4e Dimanche de l’Avent- Homélie – 24 décembre 2018

 

 

 

 

 

 Suite du commentaire du Préambule de la Présentation Générale du Missel Romain :

 

« Ce qui est ainsi enseigné par le concile est également exprimé de façon concordante par les formules de la messe. En effet, la doctrine signifiée avec précision par cette phrase d’un sacramentaire ancien, appelé léonien : "Chaque fois que nous célébrons ce sacrifice en mémorial, c´est l´œuvre de notre rédemption qui s´accomplit", cette doctrine est développée de façon claire et précise dans les prières eucharistiques ; dans ces prières, en effet, lorsque le prêtre proclame l´anamnèse, en s´adressant à Dieu au nom de tout le peuple, il lui rend grâce et lui offre le sacrifice vivant et saint, c´est-à-dire l´oblation de l´Église et la victime par l´immolation de laquelle Dieu nous a rétablis dans son Alliance, et il prie pour que le Corps et le Sang du Christ soient un sacrifice digne d’être agréé par le Père et qui sauve le monde. »

 

 

 

 

 

Je me souviens… de mon premier cours de liturgie au Séminaire de Caen en septembre 1993 (déjà !). Le professeur était une sœur qui avait voulu commencer l’année en nous faisons étudier la signification d’oraisons de la messe. Celles-ci portaient d’une manière assez forte le souci de « la vie des gens ». Mais lorsque nous lui avons posé la question de leur origine… elle nous expliqua qu’il s’agissait d’oraisons conçus récemment par des « liturges » français, mais qui n’avaient pas reçu l’aval de « Rome ». Et elle nous dit alors tout le mal qu’elle pensait d’une liturgie trop éloignée de la réalité actuelle de la vie. Tout à fait légitime pour cette sœur de vouloir que la messe soit plus le miroir de notre vie autant qu’elle est le miroir de notre foi. Mais le souci premier de liturgie est autre : c’est d’abord d’entrer dans ce que le Christ a vécu Lui et voulu que nous célébrions en mémoire de Lui, pour le vire à notre tour. En effet, le plus important, plus encore que la messe soit proche de notre vie, n’est-il pas que notre vie soit proche de ce qui est dit dans la messe ?

 

Oui, la messe c’est le miroir de notre foi. Il serait bien que ce soit aussi le miroir de notre vie !

 

Quand les textes de la liturgie ont été repris au cours des siècles en en particulier au moment de la réforme liturgique de Vatican II, le souci a toujours été d’être le plus proche possible des premiers écrits reçus de la Tradition. Ainsi le sacramentaire léonien, dont nous avons un extrait ici, repris dans une prière sur les offrandes du 2e dimanche ordinaire, est un recueil de prières du 5e siècles. Je suis toujours impressionné lorsque je les prononce : ces mots de la messe sont les mêmes que ceux que prononçaient les premiers chrétiens. Bien sûr, nous le verrons, ceux-même aussi que Jésus a prononcé au cœur de la prière eucharistique. Nous trouvons aussi une grande présence de prières juives. Si la communauté est appelé à recevoir ainsi des textes qui viennent de si loin, et à ne pas composer par elle-même des prières qui pourraient être aussi belles, ce n’est pas par soucis de « conservatisme ». Ceci vient de cette demande même du Christ : « Vous ferez ceci en mémoire de moi ». La messe est un mémorial dans son essence. Il est donc de première nécessité d’être au plus proche, génération après génération, de ce que le Christ a transmis comme demande à son Eglise.

 

Et, encore une fois, cela nous est dit avec force : c’est le mémorial du sacrifice du Christ. Nous le verrons en particulier dans les quatre prières eucharistiques. L’anamnèse, c’est-à-dire la reprise des paroles du Christ, ne sont pas une simple commémoration, mais une actualisation ici et maintenant. Qu’est-ce que cela veut dire ? Et bien que vous et moi, membres du Corps du Christ, nous actualisons l’offrande que le Christ a fait une vois pour toute sur la Croix. Ou plus tôt, le Christ l’actualise en nous. La victime c’est lui. Librement. La victime c’est l’Eglise et nous. Librement. Eh ! Vous auriez pu m’expliquer cela plus tôt ! Je n’ai pas envie de mourir dans deux jours moi ! Rassurez-vous, ce n’est pas peut être pas la mort atroce et injuste du Christ que vous aurez à subir. Cependant, soyez sûr, si vous le voulez, votre vie peut être vraiment le miroir des paroles de la messe : seriez-vous prêt, jour après jour, goutte après goutte, petit sacrifice après petit sacrifice à tout offrir pour la gloire de Dieu et le salut du monde ? Ou plutôt, seriez-vous prêt à laisser le Christ les prendre sur ces épaules, actualisant ainsi son sacrifice ?                                              P. Alexis de Brébisson

 

Homelie du 3ème dimanche de l’Avent – 16 décembre 2018 – Année C

 

Suite du Commentaire du préambule de la Présentation Générale du Missel RomainTémoignage d´une foi inchangée

 

2. La nature sacrificielle de la messe, solennellement affirmée par le concile de Trente en accord avec toute la tradition de l´Église, a été professée de nouveau par le IIe concile du Vatican, qui a énoncé, au sujet de la messe, ces paroles significatives: "Notre Sauveur, à la dernière Cène , institua le sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang pour perpétuer le sacrifice de la croix au long des siècles, jusqu´à ce qu´il vienne, et en outre pour confier à l´Église, son épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection"

 

V

 

oilà… la chose est dite, rappelée, pour ne pas dire martelée dès le départ : la messe est un sacrifice. Celui du Christ. Celui de l’Eglise. Le nôtre. Vous allez voir, la suite du texte enfoncera le clou (désolé pour le jeu de mot un peu facile). Peut être que cela est nécessaire ?  Je me souviens, arrivant comme tout jeune séminariste en paroisse, avec un curé bon comme du bon pain, avoir eu un échange assez corsé sur la signification de la messe. Lui : « La messe n’est plus considérée comme un sacrifice, mais comme un repas ». Moi : « Euh… vous êtes sûr ?... ». Ce prêtre avait connu le Concile et les discussions et orientations liturgiques très diverses avant, pendant et après celui-ci. Un vent de renouveau soufflait sur l’Eglise, au point parfois de vouloir tout changer, tout mettre à neuf, par souci de dépoussiérage, de vérité. Mais le danger est de jeter le bébé avec l’eau du bain, de perdre le sens du fond en changeant la forme de l’expression. Rappelons-le donc avec force : la messe est instituée par le Christ comme mémoire de sa mort et de sa résurrection, et plus particulièrement comme anticipation de sa mort qui va arriver dans moins de 24h. Sa vie, nul de la prend. C’est lui qui la donne. Sa mort devient une offrande, un sacrifice. Prenez le mot qui vous fait peut être le plus mal… pour chercher à entrer dans la signification de cet acte et, à votre tour, dans le dessein divin. Chaque dimanche, à la messe, nous faisons mémoire de cette offrande, de ce sacrifice. Nous l’actualisons : celui du Christ fait une fois pour toute. Nous l’actualisons dans l’offrande, le sacrifice que l’Eglise fait de sa vie pour le monde. Nous l’actualisons dans l’offrande, le sacrifice, que chacun de nous fait de sa vie pour ses proches. Ou plutôt c’est le Christ, qui nous donne de le faire, qui le fait en nous. Nous le faisons pendant la messe parce que nous le faisons dans notre vie :  chaque fidèle exerce toujours son sacerdoce par l’exercice de sa vie chrétienne : la sainteté est un acte de culte (Rm 12,1). La sainteté suppose le sacrifice (Rm 15, 16). St Augustin l’explique (de civitate Dei, ch.6): « Est sacrifice l’homme lui-même et il y a encore le sacrifice du corps quand pour Dieu nous le mortifions pour l’équilibrer dans la tempête. L’âme elle même devient un sacrifice... car elle s’enflamme pour son amour... c’est alors que la cité entière des saints devient un sacrifice tout entier... devenir tous un seul corps dans le Christ » : tout le corps de l’Eglise devient un sacrifice. Cela est à comprendre dans ce sens là : la sainteté chrétienne est d’abord une recherche d’union à Dieu (et non une perfection morale) réalisée à travers le sacrifice de soi-même. Le sacrifice de soi même est donc un « culte » à Dieu, une offrande qui manifeste notre désir d’union à Lui. C’est pourquoi, la liturgie ne devient authentique que si la communauté est d’abord un sacrifice cultuel. Il n’y a pas de célébration si la communauté n’est pas en recherche de Dieu, d’offrande à Dieu.

Père Alexis de Brébisson                      

Homelie du 2ème dimanche de l’Avent – 9 décembre 2018 – Année C

 

 

 

A

 

ujourd’hui, je voudrais commencer avec vous une découverte de la messe. Dimanche après dimanche, je vous propose de réfléchir ensemble sur la beauté de ce sacrement que nous avons la joie de célébrer ensemble. Je le ferai en commentant progressivement la Présentation Générale du Missel Romain. Ce document a été revue à plusieurs reprises par l’Eglise. Prochainement une nouvelle édition du Missel Romain doit sortir avec probablement aussi une nouvelle présentation. N’hésitez pas à me transmettre les questions ou remarques que cela suscite chez vous. Je tâcherai d’y répondre même si ce n’est pas tout de suite !  Commençons donc par le « Préambule » :

 

[I]1. Alors qu´il allait célébrer avec ses disciples le repas pascal où il institua le sacrifice de son Corps et de son Sang, le Christ Seigneur ordonna de préparer une grande salle aménagée (Lc 22, 12). L´Église a toujours estimé que cet ordre la concernait, en ce qu´il réglait la disposition des esprits, des lieux, des rites et des textes relatifs à la célébration de l´Eucharistie. De même, les règles d´aujourd´hui qui ont été prescrites en s´appuyant sur la volonté du IIe concile œcuménique du Vatican et le nouveau Missel dont l´Église de rite romain usera désormais pour célébrer la messe prouvent cette attention de l´Église, sa foi et son amour inchangés envers le suprême mystère eucharistique, et témoignent de sa tradition continue et ininterrompue, quelles que soient les nouveautés qui s´y sont introduites.

 

Qu’il est beau de voir le souci de l’Eglise aujourd’hui d’être fidèle en même temps à ce que le Christ a institué et à la manière dont les chrétiens ont vécu depuis 2000 ans l’Eucharistie. C’est avec une certitude pleine de reconnaissance que nous entrons dans la Tradition : génération après génération nous avons cherché, pas seulement à reproduire ce que nos prédécesseurs ont fait, mais à obéir à notre tour à l’ordre du Christ de « faire ceci en mémoire » de Lui.

 

Quelle importance de comprendre que notre messe dominicale s’enracine d’une manière profonde dans le rite juif du repas pascal. Pour expliquer la plupart des moments de la liturgie eucharistique, nous trouverons dans la tradition hébraïque des origines dont le sens et la portée symbolique nous émerveillera souvent.

 

Enfin, en regardant le mystère de la messe, comprenons que nous sommes mis tout de suite au pieds de la Croix. Dessus même. La chose est dite : c’est un sacrifice. On voudrait éviter ce mot, comme on voudrait éviter la souffrance. Mais à l’inverse lui, le Christ, l’anticipe, l’institue même. Non pour en accabler mais pour nous en délivrer. Non pour le subir, mais pour l’offrir. A nous qui, attirés par les chants, heureux de se retrouver ensembles, ou tout simplement poussés par notre maman, venons à la messe, le Christ tend une coupe, comme on tendrait une croix, des chaînes, des épines. Faisons confiance à celui qui nous a créés, qui s’est fait proche de nous par son Incarnation et qui nous aime à chaque instant. Il a pris le premier ce chemin. Il nous introduit dans ce mystère et veut que nous le vivions unis à Lui. N’ayons pas peur.

 

                                                                                   Père Alexis de Brébisson

 

Homélie du Christ Roi

 

Je vous invite à lire cet extrait de l’homélie du Bienheureux Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus pour la fête du Christ-Roi 1966
P. Alexis

 

« … (Notre-Seigneur) est Roi du monde, Roi de nos âmes, non pas seulement parce qu’il nous a créés ; pas seulement parce que, Sagesse éternelle, il nous a conduits à la perfection, à la fois naturelle et surnaturelle, à laquelle nous sommes parvenus, mais parce qu’il l’a fait par amour. C’est l’amour de Jésus qui est couronné aujourd’hui. Eh oui, il est Roi parce qu’il a triomphé de l’ennemi, à savoir de la mort, du péché, qu’il a triomphé du mauvais par l’amour. C’est l’amour qui est couronné aujourd’hui et que nous saluons dans le Christ-Roi…

 

... Il est Roi parce qu’il nous a aimés, qu’il nous a prouvé son amour ; parce qu’il nous a acquis, nous a conquis par son amour. Il a des droits de propriété spécialement, des droits de domination sur nous, parce qu’il nous a aimés, parce qu’il nous a conquis en versant son sang. Eh bien, comment nous-mêmes serons-nous associés au triomphe du Christ-Roi ? Comment nous-mêmes serons-nous, un jour, couronnés dans le ciel, dès que notre âme, espérons-le, aura quitté notre corps ? Quel sera le motif de notre couronnement, c’est aussi l’amour ! Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous le rappelle, nous redisant d’ailleurs une vérité, que l’Église connaissait bien mais qu’elle a illustrée merveilleusement, une vérité prononcée par Notre Père saint Jean de la Croix : Au soir de cette vie nous serons jugés sur l’amour. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus disait : Il n’y a que l’amour qui compte. Puisque nous serons jugés sur l’amour, puisqu’il n’y a que l’amour qui compte, qui fait notre véritable valeur, pourrions-nous dire, naturelle et surnaturelle, notre valeur d’éternité ; puisqu’il marquera la puissance de notre vision, de notre lumen gloriæ qui nous aidera à pénétrer la Trinité Sainte, à nous associer en même temps aux opérations du Verbe Incarné, qu’il marquera donc, et en même temps, la mesure de notre bonheur éternel, eh bien que nos regards aujourd’hui, et toujours, se concentrent sur cet amour. Eh oui, la charité, l’amour contient la loi et les prophètes. C’est le summum, c’est le résumé, c’est, pour ainsi dire, l’unique devoir de notre vie terrestre. Nous sommes ici-bas pour développer nos puissances d’amour surnaturel… »

 

Homélie du 31ème Dimanche du temps ordinaire – Année B – 4 novembre 2018

 

« Dieu est l’unique… »

 

Quelle belle profession de foi ! celle du peuple d’Israël, celle de ce scribe qui s’avance vers Jésus. En mettant en valeur la profondeur de sa remarque, en lui disant qu’il n’est pas loin du Royaume de Dieu, Jésus ne fait pas simplement à cet homme un compliment devant les autres. Il porte d’autorité divine un jugement sur un fils d’Israël, sur le peuple d’Israël et son histoire, et ainsi sur la Parole de Dieu elle-même qui n’est autre que le récit de l’œuvre de Dieu à travers un peuple, et ainsi l’annonce du Royaume. Qu’est-ce que la loi ? les commandements ? c’est la réponse d’Israël à l’amour de Dieu.

 

Israël n’existe que par rapport à Dieu, c’est le peuple élu : Yahvé l’a choisi, lui le plus petit de tous les peuples, l’a sauvé de l’esclavage, lui a révélé son nom, lui a donné une terre sainte…

 

Par le choix d’un seul homme tout d’abord, Abraham, puis d’un peuple, le Seigneur a voulu préparer le salut de tous les hommes afin de donner à tous son amour, de nous associer à sa vie divine.

 

Israël a découvert cet amour de Dieu, et les commandements sont pour eux d’abord une réponse à cet amour reçu. Dieu les a libérés. Il s’agit maintenant de marcher sur ce chemin de liberté.

 

Pour cela l’attitude fondamentale est celle de l’écoute : « schéma Israël ». Demeurer en présence de Dieu pour que celui qui nous libère, nous enseigne aussi à vivre en homme libre. Ils reçoivent alors de Dieu cet appel à entrer dans cette relation d’amour unique avec Dieu, et de vivre entre eux dans une relation d’amour semblable.

 

Ils vont mettre cette loi par écrit, se la répéter chaque jour. Mais voilà la faiblesse de l’homme, le mal, la haine va dominer et Israël dans son histoire s’est éloigné souvent de l’amour de Dieu et n’a pas vécu cet amour du prochain. Que fait Dieu ? Il reste fidèle. Et nous voyons dans l’histoire d’Israël des renouvellements d’Alliance. Que se passe-t-il ? Après l’exil à Babylone, signe pour Israël de son infidélité à Dieu, celui-ci se retourne vers Dieu et des textes de prophètes comme Jérémie nous montre, annoncent un renouvellement de l’Alliance, ou plutôt une Alliance nouvelle : « non pas comme l’Alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte (mon alliance qu’eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître) Mais voici l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle de Yahvé. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur. ». Voilà que ces commandements ne sont plus écrits sur de la pierre mais dans les cœurs par Dieu lui-même. Israël peut alors espérer vivre cet amour de Dieu si Dieu lui met dans son cœur la force de cet amour.

 

C’est cela que Jésus admire, c’est cette œuvre de Dieu, dans le peuple d’Israël, qui est une préparation et ouvre à une espérance plus grande.

 

Car voilà que comme un fils d’Israël, nous ressentons notre incapacité à entrer dans cette dynamique de l’amour pas nos seules forces.

 

Mais comme le dit la lettre aux Hébreux « voilà le grand prêtre qu’il nous fallait », lui-même a vécu parfaitement ces commandements et nous donne ainsi de pouvoir les vivre. « Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous aimés »

 

Cf. Thérèse de l’EJ MC 11Vs

Père Alexis de Brébisson

Homélie du 29ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

Troisième annonce de la Passion. Troisième incompréhension des disciples. Troisième remontrance de Jésus. Nous avions entendu les deux premières au mois de septembre. Cette fois-ci l’effroi précède l’annonce. Les deux premières fois ont permis aux disciples de comprendre ce que signifie cette montée à Jérusalem. Ils perçoivent la résolution de Jésus à vouloir se rendre dans la ville sainte, ville de tous les dangers pour lui. Combien difficile pour eux, comme pour nous, de croire que l’Envoyé de Dieu est appelé à connaître l’échec, qu’il ne sera pas un héros triomphant. Et pourtant, quelle précision de la part du Christ dans l’annonce de sa Passion, chemin de croix et chemin vers la Résurrection ! A croire qu’ils le font exprès, les disciples n’ont décidé

 

ment rien compris et certains s’échinent à demander encore une place d’honneur. A droite et à gauche du Christ dans sa gloire. Quel rêve insensé ! Alors que Jésus vient d’annoncer la gloire de la croix qui l’attend ! L’ironie du sort dévoilera que cette place a été réservée, non pas à eux, mais à deux bandits, à la droite et la gauche de Jésus, en croix eux aussi. Sont-ils donc capables de boire cette coupe ? La coupe, symbole, dans la Bible des souffrances à subir. Coupe de l’Eucharistie. Coupe du salut. Sont-ils donc capables de vivre ce baptême à savoir être submergé par les flots de la mort ? Réponse naïve de Jacques et de Jean : oui. Réponse prophétique de Jésus : oui. De fait, l’apôtre Jacques connaîtra le martyre en l’an 44, et Jean aura à témoigner face à la persécution.

 

Nouvelle mise au point de Jésus sur les vraies places à convoiter dans l’Eglise du Seigneur : celle de serviteur et même d’esclave. Comment leur faire prendre conscience de cela ? Jésus se donne en exemple, lui qui est venu non pour être servi mais pour servir. Il va aller jusqu’à donner sa vie, en rançon, à être vendu comme un esclave. Voici le serviteur souffrant que la première lecture nous évoquait. Non seulement ne pas rechercher les honneurs, mais la place de serviteur. Pire encore désirer la situation d’esclave. Être prêt à être vendu en rançon. Être prêt à donner sa vie.

 

Humilité et don de soi. Thérèse d’Avila, que nous avons fêtée cette semaine, l’explique en prenant l’image du porte-drapeau qui dans la bataille, reste debout et s’expose à tous les dangers sans pouvoir se défendre : « le chrétien doit aborder l’étendard de l'humilité et supporter tous les coups qu'on lui donne, sans n’en rendre aucun ; son office est de souffrir comme le Christ. » Plus encore, dit-elle, cet absolu va jusqu’à ne pas s’inquiéter de sa santé et de sa mort : « si nous ne nous déterminons pas à mépriser une bonne fois la mort et la perte de la santé, nous ne ferons jamais rien. » Absolu qui permet que dans notre vie chaque chose prenne sa juste place. Absolu nécessaire dès le début de la vie spirituelle, affirme-t-elle : comme le Christ qui monte résolument vers Jérusalem, les chrétiens « doivent prendre la résolution ferme et énergique de ne point cesser de marcher qu'ils ne soient arrivés. » Elle continue en affirmant que beaucoup, en effet, ne sont jamais arrivés pour n'avoir pas « embrassé la croix dès le principe ». Et de conclure : « savez-vous quand on est vraiment spirituel [c'est-à-dire sous la conduite de l’Esprit-Saint]? C'est quand on se fait l'esclave de Dieu, et que, à ce titre, non seulement on porte son empreinte qui est celle de la croix, mais qu'on lui remet sa liberté, afin qu'il puisse nous vendre comme les esclaves de l'univers tout entier. » Absolu des affirmations de Thérèse d’Avila, folie aux esprits raisonnables, qui ne font que reprendre celle de l’Evangile et du Christ. Elle a fait l’expérience de cet absolu ; elle ne peut l’édulcorer, par respect pour lui, par respect aussi pour tous les hommes à qui il est destiné.  Ainsi tout missionnaire, à la suite de Christ, à la suite des saints, cherche à vivre de l’Evangile dans toute sa radicalité, afin de pouvoir être témoin.  Il en était ainsi pour les missionnaires d’autrefois qui partaient sans espoir de retour. Il en est toujours de même pour les missionnaires d’aujourd’hui. Il en sera ainsi pour nous, si nous voulons devenir vraiment missionnaire dans le monde qui nous entoure. Prions pour nous qui sommes appelés à une telle radicalité évangélique.    

