mais les Pères du Concile ont choisi de mettre en valeur celle du Peuple de Dieu plus particulièrement. Ce choix a permis en particulier de faire le lien avec l’élection du Peuple d’Israël et avec aussi tous les Peuples de la Terre qui sont appelés par Dieu à former un peuple unique. Voici le passage où il est fait allusion plus particulièrement à la messe :

 

« Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la victime divine et s’offrent eux-mêmes avec elle ; ainsi, tant par l’oblation que par la sainte communion, tous, non pas indifféremment mais chacun à sa manière, prennent leur part originale dans l’action liturgique. Il s’ensuit sous une forme concrète qu’ils manifestent, ayant été renouvelés par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, l’unité du Peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et réalise admirablement. »

 

Deux idées me semblent importantes à souligner :

 

  1. Le souhait d’une participation plus active de tout le peuple à la liturgie. En effet, dans la messe jusqu’alors, les actes liturgiques restaient pour une grande part des actes accomplis par les clercs. Avec ce qu’on appela le « mouvement liturgique », mais aussi l’accès à la Parole de Dieu, l’utilisation de la langue vernaculaire, un souhait d’une participation plus active s’est développé fortement. Elle est aujourd’hui une réalité, dont il est beau en particulier de voir la diversité d’expression selon les époques et les cultures.
  2. Le souhait de favoriser une communion plus grande dans l’offrande. Ce qui fait notre unité, c’est un désir commun d’offrir notre vie à Dieu et aux autres. Aimer c’est se donner. Quelle beauté que ce don en commun, pour la louange du Père et pour le salut du monde !

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 6ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

Commentaire de la Présentation Générale du Missel Romain (suite)

 

4. Quant à la nature du sacerdoce ministériel, propre à l’évêque et au prêtre qui, agissant en la personne du Christ (in persona Christi), offrent le sacrifice et président l´assemblée du peuple saint, elle est mise en relief, dans la forme du rite lui-même, par l´éminence de la place et de la fonction de ce sacerdoce. Les principes de cette fonction sont d´ailleurs énoncés et clairement expliqués dans la préface de la messe chrismale du Jeudi saint, car c´est précisément ce jour-là que l´on commémore l´institution du sacerdoce. Ce texte souligne le pouvoir sacerdotal conféré par l´imposition des mains ; et l´on y décrit ce pouvoir lui-même en énumérant toutes ses fonctions : il continue le pouvoir du Christ, Souverain Pontife de la Nouvelle Alliance.

 

 

 

Après avoir parlé du Christ, il s’agit maintenant de présenter les « acteurs » de la Messe : le prêtre qui va présider la célébration. Puis les fidèles. En lisant ce texte je pense aux paroles du Curé d’Ars, qui, dans le discernement de ma propre vocation, m’ont marqué en profondeur :

 

« Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

 

« Le prêtre n’est pas prêtre pour lui, il est pour vous. »

 

« Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! »

 

Bon… rassurez-vous, il dit aussi par ailleurs la dignité de tout baptisé : « être enfant de Dieu, oh, la belle dignité ! ». Si vous plait, n’entrons pas ici dans une espèce de comparaison entre prêtre et laïc. Sachons bien découvrir la spécificité de chaque vocation, qui sont d’un ordre différent.

 

Sans nul doute, la place du prêtre dans l’Eucharistie permet de comprendre sa mission dans l’Eglise. Personnellement, j’ai parfois l’impression qu’elle est trop grande dans la célébration, ayant la sensation je suis trop au centre. Cependant, je pense à la réponse que Monseigneur Dubigeon m’avait donné lorsque, au moment de mon ordination, je lui disais qu’on en faisait trop autour de mon ordination parce que j’étais le seul. Il me répondit : «Détrompe-toi, quand il y en avait 25 à être ordonnés ensemble, chacun était encore plus qu’aujourd’hui l’objet de l’attention du peuple chrétien». Acceptons donc ce choix de Jésus que ses apôtres le «représentent » et à leur suite les évêques et les prêtres. Découvrons tout le sens de ce choix. Mettre en valeur le prêtre, c’est mettre en valeur la présence agissante du Christ, «souverain pontife de la nouvelle Alliance». Pontife ? Cela veut dire pont entre le Ciel et la Terre : Le Christ nous relie à Dieu. Et par le Christ nous nous donnons à Dieu. Pour finir je voudrais citer Benoit XVI commentant lors de l’audience générale du 14 avril 2010, cette expression «In personna Christi» :

 

«Pour comprendre ce que signifie agir in persona Christi (…) il faut expliciter avant tout ce que l'on entend par "représentation". Le prêtre représente le Christ. Qu'est-ce que cela veut dire, que signifie "représenter" quelqu'un? Dans le langage commun, cela veut dire - généralement - recevoir une délégation de la part d'une personne pour être présente à sa place, parler et agir à sa place, car celui qui est représenté est absent de l'action concrète. Nous nous demandons:  le prêtre représente-t-il le Seigneur de la même façon? La réponse est non, car dans l'Eglise, le Christ n'est jamais absent, l'Eglise est son corps vivant et le Chef de l'Eglise c'est lui, présent et œuvrant en elle. Le Christ n'est jamais absent, il est même présent d'une façon totalement libérée des limites de l'espace et du temps, grâce à l'événement de la Résurrection, (…) C'est pourquoi, le prêtre qui agit in persona Christi Capitis et en représentation du Seigneur, n'agit jamais au nom d'un absent, mais dans la Personne même du Christ ressuscité, qui se rend présent à travers son action réellement concrète. Il agit réellement et réalise ce que le prêtre ne pourrait pas faire:  la consécration du vin et du pain, afin qu'ils soient réellement présence du Seigneur (…). Le Seigneur rend présente son action dans la personne qui accomplit ces gestes. »

 

 

Père Alexis de Brébisson

Homélie du 5ème dimanche du Temps Ordinaire

 

Benoit XVI, lors d’une précédente journée des malades commentait ainsi l’Evangile comme un appel adressé à tous pour témoigner de la charité divine auprès des malades : « Duc in altum ! Cette exhortation du Christ à Pierre et aux apôtres, je l’adresse aux communautés ecclésiales répandues dans le monde et, plus spécialement, à ceux qui sont au service des malades, afin qu’avec l’aide de Marie, ils témoignent de la bonté et la sollicitude paternelle de Dieu. »

 

Duc in Altum ! Une même expression pour signifier deux attitudes fondamentales que Jésus attend de nous : vivre sa vie chrétienne en profondeur et être des témoins.

 

Aller en profondeur c’est prendre le temps de s’éloigner de notre monde superficiel, par la prière, la méditation de la Parole de Dieu en cherchant à la comprendre et à la mettre en pratique. C’est encore prendre le temps de mieux connaître la Foi de l’Eglise. C’est enfin profiter de toutes les grâces que Jésus nous donne dans les sacrements. Duc in altum : entendons cet appel. Notre monde par toutes ses sollicitations ne nous laisse plus le choix. Si nous voulons demeurer chrétiens, si nous voulons grandir dans la charité et l’amour, nous sommes obligés de nous éloigner un temps soit peu de lui, de poser dans ce sens des choix difficiles mais nécessaire, de privilégier l’approfondissement de notre connaissance du Christ avant celle du monde.

 

Choisir de prendre le large par rapport à l’esprit du monde, choisir d’approfondir sa foi, est déjà bien mais Jésus attend de nous encore plus : « Avance au large et jetez les filets». Jésus désire que nous brûlions du zèle missionnaire, pour le faire connaître et le faire aimer. On peut avoir peur de parler de Jésus, on peut se sentir bien incapable et pourtant Jésus nous envoie. Etre missionnaire, c’est indispensable pour le salut de notre monde, de nos contemporains. Etre missionnaire c’est aussi indispensable pour chacun d’entre nous car nous sommes faits pour cela : témoigner de l’amour de Jésus. Le Concile Vatican II le rappelait en affirmant que « la vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l'apostolat ». Souvent nous ne savons que dire à ceux qui ne comprennent pas la personne et le message du Christ. Cela fait grandir justement en nous le désir de mieux le comprendre et d’en vivre plus authentiquement pour être de vrais témoins. Plus encore, quand nous découvrons les difficultés de ceux qui ne croient pas, nous aurons le désir ardent de prier pour eux. Enfin, quand on se moque de nous parce que nous croyons en Jésus, nous expérimentons la paix des apôtres et des martyrs tout joyeux d’avoir souffert pour le nom de Jésus.

 

Oui, aujourd’hui Jésus nous lance ce double appel : « J’ai besoin de cœurs qui veulent vivre en profondeur et être missionnaires pour m’aider à sauver le monde ! » Plus on vivra une vie profonde, plus Jésus pourra toucher les cœurs, plus nous serons zélés plus notre désir de profondeur grandira pour aller chaque jour plus loin.

 

Duc in Altum !

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

Homelie du 4ème dimanche ordinaire –3 février 2019 – Année C

 

Présentation : Général du Missel Romain (suite) « 3.  Le mystère admirable de la présence réelle du Seigneur sous les espèces eucharistiques est affirmé de nouveau par le IIe concile du Vatican et les autres documents du magistère de l´Église avec le même sens et la même doctrine selon lesquels le concile de Trente l´avait proposé à notre foi. Le mystère, dans la célébration de la messe, est mis en lumière non seulement par les paroles mêmes de la consécration, qui rendent le Christ présent par transsubstantiation, mais encore par le sentiment et l´expression extérieure de souverain respect et d´adoration que l´on trouve au cours de la liturgie eucharistique. Pour le même motif, le peuple chrétien est amené à honorer d´une manière particulière, par l´adoration, cet admirable sacrement, le jeudi de la Cène du Seigneur et en la solennité du Corps et du Sang du Christ. »

 

 Nous sommes toujours au commencement du texte. Ce moment où l’on annonce les points essentiels, les choses les plus importantes, les axes. Après la réalité du sacrifice, de l’offrande du Christ c’est celle de sa présence qui est affirmée. Vous connaissez ce fameux sermon du curé d’Ars qui répéta en boucle « Il est là » en montrant le tabernacle.  Ou encore ce témoignage que sainte Thérèse donne de sa première Communion : « Ah ! qu’il fut doux le premier baiser de Jésus à mon âme ! (…) Depuis cette communion, mon désir de recevoir le Bon Dieu devint de plus en plus grand ». Ce que l’Eglise affirme comme le choix extraordinaire que Dieu a fait de se rendre présent à chaque Eucharistie, les saints l’ont expérimenté souvent comme l’une des plus grandes grâces de leur vie. Comprendre et accueillir, dans la foi toujours, la présence réelle. C’est sans nul doute une des réalités qui nous émerveillera le plus dans la foi chrétienne.

 

Ce choix de Dieu de se rendre présent dans les espèces eucharistiques a pour but, nous dit le Concile Vatican II, de nous faire saisir qu’à tout moment de notre vie personnelle, de la vie de l’Eglise et de la vie du monde, iI est là, Il nous maintient dans l’existence, nous vivifie, nous conduit : « Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe, et dans la personne du ministre, « le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix » et, au plus haut degré, sous les espèces eucharistiques ».

 

Dans ce petit passage, il faut bien sûr expliquer ce mot un peu compliqué que l’Eglise a cependant considéré comme le plus juste pour dire ce qui se passe à la consécration : « transsubstantiation » Littéralement, cela veut dire la transformation d’une substance en une autre. En effet, au cours de l’Eucharistie, au moment de la consécration, les espèces du pain et du vin deviennent le Corps et le Sang du Christ tout en conservant les caractéristiques physiques et les apparences originales du pain et du vin. C’est au concile de Trente (1551) que l’Eglise l’a officiellement proclamée.

 

Enfin, je mettrai en valeur un « duo » que nous allons souvent retrouver dans le sacrement de la messe et les autres sacrements aussi : le rapport entre geste et parole. Le texte nous dit que cette « présence réelle » est affirmée par les paroles tout simplement de la consécration « Ceci est (=) mon Corps » « Ceci est (=) mon Sang », mais aussi par les gestes d’adoration du prêtre et de chacun de nous. Cela est dit : quelle importance de ce qui est dit comme parole mais aussi de ce qui est fait comme geste pendant la messe ! Oserais-je un petit regard sur aujourd’hui ? Il me semble que l’usage de la langue vernaculaire a favorisé la compréhension intellectuelle de ce qui se passe dans la messe. Par contre, étonnement…, il s’est produit une diminution des « expressions extérieures de souverain respect et d´adoration », entraînant une perte indéniable du sens de la présence de Dieu. Il est important de retrouver un équilibre, un bon « duo » dans la messe. Je parle de la nôtre, ici, dans notre paroisse.                             Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du 3ème dimanche du Temps Ordinaire

 

« Dans le nouveau Missel, la "règle de la prière" (lex orandi) de l´Église correspond à sa constante "règle de la foi" (lex credendi). Celle-ci nous avertit que, sauf la manière d´offrir qui est différente, il y a identité entre le sacrifice de la croix et son renouvellement sacramentel à la messe que le Christ Seigneur a institué lors de la dernière Cène et qu´il a ordonné à ses Apôtres de faire en mémoire de lui. Par conséquent, la messe est tout ensemble sacrifice de louange, d´action de grâce, de propitiation et de satisfaction. »

 

Lex orandi… Lex credendi…  Si en plus on se met à devoir faire du latin ! Mais c’est un retour en arrière ça ! Notre curé serait-il un traditionaliste qui cache bien son jeu ??? Désolé pour vous, mais ce n’est pas le cas. Tout simplement parce que je ne suis malheureusement pas doué du tout en latin, que je n’ai pas du tout une passion pour cette langue, et ne regarde jamais le passé avec nostalgie. Mais tout bon professeur de français nous dira l’intérêt de connaitre la racine des mots, leur origine. Donc, en étudiant la messe, nous nous forcerons un petit peu à ouvrir le dictionnaire français-latin (le Gaffiot je crois ?), parfois même le grec ou encore l’hébreu.

 

Cette expression, Lex orandi… lex credenti… a été prononcée par un pape, St Célestin Ier, au 5e siècle et reprise par plusieurs papes depuis. Elle signifie que la loi de la prière détermine la loi de la croyance. Autrement dit, l’Eglise croit comme elle prie. Pour le dire autrement, c’est souvent dans la prière que s’est formulée au départ la foi de l’Eglise. N’est-ce pas d’ailleurs pareil pour chacun de nous ? C’est en parlant parfois à Dieu dans le secret de notre cœur que se précise la nature de la foi que nous avons pour lui : « Seigneur, je crois que tu m’aimes et que tu vas me pardonner… ».