 

 

 

Père Alexis de Brébisson    

 

Homélie du 25ème dimanche du Temps Ordinaire


Deuxième annonce de la Passion. Deuxième incompréhension des disciples. Deuxième remontrance de Jésus. Après le vade retro Satanas de la semaine dernière vis-à-vis de Pierre, lui et les autres disciples n’osent plus ni réagir, ni même l’interroger.  Ils ne comprennent pas du tout cette détermination de Jésus à vouloir souffrir et mourir. A l’inverse, ils se soucient des honneurs : qui d’entre eux est le premier ? Ne serait-ce pas Pierre ? On parle bien aujourd’hui encore de sa primauté. Jésus s’oppose à nouveau à ses disciples : il ne les renvoie pas au diable cette fois-ci, mais à la dernière place. « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Puis, l’illustration est donnée : la place d’un enfant, si déconsidéré dans la société de cette époque, voilà la place du Christ, et donc la nôtre.

 

Cette affirmation est valable pour toutes les vocations, toutes les charges. Elle est valable tout particulièrement pour les évêques, successeurs des apôtres, et avec eux pour les prêtres et les diacres.

 

Les « gens » nous interrogent parfois pour savoir quelle promotion existe dans le clergé. Être nommé curé, quel honneur ! Doyen, quel beau titre ! Devenir évêque, c’est une réussite ! Pape, l’apothéose ! Quel étonnement parfois quand ils apprennent que cela ne paye pas plus… Et ils restent dubitatifs quand on leur répond que ce ne sont pas des places à convoiter. Il est vrai cependant que tout prêtre risque, comme les apôtres, de tomber dans le piège des honneurs. Comment prétendre moi-même ne pas être tenté par cette épreuve ? Je me souviens un jour, alors que je participais à un grand rassemblement, être parti un peu à l’écart dans la nature pour prier. Tout en marchant et priant, mon imagination allait bon train, et je rêvais de gloire et d’honneur ! Or, voilà que je croise un évêque, que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer. Celui-ci avait pris aussi le large et priait son chapelet. Petites salutations de politesse. Et lui de me sortir, avant de poursuivre son chemin : « Surtout, Alexis, surtout, recherchez toujours la dernière place, c’est très important. » Petite parole, inspirée par le Seigneur, qui m’alla droit au cœur !

 

L’orgueil et la recherche de pouvoir, sont une véritable perversion dans le domaine spirituel : Corruptio optimi pessima. La corruption de ce qu'il y a de meilleur engendre le pire. D’où l’affirmation sans détour du Christ vis-à-vis de ces disciples. D’où la nécessité pour tout prêtre de se voir rappeler sans cesse que sa place doit être la dernière et qu’ainsi il sera le premier. « Le prêtre n’est pas pour lui, il est pour vous » disait le Curé d’Ars à ses paroissiens. Jésus, lui le « premier », se met à la dernière place pour servir, il se considère comme un enfant. C’est toujours là que nous le trouverons. C’est toujours comme cela que nous le suivrons. Ici se trouve le fondement, dans l’Evangile, de la voie d’enfance spirituelle de Thérèse de l’Enfant-Jésus. Un saint prêtre, que j’ai eu la grâce de côtoyer pendant ma formation, nous avait confié qu’il faisait tous les jours la prière suivante : « Seigneur donne-moi de vivre la voie d’enfance spirituelle afin de pouvoir l’enseigner aux autres ». J’aime à mon tour, conscient de mon orgueil, redire cette prière tous les matins.

 

Oui le prêtre, comme pasteur, se doit d’être un exemple. Comme les apôtres, comme tout homme, il est confronté à son désir de réussir. Comment donc pourrait-il être un bon exemple, si le Seigneur ne le pousse pas sur la voie qu’il a prise, puisqu’il n’y ira pas de lui-même ? Voie de l’abaissement, chemin de la Croix. Le Cardinal Lustiger raconte qu’après la guerre, séminariste, il avait échangé avec un polonais rescapé d’Auschwitz. Il lui avait fait le récit de l’horreur des camps. Puis il lui avait posé la question suivante : « Qu’est-ce que ‘‘l’essence’’ de l’homme ? » Et lui avait donné la réponse : « C’est ce qui lui reste, quand on lui a tout enlevé… ». Repartant de cet exemple, réfléchissant à la nature du prêtre, l’archevêque de Paris disait : « Qu’est-ce que ‘‘l’essence’’ d’un prêtre ? Ce qui lui reste, quand on lui a tout enlevé… ». Dans notre Eglise en France, dans notre diocèse, dans notre paroisse, qui vit une grave crise des vocations, comment retrouver le sens du sacerdoce ? Comment susciter le désir de cette vocation pour des jeunes ? En priant aujourd’hui pour que vos pasteurs soient de vrais pasteurs, libres de toutes attaches, vrais serviteurs, à la dernière place. C’est absolument sûr alors que des jeunes voudront suivre le Christ, à leur exemple, sur ce chemin d’humilité, de vérité et de charité.

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

 

 

Homélie du 24ème dimanche du Temps Ordinaire


La découverte progressive de Jésus par les disciples les conduit aujourd’hui à la première profession de foi par la bouche de Pierre. Voici un tournant important. Aussitôt Jésus les entraîne plus loin : il leur annonce quel type de Messie il sera : un messie souffrant. Ce sont les trois annonces de la Passion. C’est la première que nous venons d’entendre. Cette annonce les déconcerte. Nous aussi. Quelle idée pour celui qui doit sauver le monde, d’annoncer qu’il doit souffrir ? Voilà la démarche de foi des disciples, voilà la démarche de foi de tout disciple du Christ : découvrir le Christ, dire sa foi, le suivre sur le chemin de l’abandon. Où la scène se situe-t-elle? très loin pour nous bien sûr, mais aussi pour les disciples. Tout au nord du pays, dans une région écartée. C’est pendant la marche que Jésus fait ce drôle de sondage d’opinion. Questionnement des disciples. C’est sur le chemin de la prière, la mise à l’écart, sortant de l’emprise de nos activités quotidiennes, que le Seigneur va nous poser des questions. Les premières réponses révèlent bien l’opinion commune d’hier comme d’aujourd’hui : on accepte et l’on veut bien reconnaître de lui qu’il a un charisme fort, mais on en reste à un rapport de neutralité ; car on n’a pas assez de relation et de connaissance de Jésus. D’où la mission très importante des croyants de permettre à leurs proches (c’est à dire à ceux dont ils peuvent se faire proches) d’approcher à leur tour le Christ. Les disciples ont suivi Jésus depuis des mois. En sont-ils cependant à une démarche de foi ? oui le dit avec force Pierre. Cette question résonnait depuis le début de l’Evangile. Seuls les démons, du monde des esprits, avaient su pour le moment donner la bonne réponse. Les hommes d’Israël, eux, attendaient un messie libérateur de l’occupant, rendant la prospérité au pays : un héros humain. Jésus s’est bien gardé de paraître répondre à cette attente : il avait imposé le silence aux démons ; il se retirait loin, lorsque la foule, exaltée par ses miracles, voulait le retrouver. C’est dans ce petit groupe de proches qu’il va préciser sa mission ; il fait monter de leur cœur cette connaissance. Une étape décisive est aujourd’hui franchie : ils ont reconnu en lui le sauveur, celui annoncé par les prophètes. Il leur défend cependant encore d’en parler à personne. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas encore bien compris eux-mêmes de quel messianisme il s’agit. Le dialogue d’après avec Pierre le manifeste. Il va leur falloir d’abord suivre le Christ jusque dans sa Passion et Résurrection. Alors ils pourront, comme le Centurion, proclamer que celui-ci est vraiment le fils de Dieu. Nous-mêmes, notre découverte du Christ nous a conduits à reconnaître sa messianité. Mais le Christ veut sûrement nous conduire plus loin. Jésus commence à parler de lui comme d’un Messie qui doit mourir. Il l’explique en reprenant l’expression de fils de l’homme qu’il s’est attribué lui-même depuis le début, peut être justement pour se distinguer de la vision messianique de l’opinion courante. Sa souffrance et sa mort sont nécessaires, nous dit-il, « il fallait ». Ce n’est pas un accident de parcours, mais inscrit dans le dessein de Dieu pour le salut de l’humanité. Jésus ose mettre ses disciples devant un mystère qui les dépasse. Il le fait cependant parce qu’ils ont mis leur foi en lui. Ils ont accepté de s’en remettre à lui. Jésus nous met dans notre vie, devant un mystère qui nous dépasse : celui de la souffrance. Chacun de nous peut nommer ce qu’il voit comme souffrance dans sa propre vie, et celle de ceux dont il se fait proche. Jésus veut nous mettre aujourd’hui devant cette souffrance, non pas simplement comme un accident de parcours mais comme s’inscrivant dans le mystère du salut.

 

Il est bien facile pour moi de dire cela, quand on a 40 ans et tout sa force. Mais n’était-ce pas le cas de Jésus ? Jésus raconte à force de détails sa passion : tout ce qu’il dit est inconcevable pour un messie du peuple juif. Souffrance, rejet des siens, mort violente. Il y a cependant aussi l’annonce de la Résurrection. Annonce plus vague mais réelle. Aberration aussi que les souffrances de notre vie, et cependant il y a aussi pour nous l’annonce de la Résurrection. Affirmation peut être vague aussi pour nous, mais réelle, motif de notre fidélité dans l’espérance. Mais c’est là que vient l’incident. Le choc de l’affirmation fait que Pierre se rebiffe : on imagine la scène, Jésus marchant devant comme un maître, Pierre s’interposant devant lui, lui faisant volte-face, comme pour lui dire qu’il ne prend pas le bon chemin, Jésus l’invitant avec violence à reprendre sa place derrière le Maître, la place de disciple. Il n’hésite pas à appeler le chef de ses disciples Satan, ce qui signifie en hébreu : « l’adversaire ». Oui un abîme sépare toujours le dessein de Dieu et nos vues humaines. Le Seigneur nous invite aussi à accepter le chemin qu’il nous demande de prendre à sa suite, à ne pas pouvoir nous mettre devant lui. Que cette Eucharistie nous y aide.

 

 

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

 

La vengeance du pardon : c’était le titre accrocheur d’un livre d’Eric-Emmanuel Schmitt. Je m’étais donc laissé accrocher. Le résultat était mitigé : il narrait les combines de personnes qui, sous l’apparence d’un pardon, se vengeaient avec perfidie de leurs ennemis. Chez Dieu, cette vengeance est face au mal, c’est la vengeance de l’amour face à la haine, c’est le combat du salut. Oui, dans la vengeance comme dans les autres choses de la vie, le Seigneur notre Dieu a des pensées plus élevées que les nôtres. Voici sa vengeance : « Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds ». Pas d’extermination de ceux que nous désignons comme nos ennemis, pas de procès général contre eux, mais de l’eau à satiété pour ceux qui ont soif. Le Dieu vengeur voit plus loin que notre justice œil pour œil, dent pour dent ; ou soi-disant plus juste en enfermant ou en faisant payer le coupable. Dieu ne brise pas les auteurs du mal pour réduire le mal lui-même. Au contraire il veut les relever. Il veut rendre à chacun la joie d’être sauvé et pour cela il sait qu’il n’y a qu’un moyen : montrer, donner, offrir aux coupables un maximum d’amour, d’attention, de charité. La charité dans la vérité.

 

Remarquons d’ailleurs que c’est la même charité qui sera donné en abondance à celui qui a fait le mal qu’à celui qui le subit : au meurtrier comme à l’aveugle. Dans la mesure où l’un comme l’autre reconnait finalement son péché, s’ouvre à cette relation d’amour et de pardon.

 

Le psaume décrit cette merveille : « Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes ». Même ceux qui ont été humiliés dans leur corps par la maladie ou le handicap, même ceux qui ont souffert dans leur psychisme, même ceux qui n’auront jamais connu le bonheur, même ceux qui auront fait du mal en eux et autour d’eux, pourront être libérés et partager la récompense : l’amour du Seigneur. La victoire sera totale.

 

L’Evangile le montre : Jésus franchit les frontières que les hommes ont établies. Il va en territoire étranger, en plein territoire de la Décapole, chez les non juifs, ceux qui apparemment non pas le droit à ce salut. Il va démontrer que ce salut est offert à tous les hommes. Les hommes mettent des limites que son amour ne connaît pas. Jésus prend le malade qu’on lui amène et révèle quel médecin il est. Lui le Créateur du monde, s’abaisse jusqu’à cet homme et le touche. Il s’investit tout entier dans cette guérison. Ses yeux se lèvent au Ciel pour en montrer l’origine. Spontanément, Jésus s’exprime dans sa langue maternelle, répondant dans un soupir au soupir de détresse et de découragement de l’humanité écrasée sous le poids de son esclavage : « Effata ! »

 

Jésus semble assuré de l’accomplissement de son œuvre, de la victoire de l’amour sur le mal, de cette vengeance. A l’inverse, nous sommes toujours incertains, pas convaincus du tout, désespérés même, aujourd’hui comme hier, pensant que dans notre société le plus fort l’emporte sur le plus faible, le violent sur le doux, la maladie sur la santé, la haine sur l’amour. Changeons de lunettes ! C’est tout l’inverse. La charité seule passe partout, elle peut ouvrir toutes les portes, tous les cœurs, faire des miracles. La charité de Dieu en nous. Le beau film sur Bakhita, esclave soudanaise, canonisée par le Pape Jean-Paul II le montre bien. La « vengeance » que le Seigneur vient réaliser reste toujours au-delà de notre entendement, et le risque est réel de ne pas être dans cette dynamique, de vouloir s’appuyer sur nos propres forces.

 

Seigneur, touche nos cœurs qui doutent, inquiets, désespérés, qui ne croient que par l’amour tu as la victoire, la vengeance sur le mal.

 

Ouvre-nous, Seigneur, aux merveilles que ton amour accomplie en nous et à travers nous, et nous serons sauvés, et nous serons des collaborateurs privilégies de ton œuvre d’amour.                  

 

 

 

Père Alexis de Brébisson                

 

 

 

Homélie du 11ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 

Mon cher enfant,

 

En ce jour où tu vas faire ta Profession de Foi, je veux m’adresser à toi, et à travers toi à chacun d’entre nous. Je vais te parler de la vie chrétienne qui a commencé pour toi, comme pour nous, le jour de ton baptême : ce jour là, l’eau du baptême a coulé, tu n’as rien vu et rien senti, mais voilà ! quelque chose de prodigieux s’est passé : tu es devenu une créature nouvelle. La vie reçue le jour de baptême est quelque chose de mystérieux, aussi mystérieux que Dieu lui-même. Elle porte en elle un dynamisme, une puissance extraordinaire, qui va pouvoir se déployer parfaitement avec la réponse d’amour que tu donnes aujourd’hui. Dans ces paraboles que nous venons de recevoir je voudrais que tu comprennes combien Jésus parle de ta vie. Il parle du Royaume de Dieu, du règne de Dieu, c'est-à-dire de la vie de Dieu en toi qui grandit. Écoute ce qu’il dit :

 

A quoi allons-nous comparer le Royaume de Dieu ? Il est semblable à une graine, la plus petite de toutes; et quand elle a poussé, elle est devenue la plus grande de toutes les plantes du jardin...

 

Voilà le trésor que Dieu t’a donné : son Royaume, sa vie ; tu l’as reçu comme un grain, le jour de ton baptême. Comment donc ce grain va-t-il pousser, ce royaume grandir ? Écoute ce que Jésus dit :

 

Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui a jeté en terre la semence. Il dort et il se lève, la nuit et le jour, et la semence croît, sans qu’il sache comment.

 

Tu le sais : quand un agriculteur jette la semence en terre : elle grandit, quels que soient les événements.
Elle porte la vie en elle, elle se développe, presque toute seule. Et c’est pareil pour toi. La vie de Dieu que tu as reçu le jour de ton baptême est puissante, est vivante ! Quelques soient les évènements elle va grandir. Quelle puissance que la grâce de Dieu qui est en toi !

 

Oui, Dieu agit en toi et en chacun de nous. Il demande notre collaboration, certes et ce jour tu affirmes que tu es prêt à collaborer à son œuvre. Mais, comprends-le bien : son action est indépendante de la tienne. Nous croyons souvent pour ne pas dire toujours que tout dépend de nous. Qu’on est une sainte seulement si l’on fait de belles choses. Il n’en est rien ; Dieu peut nous donner sa grâce, sa sainteté même pendant notre sommeil. Il faut que nous le croyions.  Il faut même que nous lui fassions confiance pour lui laisser la liberté absolue de faire ce qu’il veut, comme il veut, quand il veut ! C’est lui qui nous conduit !

 

Oui, il faut le comprendre : la vie chrétienne, la vie divine est d’abord une vie intérieure : elle prend racine au fond de la terre, en nous, indépendamment des événements extérieurs. Ou plutôt en profitant de ceux-ci. On craint la pluie ? Elle est nécessaire pour croître. On craint le soleil ?  Il contribue à lui donner une force intérieure... La semence pousse et grandit sans que le semeur s’en aperçoive : Il a beau fixer son regard sur elle, il ne voit pas sa croissance, parce qu’elle est lente... Il en est de même de la vie de Dieu, du royaume de Dieu en toi et nous : il faut du temps ! On peut être même déçu parfois parce que la plante ne pousse pas assez vite… On voudrait pouvoir tirer dessus !

 

Tu sais, tout le problème de la vie chrétienne est là, avec son mystère. Il faut accepter de se laisser faire par Dieu et favoriser simplement son action. Oui, c’est l’Esprit-Saint qui fait le plus gros du boulot. Il travaille en nous. Comprendre cela, doit nous apaiser, nous rendre confiant.

 

D’autre part, sa croissance profite de la nuit, du jour... Parfois tu pourras être une chrétienne un peu triste ou très joyeuse. Confiante ou pleine de doute dans la foi. Est-ce que cela gênera la croissance de la vie de Dieu en toi ? Non, il faut que tu comprennes que Dieu profite de tout. Sa croissance profite de la nuit, du jour... il faut cette tristesse et cette joie. Les deux sont nécessaires pour faire croître le royaume de Dieu. Dans la joie, il semble que la vie rayonne, que la tige plus ferme se dresse au soleil et paraît plus brillante. Sous la pluie elle semble écrasée. Mais nous pouvons nous tromper en voulant juger de l’extérieur ! Tristesse et joie, pluie et soleil, nuit et jour, tout est utile pour faire grandir la vie de Dieu en toi !

 

 Aie foi en la grâce, la tienne, et celle des autres. La semence se développera et donnera son fruit, pourvu que tu aies foi en la grâce puissante de Dieu, en la vie de Dieu qui est véritablement en toi, et qui est dans l’Église.

 

10ème Dimanche du Temps Ordinaire 3 juin 2018

 

Le fil conducteur d’aujourd’hui, c’est bien l’Esprit-Saint en tant qu’il agit en nous.

 

Il s’agit de se laisser inspirer nos actes par lui, de nous laisser conduire par lui et non par le démon comme Adam et Eve.

 

C’est lui qui inspire Jésus.

 

La racine en nous du péché c’est vraiment de refuser de se laisser inspirer par Dieu et de se laisser conduire par lui. C’est de vous être autonome, se gérer soi-même, ne dépendre que de soi. Mais en fait c’est refuser l’Esprit-Saint, notre Créateur, l’âme de notre âme et se retrouver malgré nous conduit par le diable.

 

C’est cet Esprit qui habite les véritables frères et sœurs de Jésus. Ceux qui écoutent le souffle de sa Parole et le suivent, c’est-à-dire se laissent conduire comme lui par l’Esprit-Saint.

 

Mais c’est difficile de se laisser conduire par l’Esprit-Saint. Car son travail en nous n’est pas anodin… Pour expliquer ce travail que fait l’Esprit Saint en nous, voici une image : lorsqu’on met une belle bûche dans le feu, qu’est-ce qu’il se passe ? Celle-ci d’abord entre en contact avec les flammes qui tournent autour d’elle, et la chauffent très vite. Cette chaleur fait que la bûche rejette assez vite toute l’humidité qui était en elle. Elle siffle, elle éclate même. Elle se plaint…  Puis la voici embrasée jusqu’à devenir à son tour de la braise, c’est à dire feu avec le feu, totalement transformée. Quand l’Esprit de Dieu travaille en moi, je suis un peu comme une bûche dans le feu:

 

1.                  D’abord je me laisse saisir par lui, il vient me réchauffer. Cela fait du bien.

 

2.                  Mais très vite il va venir me purifier, enlever de moi tout ce qui est humidité, c’est à dire ce qui ne va pas. Et cela fait mal… mais il faut accepter ce travail si important.

 

3.                  Puis il m’embrase complètement, c’est à dire me transforme jusqu’à ce que je devienne complètement ressemblant à Jésus, que l’Amour de Dieu me remplisse totalement.

 

4.                  Je deviens alors feu avec le feu, amour dans l’amour de Dieu et j’en témoigne autour de moi.

 

Cette image veut nous faire comprendre que si je laisse docile à l’Esprit de Dieu, il veut et va faire en moi un travail merveilleux. On peut mettre en valeur aussi une grande œuvre que l’Esprit-saint seule peut réaliser : c’est l’unité entre nous. C’est bien ce que Jésus dit lui-même avant de mourir dans la grande et belle prière : « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. » (Jn 17, 21s) Or la prière de Jésus est exaucée : nous savons que l’Église est une et sainte, de par l’œuvre de l’Esprit-Saint.

 

 

 
   

Nous qui sommes là, à écouter la Parole de Dieu, désireux de suivre le Christ, que l’Esprit-Saint réalise en nous son œuvre et nous conduise dans l’unité de l’Eglise , frères et sœurs du Christ .

                                                                            Père Alexis de Brébisson

 

HOMELIE DIMANCHE 3 JUIN FETE DU SAINT SACREMENT

 

Vous savez que le repas de la Pâque Juive est la source symbolique de notre Eucharistie. C’est au cours de ce repas que Jésus, anticipant sa Passion, donna son corps et son sang en nourriture pour notre salut. Ce repas de la Pâque juive est truffé de symboles. Les symboles, c’est pour les juifs le meilleur moyen non seulement de rappeler les faits passés où le salut de Dieu s’est manifesté, mais aussi d’affirmer l’actualité de cette œuvre de salut. Symbolisme dans les paroles, les chants et les gestes. Symbolisme aussi dans les aliments. Voici un certain nombre des symboles culinaires présents encore aujourd’hui dans un repas pascal juif : un jarret d’agneau qui rappelle l'offrande de l'agneau Pascal, un œuf brûlé en souvenir de la destruction du temple de Jérusalem, des herbes amères qui rappellent l'âpreté du séjour des Israélites en Egypte, de l’eau salée dont le goût rappelle les larmes, et même un mélange de pommes, d'amandes et de vin dont l'aspect évoque le mortier avec lequel les esclaves devaient construire les pyramides ; enfin des coupes de vin, et surtout, le plus important, la matsah : du pain sans levain. Ce sont bien sûr ces deux derniers aliments fondamentaux que nous retrouvons dans la messe. Evoquons le sens en particulier cette année de la coupe de vin.

 

La coupe était d’abord symbole de destin, de choix, de jugement : destin favorable ou funeste, immérité ou mérité. Le psautier parle déjà de cette coupe : « J'élèverai la coupe du salut » (Ps 115). A l’inverse pour exprimer l'idée de châtiment, de jugement divin contre l'impie ou l'ennemi, la Bible recourt à l'expression « boire la coupe », ou même « boire la coupe de la colère de Dieu ». On le dit encore aujourd’hui : « boire la coupe jusqu’à la lie ». La tradition juive remplit ces coupes avec du vin rouge pour rappeler le sang de l'agneau de la Pâque. Et à ra-bord….

 

La coupe est donc symbole de bonheur ou de malheur, du dessein que Dieu a sur nous, de la nécessité d’accepter le chemin qu’il choisit pour nous quel qu’il soit. Avant d’être la coupe du repas des noces, cette coupe est d’abord le symbole de la Passion du Christ qui devient irrémédiablement celle des disciples du Christ que nous sommes : notre mort et notre résurrection. Sommes-nous prêts à la boire ? De plus cette coupe est appelée par Jésus "la nouvelle Alliance en mon sang". Jésus fait donc un lien direct avec la promesse du renouvellement de l’alliance qui avait été "rompue" par l’infidélité du peuple juif (Jérémie 31. 32). Violer un accord d'alliance avec Dieu devait entraîner certainement sa colère et son jugement -une effroyable coupe ! Mais, au lieu de cela, Dieu promet une nouvelle alliance de grâce et de salut, de pardon, pour le peuple juif. Prions pour qu’il en soit de même pour nous qui si souvent sommes infidèles à nos promesses. Oui, en cette Eucharistie, à nous qui rompons si souvent l’alliance avec Dieu par le péché, au lieu de recevoir la coupe du jugement, le Christ nous tend la coupe de bénédiction et de la nouvelle alliance. Recevons là avec joie !

 

                                                                                                                                  Père Alexis de Brébisson

 

Homélie Pentecôte 2018 – Notre Dame du val d’Orne

 

« L’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. »

 

Comment nous laisser conduire par l’Esprit-Saint ? Tout d’abord en nous laissant saisir par Dieu dans la prière. Comme l’Église au Cénacle nous devons attendre la venue de l’Esprit-Saint, la désirer, la demander. Dieu va intervenir dans notre prière pour la perfectionner. C’est le premier "lieu" où nous allons expérimenter la "conduite" divine : alors que nous expérimentons de nombreuses difficultés dans la prière (distraction, fatigue, etc.), Dieu vient calmer les sens en apportant un apaisement savoureux ou douloureux. Il éclaire l’intelligence (« Prier, cela rend intelligent » avait répondu Mgr Dubigeon à un jeune qui lui demandait à quoi cela sert), il donne une saveur dans la volonté qui se trouve ainsi encouragée. Attention cette action de l’Esprit-Saint dans notre prière se manifeste aussi par des "antinomies" : nous sommes déroutés car nous n’avons plus la "conduite" de la prière : nous n’arrivons plus à méditer, à nous recueillir tel que nous l’avions peut-être si bien appris. L’Esprit de vérité nous éclaire sur notre vie : nous découvrons qu’elle est… médiocre et cela nous accable. Et cependant nous demeurons dans un désir de Dieu, dans une attention amoureuse à Dieu, pour rien au monde nous ne voudrions abandonner la prière.

 

Comment nous laisser conduire par l’Esprit-Saint ? Deuxièmement en nous laissant saisir par Dieu dans l’action. Et là aussi cela se manifeste par un "dépossession" de nos facultés, qui fait que nous avons le sentiment de ne plus être capable de faire le bien comme avant. En fait, Dieu vient perfectionner l’activité de nos facultés pour pouvoir se donner en abondance et agir avec nous. Une vraie collaboration va s’établir alors, comme il le fut pour l’Église en ces débuts : « L’Esprit-Saint et nous… » osent dirent les apôtres au sujet des décisions qu’ils posent (cf. Ac 15, 28). Quelle importance donc d’être attentif à sa volonté et d’offrir notre vie, nos facultés, pour sa volonté et non la nôtre (cf. Jn 20, 21). Dieu attend ce don libre pour nous "utiliser" pour son œuvre. C’est une collaboration humaine, intelligente et libre : il s’agit de développer au maximum nos talents pour les mettre au service de Dieu. Il s’agit d’utiliser aussi les techniques modernes et les moyens extérieurs à notre disposition pour l’évangélisation. Mais il y a un grand détachement et une confiance à avoir, car la fécondité est assurée non par la qualité de notre œuvre et nos talents mais par l’Esprit-Saint qui agit en nous. Et il se plaira même à manifester sa présence à travers nos pauvretés. En effet, cette action divine va généralement se faire dans la faiblesse tout d’abord. Prenons l’exemple de l’apostolat de Paul qui a été merveilleux. C’est un des plus grands missionnaires : 20 000 km parcouru... Et pourtant il a une conscience vive de sa faiblesse (cf. 2 Co 12,9) : « ma grâce te suffit car ma puissance se déploie dans la faiblesse ». Plus encore elle va se faire dans l’obscurité : le chrétien ne saura jamais à l’avance ce qu’il doit faire (cf. Ac 20,22) : « Et maintenant, voici que je suis contraint par l’Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce qui va m’arriver là-bas. » C’est donc une réalité dans l’activité que ce "dépouillement" divin, autant que dans la contemplation. Saint Paul ne fait pas ce qu’il veut (cf. Ac 16,6-10) : l’Esprit-Saint lui parle par l’intermédiaire d’une vision qui déroute ses plans. Cette présence contraignante de l’Esprit-Saint eu une très grande importance dans le début de l’Évangélisation. Conduit par l’Esprit-Saint, nous sommes appelés à un dépassement : de même que les premiers disciples ont été conduit par l’Esprit-Saint à annoncer l’Évangile plus simplement aux juifs mais aussi aux païens (cf. Ac 10), de même l’Esprit-Saint nous conduit toujours plus loin que ce que nous aurions imaginé ou même pensé dans l’Évangélisation. 

 

Nous pourrions développer encore de nombreux effet de l’action de l’Esprit-Saint en nous. Mais surtout ayons foi en l’action de l’Esprit-Saint comme les premiers apôtres. Posons un acte de foi en la présence de l’Esprit-Saint en nous. L’apôtre, c’est celui qui est pris par l’Esprit-Saint.  Demandons et recevons l’Esprit-Saint (cf. Jn 16, 23-24).

 

7ème Dimanche de Pâques -13 mai 2018 - Année B

J

ésus prie pour que ses disciples soient un comme Dieu est un. La prière du Christ est la prière qui est toujours exaucée. Cette assurance donc de la communion des disciples entre eux, c’est l’assurance que l’Eglise reste toujours une, au-delà des aléas de l’histoire. Cette unité, c’est l’assurance pour le disciple qui grandit dans l’unité au Christ, une puissance de communion avec l’humanité toute entière. De même que Jésus fut capable de pardonner à ses bourreaux, de même que la croix devient le lieu de l’unité de tout le genre humain, de même dans notre vie, ce qui est inadmissible, souffrance, haine, devient le lieu et le moment où l’Esprit d’Amour trouve en nous toute sa puissance pour agir. C’est la réalité de la puissance de l’amour de Dieu qui, lorsque nous l’accueillons, et donc lorsqu’elle se déploie en nous, nous donne d’entrer librement en relation avec les autres. Cette expérience, je peux la faire tout en ressentant une extrême pauvreté intérieure et une grande souffrance devant les divisions des hommes.

 

Cet après-midi l’évêque va donc consacrer le diocèse à la Vierge Marie. Pour nous aider à comprendre cette démarche, je voudrais évoquer quel peut être la place de Marie dans la vie chrétienne. Quelle relation s’établit justement entre Marie et tout disciple du Christ ?

Il faut bien comprendre que, à la lumière de cette prière du Christ pour l’unité, nos relations mutuelles prennent leur source dans notre relation avec Dieu. Celui qui aime Dieu et qui reçoit l’amour de Dieu, grandit dans une relation fraternelle avec tous ses frères en humanité d’une part, mais aussi avec les saints qui nous précèdent au Paradis, en particulier avec la Vierge Marie. C’est pourquoi, chacun est appelé à avoir une relation personnelle avec la Vierge Marie. Chacun à sa mesure, une relation personnelle et unique, et pas forcément au même degré.

Au départ cette relation se manifeste souvent par une dévotion sensible et active. Découvrant la figure de Marie et la place qu’elle tient dans l’Eglise, nous entrons avec simplicité dans les dévotions populaires que les chrétiens ont à l’égard de Marie : prière du chapelet, pèlerinages, etc.

Chez certains cette découverte de Marie devient une passion ! Elle absorbe même toute la vie spirituelle. La vie chrétienne avec Marie, par Marie, en Marie est pour eux un appel très fort.

Mais ce lien avec Marie va subir normalement une éclipse lorsque ceux-ci avancent sur le chemin de la vie chrétienne. Il arrive un moment où ce qu'il y a de sensible dans leur amour de Marie, de distinct et de lumineux dans leur conviction, semble sombrer dans l'obscurité. Que se passe-t-il ? Est-ce une mise en doute de l’efficacité de sa prière ? Marie n'a pas disparu, pas plus que son amour. Mais c’est la foi de la personne qui mûrit. Nombreux sont les chrétiens qui font l’expérience de cette difficulté à persévérer dans leur dévotion mariale. Cela ne signifie pas forcément que leur amour de la Vierge et même de Dieu a diminué. Au contraire, cela peut être le signe qu’ils sont conduits dans une connaissance plus profonde de Marie. En effet Marie réapparaît plus tard dans une lumière intérieure, et plus présente encore. Découverte précieuse, réalisée par un regard qui s'est affiné dans l'obscurité... Une intimité profonde et vivante s'établit alors. Marie devient à ce moment-là un modèle de persévérance dans la foi, de vie humble et cachée. Elle est un exemple surtout de communion à Jésus. Et le chrétien, qui désire en priorité à cette période de sa vie discerner et accomplir la volonté de Dieu, entend avec force cette parole de Marie à Cana : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». L’exemple de la vie de Marie permet aussi au chrétien de comprendre que la sainteté ne réside pas dans des grâces et des œuvres extraordinaires. Mais elle d’abord humilité spirituelle et plus que tout adhésion amoureuse à la volonté de Dieu. La découverte « contemplative » de Marie conduit celui qui se découvre enfant de Dieu à s’en remettre souvent à elle comme enfant de Marie : « Voici ta Mère ». Marie le prend alors sous son manteau. De manière admirable, Marie apprend alors à chaque chrétien à être « mère » comme elle, c'est-à-dire à transmettre la vie de Dieu, à aimer de manière féconde.       

                                                                   Père Alexis de Brébisson

 

 

5ème Dimanche de Pâques -29 avril 2018 - Année B

A

l’heure où l’on dit les choses essentielles, à l’heure du choix, peu avant son arrestation, sa passion et sa mort sur la croix, Jésus choisit d’insister sur l’union indispensable entre lui et ses disciples, entre lui et nous. Et comme il veut en montrer toute la beauté, il utilise pour cela à nouveau une image : celle de la vigne et des sarments. La vigne c’est lui, les sarments c’est nous, et son Père est le vigneron qui récolte.

Prenons conscience de cette première vérité : La foi par le don du baptême produit une union complète avec Jésus. Cette union réelle, réalisée au baptême, grandit par notre vie de prière, par notre exercice de la foi. Ce n’est pas seulement une union de sentiments ou d’idées mais une union de fond, une adhésion qui conduit à une ressemblance d’amour. Réalisons qu’en touchant le Christ dans la foi, nous nous identifions à lui. Celui qui touche de l’eau ne peut pas ne pas être mouillé. Celui qui met sa main dans le feu, ne peut pas ne pas être brûlé. De même, celui qui prend contact avec le Christ dans la foi, ne peut pas ne pas être unis à lui, ne peut pas ne pas recevoir l’amour divin qui déborde de son cœur, la vérité qui jaillit de son intelligence. C’est ce que Jésus veut nous faire comprendre d’abord par cette image de la vigne : nous sommes des sarments greffés à la vigne. Par notre foi, notre vie est greffée à la sienne. Une greffe du cerveau, une greffe du cœur. Par le baptême, nous ne faisons qu’un avec la volonté et la pensée du Christ. Et, entendons-le bien, notre vie portera du fruit à la mesure de cette insertion en lui. Ce n’est pas pour rien que Jésus priera intensément ensuite pour que cette union entre lui et nous se réalise. Il n’y a pas de vie chrétienne sans cette union au Christ. Il est donc dangereux de ne pas rechercher et favoriser cette union, quel que soit notre état de vie. Si notre vie n’a rien produit, ou plutôt a produit en pure autonomie, alors le Père du Ciel taillera dans le vif et mettra ces sarments secs dans le feu.

Dieu se réjouit sûrement de ceux qui font du bien et se donne du mal pour cela sur la terre. Et de manière sûre, tous nous pouvons faire quelque chose de bien de notre vie, si ce n’est simplement, comme le dit Jésus, de donner un verre d’eau à celui qui a soif. Malgré nos limites nous devons savoir tourner les yeux vers les autres, vers le monde. Mais, aujourd’hui, à l’heure la plus décisive, Jésus va plus loin : il insiste sur l’importance d’être unis à lui, d’être greffé à lui. Aucun sarment ne peut par lui-même donner de bon fruit. Donc si on ne demeure pas attaché au cep, il ne sera pas inondé de la bonne sève et donc n’aura pas de fécondité. Comment comprendre cela ? L’homme le plus bon, le plus intelligent, ne peut pas par lui-même donner un fruit qui demeure, un fruit éternel. La vie éternelle, l’amour divin pour lequel nous sommes faits, on ne le possède pas, on est toujours fragile devant, petit, encore plus avec les meilleurs fruits d’une éducation humaine qui risquent souvent de nous faire croire supérieur. Jésus le dit par ailleurs : il est dur pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. En revanche si nous sommes greffés dans le Christ par une vie de prière intense, par l’Eucharistie et même par le bois de la croix, alors les fruits sont assurés. Oui le sarment que nous sommes doit être attaché au pied de vigne qu’est le Christ pour ne pas dessécher. Il est notre force la plus essentielle.

Et ne vous inquiétez pas si les épreuves arrivent alors même que votre foi et votre amour du Christ n’a pas faibli. En effet, nous apprenons par Jésus que si le Père voit que les fruits sont beaux, il ne manque pas de s’approcher des sarments et de les tailler avec vigueur pour qu’il donne un fruit encore meilleur. Qui n’a pas senti ce sécateur qui fait mal ? Un jour où l’autre, le Seigneur va corriger, couper ce qui en nous a besoin de taille : orgueil, paresse, possession, etc. Chacun est taillé dans son défaut. Celui qui produit du fruit est taillé d’année en année pour en donner toujours un meilleur. Il faut accepter ce travail de purification. C’est parce que Dieu nous aime qu’il ne nous laisse pas en paix.                                   Père Alexis de Brébisson

5ème Dimanche de Pâques -29 avril 2018 - Année B

A

l’heure où l’on dit les choses essentielles, à l’heure du choix, peu avant son arrestation, sa passion et sa mort sur la croix, Jésus choisit d’insister sur l’union indispensable entre lui et ses disciples, entre lui et nous. Et comme il veut en montrer toute la beauté, il utilise pour cela à nouveau une image : celle de la vigne et des sarments. La vigne c’est lui, les sarments c’est nous, et son Père est le vigneron qui récolte.

Prenons conscience de cette première vérité : La foi par le don du baptême produit une union complète avec Jésus. Cette union réelle, réalisée au baptême, grandit par notre vie de prière, par notre exercice de la foi. Ce n’est pas seulement une union de sentiments ou d’idées mais une union de fond, une adhésion qui conduit à une ressemblance d’amour. Réalisons qu’en touchant le Christ dans la foi, nous nous identifions à lui. Celui qui touche de l’eau ne peut pas ne pas être mouillé. Celui qui met sa main dans le feu, ne peut pas ne pas être brûlé. De même, celui qui prend contact avec le Christ dans la foi, ne peut pas ne pas être unis à lui, ne peut pas ne pas recevoir l’amour divin qui déborde de son cœur, la vérité qui jaillit de son intelligence. C’est ce que Jésus veut nous faire comprendre d’abord par cette image de la vigne : nous sommes des sarments greffés à la vigne. Par notre foi, notre vie est greffée à la sienne. Une greffe du cerveau, une greffe du cœur. Par le baptême, nous ne faisons qu’un avec la volonté et la pensée du Christ. Et, entendons-le bien, notre vie portera du fruit à la mesure de cette insertion en lui. Ce n’est pas pour rien que Jésus priera intensément ensuite pour que cette union entre lui et nous se réalise. Il n’y a pas de vie chrétienne sans cette union au Christ. Il est donc dangereux de ne pas rechercher et favoriser cette union, quel que soit notre état de vie. Si notre vie n’a rien produit, ou plutôt a produit en pure autonomie, alors le Père du Ciel taillera dans le vif et mettra ces sarments secs dans le feu.

Dieu se réjouit sûrement de ceux qui font du bien et se donne du mal pour cela sur la terre. Et de manière sûre, tous nous pouvons faire quelque chose de bien de notre vie, si ce n’est simplement, comme le dit Jésus, de donner un verre d’eau à celui qui a soif. Malgré nos limites nous devons savoir tourner les yeux vers les autres, vers le monde. Mais, aujourd’hui, à l’heure la plus décisive, Jésus va plus loin : il insiste sur l’importance d’être unis à lui, d’être greffé à lui. Aucun sarment ne peut par lui-même donner de bon fruit. Donc si on ne demeure pas attaché au cep, il ne sera pas inondé de la bonne sève et donc n’aura pas de fécondité. Comment comprendre cela ? L’homme le plus bon, le plus intelligent, ne peut pas par lui-même donner un fruit qui demeure, un fruit éternel. La vie éternelle, l’amour divin pour lequel nous sommes faits, on ne le possède pas, on est toujours fragile devant, petit, encore plus avec les meilleurs fruits d’une éducation humaine qui risquent souvent de nous faire croire supérieur. Jésus le dit par ailleurs : il est dur pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. En revanche si nous sommes greffés dans le Christ par une vie de prière intense, par l’Eucharistie et même par le bois de la croix, alors les fruits sont assurés. Oui le sarment que nous sommes doit être attaché au pied de vigne qu’est le Christ pour ne pas dessécher. Il est notre force la plus essentielle.