 

Cela est valable aussi dans l’autre sens : la fidélité à la foi se nourrira d’une fidélité à la liturgie. C’est pourquoi le pape Jean-Paul II affirmait avec force :  « Il n'est permis à personne, même au prêtre, ni à un groupe quelconque, d'y ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit de son propre chef. La fidélité aux rites et aux textes authentiques de la liturgie est une exigence de la lex orandi, qui doit toujours être conforme à la lex credendi. Le manque de fidélité sur ce point peut même toucher à la validité des sacrements ». Commentant aussi cette expression, le pape Benoît XVI disait également : « Il est nécessaire de vivre l'Eucharistie comme mystère de la foi authentiquement célébré (…) Dans cette perspective, la réflexion théologique ne peut jamais faire abstraction de l'ordre sacramentel institué par le Christ lui-même. D'autre part, l'action liturgique ne peut jamais être considérée d'une manière générique, indépendamment du mystère de la foi. En effet, la source de notre foi et de la liturgie eucharistique est le même événement : le don que le Christ fait de lui-même dans le Mystère pascal ». Pour le dire peut être plus simplement : réjouissons-nous car chaque fois que nous participons à la messe, nous entrons dans ce qui est vraiment le cœur de la foi : le don que Jésus fait de lui-même pour notre salut. Ce don, cette offrande, ce sacrifice se renouvèle de manière non sanglante (ouf !), mais pas moins puissante et efficace. Le texte finit donc par donner des qualificatifs à ce sacrifice, non pour nous faire fuir définitivement, mais pour en montrer les différentes facettes : sacrifice de louange, d´action de grâce, de propitiation et de satisfaction.  Il s’agit des différents types de sacrifices qui existaient chez les juifs, selon les circonstances ou types de demandes. Disons, pour simplifier, que le sacrifice du Christ les regroupe et les réalise tous.

 

  • Il est sacrifice de louange et d’action de grâce, parce que Jésus offre à son Père une vie remplie d’amour et d’obéissance absolument incomparable. Il donne avec joie !
  • Il est sacrifice de satisfaction dans le sens ou il est le seul à être satisfaisant, efficace, agréable à Dieu, parce que vraiment en correspondance entre l’être et la vie, celui qu’aucun être humain ne pouvait offrir.
  • Il est un sacrifice propitiatoire c’est à dire littéralement qui rend propice  Dieu, c’est-à-dire qui « apaise » Dieu. Dans le sens, où Jésus obtient par son don le pardon de toutes les fautes de tous les temps, dans la mesure où nous les reconnaissons…           

 

Père Alexis de Brébisson

 

4e Dimanche de l’Avent- Homélie – 24 décembre 2018

 

 

 

 

 

 Suite du commentaire du Préambule de la Présentation Générale du Missel Romain :

 

« Ce qui est ainsi enseigné par le concile est également exprimé de façon concordante par les formules de la messe. En effet, la doctrine signifiée avec précision par cette phrase d’un sacramentaire ancien, appelé léonien : "Chaque fois que nous célébrons ce sacrifice en mémorial, c´est l´œuvre de notre rédemption qui s´accomplit", cette doctrine est développée de façon claire et précise dans les prières eucharistiques ; dans ces prières, en effet, lorsque le prêtre proclame l´anamnèse, en s´adressant à Dieu au nom de tout le peuple, il lui rend grâce et lui offre le sacrifice vivant et saint, c´est-à-dire l´oblation de l´Église et la victime par l´immolation de laquelle Dieu nous a rétablis dans son Alliance, et il prie pour que le Corps et le Sang du Christ soient un sacrifice digne d’être agréé par le Père et qui sauve le monde. »

 

 

 

 

 

Je me souviens… de mon premier cours de liturgie au Séminaire de Caen en septembre 1993 (déjà !). Le professeur était une sœur qui avait voulu commencer l’année en nous faisons étudier la signification d’oraisons de la messe. Celles-ci portaient d’une manière assez forte le souci de « la vie des gens ». Mais lorsque nous lui avons posé la question de leur origine… elle nous expliqua qu’il s’agissait d’oraisons conçus récemment par des « liturges » français, mais qui n’avaient pas reçu l’aval de « Rome ». Et elle nous dit alors tout le mal qu’elle pensait d’une liturgie trop éloignée de la réalité actuelle de la vie. Tout à fait légitime pour cette sœur de vouloir que la messe soit plus le miroir de notre vie autant qu’elle est le miroir de notre foi. Mais le souci premier de liturgie est autre : c’est d’abord d’entrer dans ce que le Christ a vécu Lui et voulu que nous célébrions en mémoire de Lui, pour le vire à notre tour. En effet, le plus important, plus encore que la messe soit proche de notre vie, n’est-il pas que notre vie soit proche de ce qui est dit dans la messe ?

 

Oui, la messe c’est le miroir de notre foi. Il serait bien que ce soit aussi le miroir de notre vie !

 

Quand les textes de la liturgie ont été repris au cours des siècles en en particulier au moment de la réforme liturgique de Vatican II, le souci a toujours été d’être le plus proche possible des premiers écrits reçus de la Tradition. Ainsi le sacramentaire léonien, dont nous avons un extrait ici, repris dans une prière sur les offrandes du 2e dimanche ordinaire, est un recueil de prières du 5e siècles. Je suis toujours impressionné lorsque je les prononce : ces mots de la messe sont les mêmes que ceux que prononçaient les premiers chrétiens. Bien sûr, nous le verrons, ceux-même aussi que Jésus a prononcé au cœur de la prière eucharistique. Nous trouvons aussi une grande présence de prières juives. Si la communauté est appelé à recevoir ainsi des textes qui viennent de si loin, et à ne pas composer par elle-même des prières qui pourraient être aussi belles, ce n’est pas par soucis de « conservatisme ». Ceci vient de cette demande même du Christ : « Vous ferez ceci en mémoire de moi ». La messe est un mémorial dans son essence. Il est donc de première nécessité d’être au plus proche, génération après génération, de ce que le Christ a transmis comme demande à son Eglise.

 

Et, encore une fois, cela nous est dit avec force : c’est le mémorial du sacrifice du Christ. Nous le verrons en particulier dans les quatre prières eucharistiques. L’anamnèse, c’est-à-dire la reprise des paroles du Christ, ne sont pas une simple commémoration, mais une actualisation ici et maintenant. Qu’est-ce que cela veut dire ? Et bien que vous et moi, membres du Corps du Christ, nous actualisons l’offrande que le Christ a fait une vois pour toute sur la Croix. Ou plus tôt, le Christ l’actualise en nous. La victime c’est lui. Librement. La victime c’est l’Eglise et nous. Librement. Eh ! Vous auriez pu m’expliquer cela plus tôt ! Je n’ai pas envie de mourir dans deux jours moi ! Rassurez-vous, ce n’est pas peut être pas la mort atroce et injuste du Christ que vous aurez à subir. Cependant, soyez sûr, si vous le voulez, votre vie peut être vraiment le miroir des paroles de la messe : seriez-vous prêt, jour après jour, goutte après goutte, petit sacrifice après petit sacrifice à tout offrir pour la gloire de Dieu et le salut du monde ? Ou plutôt, seriez-vous prêt à laisser le Christ les prendre sur ces épaules, actualisant ainsi son sacrifice ?                                              P. Alexis de Brébisson

 

Homelie du 3ème dimanche de l’Avent – 16 décembre 2018 – Année C

 

Suite du Commentaire du préambule de la Présentation Générale du Missel RomainTémoignage d´une foi inchangée

 

2. La nature sacrificielle de la messe, solennellement affirmée par le concile de Trente en accord avec toute la tradition de l´Église, a été professée de nouveau par le IIe concile du Vatican, qui a énoncé, au sujet de la messe, ces paroles significatives: "Notre Sauveur, à la dernière Cène , institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu´à ce qu´il vienne, et en outre pour confier à l´Église, son épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection"

 

V

 

oilà… la chose est dite, rappelée, pour ne pas dire martelée dès le départ : la messe est un sacrifice. Celui du Christ. Celui de l’Eglise. Le nôtre. Vous allez voir, la suite du texte enfoncera le clou (désolé pour le jeu de mot un peu facile). Peut être que cela est nécessaire ?  Je me souviens, arrivant comme tout jeune séminariste en paroisse, avec un curé bon comme du bon pain, avoir eu un échange assez corsé sur la signification de la messe. Lui : « La messe n’est plus considérée comme un sacrifice, mais comme un repas ». Moi : « Euh… vous êtes sûr ?... ». Ce prêtre avait connu le Concile et les discussions et orientations liturgiques très diverses avant, pendant et après celui-ci. Un vent de renouveau soufflait sur l’Eglise, au point parfois de vouloir tout changer, tout mettre à neuf, par souci de dépoussiérage, de vérité. Mais le danger est de jeter le bébé avec l’eau du bain, de perdre le sens du fond en changeant la forme de l’expression. Rappelons-le donc avec force : la messe est instituée par le Christ comme mémoire de sa mort et de sa résurrection, et plus particulièrement comme anticipation de sa mort qui va arriver dans moins de 24h. Sa vie, nul de la prend. C’est lui qui la donne. Sa mort devient une offrande, un sacrifice. Prenez le mot qui vous fait peut être le plus mal… pour chercher à entrer dans la signification de cet acte et, à votre tour, dans le dessein divin. Chaque dimanche, à la messe, nous faisons mémoire de cette offrande, de ce sacrifice. Nous l’actualisons : celui du Christ fait une fois pour toute. Nous l’actualisons dans l’offrande, le sacrifice que l’Eglise fait de sa vie pour le monde. Nous l’actualisons dans l’offrande, le sacrifice, que chacun de nous fait de sa vie pour ses proches. Ou plutôt c’est le Christ, qui nous donne de le faire, qui le fait en nous. Nous le faisons pendant la messe parce que nous le faisons dans notre vie :  chaque fidèle exerce toujours son sacerdoce par l’exercice de sa vie chrétienne : la sainteté est un acte de culte (Rm 12,1). La sainteté suppose le sacrifice (Rm 15, 16). St Augustin l’explique (de civitate Dei, ch.6): « Est sacrifice l’homme lui-même et il y a encore le sacrifice du corps quand pour Dieu nous le mortifions pour l’équilibrer dans la tempête. L’âme elle même devient un sacrifice... car elle s’enflamme pour son amour... c’est alors que la cité entière des saints devient un sacrifice tout entier... devenir tous un seul corps dans le Christ » : tout le corps de l’Eglise devient un sacrifice. Cela est à comprendre dans ce sens là : la sainteté chrétienne est d’abord une recherche d’union à Dieu (et non une perfection morale) réalisée à travers le sacrifice de soi-même. Le sacrifice de soi même est donc un « culte » à Dieu, une offrande qui manifeste notre désir d’union à Lui. C’est pourquoi, la liturgie ne devient authentique que si la communauté est d’abord un sacrifice cultuel. Il n’y a pas de célébration si la communauté n’est pas en recherche de Dieu, d’offrande à Dieu.

Père Alexis de Brébisson                      

Homelie du 2ème dimanche de l’Avent – 9 décembre 2018 – Année C

 

 

 

A

 

ujourd’hui, je voudrais commencer avec vous une découverte de la messe. Dimanche après dimanche, je vous propose de réfléchir ensemble sur la beauté de ce sacrement que nous avons la joie de célébrer ensemble. Je le ferai en commentant progressivement la Présentation Générale du Missel Romain. Ce document a été revue à plusieurs reprises par l’Eglise. Prochainement une nouvelle édition du Missel Romain doit sortir avec probablement aussi une nouvelle présentation. N’hésitez pas à me transmettre les questions ou remarques que cela suscite chez vous. Je tâcherai d’y répondre même si ce n’est pas tout de suite !  Commençons donc par le « Préambule » :

 

[I]1. Alors qu´il allait célébrer avec ses disciples le repas pascal où il institua le sacrifice de son Corps et de son Sang, le Christ Seigneur ordonna de préparer une grande salle aménagée (Lc 22, 12). L´Église a toujours estimé que cet ordre la concernait, en ce qu´il réglait la disposition des esprits, des lieux, des rites et des textes relatifs à la célébration de l´Eucharistie. De même, les règles d´aujourd´hui qui ont été prescrites en s´appuyant sur la volonté du IIe concile œcuménique du Vatican et le nouveau Missel dont l´Église de rite romain usera désormais pour célébrer la messe prouvent cette attention de l´Église, sa foi et son amour inchangés envers le suprême mystère eucharistique, et témoignent de sa tradition continue et ininterrompue, quelles que soient les nouveautés qui s´y sont introduites.

 

Qu’il est beau de voir le souci de l’Eglise aujourd’hui d’être fidèle en même temps à ce que le Christ a institué et à la manière dont les chrétiens ont vécu depuis 2000 ans l’Eucharistie. C’est avec une certitude pleine de reconnaissance que nous entrons dans la Tradition : génération après génération nous avons cherché, pas seulement à reproduire ce que nos prédécesseurs ont fait, mais à obéir à notre tour à l’ordre du Christ de « faire ceci en mémoire » de Lui.

 

Quelle importance de comprendre que notre messe dominicale s’enracine d’une manière profonde dans le rite juif du repas pascal. Pour expliquer la plupart des moments de la liturgie eucharistique, nous trouverons dans la tradition hébraïque des origines dont le sens et la portée symbolique nous émerveillera souvent.

 

Enfin, en regardant le mystère de la messe, comprenons que nous sommes mis tout de suite au pieds de la Croix. Dessus même. La chose est dite : c’est un sacrifice. On voudrait éviter ce mot, comme on voudrait éviter la souffrance. Mais à l’inverse lui, le Christ, l’anticipe, l’institue même. Non pour en accabler mais pour nous en délivrer. Non pour le subir, mais pour l’offrir. A nous qui, attirés par les chants, heureux de se retrouver ensembles, ou tout simplement poussés par notre maman, venons à la messe, le Christ tend une coupe, comme on tendrait une croix, des chaînes, des épines. Faisons confiance à celui qui nous a créés, qui s’est fait proche de nous par son Incarnation et qui nous aime à chaque instant. Il a pris le premier ce chemin. Il nous introduit dans ce mystère et veut que nous le vivions unis à Lui. N’ayons pas peur.

 

                                                                                   Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du Christ Roi

 

Je vous invite à lire cet extrait de l’homélie du Bienheureux Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus pour la fête du Christ-Roi 1966
P. Alexis

 

« … (Notre-Seigneur) est Roi du monde, Roi de nos âmes, non pas seulement parce qu’il nous a créés ; pas seulement parce que, Sagesse éternelle, il nous a conduits à la perfection, à la fois naturelle et surnaturelle, à laquelle nous sommes parvenus, mais parce qu’il l’a fait par amour. C’est l’amour de Jésus qui est couronné aujourd’hui. Eh oui, il est Roi parce qu’il a triomphé de l’ennemi, à savoir de la mort, du péché, qu’il a triomphé du mauvais par l’amour. C’est l’amour qui est couronné aujourd’hui et que nous saluons dans le Christ-Roi…

 

... Il est Roi parce qu’il nous a aimés, qu’il nous a prouvé son amour ; parce qu’il nous a acquis, nous a conquis par son amour. Il a des droits de propriété spécialement, des droits de domination sur nous, parce qu’il nous a aimés, parce qu’il nous a conquis en versant son sang. Eh bien, comment nous-mêmes serons-nous associés au triomphe du Christ-Roi ? Comment nous-mêmes serons-nous, un jour, couronnés dans le ciel, dès que notre âme, espérons-le, aura quitté notre corps ? Quel sera le motif de notre couronnement, c’est aussi l’amour ! Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous le rappelle, nous redisant d’ailleurs une vérité, que l’Église connaissait bien mais qu’elle a illustrée merveilleusement, une vérité prononcée par Notre Père saint Jean de la Croix : Au soir de cette vie nous serons jugés sur l’amour. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus disait : Il n’y a que l’amour qui compte. Puisque nous serons jugés sur l’amour, puisqu’il n’y a que l’amour qui compte, qui fait notre véritable valeur, pourrions-nous dire, naturelle et surnaturelle, notre valeur d’éternité ; puisqu’il marquera la puissance de notre vision, de notre lumen gloriæ qui nous aidera à pénétrer la Trinité Sainte, à nous associer en même temps aux opérations du Verbe Incarné, qu’il marquera donc, et en même temps, la mesure de notre bonheur éternel, eh bien que nos regards aujourd’hui, et toujours, se concentrent sur cet amour. Eh oui, la charité, l’amour contient la loi et les prophètes. C’est le summum, c’est le résumé, c’est, pour ainsi dire, l’unique devoir de notre vie terrestre. Nous sommes ici-bas pour développer nos puissances d’amour surnaturel… »