Et ne vous inquiétez pas si les épreuves arrivent alors même que votre foi et votre amour du Christ n’a pas faibli. En effet, nous apprenons par Jésus que si le Père voit que les fruits sont beaux, il ne manque pas de s’approcher des sarments et de les tailler avec vigueur pour qu’il donne un fruit encore meilleur. Qui n’a pas senti ce sécateur qui fait mal ? Un jour où l’autre, le Seigneur va corriger, couper ce qui en nous a besoin de taille : orgueil, paresse, possession, etc. Chacun est taillé dans son défaut. Celui qui produit du fruit est taillé d’année en année pour en donner toujours un meilleur. Il faut accepter ce travail de purification. C’est parce que Dieu nous aime qu’il ne nous laisse pas en paix.                                   Père Alexis de Brébisson

HOMELIE DU 4e DIMANCHE DE PAQUES
L’image du Pasteur, est une que l’on trouve peu dans notre société, rare sont en effet les troupeaux de brebis conduits par un berger, que l’on croise dans les rues d’Ecouché, ou même de nos communes ornaises. A la rigueur au pied du Mont St Michel. Un peu plus dans les pays de montagne, en Provence, et surtout en Orient.  Cependant cette image se trouve bien présente déjà dans l’Ancien Testament : Dieu est le Pasteur de son peuple. Cette image Jésus va la faire sienne. Il va aussi l’employer pour Pierre : « Fais paître mes brebis » lui dit-il. Les apôtres vont l’employer à leur tour : Pierre, dans sa première Epître, parle du Christ comme le chef des Pasteurs (1P 5,1). C’est une parole que nous employons avec joie encore aujourd’hui pour parler du Christ mais aussi pour parler du Pape. Les protestants l’utilisent pour désigner les responsables de leur communauté. Nous avons donc plaisir à l’entendre, même si le métier de pasteur n’est plus très courant dans notre pays. Je voudrais simplement porter notre attention sur deux choses que Jésus met en valeur à partir de cette image :


« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père. »
Incroyable ! Chacun de nous est appelé à la même intimité avec Jésus, que celle qu’il a avec son Père. La « connaissance » dans la bouche de Jésus ne rime pas avec « science » ou « intelligence » mais « amour », « communion » et « confiance ». Depuis tout éternité le Père aime le Fils et le Fils aime le Père et cet amour c’est l’Esprit-Saint. Et voici qu’il nous annonce que nous sommes appelés à vivre du même amour, à entrer dans ce mouvement d’amour de l’Esprit Saint. Voilà notre vocation, notre première vocation : aimer et vivre avec Jésus, le connaître de l’intérieur, comme le Père et le Fils se connaissent, c’est à dire totalement et pour l’éternité. Cette vocation, cet appel n’est pas réservé à certains. Cet appel est pour chacun d’entre nous. On le retrouve exprimé dans la Bible, et dans les Evangiles de mille manières, en particulier à travers tous les récits de vocations.

« Je donne ma vie pour mes brebis » Qu’elle force renferme ce don ! La vie du Christ reçoit tout son sens dans ce don qu’il fait pour nous. Il ne s’agit pas d’une conduite suicidaire d’un héros. Il ne se fait pas prendre sa vie. Il nous donne sa vie, la Vie à chacun de nous parce qu’il est le Vivant, l’Eternel, le Très Haut. Donnant sa vie, Il ne la perd pas. Découvrir que le Seigneur se donne à nous aujourd’hui, est-ce que cela ne provoque pas en nous le désir de nous donner en retour ? L’amour appelle la réciprocité. D’ailleurs, en demandant à Pierre après la Résurrection d’aller paître le troupeau, ce n’est pas autre chose qu’il lui demande : c’est le don de sa vie, à sa suite, dans la force là aussi de l’Esprit-Saint.

Que cette image du Bon Pasteur nous invite donc à faire grandir en nous cette intimité avec Jésus à laquelle nous sommes appelés. Car le don de soi aux autres trouvera son fondement dans la relation que nous aurons avec le Christ.                                                                                                                       Père Alexis de Brébisson

HOMELIE 3e DIMANCHE DE PAQUES

 

Il ne peut pas nous échapper en entendant ces récits des apparitions de Jésus ressuscité à ses apôtres, que ceux-ci sont marqués par la peur. Et ceux-ci malgré leur prière et leur sainteté. Cela peut nous sembler étonnant et pourtant c’est bien vrai. La peur les a gagnés irrémédiablement depuis l’arrestation de leur maître à Gethsémani, fuyant quasiment tous, les uns après les autres. Et l’orage, plus que l’orage, le drame de la Passion et du calvaire étant passé, ils restent terrés, enfermés, conscients qu’ils risquent de devoir suivre prochainement le destin de leur maître. N’en a-t-il pas été ainsi, nous dit les Actes des apôtres, au sujet des disciples de Theudas, ou encore à l’époque du recensement pour ceux de Judas le Galiléen ? Pourquoi en serait-il autrement pour eux ? Oui, les apôtres ont peur. Mais que celui qui parmi nous n’a jamais eu peur leur lance la première pierre… La vie chrétienne est telle que, sans Dieu, on est perdu ! En vérité, plus on saint, plus on est rien sans Dieu, plus on a conscience de n’être rien sans lui ; plus on craint donc de s’éloigner de lui, plus on angoisse quand celui-ci semble loin de nous. Et c’est bien dans cette peur, en conséquence de leur perte du Christ que les apôtres sont. La peur : un sentiment qui nous envahit bien souvent, reconnaissons-le, plus ou moins peut être selon nos tempéraments, plus ou moins aussi peut être selon notre union au Christ.

Il y cependant bien sûr différentes sortes de peur. Nous avons cette peur instinctive devant un danger réel, comme un chien qui surgit devant nous par exemple, ou la violence d’une personne. Elle est naturelle et bonne car elle nous conduit à nous protéger. Mais, le plus souvent, ou plutôt de manière lancinante et oppressante, grandissent en nous des peurs qui sont le fruit de notre imagination craintive. Tout alors nous inquiète et parfois sans raison. Sophocle disait à juste titre : « Tout est bruit pour qui a peur ». Cette inquiétude nous enferme et nous coupe des autres, apparaissant comme dangereux. Elle nous aveugle sur la réalité qu’elle déforme. Une peur qui devient même communicative. N’en est-il pas ainsi pour les apôtres que la peur a enfermés, voyant alors le monde extérieur comme un danger pour eux ? N’en est-il pas souvent ainsi pour notre société qui a peur de l’avenir, s’enfonçant ainsi irrémédiablement dans une crise dont la dimension économique n’est que la partie immergée de l’iceberg ? C’est vrai, la réalité actuelle n’est pas à l’optimisme forcément, mais le danger est de vouloir l’amplifier, voire de le créer là où il n’existe pas. Comment donc résister à cette peur qui nous envahit ? Le chrétien n’a pas d’autre solution que de se réfugier en Christ. Voici la démarche la plus authentique et la plus sûre. Osons le dire, grâce à Dieu tout s’arrange. Combien sa simple présence relativise tout simplement les dangers et les crises du monde qui nous entoure.

C’est vrai le danger est là, danger des attentats, danger des vols, danger de la pollution, etc. Mais faut-il vraiment, nous chrétiens, s’en inquiéter ? Oui dans le sens où nous portons les soucis de notre monde. Non car le sens de notre vie c’est Jésus et non le monde. Dieu nous abandonnerait-il ? Même si nous devions n’avoir qu’un pantalon au lieu de dix, se serrer au peu la ceinture, renoncer à la voiture, faut-il avoir peur ? Le Christ n’est-il pas présent au milieu de nous ? Ne nous assure-t-il pas qu’il a vaincu la mort par sa résurrection ? Le Christ est vivant et la vie éternelle, le bonheur d’un amour vrai, au-delà de toutes les croix, nous sont assurés. Jésus est actuellement vivant, il nous soutient.

Est-ce nécessaire cependant toutes ces épreuves pour avancer vers Dieu ? La réponse de Jésus par rapport à son propre cheminement nous éclaire : « Il fallait que le Christ souffrît sa passion ». Dieu pouvait nous sauver sans monter sur la croix. Mais c’est le moyen le plus « opportun » qu’il a choisi pour nous sauver, peut-être parce que c’est ainsi qu’il pouvait le plus nous montrer son amour. Et s’il pouvait en être pareil pour nous ?

Si vous le voulez bien pour finir, fermons les yeux et pensons à une réalité qui nous inquiète, nous préoccupe fortement. Peut- être cette peur a-t-elle pris une place trop grande en nous du fait de notre imagination. Et maintenant, offrons-là à Jésus. Acceptons que le Christ ressuscité, vienne en nous malgré nos portes closes. Et entendez-le vous dire : « la paix soit avec vous », « n’ayez-pas peur, c’est moi », « je suis avec vous, tous les jours ». Alors, et je prie moi prêtre pour cela, que votre angoisse se meurt, et puissiez-vous grâce à l’Eucharistie que vous allez recevoir, demeurez avec cette présence du Christ à chaque instant de votre vie.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 HOMELIE DU 2ème DIMANCHE DE PÂQUES

En ce dimanche de Pâques nous voyons les disciples invités par Jésus à entrer dans une attitude de foi. Croire qu’il est ressuscité d’entre les morts. Croire qu’il est vivant en nous, même si nous ne le voyons pas. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Je voudrais à cette occasion approfondir avec vous l’importance de l’acte foi qui me semble si fondamental pour donner sens à toutes nos prières et même à toute notre vie chrétienne.

Jésus affirme souvent la puissance de la foi : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : "Déracine-toi et va te planter dans la mer", et il vous obéirait. (Lc 17,6) ». Il faut recevoir cette affirmation avec réalisme. Quelle puissance divine Dieu a mis dans notre acte de foi ! La foi touche Dieu. Dieu désire se laisser toucher lorsque nous nous tournons vers lui et répondre à nos demandes, petites et grandes. Dans les Évangiles, toutes les personnes qui rencontrent Jésus avec la foi, obtiennent de lui ce qu’elles demandent (cf. par exemple Mc  5,25-34). « La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, de connaître des réalités qu’on ne voit pas. (…) Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. » (Hb 11,1.6) Attention, il est évident que tout ce qui est bon dans la nature plait à Dieu. Et il est évident aussi que sa vraie joie, Dieu la trouve essentiellement en lui, dans la relation entre le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Mais il trouve une joie semblable dans la relation avec ses fils adoptifs : dans la foi, Dieu le Père nous voit à la ressemblance de son Fils. Pour donner cette joie à Dieu, entrer dans sa joie, dans ce qu'il est, la foi est nécessaire, c'est-à-dire une attitude de remise de soi entre les mains du Père.

J’aimer cette définition aussi que nous donne le Catéchisme de l’Église catholique (CEC 26) : « La foi est la réponse de l'homme à Dieu qui se révèle et se donne à lui ».

Saint Jean de la Croix, lui, nous aide à comprendre le rapport entre le contenu de la foi et Dieu lui-même : « La foi nous donne Dieu lui-même, et nous le fait connaître ; sans doute il est voilé sous les surfaces argentées de la foi, mais ce n’est pas là un motif pour qu’il ne nous soit pas donné en réalité. » Qu’est-ce que cela veut dire ? La définition dogmatique (par exemple que Dieu est Trinité), c’est la surface argentée contenant l’or de la substance du mystère énoncé. Quand je prie, l’acte suprême de l’intelligence, lorsqu’elle reconnait vraie l’affirmation qui lui est présentée, va être d’y adhérer, de s’y soumettre, en posant justement cet acte de foi. Cela me fait alors toucher Dieu lui-même. D’ailleurs, dans la prière, c’est Dieu lui-même qui m’intéresse, non pas des idées sur lui.

Puissions-nous en ce temps pascal, poser le plus souvent des actes de foi en la présence de Dieu. Quand je me lève, quand je marche, quand je travaille, quand je suis seul. Dire : « Seigneur Jésus, je crois en toi, je crois que tu es ressuscité », c’est toucher le cœur de Dieu et s’assurer du don de sa vie.

Père Alexis de Brébisson

 

 

HOMELIE DU DIMANCHE DES RAMEAUX
Il y a, dans la ville de Caen, en son plein centre, un château, dont les remparts avec leurs tours sont bien visibles et impressionnantes. Le presbytère où j’ai habité pendant un an se trouvait en face, et chaque jour en regardant ces remparts, je pensais au rempart de la ville de Jérusalem. Je me souviens avoir vécu au pied de ces remparts un chemin de croix en plein air, au milieu de l’animation d’une ville. Comment ne pas sentir l’appel du Seigneur et de l’Église à suivre totalement le Christ, à porter sa croix, à porter la souffrance du monde, à donner librement sa vie, à s’offrir avec lui, lorsque nous vivons un tel chemin de croix, lorsque nous faisons mémoire aujourd’hui de la Passion

 

Quelques semaines après, au même endroit, alors que je discutais avec quelques étudiants au même endroit, une fille que nous connaissions, désespérée et bien fragile intérieurement, se mit debout sur le bord d’une des tours, avec l’intention de se jeter. A plusieurs, à force de dialogue avec elle, de charité, elle a renoncé à son acte.

 

Au même endroit, d’un côté le Christ qui choisit librement de donner sa vie, plein d’espérance et d’amour pour le monde, de l’autre une fille qui choisit de perdre sa vie, pleine de désespérance et de manque d’amour pour ce monde. La souffrance subie est tout aussi inacceptable pour l’un que pour l’autre. Mais où se situe alors la différence qui fait que l’un va jusqu’à offrir sa vie et l’autre jusqu’à la gâcher ? Je pense dans la capacité du Christ à pardonner, à aimer à l’infini. « Père pardonne leur ils ne savent pas ce qu’ils font ». Seul Dieu peut aimer ainsi infiniment, c'est-à-dire toujours pardonner.

 

Par d’autre solution donc pour nous, si nous voulons vivre notre passion, notre chemin de croix jusqu’au bout, sans désespérance, que de recevoir l’amour de Dieu en nous qui nous donnera de pardonner et d’aimer partout et toujours à l’infini. 

 

 

 

Alexis de Brébisson

 

Homélie dimanche 25 février 2018- 2ème Dimanche de Carême - Année B -

 

 

 

Au Thabor Jésus manifeste sa gloire aux apôtres, à travers la transfiguration. Cet épisode anticipe le mystère pascal : la lumière de son Corps transfiguré annonce la gloire de la résurrection dont il leur parle d’ailleurs en descendant de la montagne. « Que puis-je voir dans la Transfiguration, sinon un symbole de la gloire de la résurrection future ? » disait Saint Grégoire le Grand.

 

La transfiguration est une anticipation de la résurrection, mais celle-ci suppose la mort. Jésus manifeste sa gloire aux apôtres afin qu'ils aient la force de faire face au scandale de la croix, et comprennent qu'il faut passer à travers de nombreuses tribulations pour parvenir au Royaume de Dieu. Cet épisode a vraiment un rôle de leçon, d’enseignement. D’ailleurs, la voix du Père retentit, comme lors de son baptême, et proclame Jésus comme « son Fils bien-aimé » mais Il ajoute « Ecoutez-le ». Benoit XVI commente en disant : « Pour entrer dans la vie éternelle il faut écouter Jésus, le suivre sur le chemin de la croix, en portant dans son cœur, comme Lui, l'espérance de la résurrection. Sauvés dans l'espérance ».

 

 

 

D’autre part, Benoit XVI affirme que « La Transfiguration est un événement de prière ». En effet, c’est en priant que cela se passe. Jésus se plonge en Dieu, s'unit intimement à Lui, adhère avec sa volonté humaine à la volonté d'amour du Père. La lumière qui l'envahit manifeste ce qui est en train de se vivre entre le Père et le Fils et l’Esprit-Saint. La vérité de son être devient visible : Il est Dieu, Lumière née de la Lumière.

 

 

 

Tenir dans l’espérance, c’est souvent demeurer dans le silence de la prière. Jésus demande d’ailleurs aussi le secret à ses apôtres. Les trois témoins gardèrent le secret, mais plus tard ce fait extraordinaire servit admirablement à tous les Apôtres pour prouver la divinité du Sauveur ; il leur servit aussi pour supporter avec courage les épreuves de leur apostolat.

 

Pour finir je voudrais vous citer une strophe de la poésie « Vivre d’Amour » de Thérèse de l’Enfant-Jésus qui évoque cet épisode :

 

Vivre d'Amour, ce n'est pas sur la terre
Fixer sa tente au sommet du Thabor.
Avec Jésus, c'est gravir le Calvaire,
C'est regarder la croix comme un trésor !...
Au Ciel je dois vivre de jouissance
Alors l'épreuve aura fui pour toujours
Mais exilée je veux dans la souffrance
Vivre d'Amour.

 

Pour Thérèse, le Seigneur donne aux disciples de « voir » sa gloire conformément à la promesse faite six jours avant (cf. Mc 9, 1). Juste après, il leur parle de sa passion et de sa résurrection (Mc 9, 9s). Jésus leur manifeste ainsi les réalités aux quelles ils sont eux-mêmes appelés à participer : sa passion et sa gloire. Cette scène donne aux disciples présents un avant goût du bonheur du Ciel. Pierre, ne comprenant pas ce qui se passe (cf. Mc 9, 6) et désirant que cela dure, cherche à stabiliser les personnages et propose ainsi au Christ de dresser « trois tentes ». Pour Thérèse il ne s'agit pas de refuser l'expérience du Thabor mais de ne pas entrer dans la même incompréhension que les disciples. Dans une lettre de 1893 elle dira aussi combien le Thabor symbolise pour elle la présence sensible de Jésus et toutes les grâces reçues qui lui permettent maintenant de tenir dans l’épreuve. Elle comprend surtout que le sommet du Thabor conduit à la vallée des larmes et à la montagne de la croix (LT 142) :

 

S’Il les conduit sur le Thabor c’est pour peu d’instants, la vallée est le plus souvent le lieu de son repos. (…) Jésus nous en a fait redescendre et maintenant nous sommes dans la vallée.

 

                                                                                                                                                    Père Alexis de Brébisson

 

Homélie dimanche 18 février 2018- 1e Dimanche de Carême - Année B - Ecouché

 

C

haque épisode de la vie du Christ est une leçon de vie pour nous. Il en est ainsi de son passage au désert. Celui-ci n’est pas une erreur de chemin. Il y va poussé par l’Esprit Saint, pour y demeurer avec son Père.

Déjà en leur temps, Moïse et les prophètes, Elie par exemple, étaient poussés au désert par l’Esprit : c’était tout d’abord pour eux un lieu de fuite face aux persécutions. Cela devenait un lieu d’intimité avec le Seigneur, mais aussi un lieu de purification et l’endroit pour attendre et entendre la mission que le Seigneur allait leur confier. Pour Jésus c’est enfin un moment où il va affronter le malin. Attention ! Nous serons appelés à notre tour à prendre ce chemin, poussé par l’Esprit-Saint. J’aime à considérer ces 40 jours de Jésus comme un temps de calme et de recueillement avant l’agitation de la bataille. Au petit matin ou au soir de ses journées actives, il ira retrouver à nouveau dans des endroits désert, à l’écart, nous dit l’Évangile, ce climat de solitude.

 

Pour beaucoup de chrétiens, et peut être pour vous aussi, se manifeste de manière vitale ce besoin de retraite. Qui d’entre nous n’a pas rêvé d’aller passer 48 h dans le désert ? Poussé par l’Esprit, et non pas une peur du monde et un ras-le-bol des autres, la solitude complète du désert nous est une assurance de trouver Dieu. Elle nous permet d’être libéré de toute contrainte intérieure et extérieure, dont, reconnaissons-le, nous ne savons pas nous dégager par nous-mêmes. Elle demande de notre part une coupure. Laisser chez soi le téléphone, le courrier, etc. Le désert est aussi le lieu où, libéré du regard des autres, nous pouvons sans gêne nous tourner vers Dieu seul et lui exprimer notre amour. Nulle part mieux que dans la solitude le chrétien trouve Dieu, Esprit vivant et Amour débordant. Peut être tout simplement parce que Jésus, en y demeurant, l’a enveloppé de sa présence une bonne fois pour toute !

L'histoire nous montre combien nombreux furent les saints que le désert attira et combien puissants et remplis de Dieu il les rendit au monde. Il en est ainsi par exemple de sainte Thérèse d’Avila qui désira tant pour elle et pour ses sœurs le silence et la solitude du désert. Ne pouvant s'y rendre, elle va le créer au sein des villes en fondant des monastère petits et clos. La vie y sera érémitique, grâce à une étroite clôture, des grilles, des voiles, un petit nombre de religieuses et la retraite en cellule. C'est cette vie de solitude que des sœurs vivent encore aujourd’hui dans le monastère du Carmel à Alençon, Lisieux, Caen, etc.. Vocation absolue mais si pleine de sens à la suite de ce qu’a vécu le Christ.

Le Christ dans ce désert y a vécu aussi l’épreuve de la tentation. Ne croyez pas cependant qu’il rechercha ce combat. Les saints, à sa suite, ne semblent pas désirer cette lutte. Aucun voyageur qui traverse le désert infesté de brigands ne cherche à les rencontrer, quand bien même il serait sûr de les vaincre. Cela retarderait son voyage. Ainsi, le chrétien qui part au désert, poussé par l’Esprit, pour s’y unir à son Dieu, ne cherche pas à rencontrer les démons qui pourraient sinon l'arrêter, du moins la retarder dans sa marche en lui causant quelques dommages. Que fait-il ? Il les évite et quand il se présente devant lui, il les fuit. Excellente tactique que celle de la fuite, qui met à l'abri des atteintes, des coups et des ruses des démons. Comment donc fuir ? En se portant par la prière et l'humilité en Dieu, là où le malin ne saurait se rendre. Cependant, le démon, qui existe bien, à voir ces personnes désireuses de plus d’intimité avec le Seigneur, en ressent une jalousie et comprend la nécessité de combattre plus violemment ces amis de Dieu avant qu’ils ne lui deviennent dangereux par un amour divin rayonnant. C'est ainsi que le démon, ignorant probablement la divinité du Christ, a discerné cependant la puissance singulière de cet homme. Il l’aborde donc au désert avec des tentations qui lui paraissent à la taille de son adversaire. C’est ainsi qu’il agira aussi souvent à l’égard des saints comme par exemple Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle considéra ainsi que la maladie mystérieuse, dont elle souffrit à l'âge de neuf ans, était produite par le démon, « il voulut, dit-elle, se venger sur moi du tort que notre famille devait lui faire dans l'avenir ».

 

Demandons donc à l’Esprit-Saint de nous conduire au désert pendant ce temps du Carême, pour grandir dans la présence de Dieu et, si le diable vient à nous mettre à l’épreuve, qu’il soit lui-même notre défenseur !                                                     Père Alexis de Brébisson

Homélie dimanche 18 février 2018- 1e Dimanche de Carême - Année B - Ecouché

 

C

haque épisode de la vie du Christ est une leçon de vie pour nous. Il en est ainsi de son passage au désert. Celui-ci n’est pas une erreur de chemin. Il y va poussé par l’Esprit Saint, pour y demeurer avec son Père.

Déjà en leur temps, Moïse et les prophètes, Elie par exemple, étaient poussés au désert par l’Esprit : c’était tout d’abord pour eux un lieu de fuite face aux persécutions. Cela devenait un lieu d’intimité avec le Seigneur, mais aussi un lieu de purification et l’endroit pour attendre et entendre la mission que le Seigneur allait leur confier. Pour Jésus c’est enfin un moment où il va affronter le malin. Attention ! Nous serons appelés à notre tour à prendre ce chemin, poussé par l’Esprit-Saint. J’aime à considérer ces 40 jours de Jésus comme un temps de calme et de recueillement avant l’agitation de la bataille. Au petit matin ou au soir de ses journées actives, il ira retrouver à nouveau dans des endroits désert, à l’écart, nous dit l’Évangile, ce climat de solitude.

 

Pour beaucoup de chrétiens, et peut être pour vous aussi, se manifeste de manière vitale ce besoin de retraite. Qui d’entre nous n’a pas rêvé d’aller passer 48 h dans le désert ? Poussé par l’Esprit, et non pas une peur du monde et un ras-le-bol des autres, la solitude complète du désert nous est une assurance de trouver Dieu. Elle nous permet d’être libéré de toute contrainte intérieure et extérieure, dont, reconnaissons-le, nous ne savons pas nous dégager par nous-mêmes. Elle demande de notre part une coupure. Laisser chez soi le téléphone, le courrier, etc. Le désert est aussi le lieu où, libéré du regard des autres, nous pouvons sans gêne nous tourner vers Dieu seul et lui exprimer notre amour. Nulle part mieux que dans la solitude le chrétien trouve Dieu, Esprit vivant et Amour débordant. Peut être tout simplement parce que Jésus, en y demeurant, l’a enveloppé de sa présence une bonne fois pour toute !

L'histoire nous montre combien nombreux furent les saints que le désert attira et combien puissants et remplis de Dieu il les rendit au monde. Il en est ainsi par exemple de sainte Thérèse d’Avila qui désira tant pour elle et pour ses sœurs le silence et la solitude du désert. Ne pouvant s'y rendre, elle va le créer au sein des villes en fondant des monastère petits et clos. La vie y sera érémitique, grâce à une étroite clôture, des grilles, des voiles, un petit nombre de religieuses et la retraite en cellule. C'est cette vie de solitude que des sœurs vivent encore aujourd’hui dans le monastère du Carmel à Alençon, Lisieux, Caen, etc.. Vocation absolue mais si pleine de sens à la suite de ce qu’a vécu le Christ.

Le Christ dans ce désert y a vécu aussi l’épreuve de la tentation. Ne croyez pas cependant qu’il rechercha ce combat. Les saints, à sa suite, ne semblent pas désirer cette lutte. Aucun voyageur qui traverse le désert infesté de brigands ne cherche à les rencontrer, quand bien même il serait sûr de les vaincre. Cela retarderait son voyage. Ainsi, le chrétien qui part au désert, poussé par l’Esprit, pour s’y unir à son Dieu, ne cherche pas à rencontrer les démons qui pourraient sinon l'arrêter, du moins la retarder dans sa marche en lui causant quelques dommages. Que fait-il ? Il les évite et quand il se présente devant lui, il les fuit. Excellente tactique que celle de la fuite, qui met à l'abri des atteintes, des coups et des ruses des démons. Comment donc fuir ? En se portant par la prière et l'humilité en Dieu, là où le malin ne saurait se rendre. Cependant, le démon, qui existe bien, à voir ces personnes désireuses de plus d’intimité avec le Seigneur, en ressent une jalousie et comprend la nécessité de combattre plus violemment ces amis de Dieu avant qu’ils ne lui deviennent dangereux par un amour divin rayonnant. C'est ainsi que le démon, ignorant probablement la divinité du Christ, a discerné cependant la puissance singulière de cet homme. Il l’aborde donc au désert avec des tentations qui lui paraissent à la taille de son adversaire. C’est ainsi qu’il agira aussi souvent à l’égard des saints comme par exemple Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Elle considéra ainsi que la maladie mystérieuse, dont elle souffrit à l'âge de neuf ans, était produite par le démon, « il voulut, dit-elle, se venger sur moi du tort que notre famille devait lui faire dans l'avenir ».

 

Demandons donc à l’Esprit-Saint de nous conduire au désert pendant ce temps du Carême, pour grandir dans la présence de Dieu et, si le diable vient à nous mettre à l’épreuve, qu’il soit lui-même notre défenseur !                                                     Père Alexis de Brébisson

V

 

oici un lépreux, qui est en apparence méprisé, rejeté, frappé par Dieu et humilié comme le sera le Christ lui-même sur la croix. Il doit, selon la loi du Lévitique, se promener en criant « Impur ! Impur ! ». Que fait-il ? Il obéit d’une certaine façon à la loi : il vient en effet crier son impureté mais non plus pour faire fuir ceux qui ont peur de la contagion, mais pour attirer Jésus : il croit que cet homme peut le reconnaître comme un homme aimé par Dieu, il croit que cet homme peut l’aimer au-delà des apparences, il croit que cet homme peut le purifier.

 

Sa foi est grande. Elle lui fait dépasser toutes les barrières. Elle est acte d’abandon total à la volonté divine : « si tu le veux ». Elle s’appuie pleinement sur Jésus et sur lui seul. La nôtre doit être la même pour qu’elle permette à Dieu d’agir en nous, de nous purifier.

 

Permettez-moi de raconter une histoire vraie pour illustrer cela :

 

A la fin du 19ème un acrobate équilibriste, Blondin, s’était fait connaître pour ses fameuses traversées sur une corde de 335 m suspendue à 50 m au-dessus des chutes du Niagara. Ses exploits étaient observés par de grandes foules ; il commençait souvent en traversant simplement avec un contrepoids. Puis il jetait le contrepoids et surprenait le public par ses acrobaties. Un jour de 1860, une délégation royale de Grande-Bretagne se déplaça pour voir les performances de Blondin. Il traversa la corde une première fois sur des échasses, ensuite il le fit les yeux bandés ; une autre fois il s’arrêta à mi-chemin pour cuire une omelette et la manger. Puis il traversa avec une brouette d’un côté à l’autre sous les acclamations de la foule. Il mit ensuite un sac de pommes de terre dans la brouette et traversa à nouveau. La foule l’acclama plus encore. Il se dirigea alors vers la délégation royale et demanda à un duc présent : « Pensez-vous que je serai capable de traverser les chutes avec un homme dans cette brouette ? ». Le duc répondit : « Oui, je le pense ». Blondin répliqua : « Dans ce cas, montez ! ». La foule se fit soudain silencieuse, mais le duc refusa de relever le défi. Blondin demanda alors : « Y a-t-il quelqu’un d’autre ici qui croit que je peux le faire ? ». Personne ne se manifesta. Enfin, une vieille femme sortit de la foule et grimpa dans la brouette. Blondin lui fit faire la traversée dans les deux sens. Cette femme était la mère de Blondin ; c’était la seule personne qui fut prête à remettre sa vie entre ses mains.

 

De même pour nous, à la lumière de la démarche du lépreux, comprenons que la foi n’est pas seulement quelque chose d’intellectuel. Elle exige que nous fassions un pas concret et que nous nous abandonnions totalement à la volonté de Jésus.

 

Père Alexis de Brébisson

 

HOMELIE DU 5ème dimanche du temps ordinaire

 

Les textes de ce jour mettent le doigt sur la question difficile de la souffrance, de la maladie, de l’incompréhension devant le mal, sur notre impuissance aussi souvent à comprendre ce mal, et à le surmonter… Beaucoup parmi nous sans doute y sont confrontés par eux mêmes, ou par les autres…

 

 

 

Déjà le livre de Job aborde la question d’une façon très radicale. Job est la figure de la souffrance humaine. Lui, l'homme de bien (et de biens) a tout perdu, santé comprise, et donc la joie de vivre.

 

Le livre de Job est une grande parabole : comment un homme fidèle à Dieu peut-il tant souffrir ? Dans la mentalité juive, fidélité à Dieu et prospérité matérielle étaient liées, tandis que péché et échec allaient de pair. Job n'a pas offensé Dieu et pourtant le voici ruiné, en deuil et affreusement malade.

 

 

 

Un parallèle pourrait être fait entre Job, figure de tous les désespérés, et la belle-mère de Pierre, figure de tous les malades qui viennent auprès de Jésus. Le rapprochement nous permet de voir en Jésus celui qui prend sur lui la détresse de tous les « Job » de l'humanité.

 

Tout cela sans aucune porte de sortie, sans la moindre lueur d'espoir. Au fond du trou, Job est bien seul. Et pourtant il ose encore s’adresser à Dieu : « Souviens-toi, Seigneur» (v.7). Appel à la mémoire, espérance surnaturelle au-delà de toute espérance humaine.

 

 

 

Comme nous cherchons toujours des boucs émissaires, des explications, eh bien on accuse l’homme, ou on accuse Dieu. Alors que dire ?

 

 

 

Le psaume 146 nous invite à un sursaut : « Dieu guérit les cœurs brisés, il soigne leurs blessures ». Il  présente Dieu qui reconstruit Israël et le guérit (après l'Exil). Maître des astres, il est aussi le créateur de son peuple et le maître des nations.

 

Le psaume 146 commence par le mot « Alléluia » qui en dit bien tout le programme.

 

 

 

Et puis il y a l’Evangile : méditation sur Jésus, qui nous dit la réponse de Dieu au mystère du mal.

 

Jésus vient de la synagogue de Capharnaüm. Il semble que la maison de Pierre et d'André ait été un lieu de rassemblement et la base missionnaire de Jésus. Les archéologues ont mis à jour une maison qui pourrait bien être ce centre d'évangélisation. L'équipe est constituée : Pierre et André, Jacques et Jean. Elle a pour fondement des liens familiaux (ils sont cousins).

 

= Jésus s'en va du lieu de la prière publique pour entrer dans la maison, le lieu de la vie privée : Jésus se soucie d'abord des siens, mais le lendemain il les quittera, il sortira vers les autres villages de cette Galilée des nations, vers les païens.

 

 

 

« Bien avant l'aube, il se leva » (v.35). Jésus sort de la ville (lieu de vie publique) et va dans un endroit désert pour prier. Relation à son Père : fondement de tout ce qu’il fait.

 

Toute la vie de Jésus est résumée dans cette première journée : guérisons, mais aussi prière, temps de désert et annonce de la Bonne Nouvelle (« C'est pour cela que je suis sorti »).

 

 

 

Jésus guérit la belle-mère de Pierre, alors il peut aussi nous guérir de nos fièvres pour que nous aussi soyons capables de servir paisiblement. Si nous lui demandions ne nous guérir de la fièvre de l'activisme, fièvre de la vie moderne.

 

 

 

Dieu est de notre côté dans la souffrance ; comme le dit le livre du Siracide : « Les larmes de la veuve coulent sur les joues de Dieu » (Sirac 35, 15), image superbe ; il faut être bien proche pour que les larmes de l'un coulent sur les joues de l'autre !

 

Alexis de Brébisson

 

 

 

 

Homélie du 3e dimanche du temps ordinaire

Comme Jonas en son temps, comme tous les prophètes en particulier Jean-Baptiste, Jésus, proclame la conversion. L’évangéliste St Marc emploie d’ailleurs les mêmes mots. Jésus n’est-il qu’un prophète comme les autres ?  Deux différences apparaissent facilement à celui qui écoute avec attention. La première différence est que le Royaume annoncé n’est pas à venir. La vraie traduction est : « Le royaume de Dieu s’est approché ». C’est à dire, il est déjà là. Il dira ailleurs : il est au milieu de vous, en vous. Pour le peuple hébreu, cette affirmation est significative. Car pour eux l’histoire a une direction, elle va vers un accomplissement. Jésus affirme que celui-ci est venu, que le temps que l’on vit maintenant est un temps de plénitude. Comme cela se manifeste ? L’Esprit-Saint est répandu sur tous. A chacun est donné d’être établi dans l’amitié avec Dieu. Voilà l’accomplissement des temps. Nous en sommes nous aussi les bénéficiaires.

La deuxième différence est que ceux qui entendent son appel à la conversion sont invités à tout quitter pour le suivre. Cela se manifeste de manière radicale pour les apôtres dans ce passage de l’Evangile et tout au cours de l’histoire de l’Eglise, pour les personnes consacrées. Mais c’est aussi tout chrétien, quelle que soit sa vocation, qui est appelé à se donner tout entier au Seigneur pour recevoir son Royaume.

Aujourd’hui, pour nous en quoi consiste la conversion ? Je vous propose trois attitudes pour entrer dans cette démarche que nous demande aujourd’hui le Christ :

Le silence : se convertir, en hébreu cela signifie « se retourner ». Le Seigneur à chaque instant frappe à notre porte. Faisons silence pour l’entendre. Nous nous retournerons pour l’accueillir. J’ai remarqué que quand nous prions avec un groupe d’enfants, lorsque le silence est enfin instauré, s’il arrive qu’une personne entre à ce moment- là par la porte du fond, pire encore qu’elle frappe à la porte, toutes les têtes se retournent alors comme un seul homme. Quand le bruit règne, même moi, je n’y fais pas attention. Il en est ainsi : faisons le silence dans notre vie, pour savoir accueillir le Christ en nous. Profitons de tous les occasions de silence. Sommes-nous par exemple obligés d’être toujours actifs ? et si nous prenions des temps de silence qui deviendraient des temps de présence de Dieu ? sommes-nous obligés de toujours mettre la télé ou la musique quand nous sommes seuls ? sommes-nous toujours obligés de nous rendre esclaves de tant et de tant de soucis ou de choses secondaires dans notre tête ? et si nous faisions un peu silence en nous pour laisser Dieu nous apaiser par sa présence ? sommes-nous obligés de nous désoler de ne plus avoir rien à faire ou même de ne plus pouvoir rien faire alors que le silence qui prend plus de place à ce moment là dans notre vie peut favoriser l’accueil de la présence agissante de Dieu ? Dans notre vie quotidienne, grandissons dans cette attitude essentielle du silence. Oui, le Christ est là. Il veut entrer dans notre maison. Exerçons-nous sans cesse au silence pour savoir accueillir le Royaume de Dieu.

Deuxième attitude : l’humilité. Pour pouvoir recevoir quelque chose il faut être ouvert. On sait bien que quelqu’un qui ne reconnaît pas par exemple sa dépendance à l’alcool, à la drogue, ne sera jamais capable de suivre un traitement pour être guéri. Comment être prêt à accueillir le Royaume de Dieu ? En reconnaissant que j’en ai besoin : comme tout homme marqué par le péché, je fais l’expérience de mes limites, je découvre en moi une attirance au mal, des faiblesses. Ne fuyons pas cette découverte si précieuse. Reconnaître ce que l’on est, ce qui nous manque, est indispensable pour avancer dans la vie chrétienne. L’humilité consiste à marcher, et à marcher selon la vérité. Elle nous permet d’accueillir avec joie l’action de Dieu en nous : Thérèse de l’Enfant Jésus l’avait bien compris elle qui disait : « Ce qui plaît à Dieu, dit-elle, c’est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c’est l’espérance aveugle que j’ai en sa miséricorde. » (LT 197)

Si le silence et l’humilité nous disposent au règne de Dieu, il est une troisième attitude qui l’attire irrésistiblement : c’est le don de nous-mêmes. On aime en se donnant. Nous l’expérimentons dans notre vie humaine. Ce don est la réponse libre au don de Dieu ; il anime toute notre vie chrétienne, de ses premiers balbutiements jusqu’à son plein épanouissement, quel que soit notre vocation, dans le mariage, le célibat ou la vie consacrée. Faisons de toutes nos activités, de tous les événements de notre vie une occasion de se donner, de montrer notre amour au Seigneur. « Ce que tu fais… C’est à moi que tu le fais ». Si vous vous donnez à votre conjoint, si vous vous donnez dans votre travail, si vous vous donnez dans l’épreuve qui est la vôtre, si vous donnez de votre temps, de votre argent, de vos talents, aux autres en particulier aux plus petits, c’est à Dieu que vous le donnez. Un jour, chaque jour, n’hésitez pas à dire au Seigneur : « je veux te suivre, je te donne toute ma vie ». Alors votre vie  ne sera pas simplement une vie bien ou mal remplie, mais elle deviendra un chemin de vie à la suite du Christ, comme les pécheurs de Galilée.        P. Alexis de Brébisson

Homélie pour 2e dimanche du temps ordinaire, 14 janvier 2018

A

h que la scène est belle ! Du haut du Ciel, les anges, en voyant ce qui est en train de se passer, doivent se réjouir et chanter encore une fois le Gloria, comment au bon vieux temps au- dessus de la crèche. Car ce qui est en train de se passer ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle naissance : la naissance de l’Église, la naissance d’une amitié entre le Fils de Dieu et ses frères les hommes, la naissance d’une famille, celle des disciples du Christ.

Comme les bergers et les mages en leur temps, ce sont maintenant des pécheurs qui sont conduits près du Fils de l’homme. Comme eux ils sont pauvres et déconsidérés, ils sont riches de leur jeunesse, et ils cherchent la vérité, et ils attendent le Sauveur promis à Israël. Les anges et les étoiles ont laissé à Jean-Baptiste, le plus grand des prophètes le soin de les conduire sur le bon chemin.

« Ecce homo », « voici l’homme » semble-t-on déjà entendre dans la parole de Jean-Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu ». Il n’est plus emmailloté et couché dans une crèche sous l’œil amoureux et protecteur de ses parents. Il est là debout, il va et il vient, pleinement libre dans une société en pleine crise ! Regardez-le : vous voyez un homme c’est vrai, vous voyez même le plus beau des enfants des hommes, vous voyez l’homme libre par exemple, tout rempli de la sagesse divine. Et cependant je vous l’affirme c’est encore un petit agneau, un frêle enfant qui marche là devant vous, qui marche vers son destin, qui va vers l’abattoir, portant le péché du monde, comme l’affirmait Isaïe au sujet du Serviteur Souffrant.

Et ces pécheurs s’approchent. Et pour voir cet homme il ne s’agit plus de s’arrêter et se mettre à genoux pour être à sa taille, comme l’avaient fait bergers et mages devant la crèche. Eux, ils sont obligés de le suivre, de marcher à son rythme, de le prendre en filature.

Et, merveille des merveilles, Jésus se retourne, il parle ! Enfin Dieu s’adresse à l’homme, enfin le contact est rétabli, le lien est à nouveau fait, le dialogue est à nouveau possible. Depuis si longtemps dans le jardin d’Eden, inquiet Dieu cherchait l’homme sans le trouver « où es-tu ? », Dieu appelait l’homme sans se faire attendre « Samuel, Samuel ! ». Depuis si longtemps l’homme cherchait Dieu en toute chose de manière éperdue, l’homme cherchait à lui parler sans se faire comprendre. Et là, tout d’un coup, tout semble à nouveau si simple. « Que cherchez-vous ? » dit-Jésus. « Où demeures-tu ? » demande les disciples. Vous savez… comme lorsque, parfois, longtemps après une dispute tempétueuse entre proches, tout d’un coup un dialogue court et simple rend à nouveau possible l’amitié et l’avenir ensemble.