 

Homélie du 31ème Dimanche du temps ordinaire – Année B – 4 novembre 2018

 

« Dieu est l’unique… »

 

Quelle belle profession de foi ! celle du peuple d’Israël, celle de ce scribe qui s’avance vers Jésus. En mettant en valeur la profondeur de sa remarque, en lui disant qu’il n’est pas loin du Royaume de Dieu, Jésus ne fait pas simplement à cet homme un compliment devant les autres. Il porte d’autorité divine un jugement sur un fils d’Israël, sur le peuple d’Israël et son histoire, et ainsi sur la Parole de Dieu elle-même qui n’est autre que le récit de l’œuvre de Dieu à travers un peuple, et ainsi l’annonce du Royaume. Qu’est-ce que la loi ? les commandements ? c’est la réponse d’Israël à l’amour de Dieu.

 

Israël n’existe que par rapport à Dieu, c’est le peuple élu : Yahvé l’a choisi, lui le plus petit de tous les peuples, l’a sauvé de l’esclavage, lui a révélé son nom, lui a donné une terre sainte…

 

Par le choix d’un seul homme tout d’abord, Abraham, puis d’un peuple, le Seigneur a voulu préparer le salut de tous les hommes afin de donner à tous son amour, de nous associer à sa vie divine.

 

Israël a découvert cet amour de Dieu, et les commandements sont pour eux d’abord une réponse à cet amour reçu. Dieu les a libérés. Il s’agit maintenant de marcher sur ce chemin de liberté.

 

Pour cela l’attitude fondamentale est celle de l’écoute : « schéma Israël ». Demeurer en présence de Dieu pour que celui qui nous libère, nous enseigne aussi à vivre en homme libre. Ils reçoivent alors de Dieu cet appel à entrer dans cette relation d’amour unique avec Dieu, et de vivre entre eux dans une relation d’amour semblable.

 

Ils vont mettre cette loi par écrit, se la répéter chaque jour. Mais voilà la faiblesse de l’homme, le mal, la haine va dominer et Israël dans son histoire s’est éloigné souvent de l’amour de Dieu et n’a pas vécu cet amour du prochain. Que fait Dieu ? Il reste fidèle. Et nous voyons dans l’histoire d’Israël des renouvellements d’Alliance. Que se passe-t-il ? Après l’exil à Babylone, signe pour Israël de son infidélité à Dieu, celui-ci se retourne vers Dieu et des textes de prophètes comme Jérémie nous montre, annoncent un renouvellement de l’Alliance, ou plutôt une Alliance nouvelle : « non pas comme l’Alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte (mon alliance qu’eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître) Mais voici l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle de Yahvé. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. ». Voilà que ces commandements ne sont plus écrits sur de la pierre mais dans les cœurs par Dieu lui-même. Israël peut alors espérer vivre cet amour de Dieu si Dieu lui met dans son cœur la force de cet amour.

 

C’est cela que Jésus admire, c’est cette œuvre de Dieu, dans le peuple d’Israël, qui est une préparation et ouvre à une espérance plus grande.

 

Car voilà que comme un fils d’Israël, nous ressentons notre incapacité à entrer dans cette dynamique de l’amour pas nos seules forces.

 

Mais comme le dit la lettre aux Hébreux « voilà le grand prêtre qu’il nous fallait », lui-même a vécu parfaitement ces commandements et nous donne ainsi de pouvoir les vivre. « Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous aimés »

 

Cf. Thérèse de l’EJ MC 11Vs

Père Alexis de Brébisson

Homélie du 29ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

Troisième annonce de la Passion. Troisième incompréhension des disciples. Troisième remontrance de Jésus. Nous avions entendu les deux premières au mois de septembre. Cette fois-ci l’effroi précède l’annonce. Les deux premières fois ont permis aux disciples de comprendre ce que signifie cette montée à Jérusalem. Ils perçoivent la résolution de Jésus à vouloir se rendre dans la ville sainte, ville de tous les dangers pour lui. Combien difficile pour eux, comme pour nous, de croire que l’Envoyé de Dieu est appelé à connaître l’échec, qu’il ne sera pas un héros triomphant. Et pourtant, quelle précision de la part du Christ dans l’annonce de sa Passion, chemin de croix et chemin vers la Résurrection ! A croire qu’ils le font exprès, les disciples n’ont décidé

 

ment rien compris et certains s’échinent à demander encore une place d’honneur. A droite et à gauche du Christ dans sa gloire. Quel rêve insensé ! Alors que Jésus vient d’annoncer la gloire de la croix qui l’attend ! L’ironie du sort dévoilera que cette place a été réservée, non pas à eux, mais à deux bandits, à la droite et la gauche de Jésus, en croix eux aussi. Sont-ils donc capables de boire cette coupe ? La coupe, symbole, dans la Bible des souffrances à subir. Coupe de l’Eucharistie. Coupe du salut. Sont-ils donc capables de vivre ce baptême à savoir être submergé par les flots de la mort ? Réponse naïve de Jacques et de Jean : oui. Réponse prophétique de Jésus : oui. De fait, l’apôtre Jacques connaîtra le martyre en l’an 44, et Jean aura à témoigner face à la persécution.

 

Nouvelle mise au point de Jésus sur les vraies places à convoiter dans l’Eglise du Seigneur : celle de serviteur et même d’esclave. Comment leur faire prendre conscience de cela ? Jésus se donne en exemple, lui qui est venu non pour être servi mais pour servir. Il va aller jusqu’à donner sa vie, en rançon, à être vendu comme un esclave. Voici le serviteur souffrant que la première lecture nous évoquait. Non seulement ne pas rechercher les honneurs, mais la place de serviteur. Pire encore désirer la situation d’esclave. Être prêt à être vendu en rançon. Être prêt à donner sa vie.

 

Humilité et don de soi. Thérèse d’Avila, que nous avons fêtée cette semaine, l’explique en prenant l’image du porte-drapeau qui dans la bataille, reste debout et s’expose à tous les dangers sans pouvoir se défendre : « le chrétien doit aborder l’étendard de l'humilité et supporter tous les coups qu'on lui donne, sans n’en rendre aucun ; son office est de souffrir comme le Christ. » Plus encore, dit-elle, cet absolu va jusqu’à ne pas s’inquiéter de sa santé et de sa mort : « si nous ne nous déterminons pas à mépriser une bonne fois la mort et la perte de la santé, nous ne ferons jamais rien. » Absolu qui permet que dans notre vie chaque chose prenne sa juste place. Absolu nécessaire dès le début de la vie spirituelle, affirme-t-elle : comme le Christ qui monte résolument vers Jérusalem, les chrétiens « doivent prendre la résolution ferme et énergique de ne point cesser de marcher qu'ils ne soient arrivés. » Elle continue en affirmant que beaucoup, en effet, ne sont jamais arrivés pour n'avoir pas « embrassé la croix dès le principe ». Et de conclure : « savez-vous quand on est vraiment spirituel [c'est-à-dire sous la conduite de l’Esprit-Saint]? C'est quand on se fait l'esclave de Dieu, et que, à ce titre, non seulement on porte son empreinte qui est celle de la croix, mais qu'on lui remet sa liberté, afin qu'il puisse nous vendre comme les esclaves de l'univers tout entier. » Absolu des affirmations de Thérèse d’Avila, folie aux esprits raisonnables, qui ne font que reprendre celle de l’Evangile et du Christ. Elle a fait l’expérience de cet absolu ; elle ne peut l’édulcorer, par respect pour lui, par respect aussi pour tous les hommes à qui il est destiné.  Ainsi tout missionnaire, à la suite de Christ, à la suite des saints, cherche à vivre de l’Evangile dans toute sa radicalité, afin de pouvoir être témoin.  Il en était ainsi pour les missionnaires d’autrefois qui partaient sans espoir de retour. Il en est toujours de même pour les missionnaires d’aujourd’hui. Il en sera ainsi pour nous, si nous voulons devenir vraiment missionnaire dans le monde qui nous entoure. Prions pour nous qui sommes appelés à une telle radicalité évangélique.    