La simplicité de ce contact semble promettre une grande amitié entre ces grands personnages. Rien qui ressemble à un interrogatoire de police dans ces questions. Pas de reproche sur un passé ou de méfiance sur l’origine. Un souhait pur de se connaitre et de vivre ensemble. Une volonté plus encore de connaître l’autre, ses attentes, son lieu de vie, de faire confiance et de faire quelque chose ensemble de vrai.

« Venez, et vous verrez. ». Il s’agit bien d’une amitié qui commence : Jésus attire ces hommes. C’est bien par attrait que ces disciples de Jean, puis Pierre, vont choisir de le suivre.

Et comment ne pas être sûr de l’attrait aussi de Dieu pour ces hommes ? Ils sont chacun ce « disciple bien aimé » appelé à le suivre jusqu’au pied de la croix.

C’est l’Église qui est en train de naître. « Venez et vous serez des ‘voyants’ »

Promesse extraordinaire que leur fait Jésus. Il ne leur dit pas : « suivez-moi dans le vide et l’inconnu ». Il leur promet : « si vous me suivez, vous comprendrez toute chose ». Si vous vivez maintenant avec moi, vous pourrez comprendre le sens de ma mort et de ma résurrection. Et déjà nous entendons le disciple bien aimé pouvoir affirmer devant le tombeau vide : « Il vit et il crut ».                           

 

Père Alexis de Brébisson

Homélie du dimanche de l’Epiphanie 2018

Avec les Mages, comment être à la hauteur d’un tel mystère ? Avec les Mages, en nous abaissant, en nous agenouillant devant la crèche. Comment percer les mystères des cieux, de l’infiniment grand, de l’origine et de la fin de toute chose ? Comme les Mages, en scrutant cet enfant endormi sur un peu de paille. Sur quel chemin de bonheur nous guide notre étoile ? A la suite des Mages, elle nous conduit vers la pauvreté de Bethléem.

Aujourd’hui tout le monde est là dans la crèche :

-        Les bergers, si pauvres, si près et déjà là depuis longtemps

-        Les mages, si riches, si loin et enfin arrivés

Dès l’origine, tous sont appelés, aujourd’hui tous sont présents, devant un enfant.

La pauvreté des uns rejoint la pauvreté de Dieu lui-même dans la crèche. La richesse des autres rejoint la richesse de cet enfant : l’or manifeste sa royauté sur toute chose, l’encens qu’il est bien Dieu, la myrrhe qu’il est bien un homme appelé à mourir.

Les uns et les autres se retrouvent pareils devant lui, avec la même dignité, gardant chacun sa valeur, sa personnalité, son origine.

« Bergers ou mages, on ne peut atteindre Dieu ici-bas qu’en s’agenouillant devant la crèche de Bethléem et en l’adorant caché dans la faiblesse d’un enfant » (CEC 563)

Voilà donc ce qui nous sommes invités à faire nous aussi pour découvrir le mystère de Dieu.

A tout homme aujourd’hui, Dieu se manifeste dans un enfant.

C’est aujourd’hui la fête des missions, la nôtre un peu donc aussi car chacun de nous sommes appelés à être une étoile pour ceux qui nous entourent, non pour attirer à nous mais pour conduire à l’Enfant-Dieu.

« Aspirons à devenir des étoiles, modestes ou brillantes, qui brillent pour un certain nombre d’âmes. C’est ainsi que Dieu voit chacun de nous, qu’il nous a vus de toute éternité. Il nous a vus comme des étoiles qu’en une certaine époque, en une certaine région, dans un certain milieu, il ferait soudain briller dans le ciel pour attirer les âmes, pour qu’elles trouvent quelque chose de nouveau qu’elles n’avaient pas découvert jusque-là.

Cette nouveauté ne les conquiert peut-être pas immédiatement, mais elle les surprend et les entraîne à notre suite. Quel que soit le mobile, nos qualités humaines, l’affection que nous leur donnons, notre taille extérieure, nos qualités spirituelles ou intellectuelles, cette lumière les fixe sur nous et ces âmes nous suivent. Et que nous demandent-elles ? Elles ne le savent pas, mais elles nous demandent de les attirer vers la clarté qui brille sur nous. Notre devoir, c’est de les entraîner vers Jésus enfant, vers Jésus grandissant et Jésus dans sa taille parfaite qu’il trouve dans l’Église. Voilà notre mission ! (…)

Il faut que nous soyons des étoiles brillantes. Oui, brillantes de la vie de Dieu, de la lumière de Dieu qui nous aura complètement conquis, qui aura pénétré tous nos membres et toutes nos facultés et qui débordera extérieurement pour montrer qu’il y a quelque chose de particulier. »

Ainsi s’exprimait un jour d’Epiphanie le Bienheureux Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, pour nous inviter à conduire nos proches vers l’Enfant-Jésus, pour les inviter à découvrir dans la faiblesse d’un enfant la puissance même de Dieu.

                                                                       Père Alexis de Brébisson

Homélie pour le dimanche de la Sainte Famille 2018

Dites-moi… quelle est l’attitude la plus fondamentale que l’on peut avoir lorsqu’on se rend dans une église ? Assez spontanément je répondrai : l’ offrande . J’ai un peu de temps, je vis quelque chose d’important, … je viens l’offrir à Dieu. C’est pour cela que le centre d’une église c’est tujours l’autel, le lieu de l’offrande, du sacrifice. C’est justement l’attitude de Marie et Joseph lorsqu’ils se rendent au temple avec l’Enfant-Jésus. Ils viennent, comme tous les parents juifs, offrir leur premier né. Cette offrande Jésus préfigure son offrande sur la Croix. Nos démarches d’offrande à Dieu dans une église préfigurent aussi le jour où le Seigneur nous invitera dans la vie à offrir notre personne, petit à petit ou dans un seul acte. Préfiguration, anticipation, même… Tout « oui », « me voici », « que ta volonté soit faite »,… le Seigneur l’entend, le reçoit comme un acte d’amour, et répond à cette prière en nous conduisant avec le Christ sur le chemin du don de soi.

Cette offrande de Jésus passe au 1er plan dans le récit évangélique, devant la purification que demande la Loi de Moïse. Le Sauveur et ses parents cependant s’y conforment, comme il se conformera à l’ensemble de la Loi et qu’il suivra ses contemporains dans la démarche de conversion lancée par le prophète Jean le Baptiste. Comme pour signifier qu’il se met au rang des pécheurs. Etre fidèle nous aussi dans les petites choses, dans les obligations de la loi religieuse ou civile, c’est montrer à Dieu notre désir de bien faire, c’est ne pas se considérer au-dessus de la loi, différent des autres.

Certaines personnes viennent très souvent à l’église. On les appelle des gens pieux. Il en est ainsi pour Syméon et Anne. Pourquoi donc ? Ils attendaient la « consolation d’Israël ». Oui mais ils passent leur vie au temple, tout simplement, parce qu’ils sont heureux de prier, de demeurer avec le Seigneur, par amour et non pas obligation. Habités par la prière, ils sont ainsi sous l’action de l’Esprit-Saint capables de reconnaitre en cet enfant, le Messie annoncé. Nous aussi, appelés par Jésus à prier sans cesse, non par obligation mais par amour, nous faisons de notre vie un temple où Dieu est présent et peut nous saisir pour nous conduire là où il veut témoigner de lui, nous éclairer pour nous dévoiler ses mystères.

Ils s’émerveillaient et proclamaient les louanges du Seigneur. Nous ferons de même lorsque, illuminés par l’Esprit, nous aurons saisi la grandeur de Dieu dans la faiblesse de cet Enfant ! Alors nous serons dans une vraie action de grâce, qui témoigne autant qu’elle réjouit le cœur.

Père Alexis de Brébisson

 

 

Message de Noël de Mgr Habert

« Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Voilà les paroles, extraites de l’Evangile, que des centaines de millions de chrétiens vont entendre le soir de Noël. Ils les entendront dans tous les continents, dans des conditions très diversifiées de sérénité, de festivité, ou de pauvreté et de guerres. C'est vers cet enfant nouveau-né que nos regards vont se porter dans les crèches que nous aurons installées dans nos églises, nos chapelles, nos maisons, nos écoles catholiques.

A cette époque, pas d'internet, pas de réseaux sociaux, pas de JT, et pourtant une nouvelle dont on parle encore 2000 ans après.

Voilà comment Dieu a choisi de se révéler, voilà le chemin qu'il a voulu prendre. Ce chemin c'est celui de l'humilité, de la pauvreté, de la famille. Pas étonnant dès lors que Noël corresponde toujours à ce temps de partage, ce temps en famille, ce temps de solidarités multiples avec les plus fragiles. Telle est bien la beauté et la magie de Noël qui permet à tous de se réjouir : nous chrétiens qui fêtons la naissance du sauveur, mais quiconque qui accepte de regarder cet enfant dans sa fragilité, son innocence, et les promesses de vie qu’il apporte.

Dans notre société souvent très divisée, l'expression "trêve de Noël" peut retrouver tout son sens. Elle demeure un précieux héritage. Accueillons-la avec reconnaissance et enthousiasme, mettons-la en pratique.

Bon Noël à tous.

 

Mgr Jacques Habert,

Evêque de Séez

3ème dimanche Avent B

 

« Soyez dans la joie du Seigneur, soyez toujours dans la joie, le Seigneur est proche! ». Cette joie du Seigneur est différente de la joie à la manière du monde. La joie chrétienne est une joie réelle, spirituelle, pleine, éternelle.

Comment la posséder ? Euh… en fait on ne la « possède » jamais ! C’est Dieu qui la communique à chaque instant par sa présence. Eloignez-vous de lui un instant… et hop vous le r’perdez !

Comment la discerner par rapport à une joie « mondaine » ?

Cela peut se discerner par exemple par un souffle intérieur, une liberté du cœur qui nous ferait franchir des montagnes, joie de la foi qui nous rend invulnérable au découragement, à la tristesse, à l'adversité même ! La joie de Dieu brille plus fort encore dans l’obscurité des difficultés. Antinomie !

Quel second effet cela produit ? Une très probable action de grâce (Eucharistie) : Envie de "rendre grâce à Dieu en toute circonstance". Vous savez le fameux « Merci Seigneur ! » Pourquoi, et de quoi ? par ce que « Dieu fait grâce » (signification du prénom Jean), parce qu’on perçoit que cela ne vient pas de nous mais de lui. Parce que « Dieu sauve » (signification du prénom Jésus).

Parfois, mais pas toujours, cela peut nous donner aussi un regard nouveau sur le monde, sur les autres, et sur nous-mêmes : plus de bienveillance, de miséricorde, puisqu’on n’a compris que tout est don de Dieu et non pas production humaine.

Mais aussi, un conscience encore plus forte de notre fragilité : « je ne peux vraiment pas être joyeux sans Dieu. »

Comme cette joie n'est pas automatique et qu’elle est un don de Dieu, il faut donc ne pas hésiter à… la demander !

Pour entrer dans cette attitude spirituelle nous avons besoin d'y être guidé, orienté, par des témoins : Jean Baptiste est un de ces témoins, lui qui est le plus grand des prophètes. Il n'est pas la lumière, mais il rend témoignage à la lumière, il n'est pas la parole, mais il en est la voix. L’Esprit du Seigneur agit en lui. Il veut agir en nous. C'est par l'Esprit que le Seigneur agit aussi dans le monde pour le renouveler en profondeur. Et ses promeses ne sont pas des paroles en l'air : "De même que la terre fait éclore ses germes, et qu'un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur  fera germer la justice et la louange devant toutes les nations".

De même, avec St Paul, "Soyons toujours dans la joie. Et rendons grâce à Dieu en toutes circonstances. Alors notre foi sera contagieuse de cette joie qui transfigure tout !

 

P. Alexis de Brébisson

Homélie 2ème Dimanche de l’Avent – Année B

S  avez-vous que l’on appelle Jean-Baptiste le « Précurseur » ? C'est-à-dire : celui qui annonce. Comme il s’est qualifié aussi lui-même : « La voix qui crie dans le désert ». A quel titre est-il précurseur ? Tout d’abord, il annonce Jésus par sa prédication : il nous demande, comme il le fit à ses contemporains de changer de vie afin de se préparer à recevoir le Messie annoncé. Jésus annonce son retour dans notre monde en gloire. Jésus annonce sa venue en chacun de nous. Comme « bien » le recevoir ?

Jean-Baptiste est précurseur de Jésus aussi par sa vie : il imite « par avance » Jésus. L’Évangéliste Luc construit ainsi le début de son Évangile en mettant en parallèle la naissance et l’enfance de ces deux enfants : par exemple l’ange Gabriel annonce sa naissance comme celle du Christ, et la comparaison se produit de nombreuses autres manières comme entre les deux cantiques de Marie et de Zacharie .

De même chez l’Évangéliste Marc, il apparaît dans le désert où il mène une vie ascétique et de solitude. Il y précède Jésus. Ce cadre de dépouillement, cette aridité favorise chez lui, comme chez nous, comme en Jésus, l’action envahissante de l’Esprit Saint. Les amis de Dieu aiment souvent le désert et la solitude autant que cela leur fait peur. Ce lieu , même si ce n’est que pour un temps limité, en nous dépouillant de manière radicale, nous dispose aux purifications intérieures que Dieu veut réaliser en nous. Ce travail de purification, l’Esprit-Saint le réalise ainsi fortement en Jean-Baptiste, pour le disposer ainsi à une plus grande ressemblance et union avec le Christ. Il le réalise en lui comme en exemple vis-à-vis de tout le peuple juif appelé à retourner au désert retrouver Dieu. Et nous aussi. Fruit aussi du désert, l’Esprit-Saint met en lui une lumière profonde, bien qu’obscure, qui remplit son être : il devient prophète, prédicateur. Il nous bouscule par le témoignage de sa vie et de sa parole.

Pas difficile alors pour lui de reconnaître Jésus quand il viendra : sa capacité à accueillir le Christ, vient de sa propre expérience de purification opérée en lui par l’Esprit-Saint.

Il désire qu’en tous se réalise ce qu’il a pu vivre. Il sait que le Christ vient pour ça. Il veut donc l’annoncer. Plus encore, il a compris que cet homme offrira à tous, non pas simplement d’être pardonné et purifié de son péché mais plus encore d’être habité de l’Esprit-Saint. Qu’est-ce que  cela veut dire ? tout simplement, aussi extraordinaire que cela puisse paraître : être divinisé, animé par l’Esprit même de Dieu, pleinement fils et fille de Dieu, fils dans le Fils.

 

 Demandons lui en ce temps de préparation à Noël la grâce nous aussi de ressembler à Jésus, de savoir le reconnaitre et l’accueillir lorsqu’il vient  devant nous, à nous, parmi nous, en nous, dès aujourd’hui dans le mystère de l’Eucharistie.                                                                                     Père Alexis de Brébisson

Je vous invite à lire cet extrait de l’homélie du Bienheureux Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus pour la fête du Christ-Roi 1966
P. Alexis

« … (Notre-Seigneur) est Roi du monde, Roi de nos âmes, non pas seulement parce qu’il nous a créés ; pas seulement parce que, Sagesse éternelle, il nous a conduits à la perfection, à la fois naturelle et surnaturelle, à laquelle nous sommes parvenus, mais parce qu’il l’a fait par amour. C’est l’amour de Jésus qui est couronné aujourd’hui. Eh oui, il est Roi parce qu’il a triomphé de l’ennemi, à savoir de la mort, du péché, qu’il a triomphé du mauvais par l’amour. C’est l’amour qui est couronné aujourd’hui et que nous saluons dans le Christ-Roi…

... Il est Roi parce qu’il nous a aimés, qu’il nous a prouvé son amour ; parce qu’il nous a acquis, nous a conquis par son amour. Il a des droits de propriété spécialement, des droits de domination sur nous, parce qu’il nous a aimés, parce qu’il nous a conquis en versant son sang. Eh bien, comment nous-mêmes serons-nous associés au triomphe du Christ-Roi ? Comment nous-mêmes serons-nous, un jour, couronnés dans le ciel, dès que notre âme, espérons-le, aura quitté notre corps ? Quel sera le motif de notre couronnement, c’est aussi l’amour ! Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous le rappelle, nous redisant d’ailleurs une vérité, que l’Église connaissait bien mais qu’elle a illustrée merveilleusement, une vérité prononcée par Notre Père saint Jean de la Croix : Au soir de cette vie nous serons jugés sur l’amour. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus disait : Il n’y a que l’amour qui compte. Puisque nous serons jugés sur l’amour, puisqu’il n’y a que l’amour qui compte, qui fait notre véritable valeur, pourrions-nous dire, naturelle et surnaturelle, notre valeur d’éternité ; puisqu’il marquera la puissance de notre vision, de notre lumen gloriæ qui nous aidera à pénétrer la Trinité Sainte, à nous associer en même temps aux opérations du Verbe Incarné, qu’il marquera donc, et en même temps, la mesure de notre bonheur éternel, eh bien que nos regards aujourd’hui, et toujours, se concentrent sur cet amour. Eh oui, la charité, l’amour contient la loi et les prophètes. C’est le summum, c’est le résumé, c’est, pour ainsi dire, l’unique devoir de notre vie terrestre. Nous sommes ici-bas pour développer nos puissances d’amour surnaturel… »

Homélie 33ème Dimanche tps ordinaire de l’année A dimanche 19 novembre 2017

On dit d’un scout qu’il doit être « toujours prêt ». On pourrait le dire aussi d’un jeune du MEJ : prêt à servir, à répondre aux sollicitations, à choisir le bien. On doit le dire d’un chrétien. Quand j’ai fait mon service militaire, j’ai été très marqué du fait que le quotidien d’un soldat consiste surtout à se préparer, à se former, à développer ses talents pour être capable de donner le meilleur de soi-même, dans des conditions que l’on sait pouvoir être extrêmement difficiles, délicates, sérieuses, et qui arrivent de manière imprévue, soudaine. Il y a d’ailleurs en ce moment à Paris une exposition sur la vie quotidienne d’un soldat au musée des Armées qui retrace bien cela. Voici une parabole supplémentaire que Jésus aurait pu prendre pour expliquer quelle doit être notre attitude dans l’attente du retour du Christ. En effet, St Matthieu regroupe à la suite plusieurs paraboles qui veulent nous inviter à agir ici-bas avec vigilance, orienté vers l’avènement du Fils de l’homme, dont on ne sait ni le jour, ni l’heure. Ainsi, entre autres, cette parabole des talents reçue aujourd’hui. Pourquoi donc faire fructifier nos talents ? Et bien d’abord pour le retour du maître, la venue du Christ dans la Gloire. Pourquoi donner le meilleur de nous-mêmes maintenant, ici-bas ? Pour nous préparer à l’œuvre d’amour extraordinaire à laquelle le Seigneur veut nous associer lors de son retour dans la Gloire.

Que personne parmi nous ne s’y trompe, rien ne semble plus étranger à la foi que les calculs financiers ; et cependant Jésus prend cette image pour nous éclairer :

- Sur l’extraordinaire confiance qu’il nous fait. En effet un seul talent correspond à plus de 15 ans de salaire.

- Sur la responsabilité différente qu’il confie à chacun en fonction des capacités des uns ou des autres.

- Sur la liberté qu’il laisse à l’intelligence et à la volonté de l’homme pour réaliser son œuvre.

Drame alors de celui qui refuse cette responsabilité sous prétexte de liberté : «enterrer » un dépôt, dans le droit juif, c’était affirmer se dégager de toutes responsabilités par rapport au bien confié.

Enfin, posons-nous la question : qu’est-ce qui motive notre travail journalier, notre devoir d’état ? Pour les uns, ce sera le sens de l’homme en particulier, et de l’humanité dans son ensemble : pour un militaire par exemple, pour un homme politique, pour un membre aussi du Secours Catholique. C'est-à-dire une haute conception de la vie qui le conduit même à renoncer à son propre bien, à donner de son temps et même sa vie pour cette cause, ou à en faire son métier. Pour d’autres, parfois pour les mêmes aussi, ce sera l’amour conjugal, la vie familiale qui donne le plus de sens à sa propre vie et ainsi au travail quotidien. Dilemme récurrent dans certains métiers entre la disponibilité à avoir au service du bien commun et l’attention à soi-même et à ses proches. Dilemme enfin vécu par chacun de nous, entre l’attention et la générosité à avoir vis-à-vis des plus pauvres et la préservation de notre temps et de notre argent pour nous-même et notre entourage.

Quelle juste mesure trouver ? Comment opérer ce discernement ? Le Christ nous invite à voir la vraie finalité de tout notre agir : Lui-même, sans retour, sa venue, dès maintenant et à l’heure du Jugement final, Il nous le dit : c’est en Lui seul que notre agir peut trouver sa vraie finalité, son orientation la plus juste, le critère le plus grand, le plus ultime pour discerner. C’est dans l’attente du retour du maître que ces gérants ont à faire fructifier leur bien. C’est dans l’espérance de la rencontre du Christ, source de tout bien, que nous devons orienter tout notre agir. Rencontre possible dès maintenant : « à chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ». Désir de la rencontre avec le Christ, qui donne sens à l’accomplissement de notre travail, l’attention à la vie familiale, et le souci du plus pauvre. Agissons selon la vocation qu’il nous a donnée. Oui, la vocation reçue du Christ et notre désir de le connaitre et de le rencontrer est le vrai moteur de notre agir quotidien, car seul cette rencontre quotidienne et définitive, peut combler dès maintenant notre cœur, le comblera définitivement le jour de son Retour, car cette communion avec lui donne et donnera sens à tout ce que nous avons fait, donné, vécu, reçu, le Christ transformant toute chose en vie éternelle

                                                                                                          Père Alexis de Brébisson

 

Homélie 32éme dimanche du Temps Ordinaire

 

« Veillez car vous ne savez ni le jour, ni l’heure »


Quel est l’enjeu de notre vie, la finalité ? la rencontre avec l’amour infini, avec l’Epoux qui est Jésus le Christ, Dieu. Préparons-nous y avec joie ! Pour préparer un concert, il faut travailler chacun et puis tous ensemble son instrument, sa voie. Veiller : c’est se préparer. Si quelqu’un ne se prépare pas, il ne pourra pas participer au concert, il manquera aux autres.