 

 

 

Père Alexis de Brébisson    

 

Homélie du 25ème dimanche du Temps Ordinaire


Deuxième annonce de la Passion. Deuxième incompréhension des disciples. Deuxième remontrance de Jésus. Après le vade retro Satanas de la semaine dernière vis-à-vis de Pierre, lui et les autres disciples n’osent plus ni réagir, ni même l’interroger.  Ils ne comprennent pas du tout cette détermination de Jésus à vouloir souffrir et mourir. A l’inverse, ils se soucient des honneurs : qui d’entre eux est le premier ? Ne serait-ce pas Pierre ? On parle bien aujourd’hui encore de sa primauté. Jésus s’oppose à nouveau à ses disciples : il ne les renvoie pas au diable cette fois-ci, mais à la dernière place. « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Puis, l’illustration est donnée : la place d’un enfant, si déconsidéré dans la société de cette époque, voilà la place du Christ, et donc la nôtre.

 

Cette affirmation est valable pour toutes les vocations, toutes les charges. Elle est valable tout particulièrement pour les évêques, successeurs des apôtres, et avec eux pour les prêtres et les diacres.

 

Les « gens » nous interrogent parfois pour savoir quelle promotion existe dans le clergé. Être nommé curé, quel honneur ! Doyen, quel beau titre ! Devenir évêque, c’est une réussite ! Pape, l’apothéose ! Quel étonnement parfois quand ils apprennent que cela ne paye pas plus… Et ils restent dubitatifs quand on leur répond que ce ne sont pas des places à convoiter. Il est vrai cependant que tout prêtre risque, comme les apôtres, de tomber dans le piège des honneurs. Comment prétendre moi-même ne pas être tenté par cette épreuve ? Je me souviens un jour, alors que je participais à un grand rassemblement, être parti un peu à l’écart dans la nature pour prier. Tout en marchant et priant, mon imagination allait bon train, et je rêvais de gloire et d’honneur ! Or, voilà que je croise un évêque, que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer. Celui-ci avait pris aussi le large et priait son chapelet. Petites salutations de politesse. Et lui de me sortir, avant de poursuivre son chemin : « Surtout, Alexis, surtout, recherchez toujours la dernière place, c’est très important. » Petite parole, inspirée par le Seigneur, qui m’alla droit au cœur !

 

L’orgueil et la recherche de pouvoir, sont une véritable perversion dans le domaine spirituel : Corruptio optimi pessima. La corruption de ce qu'il y a de meilleur engendre le pire. D’où l’affirmation sans détour du Christ vis-à-vis de ces disciples. D’où la nécessité pour tout prêtre de se voir rappeler sans cesse que sa place doit être la dernière et qu’ainsi il sera le premier. « Le prêtre n’est pas pour lui, il est pour vous » disait le Curé d’Ars à ses paroissiens. Jésus, lui le « premier », se met à la dernière place pour servir, il se considère comme un enfant. C’est toujours là que nous le trouverons. C’est toujours comme cela que nous le suivrons. Ici se trouve le fondement, dans l’Evangile, de la voie d’enfance spirituelle de Thérèse de l’Enfant-Jésus. Un saint prêtre, que j’ai eu la grâce de côtoyer pendant ma formation, nous avait confié qu’il faisait tous les jours la prière suivante : « Seigneur donne-moi de vivre la voie d’enfance spirituelle afin de pouvoir l’enseigner aux autres ». J’aime à mon tour, conscient de mon orgueil, redire cette prière tous les matins.

 

Oui le prêtre, comme pasteur, se doit d’être un exemple. Comme les apôtres, comme tout homme, il est confronté à son désir de réussir. Comment donc pourrait-il être un bon exemple, si le Seigneur ne le pousse pas sur la voie qu’il a prise, puisqu’il n’y ira pas de lui-même ? Voie de l’abaissement, chemin de la Croix. Le Cardinal Lustiger raconte qu’après la guerre, séminariste, il avait échangé avec un polonais rescapé d’Auschwitz. Il lui avait fait le récit de l’horreur des camps. Puis il lui avait posé la question suivante : « Qu’est-ce que ‘‘l’essence’’ de l’homme ? » Et lui avait donné la réponse : « C’est ce qui lui reste, quand on lui a tout enlevé… ». Repartant de cet exemple, réfléchissant à la nature du prêtre, l’archevêque de Paris disait : « Qu’est-ce que ‘‘l’essence’’ d’un prêtre ? Ce qui lui reste, quand on lui a tout enlevé… ». Dans notre Eglise en France, dans notre diocèse, dans notre paroisse, qui vit une grave crise des vocations, comment retrouver le sens du sacerdoce ? Comment susciter le désir de cette vocation pour des jeunes ? En priant aujourd’hui pour que vos pasteurs soient de vrais pasteurs, libres de toutes attaches, vrais serviteurs, à la dernière place. C’est absolument sûr alors que des jeunes voudront suivre le Christ, à leur exemple, sur ce chemin d’humilité, de vérité et de charité.

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

 

 