Approfondissons un peu l’enseignement que nous donne Jésus aujourd’hui dans cette parabole des dix vierges.

Il veut nous faire comprendre qu’il ne suffit pas de dire que l’on croit en Dieu, pour pouvoir entrer dans le Royaume de Dieu. La foi doit devenir une fidélité vigilante de tous les instants.

Le Royaume des cieux est semblable à dix vierges. Saint Matthieu qui donne cette parabole, la met en valeur plus que les autres évangélistes. Jésus s’appuie sur la cérémonie du mariage en Orient : celle-ci était précédée de plusieurs jours de fête. On fêtait le fiancé chez lui et la fiancée chez elle. Le dernier jour un cortège ramenait la fiancée dans la maison de son fiancé. Dans cette parabole il y a des anomalies au point de vue des usages. On ne parle que des compagnons du fiancé, on montre les vierges endormies, ce qui est étonnant. Le cortège se formait à la tombée de la nuit alors qu'ici c'est dans la nuit. Jésus n'a pas peur d'adapter les détails aux besoins de la Parabole et la leçon devient plus vivante et plus claire.

La leçon c'est que les vierges avaient fait provision d'huile, qu'elles s'endorment, il n'y a pas de faute. Les unes se lèvent avec leur lampe garnie d'huile, les autres non ; elles vont en chercher et c'est trop tard. Cette parabole paraît terrible. Ces vierges ont été imprévoyantes ; elles ont contribué à la fête jusqu'à ce moment, elles ont veillé une partie de la nuit mais quand l'époux arrive, elles n'ont plus d'huile et il ne les accepte pas.

Le Royaume de Dieu est en préparation, en évolution, ce qui importe c'est d'être prêt quand l'époux vient. Les vierges ont fait ce qu'elles devaient faire à l'avance, mais leur dernière attitude n'est pas ce qu'elle devrait être. Elles pouvaient ne pas être là auparavant, si elles avaient été là au dernier moment elles auraient été introduites. Telle est l'importance de la persévérance finale. Jésus a voulu mettre en relief l'importance du dernier moment.

Comment comprendre cela pour nous ?

Il nous faut, dans notre vie quotidienne, attendre le Maître. Il semble peut être vivre dans l'ombre maintenant, se faire attendre. Tout le travail fait à l'avance ne compte pas si on néglige celui de la fin. Le plus important, c’est le dernier instant à l'arrivée du Maître qui veut nous trouver prêts. L'imprévoyance porte sur un détail. Ce ne sont pas les dispositions générales qui suffisent pour nous faire entrer dans le Royaume de Dieu, la foi en Dieu ou autre chose… il faut veiller au détail, observer la loi, préparer l'arrivée de l'époux, ce qu'exige le Royaume de Dieu. Les vierges qui n'ont plus d'huile n'ont pas prévu que la veille durerait longtemps. C’est une leçon sur la fidélité aux détails dans notre vie chrétienne.

Le Royaume de Dieu a des préceptes généraux et particuliers. Jésus les a énoncés dans le Sermon sur la Montagne, les béatitudes, entendu au moment de la fête de la Toussaint ; il a aussi repris les préceptes de Moïse, dans ce qu'il a fait. L'infidélité à un précepte suffit pour nous exclure. La foi doit se vivre dans la fidélité à chaque instant si nous ne voulons pas qu’elle meure. La foi doit être une permanente recherche de la vérité, un permanent exercice de la charité, une permanente confiance en Dieu, tout cela vécu dans la prière et la vie sacramentelle.

Voilà ce que Jésus, le Fils de Dieu, nous demande aujourd’hui : une fidélité de détails. Ne regardons pas les choses « grosso modo ». Le faire serait nous exposer à une fin terrible. Nous retrouvons fréquemment dans l'Évangile ces avis terribles du Juge. Mais à chaque fois, ce n’est pas Dieu qui rejette l’homme, mais l’homme qui par son agir, s’est séparé de lui. Ce langage sévère voulait sûrement émouvoir les Juifs. Peut être veut-il aussi nous réveiller aujourd’hui, moi comme vous.

Que la chose soit dite avec sévérité ou avec douceur, elle reste. Jésus veut nous montrer ce qu'on encourt en n'écoutant pas ce qu'il dit, en ne suivant pas ses préceptes. Nous voyons donc là la coopération que nous devons donner à l’œuvre que Dieu réalise en nous, dans notre monde, à ce Royaume de Dieu qui est en nous.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie du 31ème dimanche du Temps Ordinaire

« Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé »

Combien de fois pouvons nous nous surprendre à réfléchir pour savoir comment être le plus grand ! à agir de manière à être remarqué ! Désir de grandeur enraciné dans le cœur de l’homme. Désir juste au fond : perception que l’on est fait pour une plénitude. Mais confusion entre la plénitude de l’amour à laquelle nous sommes appelés et la nature humaine bien limitée, bien petite...

Comment entrer dans cette juste appréhension de ce qu’est l’homme ? Comment découvrir notre véritable grandeur ?

Reprenons d’abord la leçon que Jésus nous donne aujourd’hui :

Il nous invite à ce que notre agir soit en conformité avec nos paroles.

Il nous exhorte à ne pas nous donner de titre honorifique. Il ne s’agit pas de refuser tous les noms que nous nous donnons, de celui de papa à celui de docteur, mais de bien comprendre que toute paternité, toute autorité véritable ne se trouve qu’en Dieu.

Il nous invite à nous mettre au service les uns des autres.

Mais Jésus n’est pas un simple donneur de leçon, il est aussi un donneur de solution : il réalise déjà lui-même ce qu’il dit et nous montre ainsi le chemin qu’il faut prendre. Il s’abaisse jusqu’à accepter l’humiliation.

Puis il nous donne ce qu’il faut pour le réaliser : la grâce d’un cœur nouveau par son Esprit qu’il met en nous. Quand ? le jour de notre baptême. Ce jour-là Dieu vient véritablement faire sa demeure en nous. Il nous donne en particulier la force de son Esprit Saint pour pouvoir aimer comme lui. Il vient faire alliance avec nous, nous assure de venir nous transformer de plus en plus pour nous conduire à la plénitude de l’amour.

Prenons le Christ comme maître pour pouvoir agir pleinement selon la vérité de l’Évangile.

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 30éme dimanche du Temps Ordinaire

Aimer totalement


Jésus ne laisse pas indifférent. Hier comme aujourd’hui. J’en veux pour preuve le spectacle grand public actuellement réalisé à Paris par Pascal Obispo : « Jésus ». Nous sommes allés le voir cette semaine avec une centaine de jeunes. Une belle réussite.

Hier aussi, les pharisiens sont attirés par Jésus. Mais ils sont jaloux de son rayonnement. Ils veulent donc le mettre à l’épreuve, en lui posant une question difficile. Quelle loi faut-il accomplir en priorité pour plaire à Dieu ? En effet, les juifs avaient un amour de la Loi divine. Cela en devenait excessif : beaucoup de lois rythmaient la vie quotidienne. Difficile alors de s’y retrouver. Qu’est ce qui est le plus important ? La question était posée aux docteurs de la Loi.

Aujourd’hui, c’est un peu l’excès inverse : il faut le minimum de lois morales pour marquer la vie quotidienne. Il est interdit d’interdire. A chacun sa vérité. Chacun fait ce qu’il lui plait. La Loi n’est acceptée que pour encadrer les choix que chaque individu pose. Quoique, toute société va définir quand même un minimum d’interdits. Ne pas tuer, ne pas voler… C’est souvent ce qu’il ne faut pas faire. Sans mettre cependant tout le monde d’accord dessus. A ne plus avoir de principes moraux, la même question se pose à nous, non par excès de lois, mais par défaut : quel principe essentiel guide ma vie ? S’il n’y en avait qu’un, lequel devrais-je choisir ?

Ô merveilles ! Jésus va retenir dans la Torah un commandement positif : le double commandement de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Nous nous entêtons souvent à chercher tout seul un sens à notre vie, une réponse à nos questions, alors que la vérité se trouve dans la bouche du Christ. Profitons-en.

Le mot important dans cette affirmation du Christ c’est le mot « tout ». Qui aime est pris tout entier. C’est de cet amour que Dieu veut être aimé. C’est difficile d’aimer Dieu qu’on ne voit pas. Mais cependant Dieu est là. Dans cette église, en moi. Dans l’Eucharistie. Comme les sens ne sont pas pris alors nous ne nous laissons pas entraîner par cet amour de Dieu. Pourquoi ? Parce que nous croyons que l’amour relève du ressenti. Lorsque nous ne ressentons plus rien, nous croyons que nous n’aimons plus. Tant de personnes arrêtent leur relation quand le ressenti n’est plus là. Mais cette sensibilité, si elle joue un rôle important, n’est pas cependant la racine de l’amour. Dieu a prévu le bonheur à ceux que qui croiront sans avoir vu. Or tant de personnes se refusent de croire car ils n’ont pas de ressenti, d’expérience de Dieu. Le ressenti est l’effet de l’amour, mais pas l’amour en soi. L’amour est un acte de la volonté qui se donne à la vérité que l’intelligence a saisi. De plus il est important d’affirmer la gratuité de l’amour : on n’aime pas un être par ce qu’on est consolé, gâté, cajolé par lui, mais on aime l’autre pour lui-même. C’est dans cette loi de l’amour que Jésus veut nous conduire, à l’égard de Dieu et des autres. C’est un commandement : c’est donc un appel à notre volonté en premier. Le bonjour le matin à nos proches ne doit pas dépendre de notre humeur. Il résulte d’un engagement que nous avons pris en vivant avec eux à avoir de l’attention chaque jour vis-à-vis d’eux. Je vais aimer mon frère non pas parce qu’il me plait, mais parce que Dieu me le confie et me demande de l’aimer. De même, je prie non pas parce que j’en ai envie, mais parce que Dieu attend notre amour. Cependant… il nous faut entendre Jésus par ailleurs nous dire que c’est en le faisant « comme » lui que nous le ferons bien. Il nous faut découvrir aussi que c’est avec le don de son Esprit-Saint que nous pourrons ainsi aimer totalement et parfaitement.                  

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 29éme dimanche du Temps Ordinaire

Ces pharisiens présentent à Jésus une question qui est probablement d’abord pour eux un cas de conscience. Leur pays se trouve occupé par les Romains. La monnaie officielle est donc celle de l’empire et la loi celle de l’occupant qui les oblige à payer un impôt. A moins de rentrer en résistance complète, ils ne peuvent échapper à cela. Mais une telle obligation va contre leur conscience : sur ces pièces d’argent qu’ils ont dans la poche est représenté César. Or, pour les juifs, toute représentation de ce type est interdite car elle revient à faire de cet empereur un dieu. Détenir une telle pièce, n’est-ce pas déjà d’une certaine manière adorer l’empereur ? D’autre part, l’impôt, ce n’est rien d’autre que leur richesse prise de manière indue pour payer surtout les armées romaines. Faut-il donc, oui ou non, payer cet impôt ? Le payer, c’est favoriser Rome. Utiliser tout simplement cet argent, c’est pactiser avec l’occupant et leur empereur considéré comme un dieu. Ne pas le payer, c’est risquer son emploi, sa vie, celle de sa famille, s’obliger à fuir… Voici le dilemme qui habite le cœur de ces hommes, avant même de tenter de piéger Jésus par leur question.

Aujourd’hui encore, nous pouvons nous-mêmes comme chrétiens être dans des situations similaires. Des cas de conscience peuvent se poser à nous. En voici deux ou trois. Pour qui voter quand j’ai le sentiment qu’aucun des candidats ne respecte les valeurs de la vie qui sont si importantes dans la foi chrétienne ? Puis-je participer au Téléthon quand je sais que les fonds peuvent favoriser le diagnostic prénatal qui provoquera l’élimination des enfants ? Est-ce honnête de rester dans mon entreprise quand je sais que certaines pratiques financières sont douteuses ? Puis-je tout simplement continuer à avoir des relations normales avec un ami, un proche même si je n’accepte pas son comportement ? Vous en avez probablement d’autres. Parfois il n’y a pas de solutions simples, humainement parlant.

Jésus semble donner une autre voie, à travers cette réponse.

Dans un premier temps, avec beaucoup de talent, il renvoie dans leurs plots ses adversaires, n’hésitant pas à dire la vérité : « hypocrites ! ». Ils dissimulent en effet derrière cette question non seulement leur incapacité à gérer leur "amour" de l’argent, mais aussi, derrière un beau compliment, tout simplement leur envie de nuire à cet homme qu’ils méprisent.

« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Que faut-il comprendre dans cet impératif catégorique ? Probablement pas que les questions d’argent, de politique, matérielles, humaines sont à traiter distinctement de la religion. Mauvaise voie : nous le savons, seules la charité et la vérité que nous recevons de Dieu nous donnent les moyens d’assumer ici-bas les problèmes qui se posent à nous.

J’aime à penser que Jésus veut conduire ces hommes plus haut, plus loin. Il connait leur cœur. Il sait qu’ils sont créés pour de grandes choses, pour Dieu et en même temps combien ils sont remplis de l’amour de l’argent, des préoccupations liées à leurs richesses. Il veut les sortir de là. On ne peut adorer Dieu et l’argent. On ne peut s’attacher à l’argent et s’attacher à Dieu.

Comme prêtre, je suis témoin de cela. Avant d’accuser les autres, j’en suis témoin chez moi : quand je suis trop préoccupé par les questions matérielles et financières, c’est souvent à la défaveur de la prière, de l’attention à Dieu et aux autres. Je suis impressionné aussi en côtoyant certaines personnes avec de nombreux biens : parfois elles sont comme bloquées dans leur évolution spirituelle en raison de leur trop grand attachement à l’argent. Comment cela se manifeste ? Oh, ce n’est généralement pas beau à voir… je n’ai donc pas trop envie d’en parler. Mais quand même, en moi, comme chez elles, cela se traduit souvent par un blocage, une aigreur, de l’orgueil, une incapacité à se remettre en question, une trop grande sollicitude pour les biens matériels, une perte d’intérêt pour Dieu tout simplement.

Quelle solution ? Je crois qu’on ne peut s’échapper qu’en obéissant avec un peu de radicalité à ce que Jésus commande : « Rendez ».  Rendez, rendez… Un synonyme ? Redonnez, redonnez… Si, vous avez bien compris, quand quelque chose vous préoccupe, le meilleur moyen c’est parfois de s’en débarrasser. Et, au lieu de le jeter à la poubelle, le mieux est de le rendre à celui à qui cela appartient. Vos richesses ? Je pense que vous trouverez bien des nécessiteux… en rendant cela à autrui, le temps et la liberté d’esprit et de cœur vous seront alors redonnés et vous pourrez alors aussi les rendre à Dieu. J’aime cette image de saint Jean de la Croix : « Qu’importe que l’oiseau soit retenu par un fil léger ou par une corde, tant qu’il ne l’aura pas brisé, il ne pourra pas voler. »

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 28éme dimanche du Temps Ordinaire

 

Ah ! le Royaume ! Jésus a envie de nous donner envie d’y aller. Il aiguise notre appétit du Royaume en le présentant comme un festin de noce. Il prend la suite d’Isaïe qui le présentait déjà comme un banquet de viandes grasses et de bons vins. Joie ! Paix ! Communion ! Voilà ce qui caractérise le Royaume. Nous y sommes appelés, invités, convoqués. Quand ? Maintenant ! Cette parabole nous pose la question de notre appel à chacun de nous aujourd’hui et non pas seulement après le passage de la porte de la mort au Ciel. Car, c’est une affirmation de Jésus à plusieurs reprises : le Royaume est déjà commencé ici-bas. L’Eucharistie du dimanche est l’anticipation de ce festin du Royaume, la réalisation même en germe. Savons-nous pourquoi nous sommes là ? Où resterons-nous muets si l’on nous pose la question ? N’avons-nous pas été invité ? Quand ? Pour quelle raison ? Dans quelle attitude, quelle disposition sommes-nous venus ? J’aime entendre ce maître appeler cet homme « mon ami », encore une fois, manifestant ainsi la qualité de la relation que Dieu veut établir avec nous. Depuis le jour de notre baptême, nous avons reçu ce vêtement de noces. L’avons-nous accueilli, celui qui nous identifie aussi à nos semblables ? Je me souviens, participant à un grand rassemblement, avoir négligé le teeshirt qui été donné à tous à l’entrée, voulant me distinguer en ne le mettant pas. Je refusais d’une certaine manière à entrer pleinement dans la joie et la communion de cet évènement et je le manifestais. Je résistais. Dieu me semble-t-il nous invite à entrer dans la joie commune. Il peut y avoir de notre part, une résistance à recevoir la grâce que Dieu nous donne, à entrer dans la fraternité qu’il permet entre nous. Nous refusons de recevoir le don gratuit de Dieu. Don gratuit, si difficile à concevoir pour nous qui ne pouvons donner que ce que nous avons reçu.

 

Père Alexis de Brébisson

HOMELIE DIMANCHE 8 OCTOBRE 2017 – PUTANGES PONT –ECREPIN. « Merci Seigneur ! » 😊

 

Je me souviens avec plaisir de l’exhortation d’un évêque du sud de la France, alors que j’étais encore séminariste, qui nous avait invités à toujours nous réjouir, en toutes circonstances, en levant les mains au ciel et à dire « Merci Seigneur ! ». Cela m’a beaucoup apporté. Alors je voudrais vous apprendre la même chose. D’accord ? Vous n’êtes pas contre ? On essaye ???

  • Le soleil se lève le matin …. « Merci Seigneur ! »
  • Il pleut en Normandie… « Merci Seigneur ! »
  • J’ai gagné au loto …. « Merci Seigneur ! »
  • J’ai cassé mon téléphone… « Merci Seigneur ! »

Mais à quoi ça sert cela ? Pourquoi une telle positive attitude ?

  • Aurais-je besoin de chacun vous comme "ravi" dans les crèches de toutes les églises de la paroisse ?
  • S’agit-il d’une simili méthode Coué pour se persuader que tout va bien « Mme la marquise » ?        
  • Pourrions-nous ainsi corriger notre caractère normand habitué à voir les choses trop souvent par la négative même quand ça va bien. J’ai entendu ainsi un jour après une rencontre qui s’était bien passée : « ça aurait pu ne pas marcher… » Ou plus dur encore, corriger le caractère français si bien caricaturé à l’étranger par un « grognon » qui se plaint tout le temps ?  Si cela marche, why not ?…

En fait, vous imaginez, la raison est plus fondamentale, plus surnaturelle, plus mariale aussi, plus chrétienne tout simplement : depuis la venue de Jésus en Marie, dans notre chair, dans notre monde, en nous le jour de notre baptême, rien, rien, rien, «  j’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, (…), ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » Oui, oui, oui, car « l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. » (Rm 5, 5).

Plus encore, tout, tout, tout peut être occasion d’aimer et de se rapprocher de Dieu et ainsi de grandir dans la communion les uns avec les autres. « On nous croit tristes, et nous sommes toujours joyeux ; pauvres, et nous faisons tant de riches ; démunis de tout, et nous possédons tout. » (Co 6)

Comment vous prouvez cela ? Comment vous convaincre ?