Homélie du 24ème dimanche du Temps Ordinaire


La découverte progressive de Jésus par les disciples les conduit aujourd’hui à la première profession de foi par la bouche de Pierre. Voici un tournant important. Aussitôt Jésus les entraîne plus loin : il leur annonce quel type de Messie il sera : un messie souffrant. Ce sont les trois annonces de la Passion. C’est la première que nous venons d’entendre. Cette annonce les déconcerte. Nous aussi. Quelle idée pour celui qui doit sauver le monde, d’annoncer qu’il doit souffrir ? Voilà la démarche de foi des disciples, voilà la démarche de foi de tout disciple du Christ : découvrir le Christ, dire sa foi, le suivre sur le chemin de l’abandon. Où la scène se situe-t-elle? très loin pour nous bien sûr, mais aussi pour les disciples. Tout au nord du pays, dans une région écartée. C’est pendant la marche que Jésus fait ce drôle de sondage d’opinion. Questionnement des disciples. C’est sur le chemin de la prière, la mise à l’écart, sortant de l’emprise de nos activités quotidiennes, que le Seigneur va nous poser des questions. Les premières réponses révèlent bien l’opinion commune d’hier comme d’aujourd’hui : on accepte et l’on veut bien reconnaître de lui qu’il a un charisme fort, mais on en reste à un rapport de neutralité ; car on n’a pas assez de relation et de connaissance de Jésus. D’où la mission très importante des croyants de permettre à leurs proches (c’est à dire à ceux dont ils peuvent se faire proches) d’approcher à leur tour le Christ. Les disciples ont suivi Jésus depuis des mois. En sont-ils cependant à une démarche de foi ? oui le dit avec force Pierre. Cette question résonnait depuis le début de l’Evangile. Seuls les démons, du monde des esprits, avaient su pour le moment donner la bonne réponse. Les hommes d’Israël, eux, attendaient un messie libérateur de l’occupant, rendant la prospérité au pays : un héros humain. Jésus s’est bien gardé de paraître répondre à cette attente : il avait imposé le silence aux démons ; il se retirait loin, lorsque la foule, exaltée par ses miracles, voulait le retrouver. C’est dans ce petit groupe de proches qu’il va préciser sa mission ; il fait monter de leur cœur cette connaissance. Une étape décisive est aujourd’hui franchie : ils ont reconnu en lui le sauveur, celui annoncé par les prophètes. Il leur défend cependant encore d’en parler à personne. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas encore bien compris eux-mêmes de quel messianisme il s’agit. Le dialogue d’après avec Pierre le manifeste. Il va leur falloir d’abord suivre le Christ jusque dans sa Passion et Résurrection. Alors ils pourront, comme le Centurion, proclamer que celui-ci est vraiment le fils de Dieu. Nous-mêmes, notre découverte du Christ nous a conduits à reconnaître sa messianité. Mais le Christ veut sûrement nous conduire plus loin. Jésus commence à parler de lui comme d’un Messie qui doit mourir. Il l’explique en reprenant l’expression de fils de l’homme qu’il s’est attribué lui-même depuis le début, peut être justement pour se distinguer de la vision messianique de l’opinion courante. Sa souffrance et sa mort sont nécessaires, nous dit-il, « il fallait ». Ce n’est pas un accident de parcours, mais inscrit dans le dessein de Dieu pour le salut de l’humanité. Jésus ose mettre ses disciples devant un mystère qui les dépasse. Il le fait cependant parce qu’ils ont mis leur foi en lui. Ils ont accepté de s’en remettre à lui. Jésus nous met dans notre vie, devant un mystère qui nous dépasse : celui de la souffrance. Chacun de nous peut nommer ce qu’il voit comme souffrance dans sa propre vie, et celle de ceux dont il se fait proche. Jésus veut nous mettre aujourd’hui devant cette souffrance, non pas simplement comme un accident de parcours mais comme s’inscrivant dans le mystère du salut.

 

Il est bien facile pour moi de dire cela, quand on a 40 ans et tout sa force. Mais n’était-ce pas le cas de Jésus ? Jésus raconte à force de détails sa passion : tout ce qu’il dit est inconcevable pour un messie du peuple juif. Souffrance, rejet des siens, mort violente. Il y a cependant aussi l’annonce de la Résurrection. Annonce plus vague mais réelle. Aberration aussi que les souffrances de notre vie, et cependant il y a aussi pour nous l’annonce de la Résurrection. Affirmation peut être vague aussi pour nous, mais réelle, motif de notre fidélité dans l’espérance. Mais c’est là que vient l’incident. Le choc de l’affirmation fait que Pierre se rebiffe : on imagine la scène, Jésus marchant devant comme un maître, Pierre s’interposant devant lui, lui faisant volte-face, comme pour lui dire qu’il ne prend pas le bon chemin, Jésus l’invitant avec violence à reprendre sa place derrière le Maître, la place de disciple. Il n’hésite pas à appeler le chef de ses disciples Satan, ce qui signifie en hébreu : « l’adversaire ». Oui un abîme sépare toujours le dessein de Dieu et nos vues humaines. Le Seigneur nous invite aussi à accepter le chemin qu’il nous demande de prendre à sa suite, à ne pas pouvoir nous mettre devant lui. Que cette Eucharistie nous y aide.

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

La vengeance du pardon : c’était le titre accrocheur d’un livre d’Eric-Emmanuel Schmitt. Je m’étais donc laissé accrocher. Le résultat était mitigé : il narrait les combines de personnes qui, sous l’apparence d’un pardon, se vengeaient avec perfidie de leurs ennemis. Chez Dieu, cette vengeance est face au mal, c’est la vengeance de l’amour face à la haine, c’est le combat du salut. Oui, dans la vengeance comme dans les autres choses de la vie, le Seigneur notre Dieu a des pensées plus élevées que les nôtres. Voici sa vengeance : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds ». Pas d’extermination de ceux que nous désignons comme nos ennemis, pas de procès général contre eux, mais de l’eau à satiété pour ceux qui ont soif. Le Dieu vengeur voit plus loin que notre justice œil pour œil, dent pour dent ; ou soi-disant plus juste en enfermant ou en faisant payer le coupable. Dieu ne brise pas les auteurs du mal pour réduire le mal lui-même. Au contraire il veut les relever. Il veut rendre à chacun la joie d’être sauvé et pour cela il sait qu’il n’y a qu’un moyen : montrer, donner, offrir aux coupables un maximum d’amour, d’attention, de charité. La charité dans la vérité.

 

Remarquons d’ailleurs que c’est la même charité qui sera donné en abondance à celui qui a fait le mal qu’à celui qui le subit : au meurtrier comme à l’aveugle. Dans la mesure où l’un comme l’autre reconnait finalement son péché, s’ouvre à cette relation d’amour et de pardon.

 

Le psaume décrit cette merveille : « Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes ». Même ceux qui ont été humiliés dans leur corps par la maladie ou le handicap, même ceux qui ont souffert dans leur psychisme, même ceux qui n’auront jamais connu le bonheur, même ceux qui auront fait du mal en eux et autour d’eux, pourront être libérés et partager la récompense : l’amour du Seigneur. La victoire sera totale.

 

L’Evangile le montre : Jésus franchit les frontières que les hommes ont établies. Il va en territoire étranger, en plein territoire de la Décapole, chez les non juifs, ceux qui apparemment non pas le droit à ce salut. Il va démontrer que ce salut est offert à tous les hommes. Les hommes mettent des limites que son amour ne connaît pas. Jésus prend le malade qu’on lui amène et révèle quel médecin il est. Lui le Créateur du monde, s’abaisse jusqu’à cet homme et le touche. Il s’investit tout entier dans cette guérison. Ses yeux se lèvent au Ciel pour en montrer l’origine. Spontanément, Jésus s’exprime dans sa langue maternelle, répondant dans un soupir au soupir de détresse et de découragement de l’humanité écrasée sous le poids de son esclavage : « Effata ! »

 

Jésus semble assuré de l’accomplissement de son œuvre, de la victoire de l’amour sur le mal, de cette vengeance. A l’inverse, nous sommes toujours incertains, pas convaincus du tout, désespérés même, aujourd’hui comme hier, pensant que dans notre société le plus fort l’emporte sur le plus faible, le violent sur le doux, la maladie sur la santé, la haine sur l’amour. Changeons de lunettes ! C’est tout l’inverse. La charité seule passe partout, elle peut ouvrir toutes les portes, tous les cœurs, faire des miracles. La charité de Dieu en nous. Le beau film sur Bakhita, esclave soudanaise, canonisée par le Pape Jean-Paul II le montre bien. La « vengeance » que le Seigneur vient réaliser reste toujours au-delà de notre entendement, et le risque est réel de ne pas être dans cette dynamique, de vouloir s’appuyer sur nos propres forces.

 

Seigneur, touche nos cœurs qui doutent, inquiets, désespérés, qui ne croient que par l’amour tu as la victoire, la vengeance sur le mal.

 

Ouvre-nous, Seigneur, aux merveilles que ton amour accomplie en nous et à travers nous, et nous serons sauvés, et nous serons des collaborateurs privilégies de ton œuvre d’amour.                  

 

 

 

Père Alexis de Brébisson                

 

 

 

Homélie du 11ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

Mon cher enfant,

 

En ce jour où tu vas faire ta Profession de Foi, je veux m’adresser à toi, et à travers toi à chacun d’entre nous. Je vais te parler de la vie chrétienne qui a commencé pour toi, comme pour nous, le jour de ton baptême : ce jour là, l’eau du baptême a coulé, tu n’as rien vu et rien senti, mais voilà ! quelque chose de prodigieux s’est passé : tu es devenu une créature nouvelle. La vie reçue le jour de baptême est quelque chose de mystérieux, aussi mystérieux que Dieu lui-même. Elle porte en elle un dynamisme, une puissance extraordinaire, qui va pouvoir se déployer parfaitement avec la réponse d’amour que tu donnes aujourd’hui. Dans ces paraboles que nous venons de recevoir je voudrais que tu comprennes combien Jésus parle de ta vie. Il parle du Royaume de Dieu, du règne de Dieu, c'est-à-dire de la vie de Dieu en toi qui grandit. Écoute ce qu’il dit :

 

A quoi allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? Il est semblable à une graine, la plus petite de toutes; et quand elle a poussé, elle est devenue la plus grande de toutes les plantes du jardin...

 

Voilà le trésor que Dieu t’a donné : son Royaume, sa vie ; tu l’as reçu comme un grain, le jour de ton baptême. Comment donc ce grain va-t-il pousser, ce royaume grandir ? Écoute ce que Jésus dit :

 

Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui a jeté en terre la semence. Il dort et il se lève, la nuit et le jour, et la semence croît, sans qu’il sache comment.

 

Tu le sais : quand un agriculteur jette la semence en terre : elle grandit, quels que soient les événements.
Elle porte la vie en elle, elle se développe, presque toute seule. Et c’est pareil pour toi. La vie de Dieu que tu as reçu le jour de ton baptême est puissante, est vivante ! Quelques soient les évènements elle va grandir. Quelle puissance que la grâce de Dieu qui est en toi !

 

Oui, Dieu agit en toi et en chacun de nous. Il demande notre collaboration, certes et ce jour tu affirmes que tu es prêt à collaborer à son œuvre. Mais, comprends-le bien : son action est indépendante de la tienne. Nous croyons souvent pour ne pas dire toujours que tout dépend de nous. Qu’on est une sainte seulement si l’on fait de belles choses. Il n’en est rien ; Dieu peut nous donner sa grâce, sa sainteté même pendant notre sommeil. Il faut que nous le croyions.  Il faut même que nous lui fassions confiance pour lui laisser la liberté absolue de faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut ! C’est lui qui nous conduit !

 

Oui, il faut le comprendre : la vie chrétienne, la vie divine est d’abord une vie intérieure : elle prend racine au fond de la terre, en nous, indépendamment des événements extérieurs. Ou plutôt en profitant de ceux-ci. On craint la pluie ? Elle est nécessaire pour croître. On craint le soleil ?  Il contribue à lui donner une force intérieure... La semence pousse et grandit sans que le semeur s’en aperçoive : Il a beau fixer son regard sur elle, il ne voit pas sa croissance, parce qu’elle est lente... Il en est de même de la vie de Dieu, du royaume de Dieu en toi et nous : il faut du temps ! On peut être même déçu parfois parce que la plante ne pousse pas assez vite… On voudrait pouvoir tirer dessus !

 

Tu sais, tout le problème de la vie chrétienne est là, avec son mystère. Il faut accepter de se laisser faire par Dieu et favoriser simplement son action. Oui, c’est l’Esprit-Saint qui fait le plus gros du boulot. Il travaille en nous. Comprendre cela, doit nous apaiser, nous rendre confiant.

 

D’autre part, sa croissance profite de la nuit, du jour... Parfois tu pourras être une chrétienne un peu triste ou très joyeuse. Confiante ou pleine de doute dans la foi. Est-ce que cela gênera la croissance de la vie de Dieu en toi ? Non, il faut que tu comprennes que Dieu profite de tout. Sa croissance profite de la nuit, du jour... il faut cette tristesse et cette joie. Les deux sont nécessaires pour faire croître le royaume de Dieu. Dans la joie, il semble que la vie rayonne, que la tige plus ferme se dresse au soleil et paraît plus brillante. Sous la pluie elle semble écrasée. Mais nous pouvons nous tromper en voulant juger de l’extérieur ! Tristesse et joie, pluie et soleil, nuit et jour, tout est utile pour faire grandir la vie de Dieu en toi !

 

 Aie foi en la grâce, la tienne, et celle des autres. La semence se développera et donnera son fruit, pourvu que tu aies foi en la grâce puissante de Dieu, en la vie de Dieu qui est véritablement en toi, et qui est dans l’Église.

 

10ème Dimanche du Temps Ordinaire 3 juin 2018

 

Le fil conducteur d’aujourd’hui, c’est bien l’Esprit-Saint en tant qu’il agit en nous.

 

Il s’agit de se laisser inspirer nos actes par lui, de nous laisser conduire par lui et non par le démon comme Adam et Eve.

 

C’est lui qui inspire Jésus.

 

La racine en nous du péché c’est vraiment de refuser de se laisser inspirer par Dieu et de se laisser conduire par lui. C’est de vous être autonome, se gérer soi-même, ne dépendre que de soi. Mais en fait c’est refuser l’Esprit-Saint, notre Créateur, l’âme de notre âme et se retrouver malgré nous conduit par le diable.

 

C’est cet Esprit qui habite les véritables frères et sœurs de Jésus. Ceux qui écoutent le souffle de sa Parole et le suivent, c’est-à-dire se laissent conduire comme lui par l’Esprit-Saint.

 

Mais c’est difficile de se laisser conduire par l’Esprit-Saint. Car son travail en nous n’est pas anodin… Pour expliquer ce travail que fait l’Esprit Saint en nous, voici une image : lorsqu’on met une belle bûche dans le feu, qu’est-ce qu’il se passe ? Celle-ci d’abord entre en contact avec les flammes qui tournent autour d’elle, et la chauffent très vite. Cette chaleur fait que la bûche rejette assez vite toute l’humidité qui était en elle. Elle siffle, elle éclate même. Elle se plaint…  Puis la voici embrasée jusqu’à devenir à son tour de la braise, c’est à dire feu avec le feu, totalement transformée. Quand l’Esprit de Dieu travaille en moi, je suis un peu comme une bûche dans le feu:

 

1.                  D’abord je me laisse saisir par lui, il vient me réchauffer. Cela fait du bien.

 

2.                  Mais très vite il va venir me purifier, enlever de moi tout ce qui est humidité, c’est à dire ce qui ne va pas. Et cela fait mal… mais il faut accepter ce travail si important.

 

3.                  Puis il m’embrase complètement, c’est à dire me transforme jusqu’à ce que je devienne complètement ressemblant à Jésus, que l’Amour de Dieu me remplisse totalement.

 

4.                  Je deviens alors feu avec le feu, amour dans l’amour de Dieu et j’en témoigne autour de moi.

 

Cette image veut nous faire comprendre que si je laisse docile à l’Esprit de Dieu, il veut et va faire en moi un travail merveilleux. On peut mettre en valeur aussi une grande œuvre que l’Esprit-saint seule peut réaliser : c’est l’unité entre nous. C’est bien ce que Jésus dit lui-même avant de mourir dans la grande et belle prière : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » (Jn 17, 21s) Or la prière de Jésus est exaucée : nous savons que l’Église est une et sainte, de par l’œuvre de l’Esprit-Saint.

 

 

 
   

Nous qui sommes là, à écouter la Parole de Dieu, désireux de suivre le Christ, que l’Esprit-Saint réalise en nous son œuvre et nous conduise dans l’unité de l’Eglise , frères et sœurs du Christ .

                                                                            Père Alexis de Brébisson