Regardez ces catéchumènes qui viennent de témoigner : la joie qui rayonne sur leur visage ! Qu’est-ce qu’on dit ??? « Merci Seigneur ! »

Regardez Marie lors de la Visitation : la joie qui jaillit de son cœur : « Mon âme exalte … », l’espérance qui l’a fait tenir debout au pied de la Croix ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ces couples qui se sont mariés cette année et qui viennent rendre grâce ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ces gens seuls qui manifestent cependant une joie autours d’eux. Je raconte souvent combien deux personnes que j’ai accompagnée de prêt dans deux paroisses précédentes, marquées chacune par l’épreuve très douloureuse de la séparation et de la solitude, ayant fait le plongeon de la foi en confiant leur détresse et leur vie à Dieu, étaient ensuite pour moi les témoins vivants de la vie et de la joie de Dieu qui rayonnaient à travers elles, en particulier par un esprit admirable de service et d’attention aux autres. « Merci Seigneur ! »

Regardez ces familles qui ont eu un enfant, qui l’ont baptisé et qui ont de la joie aussi à remercier encore aujourd’hui leur Créateur et leur Sauveur ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ces résidents de la Maison de retraite qui ont fait l’effort, malgré leur fatigue, de venir aujourd’hui pour se réjouir avec nous ! « Merci Seigneur ! »

Regardez ce jeune (si souvent) à la porte de cette église qui vient nous rendre visite chaque dimanche et dont la joie rayonne sur le visage ! « Merci Seigneur ! »

Regardez saint François d’Assise fêté cette semaine, qui osait affirmer qu’il était dans la joie parfaite quand il se trouvait rejeté de partout comme son Seigneur ! « Merci Seigneur ! »

Regardez à côté de vous, oui le chrétien qui est à votre gauche, et celui aussi qui est à votre droite, que vous le connaissiez bien ou pas du tout, (tiens dites-lui bonjour si vous ne l’avez pas encore fait), je vais vous faire un scoop : il a des soucis, des problèmes, des gros et des petits. Les petits tout autant que les gros d’ailleurs lui occupe l’esprit. Parfois beaucoup trop. Mais aujourd’hui dans l’église il est venu comme vous offrir tout cela dans la prière à Jésus qui est là et tiens… ! Regardez, regardez son sourire qui apparaît sur son visage ! (allez les voisins souriez un peu pour m’aider). Qu’est-ce qu’on dit alors ??? « Merci Seigneur ! »

Celui qui fait l’expérience fondamentale et merveilleuse de la présence de Dieu un jour dans sa vie, a, je pense, la conviction que tout ce qui peut lui arriver, s’il garde le cœur ouvert, peut être l’occasion à nouveau de le rencontrer, lui son Ami et de croître avec lui et les autres dans l’amour. Il peut faire feu de tout bois. Et alors en toute occasion il peut dire « Merci Seigneur ! » 

Comme curé de nos deux paroisses, tous ceux qui s’impliquent bénévolement sont pour moi, un exemple vivant de la même réalité. Le don gratuit de son temps, de son sourire, de sa charité dont je suis le témoin chez beaucoup d’entre vous, sont d’une manière certaine, consciente ou non, l’effet de l’amour de Dieu que vous avez accueilli en vous, en remettant peut être votre vie entre ses mains un jour d’épreuve, ou en tombant un jour en admiration devant le Christ et son Corps qui est l’Eglise.

J’aimerais pouvoir tous vous citer. Mais j’en oublierai forcément.

J’en choisirai seulement trois. Tout d’abord les frères salésiens que nous avons découverts un peu plus avant la messe et sur l’établissement Giel Don Bosco.  Pour eux, avec moi je voudrais que vous disiez « Merci Seigneur » ! Merci Seigneur de leur présence au milieu de nos deux paroisses ! Merci Don Bosco pour l’énergie, la joie, l’attention éducative vis-à-vis des jeunes et l’attention à tous que tu as sur développer dans leur cœur. Fais que cela déteigne sur chacun de nous !

Ensuite, pour les parents et les enfants qui vont par leur présence le dimanche à la messe, renouveler et rajeunir nos assemblées communautaires ! « Merci Seigneur » !

Enfin, merci à tous ceux qui s’impliquent pour nos églises (savez-vous qu’ils sont plus de 200) ! Merci Seigneur de la présence si attentionnée de telle ou telle personne, parfois seule pour l’entretien de son église (et qui accepterait bien un peu plus d’aide), et de ceux aussi qui à plusieurs se mobilisent, donnant de leur temps, leur compétence, leur expérience, leur joie de partager et aussi sans oublier leur argent, pour la vie et la sauvegarde de leur église. Grâce à ces personnes, nos églises sont et surtout seront vraiment dans l’avenir des lieux de ta présence qui pourra toucher les cœurs, des lieux de rencontres pour vivre la fraternité, des lieux de visibilité pour annoncer ta Bonne Nouvelle !  Seigneur, « que ton Eglise soit parlante et vivante ! ». « Merci Seigneur ! »

 

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie du 26ème dimanche du Temps Ordinaire

« L’enfer est pavé de bonne intention ». C’est ce proverbe qui pourrait bien résumer l’Évangile que nous venons de recevoir.

Regardons donc le contexte. Jésus vient d’être accueilli triomphalement à Jérusalem. Il entre alors dans le Temple et se met à chasser les marchands et les banquiers. Le lendemain, il revient au Temple et commence à enseigner la foule. C’est alors que les autorités religieuses lui demandent de quel droit il enseigne, de qui il tient son autorité. Comme un bon jésuite si l’on peut dire,  Jésus répond à cette question par une autre question ; celle-ci concernant Jean-Baptiste : d’où lui venait le droit de prêcher et de baptiser ? Pris au piège, les chefs des prêtres ne savent quoi répondre, si bien que Jésus, lui non plus, ne veut pas leur répondre. Mais il profite de l’occasion pour contre-attaquer. On est donc en pleine situation conflictuelle, à quelques jours du complot qui mènera à l’arrestation et à la mort de Jésus.

Il raconte donc à ses contradicteurs une histoire simple, suivie d’une question à laquelle, comme les chefs des prêtres et les anciens, chacun de nous ne peut que répondre : « Celui qui fait la volonté du père, c’est celui qui fait, même s’il commence par dire ‘non’, et pas celui qui dit ‘oui’ et ne fait rien. »

Comment se fait-il alors que les autorités religieuses juives, qui ont fait la bonne réponse, soient ainsi critiquées par Jésus ? Car enfin, ces gens-là, en particulier ceux qui sont d’obédience pharisienne, sont des gens qui ne se contentent pas de dire, mais s’efforcent de faire chaque jour la volonté de Dieu. Depuis leur jeunesse, la plupart d’entre eux mettent tout leur zèle à pratiquer la vraie religion. Et ils ne se contentent pas de prier : ils respectent scrupuleusement toutes les lois contenues dans la Torah. Et cela leur coûte beaucoup. Comment se fait-il que Jésus les condamne si radicalement ?

Pourquoi une telle condamnation Jésus : « ceux-ci vous précèdent dans le Royaume » ? Cela signifie tout simplement qu’ils prennent leur place dans le Royaume de Dieu. Plus encore le verbe est au présent : dès aujourd’hui, par leur repentir, ils reçoivent le Royaume de Dieu en partage, je viens établir en eux mon Règne.

C’est qu’ils n’ont pas voulu croire Jean-Baptiste lorsqu’il prêchait une conversion radicale, alors que les publicains et les prostituées ont accueilli cet avertissement de Jean. Bien plus, même en voyant ces conversions nombreuses, les autorités, enfermées dans leur bonne conscience, n’ont rien voulu changer dans leur vie. Ils n’ont pas « cru » (trois fois dans le texte) à la parole de Jean Baptiste. Sans doute, murés dans leur pratique étroite de la Loi, ils se sont dit que Jean (comme Jésus) n’avait aucun mandat, aucune compétence particulière, donc, aucune autorité pour prêcher la conversion. Et ils n’ont pas bougé. Et Jésus les condamne pour cela.

Comme dans chaque page de l’évangile, cette parole de Jésus s’adresse à nous aujourd’hui comme une mise en garde et une invitation à un changement radical.

Dans quelle circonstance de notre vie ?

Tout d’abord, nous pouvons tout simplement appliquer cela à notre agir quotidien. Nous savons bien trouver souvent de bonnes raisons pour ne pas faire notre devoir d’état. Et c’est là que l’adage populaire « c’est l’intention qui compte » ne marche pas. Le Seigneur nous invite à une fidélité dans nos engagements.

Mais cet appel de Jésus désigne aussi autre chose : dans la vie chrétienne, le Seigneur attend de nous une part active pour conformer notre volonté à la sienne, pour agir selon le droit et la justice. Nous devons mettre tout notre cœur et nos forces à accomplir les commandements de Dieu. Mais il y a un moment où le Seigneur veut nous conduire plus loin sur ce chemin de la vie chrétienne, ou plutôt où il veut prendre la direction de notre vie pour la conduire lui même sur le chemin de l’amour. Cela demande de notre part une conversion, un don de soi, abandon. Il nous invite à lâcher prise, à accepter sa volonté. Nous avons beau le demander à chaque fois dans le Notre Père : « que ta volonté soit faite », cela est bien chose difficile.

Et pourtant c’est le seul moyen pour que le Seigneur vienne établir en nous son Règne, dans notre cœur, dans notre vie. La vie chrétienne n’est pas la recherche de la maîtrise notre vie, il ne s’agit pas de devenir les maîtres de nous mêmes. Mais que le Seigneur établisse en nous son Royaume. Si nous lui donnons notre volonté, celui-ci vient alors en nous demeurer (« celui qui m’aime, mon Père et moi nous l’aimerons et nous viendrons faire en lui notre demeure ») et nous transformer de l’intérieur à son image. Si nous nous donnons à lui, il peut alors commencer à travailler en nous, venir purifier notre sensibilité, notre mémoire, épanouir notre intelligence, fortifier notre volonté et surtout faire grandir notre foi, notre espérance et notre charité.

Dans la conscience de tout homme, le Seigneur vient inviter un jour à faire cet acte d’abandon, de remise de soi. C’est alors le début d’une grande aventure, celle de l’établissement du Royaume de Dieu, royaume de paix et d’amour. Comme les publicains et les prostitués, aurons-nous un cœur suffisamment pauvres, ouvert pour l’accueillir

 

Père Alexis de Brébisson

Homélie 25éme dimanche du Temps Ordinaire

 



À chaque fois que j’entends cette parabole, je repense à ce formidable commentaire, reçu un jour d’un séminariste, malgache, qui me faisait comprendre de manière lumineuse la grandeur de l’Eucharistie : ce « denier » que chacun des « appelés » reçoit à la fin de son « œuvre », c’est cette hostie, reçu l’un après l’autre ce dimanche. Trésor infini de l’amour de Dieu, offert à tous.

En effet, ce dimanche, après notre semaine de travail, et même au début d’une nouvelle semaine, nous sommes là à faire ensemble la queue pour recevoir le salaire de notre semaine. Ce « salaire spirituel » qu’on va recevoir, vous et moi, aussi pauvres les uns que les autres en tant de domaines, nous en avons besoin pour nous sortir de notre misère spirituelle. Il va nous sauver de notre péché. Il va nous permettre de vivre « rien que pour aujourd’hui ». Nous avons fait ce que nous avons pu ces jours-ci. Mais si peu cependant, n’est-ce pas ? Quand on sait tout qu’il y avait à faire, tout ce qu’on aurait pu faire, tout ce qu’on a mal fait ou pas fait, quelque soit d’ailleurs la mission de chacun, et notre heure d’embauche.

Réaliste sur la pauvreté de nos œuvres, nous n’hésitons pas cependant à venir quémander un salaire, une nourriture… parce que nous en avons besoin pour survivre !

C’est aussi parce qu’au départ, c’est Dieu qui nous a embauché le jour de notre baptême, c’est à lui que nous venons rendre compte de notre travail ; c’est auprès lui que nous sommes convié chaque dimanche pour recevoir notre traitement.

Nous paraissons bien confiants, les uns et les autres, car aussi faible soit la réponse que nous avons donné à son appel, aussi faibles soit la collaboration et le travail fourni, nous avons bien l’espoir qu’il nous donne quelque chose. Nous avons raison car, chacun de nous, ce dimanche encore, il veut nous donner « un denier ». Il ne calcule pas à la mesure de notre travail, mais à la mesure de sa bonté. Il me donne ce qu’il faut pour vivre chaque jour. Sous qu’elle forme ? Il me donne la manne. Il me donne l’hostie. Il me donne l’Eucharistie. Il me donner sa vie, il me donne TOUT. Je reçois TOUT cela pour moi tout seul, comme un trésor, comme celui qui est devant moi, pas moins que lui. C’est étonnant… cela semble procurer encore plus de joie à l’Intendant qui me la donne qu’à moi ! Joie de se donner peut être ? Joie de me donner parce qu’il m’aime ? Et celui qui est dernière moi, celui que souvent je ne vois pas, à qui je tourne le dos, que je ne veux pas voir, en reçoit tout autant. La même hostie, le même don et la même joie du donateur.

Seigneur en ce dimanche, donne-moi, non d’être jaloux, mais d’être dans la joie que tous ici reçoivent autant de ta bonté. Donne-moi ainsi de partager ta joie, à la bonne heure, à la dernière heure ! Celle du festin final où les derniers seront les premiers, où les pauvres mangeront et seront rassasiés, où tous ne feront plus qu’un et où Dieu lui-même sera leur serviteur.

Père Alexis de Brébisson

 

 

Homélie 24éme dimanche du Temps Ordinaire

 


Torturée par un médecin de la Gestapo, la jeune résistante catholique et pianiste MaïtiGirtanner échappe miraculeusement à la mort, mais garde des séquelles qui la feront souffrir tous les jours de sa vie. En retrouvant la liberté, grandit en elle le désir immense de pouvoir un jour pardonner à son bourreau.  A 75 ans, elle fait le récit bouleversant du pardon que son tortionnaire atteint par une maladie est venu chercher auprès d'elle avant de mourir, se souvenant qu'elle parlait de Dieu quand elle était sa prisonnière. Je vous invite à aller voir ce témoignage sur la vidéothèque  site internet du Jour du Seigneur (https://videotheque.cfrt.tv/video/maiti-girtanner-du-desir-de-pouvoir-pardonner/)

Un tel récit nous permet de contempler la beauté du pardon. Et on y décèle la beauté de Dieu lui-même. Beauté qui resplendit sur la réalité d’un mal que nous ne pouvions sans cela regarder sans détourner les yeux.

Découvrir la force du pardon de cette femme, c’est découvrir l’amour même de Dieu. Dieu pardonne par amour. C’est sa nature : « du fond du cœur ». Il nous invite à faire de même. Est-ce possible ?

La première étape est déjà de passer comme Pierre d’un regard de jugement sur celui qui nous offense (est-il capable de changer ?) à un regard de jugement sur nous (suis-je capable de lui pardonner ?).

Souvenez-vous dimanche dernier comment Jésus nous invitait à « procéder » pour conduire celui qui a commis un péché contre nous à revenir dans la communion de l’Église : à partir du dialogue. Suite à ces remarques de son maître, Pierre demande légitimement : "c’est bien beau cela, mais… s’il retombe sans cesse dans son péché ? Comment fait-on ?" Cas bien concret que nous connaissons tous : mon conjoint, mon enfant vient me demander pardon pour s’être mis en colère, avoir menti, mais il recommence sans cesse… Combien de fois dois-je lui pardonner ? Et cela est valable pour nous : quand je vais confesser au prêtre mes péchés, je répète sans cesse la même chose (ma paresse, mon manque de gentillesse à l’égard de…) Est-ce que cela sert vraiment à quelque chose d’y retourner ? Oui, la question de Pierre est bien la nôtre.

Jésus va y répondre en déplaçant le problème : il ne s’agit pas de se demander combien de fois je dois pardonner ou demander pardon, mais ai-je la capacité et le désir de pardonner du fond du cœur ? Est-ce ma "nature" de pardonner ? Il aide à passer notre regard de la quantité du péché subit à la profondeur du pardon donné. Nous savons que nous sommes parfois capable de pardonner à l’infini des fautes graves en soi et incapable de pardonner une seule fois une petite faute. Qui n’a pas eu du mal à pardonner le retard d’un proche, son manque de rangement ?.... Jésus nous appelle à voir en priorité cette question : avons-nous le désir de tout faire pour favoriser la communion avec notre frère ? Comme Dieu qui « se souvient toujours de son Alliance », sommes-nous prêts à vouloir aimer, tenir, et même sauver notre frère en lui pardonnant ? En effet quelle force que celle du pardon qui libère le pécheur du poids insupportable de la culpabilité, le rétablit dans l’amour et lui assure ainsi de pouvoir continuer à vivre la tête haute !

En prononçant ses mots dans la prière du Notre Père, « pardonne-nous comme nous pardonnons… », demandons au Seigneur d’avoir le même cœur que lui, aussi profond. Car à l’homme c’est impossible, mais pas à Dieu. Il veut nous mettre en nos cœur sa grâce, son Esprit afin que nous puissions comme lui pardonner à l’infini…

 

Alexis de Brébisson

 

 

 

Homélie 23éme dimanche du Temps Ordinaire

Un jour, Thérèse de l’Enfant Jésus fut amenée à corriger une des sœurs de son monastère dont elle considérait l’attitude inappropriée. Elle raconte dans son manuscrit C, comment elle s’y prit pour que sa remarque soit reçue par sa sœur. Deux aspects sont sans nul doute facteurs de sa réussite : la prière et la charité. Ecoutons la :

 « Je suppliai Notre Seigneur de mettre sur mes lèvres des paroles douces et convaincantes, ou plutôt de parler lui-même pour moi.  Il exauça ma prière ; car  ceux qui tournent leurs regards vers lui en seront éclairés, et la lumière s’est levée dans les ténèbres pour ceux qui ont le cœur droit. (….) Je lui dis avec tendresse tout ce que je pensais d’elle (….) Elle convint très humblement de ses torts, reconnut que je disais vrai, et me promit de commencer une vie nouvelle, me demandant comme une grâce de l’avertir toujours de ses fautes .(…) En nous se réalisait l’oracle de l’Esprit-Saint : Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville fortifiée »

            Je mettrai en valeur aussi tout particulièrement la bienveillance de Thérèse à l’égard de celle qu’elle considère comme sa sœur malgré sa faute. Elle imite en cela Jésus qui emploie le terme de frère au sujet de celui que l’on rappelle à l’ordre.

            Ne l’avons-nous pas nous même expérimenté souvent ? Nous arrivons à recevoir une remarque tellement mieux quand elle vient de la part de quelqu’un qui nous manifeste tendresse et bienveillance.

            A l’inverse, nous avons souvent le sentiment que les critiques et remarques qui nous arrivent sont en même temps une manifestation d’une forme de mépris, de désobligeance, d’aversion à notre égard. Qui alors est prêt à recevoir une telle chose ? Il en faut une bonne dose de sainteté ! Ainsi le curé d’Ars, qui allait servir même les gens qui l’avaient calomnié.

            Il est une autre dimension très importante que Jésus met en valeur dans l’Evangile : l’importance de l’Eglise comme institution divine recevant la grâce du discernement et de l’unité au-delà de toutes les divisions. Nous savons l’apport d’un regard extérieur sur nos problèmes relationnels. Telle est, entre autre, la mission de l’Eglise. D’un côté, à la lumière de l’Évangile, à la lumière du commandement suprême de l’amour évoqué par St Paul, chercher à éclairer les réalités les plus concrètes de nos existences. Ceci afin de nous aider à faire les bons choix, afin de nous éclairer sur nos erreurs et de nous permettre ainsi de retrouver notre place dans la communauté. D’un autre côté, être garant de l’unité : « l’Eglise est Une », proclamons-nous dans le Credo. Cette unité est un formidable témoignage pour nos contemporains. Cette unité est un formidable levier pour toucher le cœur de Dieu lorsque nous lui demandons quelque chose. Cette unité est le souci premier de l’Église du Christ qui la pousse à parler à chacune de ses brebis pour qu’elle ne s’éloigne pas à cause de ses erreurs. Vous avez remarquez la gradualité : une première remarque, une 2e remarque avec témoins, etc. Un prêtre commentait en disant un jour que là se trouvait la différence entre l’erreur et l’hérésie, on pourrait en dire d’ailleurs autant entre l’erreur et le péché : vous dites ou faites quelque chose de faux. L’Église vous prévient. On peut considérer que vous ne saviez pas ! Ce n’est donc qu’une erreur. Mais si vous redites et refaites la même faute avec persistance, on tombe alors dans l’erreur et l’hérésie… dans l’excommunication ipso-facto !

            Dans une commune de notre Paroisse, quelqu’un me témoignait de sa surprise car il constatait que nos petites messes régulières devenaient l’occasion d’une vraie unité et communauté entre des personnes si diverses, dont certaines bien éloignées de la foi ou se considérant exclues de l’Eglise par leur situation.

            Puissions-nous dans chaque Eucharistie accepter la lumière que Dieu nous donne sur nos erreurs, en écoutant sa Parole ou en recevant des remarques de la part de la communauté fraternelle qu’est l’Eglise. Puissions-nous dans chaque Eucharistie découvrir la joie et la puissance de notre fraternité, de notre unité, qui nous permet ensemble de toucher le cœur de Dieu et de recevoir toute grâce !

 

 

 

Alexis de Brébisson

Homélie 22ème Dimanche tps ordinaire : Le thermomètre et le thermostat

L

es dimanches se suivent et ne se ressemblent pas. Jésus nous surprend. La semaine dernière, nous avions la profession de foi  de Pierre, approuvée et estampillée par Jésus comme authentique. Aujourd'hui, alors que nous continuons le récit de Matthieu, Pierre refuse de considérer le chemin vers Jérusalem que Jésus laisse entrevoir, ce qui lui vaut une rebuffade violente de la part de son maître : « passe derrière moi, Satan » ! Que se passe-t-il ?  La pomme de discorde est la souffrance. Jésus annonce qu'il doit poursuivre sa route vers Jérusalem, et que là-bas il lui faudra souffrir, et même beaucoup souffrir. C'est précisément cela que refuse Pierre. Il ne comprend pas. Il est scandalisé. Son maître ne peut souffrir l'échec ni l'humiliation. Ce n'est pas pour cela que Pierre, pendant trois années, a tout quitté en acceptant de suivre Jésus!  Reconnaissons que la souff